SÉDRATA

SÉDRATA

Le village est traversé par trois rues parallèles....

      La création de ce centre remonte à peine à l'année 1888. Néanmoins depuis 1885, il avait été choisi comme centre administratif de la vaste commune mixte de ce nom, dont l'étendue n'est pas inférieur à 117253 hectares compris entre les communes mixtes de Oued-Cherf au nord de la Cheffia, au sud-est, de Souk-Ahras et de la Meskiana, au sud et, enfin, celles de Morsott et d'Oum-El-Bouaghi, à l'ouest. Sa plus grande longueur, du nord au sud, atteint bien près de 65 kilomètres, c'est à dire qu'en superficie cette commune a l'importance d'un petit département de France.
       Le village est relié à Guelma par une route prolongée jusqu'à Aïn-Beïda, mais seulement praticable sur la partie, longue de 64 kilomètres, qui joint le village à la ville de Guelma, les 42 kilomètres à parcourir jusqu'à Aïn-Beïda étant encore en piste. Néanmoins un service régulier de voiture, en correspondance avec la diligence de Guelma, met directement en communication cette dernière ville avec Aïn-Beïda.
       La pittoresque route de Guelma à Sédrata atteint en de certains endroits des altitudes de près de 1.000 mètres. Elle franchit, vers le milieu de son parcours, les sauvages défilés qui séparent la région des Hauts Plateaux de la plaine où la Seybouse décrit son cours sinueux avant d'arriver aux gorges du Nador, dont la brèche s'aperçoit de la route au milieu d'un chaos de montagnes et de collines, où succèdent à de riants et frais vallons, parsemés de moissons et de bouquets d'arbres, de plus en plus rares à mesure que l'on s'élève, des massifs montagneux, dont les cimes chenues, la plupart du temps recouvertes de neige en hiver, affectent des formes bizarres où l'œil, l'imagination aidant, voit des pyramides, des profils de bouledogue ou d'autres animaux aux formes déjetées, monstrueuses, apocalyptiques. Arrivé au seuil des Hauts Plateaux on voit encore au-dessous de soi la route serpentant le long des flancs de la montagne pour atteindre, après maints lacets audacieux surplombant des précipices à pic, l'altitude où l'on se trouve et d'où, après un long détour de la route, on descend vers Sédrata, dont l'on aperçoit, au fond d'une longue plaine, les deux groupes d'habitations, l'ancien et le nouveau villages, qu'un trait d'union de verdure, une allée d'arbres, relie entre eux.

      La famille MORELLI un lundi de Pâques en cariole Josette, Simone, Paul etc..et la traction citroën en panne remorquée par un attelage, ce fut une journée mémorable...

      L'ancien village est le siège administratif de la commune, dont les bâtiments s'aperçoivent à peine derrière de grandes pépinières plantées d'arbres d'essences diverses par les soins de M. l'administrateur Fenech, le premier fonctionnaire appelé à la tête de cette commune depuis le transfert de son siège à Sédrata. Les deux pépinières séparées par une large avenue conduisant au bordj de l'administrateur, viennent se terminer près d'une vaste esplanade où, tous les vendredis, se tient un des plus important marché de la région, dont le produit minimum, entre les droits de marché et ceux perçus sur les magasins. et le fondouk qui l'entourent, peut être évalué à 25.000 francs par an. Quelques habitations européennes et un seul service public, celui des postes, sont groupés autour de ce centre commercial, où tous les Arabes de la contrée viennent, le jour du marché, écouler leurs produits.

     Á un kilomètre de là, vers l'est, a été bâti le nouveau village où demeurent tous les colons concessionnaires où acquéreurs de terres domaniales. La route d'Aïn-Beïda le traverse, plantée d'arbres sur tout son parcours d'un village à l'autre. Il est situé au pied d'une colline peu élevée dominant toute la plaine environnante, de 7 à 8 kilomètres de longueur sur une largeur à peu près égale. Les terres, cultivées par les indigènes de temps immémorial, mais d'une manière tout à fait primitive, ont été obtenues de ceux-ci par voie d'échange à l'amiable.
      Elles sont, en général, de très bonne qualité, surtout à l'est de la plaine, où se trouvent de vastes prairies naturelles connues par les Arabes sous le nom de "Merdjà-EI-Khil" (la plaine des chevaux) en raison du grand nombre de ces animaux, à l'élevage desquels l'indigène se livre.
    Cette plaine est traversée par la route de Sédrata à Souk-Ahras, longue de 52 kilomètres.

      Le cirque a des hauteurs qui l'environnent de toutes parts, assure sa fertilité par l'abondance des eaux qu'il lui verse en permettant une facile irrigation de toute son étendue cultivable. Des travaux de dessèchement importants y ont été exécutés. Ils consistent en canaux de dérivation des eaux pluviales qui, ainsi, ne restent point stagnantes et ne risquent point de devenir une cause des fièvres paludéennes. L'état sanitaire du nouveau, comme de l'ancien village, s'est d'ailleurs notablement amélioré depuis l'achèvement de ces travaux et on peut dire qu'à l'heure actuelle il n'est nullement compromis.

      La colonisation, bien que récente, paraît devoir prospérer. Les terres ont été bien distribuées et sont d'une étendue suffisante. Les premières récoltes ayant réussi, le colon n'a pas eu de motif de découragement. La plupart d'entre eux possèdent 40 hectares et presque tous pratiquent une petite industrie qui peut les mettre à l'abri du besoin si une mauvaise année vient à se présenter.
Les acquéreurs de lots de ferme possèdent jusqu'à 100 hectares où ils peuvent concurremment avec la culture des céréales, entreprendre l'élevage du bétail.
Parmi les colons de la première heure dont les efforts courageux ne tarderont pas à transformer la région en une petite Arcadie moderne, nous devons mentionner:

MM. Acquatalla, Alfonsi, Bernard, Carpanetti, Charnallet, Corneloup, Dipace, Fontana, Gervais, Lombard, Michelangeli, MorIot, Muracciole, Ottavi, Roux-Mollard, Rüdmann.
      Ce n'a pas été sans peine, toutefois, ni sans d'importantes dépenses de première installation que ce centre a pu acquérir une certaine prospérité. L'Etat y a consacré plus de 230.000 francs en construction d'édifices publics, en travaux de dessèchement, de canalisation et d'adduction d'eaux.
       Le village est traversé par trois rues parallèles à la route qui le traverse. Les constructions en sont proprettes et quelquefois même coquettes en leur joli aspect rustique.
Sur sa vaste étendue, la commune de Sédrata n'a encore que 37.834 hectares cultivés en céréales, dont 34.322 hectares aux indigènes. Les cultures de légumes et d'arbres fruitiers en sont encore insignifiantes. Le sol, cependant, d'une fertilité exceptionnelle, surtout autour des deux villages, se prête admirablement à ce genre de culture comme à la plantation de la vigne.

Cette région jouissait, d'ailleurs, dès la domination romaine, d'une excellente réputation de fécondité. Elle formait avec les régions voisines de Tébessa, Aïn-Beïda et de Souk-Ahras, cet admirable grenier de Rome dont les anciens auteurs nous parlent tant.
Il y paraît bien aux conséquents vestiges antiques découverts un peu partout dans cette commune, près de M'Daourouch comme à Tiffech (l'ancienne Tipaza) et à Khremissat, à 15 kilomètres au nord-est de Sédrata où l'on voit encore des ruines majestueuses d'arène, de mausolée, de thermes, de basilique, de forum, ainsi que les traces d'une large voie romaine.
Partout enfin, la pierre des vieux monuments parie et semble inciter le génie français à une digne et noble émulation.

Les chevaux de Tiffech, où réside chaque année une station de monte, l'une des plus importantes du département, sont réputés pour leur excellente qualité.
En dehors de ces innombrables ressources agricoles, la commune mixte de Sédrata possède, sur les flancs de ses montagnes près de 44.000 hectares de forêt, où les essences les plus communes sont le pin d'Alep et le Thuya, si estimés en ébénisterie.
Le bétail y est représenté par 180.765 têtes, dont 145.002 de race ovine et 10.011 de race bovine.

La colonisation de la région n'en est encore qu'à ses débuts, car, sur une population de 22.752 habitants, c'est à peine si la commune compte 151 colons Français et Européens.
Traversé sur sa limite orientale par la voie ferrée de Souk-Ahras à Tébessa, ce pays gagnera beaucoup au développement des voies de communication qui sont destinées à le relier aux autres centres importants du département, auquel il n'est encore qu'imparfaitement rattaché du côté d'Ain-Beïda, de la Meskiana et de Souk-Ahras.

Deux grands cours d'eau prennent leur source sur le territoire de cette commune. C'est, près de Khremissat, la Medjerda qui, de là, se rend à Souk-Ahras. Puis l'Oued-Harnimim, une des branches maîtresses de l'Oued-Cherf, qui lui-même, avec l'Oued-Zenati, contribuent à former la Seybouse. L'Oued Mellègue, le plus important des affluents de la Medjerda, forme la limite entre la commune mixte de Sédrata et celle de Morsott.
La région montagneuse et boisée de la commune serait, dit-on, riche en phosphates et mines de plomb, que le défaut de voie rapide de communication empêche seul de mettre en valeur.
Il y aurait place, dans cette commune, pour plusieurs villages prospères, comme il y eut place, dans l'antiquité, pour plusieurs villes florissantes, quand on se décidera à la peupler d'une race valeureuse et énergique de colons, car ici la terre ne saurait leur manquer, ce sont plutôt eux qui font défaut à la terre. (1)

(1) Photos et texte de M. Lombard, ex-administrateur retraité de la commune mixte de Sédrata, ainsi qu'à celle de M. Platy-Stamaty, administrateur actuel de cette commune, les documents statistiques et les renseignements qui nous ont servi à cette description.
(2) Extrait de TABLEAUTINS sur "L'extrême Orient Algérien" par A BLANC

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