PÉLERINAGE A SIDI MÉROUANE
UN VILLAGE GRÉCO-CORSE EN ALGERIE
1874-1962
-
De gauche à droite: Jean-Louis Negroni ; Jean-Marie Ragazzacci ; François Garedacci (Le Maire de Cargèse) ; Alain Fenech-Stephanopoli (Initiateur et Organisateur du voyage) ; Jean-François Colonna ; Eliane Casta ; Jean-Gabriel Colonna de Leca ; Charles Zanetacci ; Charles Voglimacci ; Nicolas Zanetacci ; Noëlle Colonna de Leca ; Brigitte ; Justine Voglimacci-Frmigacci ; Jacques Bastianesi

Une importante délégation française, composée de 22 personnalités, dont le consul général de France à Annaba, s'est rendue, dans la commune de Sidi Mérouane, au nord de la wilaya de Mila, pour assister au lancement de l'opération consistant à transférer une cinquantaine de tombes depuis le cimetière chrétien de la ville à l'ossuaire de Chelghoum Laïd.
Outre le consul, étaient également présents le maire de la ville Corse-de-Cargèse, des membres des familles de personnes enterrées dans ce cimetière, ainsi qu'une équipe de la télévision France 3 (bureau de Corse), dont la mission est, selon son envoyé spécial, de réaliser un film documentaire sur l'opération.
Interrogé par nos soins, le consul général de France fera savoir que "des opérations analogues seront entreprises au courant de l'année 2007, à l'ouest et au centre d'Algérie". Écrit par Kamel Bouabdelah : journaliste au journal liberté

Paysages de sidi Mérouane, le nouveau pont et le barrage Beni Haroun

Vue de la retenue du barrage, Noëlle et Jean-Louis Negroni, Jean-Marie Ragazzacci, Michou...et une rue de sidi Mérouane
Visite du groupe Corse au cimetière, rue de la ville, vestiges d'une maison grecque avec ses escaliers particuliers
Vues de la maison de Stamata

SIDI MÉROUANE PAR GOOGLE
Maisons grecques restaurées

Vue des rues de Sidi Mérouane

De G à D : avec l'écharpe, le Président du club local ; Jean-Gabriel Colonna de Leca ; l'ajoint au maire de Sidi Mérouane (Abdel Majid).

LA MAISON DE STAMANTA ET DE JEAN-DOMINIQUE VOGLIMACCI

HISTOIRE de SIDI MÉROUANE

Extrait de : Etudes Laconiennes
MICHEL STÉPHANOPOLI DE COMNENE 1874-1962
Communiqué par Noëlle & Jean-Louis Negroni

- 1871. La décision de créer un centre de colonisation à Sidi Mérouane a été prise par les autorités françaises après les révoltes en 1871 du chef de la région de Sétif, Mokrami, immédiatement suivie, après sa défaite, par celle du marabout Moulay Chekfa dans la région de Mila.

- Battu à trois reprises, il se rendra le 21 août. Une partie des terres appartenant aux rebelles, inexploitées, seront séquestrées.

La France décidera de créer dans ces régions des centres de colonisation en faisant appel à la population de plusieurs régions françaises.

- 1874. C'est ainsi qu'au mois de mars 1874 trois Cargésiens d'origine grecque, "dont Theodore Voglimacci, âgé de 43 ans, et un Frimigacci " , délégués par environ 40 chefs de famille, rencontrent sur le site de Sidi Mérouane le colonel du génie Renoux et le secrétaire général de la préfecture de Constantine venus étudier l'emplacement du village qui doit être créé. A cet effet, ils ont visité avec soin les positions de Ferdouah et de Sidi Mérouane.

Les conclusions qu'ils tirent de la rencontre et de l'étude du site sont positives comme le montrent les rapports adressés par les deux représentants du gouvernement au gouverneur général Chanzy.

Dès lors, tout ira très vite. Les Cargésiens volontaires pour partir présenteront leurs dossiers, le gouverneur général donnera l'ordre de préparer les lots, et, dès le mois de novembre les premiers colons seront à pied d'oeuvre.

Trois ans plus tard le village sera construit et 80 colons mis en possession de leurs lots.

Nous allons voir qui étaient ces derniers, ce qu'ils trouvèrent, ce que fut l'apport de l'Etat, avant de parler de la vie et de l'évolution de la colonie.

réf: 1. Archives d'Outre-Mer, A.O.M. Aix en Provence - ALG - G.G.A.L28.(23.03.1874.

CHAPITRE 1

La période préalable au départ

1875

L'attribution des concessions s'accompagnait des exigences suivantes: - Pour le gouvernement: Il promettait des concessions dotées des infrastructures nécessaires à la vie des colons et à la mise en valeur des terres.

- Pour les candidats: ils devaient être français, de bonne moralité, cultivateurs, disposer d'un revenu suffisant pour subvenir à leurs besoins pendant la première année (les dossiers faisant apparaître un revenu inférieur à 2.000- francs n'étaient pas retenus), avoir du matériel agricole et du bétail.
Ils bénéficiaient, en outre, de la gratuité du voyage en 3e classe, d'Ajaccio à Bône, et Philippeville, et de l'exonération des frais de transport des biens personnels, à concurrence de 100 kilos.

Qui étaient les candidats au départ ? Dans son rapport du 23 mars le colonel Renoux présente comme suit les trois délégués Cargésiens: "Ce sont de véritables cultivateurs, ils sont robustes et intelligents, leurs observations ont été celles de travailleurs très pratiques .... Il paraîtrait, que cette population est très morale et très religieuse, et qu'il est rare que la justice ait à s'occuper d'elle.

Rien ne conviendrait mieux à l'Algérie que des immigrants de cette espèce qui possèdent ce qu'il faut pour bien s'installer et dont l'énergie semble promettre une résistance vigoureuse s'ils se trouvaient provoqués ou inquiétés par les indigènes".

Le gouverneur général Chanzy écrira en marge de cette appréciation:
"Très bon choix .... mais ne pas dépasser la proportion que j'ai indiquée". Il écrira plus loin: "ils formeront un noyau de colonisation excellent".

De son côté le secrétaire général de la préfecture de Constantine écrit à Chanzy le Il avril2: "Nous ne saurions avoir de meilleurs éléments pour la colonisation. C'est une race vigoureuse, apte au travail, et ayant des sentiments de solidarité et de religion tels qu'il en existe rarement aujourd'hui". "Leurs trois délégués nous ont fait la meilleure impression".

D'après l'étude de Madame Marie Claude Bartoli 3235 Cargésiennes et Cargésiens sont partis, soit 22% des 1078 habitants constituant en 1872 la population de Cargèse qui tombera en 1876 à 849 habitants soit une perte de 229 personnes en quatre mois.

D'après les trois délégués, 80 familles souhaitaient quitter Cargèse, 18 d'entre elles, dont les ressources variaient de 3.000 francs à 15.000 francs, étaient prêtes à partir immédiatement.

Qui étaient- elles?

Nous nous sommes basés sur "l'état de lotissement du village de Sidi Mérouane et du hameau de Ferdouah "du 3 janvier 18824, qui donne les dates de mises en possession des concessions et les noms des attributaires pour les années 1875 - 1876 - 1877. (Extraits - Annexes 1 et 2).

Il y eut, au total :11 familles Dragacci, 10 Regazacci, 8 Fremigacci, 6 Voglimacci, 5 Zanettacci, 4 Exiga, 4 Garidacci, 3 CorIizi, 3 Stephanopoli, 3 Lugaro, 2 Fieschi, 2 Frangolacci, 2 Petrolacci, 1 Dapello, 1 Marti, 1 Cailly, 1 Capodimacci, 1 Casta, 1 Peri, 1 Sari, 1 Giovanelli, 1 Frimigacci, 1 Poltronacci, 1 Rocchiccioli, 1 Giusepacci-Stephanopoli, 1 Basteil, 1 Castillon, 1 Ranchin.

Les chefs de famille étaient pour la plupart cultivateurs; on relève cependant quelques autres professions: tailleur (Auguste Cailly), laboureurs (Dimo CorIizi et Bonaventure Dapello), maçons (Louis CatilIon, Philippe Casta, Thomas Rocchiccioli). Garde-champêtre (Polymène Dragacci). Médecin de colonisation (Pierre Petrolacci). Ancien douanier (Jean Fremigacci). Forgeron (Drago Garidacci). Capitaine en congé de retraite (Elie Garidacci-Stefanopoli). Marin (Antoine Sari).

Tous les membres de cette communauté se connaissaient et nombreuses Ils se retrouvaient, donc, animés d'une volonté farouche de vivre et de se développer sur une terre nouvelle.

Le secrétaire général de la préfecture de Constantine avait écrit le Il avril 1875: "

Le territoire de Zouagha leur a parfaitement convenu, mais ils veulent être placés tous ensemble .... Ils voudraient être installés à Ferdouah et à Sidi Mérouan et demandent qu'on réserve tous les lots de ces deux villages pour leurs compatriotes qui les rejoindront d'ici à un an .... Ils désirent amener avec eux un instituteur, grec comme eux, un prêtre appartenant au rite orthodoxe grec, et un médecin de Cargèse, docteur de la faculté de Montpellier.

La lecture des dossiers administratifs, fait ressortir les particularités de certains cas. Par exemple celui d'Auguste Cailly, né à Chalons s/Marne, mari de Venitia Dragacci.

Le commentaire accompagnant son dossier nous apprend qu'il est tailleur, fils d'agriculteur, apte aux travaux agricoles. Militaire pendant 7 ans, il a quitté le service militaire en 1871. Il désire se fixer avec sa famille près de ses beaux-parents où il réside depuis deux mois.

"Il n'est pas grec d'origine, écrit l'administrateur de la colonie, mais il est marié à une jeune fille de Cargèse. Les habitants de Sidi Merouane l'acceptent au milieu d'eux".

Nous retrouverons plus loin cette idée "d'acceptation au milieu d'eux".

Les observations relatives à la demande de concession d'Antoine Sari sont d'une toute autre nature.

Il s'agit d'un ancien marin, né a Ajaccio, mari de Stamata Regazacci. "Il a travaillé à la culture avec ses beaux-frères qui ont obtenu des concessions dans le département de Constantine. Le demandeur est sain et vigoureux; dirigé par sa femme qui entend très bien la culture il réussira et fera prospérer sa concession".

Il est un point que la sécheresse des dossiers n'évoque pas et qui malgré tout s'impose: c'est la détermination qu'il a fallu à neuf veuves, mères de famille, pour vendre leurs biens, quitter le village où elles étaient nées et s'installer en Algérie.

- Six seront mises en possession en 1875, dont quatre à Sidi Mérouane, les 6 et 7 janvier: Argina Exiga 5 enfants, qui demandera le 12 août 1878 un passage gratuit pour aller en Corse vendre ce qu'elle a, pour subvenir aux dépenses urgentes de sa famille. Dévote Garidacci 4 enfants, Marie Dragacci 3 enfants, Sebastiana Regazacci, 4 enfants, et deux à Ferdouah le 16 mai: Veneziana Corrizi et Marie Jeanne Lugaro.

- Une le sera le 29 décembre 1876 à Sidi Mérouane: Cécile Garidacci 4 enfants.

- Deux le seront le 12 avril 1877 à Sidi Mérouane : Marie Garidacci 5 enfants, et Stamata Petrolacci 35 ans, 7 enfants. Une autre veuve, Marie Frimigacci, décèdera sans avoir pu reconnaître sa concession. Elle sera évincée par arrêté du 8 mars 1881, et sa concession attribuée le 24 juin 1882 à Joseph Pinelli qui avait épousé Juliette Voglimacci. Il y eut, au total , pour les trois premières années, 80 familles comme prévu en 1874, ce qui montre la rapidité avec laquelle les demandes furent présentées et étudiées pour permettre les mises en possession rapides. Le 21 janvier 1875 la préfecture de Constantine adressait à celle d'Ajaccio la liste des Cargésiens attributaires de concessions:

30 pour Sidi Mérouane, 19 pour Ferdouah.

Il était demandé au préfet "de faire connaître leur admission à ceux de ces immigrants qui ne se sont pas encore rendus en Algérie pour prendre possession de leur concession". Au cours des mois de février et mars, le maire de Cargèse recevra la liste des noms des attributaires qui n'avaient pas pris possession de leurs lots. Ce dernier répondra que:

" onze d'entre eux ne pourraient quitter Cargèse qu'au mois de septembre, après les récoltes:
- 7 pour Sidi Mérouane: Theodore Frimigacci, Etienne Frimigacci, Elie Frimigacci, Michel Voglimacci, Basile Voglimacci, Nicolas Frangolacci, Michel Regazacci.
- 4 pour Ferdouah: Jacob Nicolas Beek, Constantin Fremigacci, Démétrius Fremigacci, Démétrius Voglimacci.
" Par contre, treize autres attributaires pourraient quitter Cargèse dans les premiers jours du mois d'avril.
- 2 pour Sidi Mérouane: Jacques Paolantonacci, Ange Antoine Regazacci.
- Il pour Ferdouah: François Antoine Simoni, Dimo Ragazacci, Constantin Corizzi, Nicolas Frimigacci d'Elie, Drago Garidacci, Antoine Frimigacci, Jean Papadacci, Drago Poltronacci, Julien Bastel, Grégoire Donzella, Nicolas Garidacci.

Le 19 mars, la préfecture de Constantine demandait à celle d'Ajaccio de mettre en demeure les colons attributaires de rejoindre leurs concessions. Il n'était pas exigé que toutes les familles viennent immédiatement car elles ne trouveraient pas à s'abriter convenablement pendant la saison d'été. Il faudrait que seuls les chefs de famille prennent possession de leurs terres avant le lier mai, ce qui leur permettrait de construire leurs maisons avant le mois de septembre au cours duquel leurs familles pourraient arriver.
Au delà du 1 er mai, le préfet se réservait la possibilité de disposer des terres des attributaires qui ne se seraient pas présentés. La comparaison des noms des concessionnaires mis en possession en 1875 - 1876 - 1877 avec ceux du 21 janvier 1875), permet de voir que quatre attributaires prévus pour Sidi Mérouan ont été éliminés:

Etienne Fremigacci, Jacques Paolantonacci, Basile Voglimacci, Etienne Zanetacci-Stefanopoli.
Par contre: Elie Frimagacci apparaît sur la liste des concessionnaires de Ferdouah en 1877, et Michel Voglimacci sur celle de Sidi Mérouan en 1877. La liste des concessions de Sidi Mérouane (état de 1882), comporte finalement: 2 attributaires prévus à l'origine à Ferdouah: Ange Antoine Regazacci et Drago Garidacci, et 5 nouveaux noms: Theodore Zanetacci,
Dévote Garidacci veuve, Michel Nicolas Garidacci, Pierre Petrolacci, Sebastiana Regazacci veuve.

En ce qui concerne Ferdouah, sur les Il attributaires cités le 21 janvier 1875, Il n'apparaissent pas sur l'état de 1882: Jean Papadacci, Antoine Frimagacci, Jacob Nicolas Beek, Michel Regazacci, Constantin Frimagacci, Constantin Corrizi, Grégoire Donzella, Nicolo Gari dacci , Démétrius Voglimacci, Napoléon Villa.

L'installation : Les colons partiront dès la fin du mois d'octobre 1874, le 21 ou le 28. Ils embarqueront sur le Malvina, ou sur le Bastia appartenant à la Compagnie Valérie Frères et Fils qui assure une liaison hebdomadaire, le mercredi, d'Ajaccio à Bône;
Le "Malvina" est décrit comme suit: "petit paquebot de fer, longueur 71,12 mètres, largeur 9,16 mètres, vitesse la noeuds". Parti à 17 heures il met plus de 24 heures pour arriver à Bône.
Comme nous l'avons vu le gouvernement offre aux émigrants le voyage en 3éme classe et la gratuité du transport de leurs biens à concurrence de 100 kilos. Les colons partent avec des semences, des instruments aratoires, des mulets, chevaux et bovidés.
De Bône les colons rejoindront Guelma (88 km) par chemin de fer.
De là ils devront se rendre à Sidi Mérouane à pied, les chariots mis à leur disposition étant destinés au transport de leurs biens. Il leur reste à parcourir environ 100 km d'une route achevée sur 20 km., le reste étant en cours d'achèvement, ou encore à l'état de chemin muletier.
Ils passeront par Constantine, puis Grarem (à une altitude de 333 mètres). De là, avant de commencer leur descente vers l'oued El Rhumel, ils apercevront leur futur territoire.
Après la traversée de l'oued à 179 mètres d'altitude, il commenceront à remonter la côte sur 4 kilomètres, par un chemin en lacets, pour redécouvrir Sidi Mérouane à 323 m.

En 1882 -1883, le Génie Militaire construira un pont de pierre long de 82 m, large de 3,45 m, suffisant pour le passage des pièces d'artillerie, haut de 24 m. Il sera toujours en service en 1962.
Notons que les colons qui débarqueront à Philippeville devront faire le trajet jusqu'à Sidi Mérouane à pied, la ligne de chemin de fer en cours de construction vers Constantine sera terminée en 1881.
Au terme de leur long et difficile voyage les colons sont enfin à pied d'oeuvre.
Le chemin qui vient de Grarem prend fin au début de la future rue centrale de Sidi Mérouane dont l'allotissement est terminé.
Cette rue va du nord au sud, et monte sur environ 400 mètres jusqu'à une esplanade où sera construit à gauche le fort, avec, en face de l'entrée, une grande baraque et un lavoir. De part et d'autre de la rue centrale, des rues plus petites délimitent les espaces, cinq à l'ouest et quatre à l'est, à l'intérieur desquels seront dessinés les lots urbains On peut imaginer, alors, la satisfaction des colons qui trouvent quatre sources près de Sidi Mérouan et deux près de Ferdouah. (Une tradition locale prétendait que le marabout Sidi Mérouan se trouvant en ce lieu par un jour de très forte chaleur, frappa le sol avec son bâton et fit jaillir une eau fraîche et abondante. Il semble plutôt que bien avant l'exploit du saint homme, les Romains aient exploité l'eau de cette région comme le montrent les canalisations trouvées dans la région.

En mars 1874, le Colonel Renoux avait écrit: "Les terres sont remarquablement bonnes, les sources abondantes à proximité de l'emplacement projeté des deux villages. Cet emplacement parait bien choisi, Le sol est en partie propre aux cultures sarclées, les céréales y viennent abondamment, la vigne y prospère très bien." En 1876, dans la "Géographie de l' Algérie", l'auteur, après avoir rappelé le peuplement par des Corses d'origine grecque, écrit: "Il est impossible de rêver plus belle position que celle de Sidi Mérouan dominant le confluent de l'oued Endja et de l'oued Kebir, bâti sur l'éperon qui sépare ces deux rivières, en face du massif des montagnes si variées de formes de la Kabylie Orientale, terres très fertiles, beaux jardins". Le Nouveau Dictionnaire de Géographie Universelle de Vivien de Saint Martin présente Sidi Mérouan comme suit:

"Ce curieux village grec-corse-français, fondé en 1875 n'a pas conservé son nom de Cargèse ou Nouvelle Cargèse; il est resté dans l'usage puis est redevenu officiellement Sidi Mérouane ....
C'est incontestablement un des centres les plus prospères de l'Algérie".
En fait qu'ont trouvé les colons à leur arrivée ?

De nombreuses sources et une terre que les délégués avaient jugé bonne. Par contre les infrastructures nécessaires à leur installation et à la mise en oeuvre du territoire, n'étaient pas suffisantes. Il y avait, à leur sujet, entre le colonel Renoux et le gouverneur général Chanzy une différence de conception. Le premier avait une position d'attente qui pouvait se résumer comme suit:

- Ne remettre les lots de terre qu'au fur et à mesure de l'arrivée des familles;
- Chaque colon bâtira sa maison et les dépendances nécessaires;
- L'Etat n'aura à s'occuper que des chemins d'accès conduisant de Mila à chacun des deux centres.
- Inutile de faire immédiatement une conduite d'eau, puisque les sources se trouvent à proximité des deux centres.
- On devra ajourner la construction des édifices communaux jusqu'au moment où la population gréco-française sera suffisante pour nécessiter des dépenses de la part de l'Etat.

L'avis du second est différent. Il écrira en marge des propositions Renoux: Hâter le lotissement, (il sera commencé dès le mois de juin), et tous les travaux, et ne pas perdre de vue que ces villages doivent être peuplés le l er septembre prochain. -
Il y aura à empierrer les rues, faire les plantations, construire le lavoir, ainsi que l'école, ou la mairie, ou l'église, le bâtiment construit servant provisoirement aux trois besoins.
- La population ne devra pas arriver successivement. "Le mieux serait de hâter le lotissement et d'admettre de suite les colons du pays qui s'installeraient l'été et qui seraient une ressource pour ceux qui viendraient en septembre".
Quant aux lotissements, les idées du gouverneur général Chanzy et du préfet de Constantine Desclozeaux obéiront à deux logiques différentes.
Le premier: voulait appuyer la défense du territoire sur trois points: Zouala, Sidi Mérouane et Ferdouah.
- avait approuvé le plan (présenté semble-t-il par Deslozeaux), prévoyant l'installation de trente feux à Sidi Mérouan et 20 à Ferdouah
- ne voyait pas l'intérêt d'un dépeuplement de la Corse par une immigration trop forte en Algérie.
- s'opposait à l'accroissement du nombre de lots dans le centre de Sidi Mérouane, (mais il reviendra sur ce point par la suite et autorisera la création de 30 lots supplémentaires: urbains, de vignes et de jardins, mais non ruraux).
- demandait de préparer la colonisation d'après le programme prévu, et "de ne plus perdre de temps. On devrait être à l'oeuvre depuis un mois" écrit-il le 19 mai 1874.
Le second présentera et défendra les idées suivantes:
- Zouala, Sidi Mérouane et Ferdouah ne sont distants que de quelques kilomètres. Sidi Mérouane, seul, pourrait assurer la défense du territoire en raison de sa position géographique.
- la suppression du centre de Ferdouah permettrait de réaliser des économies et d'avoir à Sidi Mérouane un poste en avant garde en pays indigène, sur un plateau élevé, en face des gorges d'El Milia et sur la frontière de la Kabylie Orientale.
"Le poste, habité par une population de hardis chasseurs, couvrira Mila contre les bandes d'insurgés qui voudraient pénétrer dans les tribus de Mila. Ils ont besoin d'être nombreux pour occuper un tel poste et défendre le réduit fortifié qui domine le village".
- enfin, "les colons veulent arriver avec leurs familles, pleins de bonne volonté, désireux de s'installer les uns près des autres afin de se soutenir de s'entraider, de se défendre".
Les relations entre les deux hauts fonctionnaires seront réellement tendues après le 25 décembre 1875.
Ce jour là le préfet écrit au gouverneur générai pour lui demander l'autorisation de supprimer le centre de Ferdouah au bénéfice de celui de Sidi Mérouane où 93 lots urbains avaient été prévus avec son accord.

Pour justifier cette demande Desclozeaux se basait sur l'accord donné par Chanzy au capitaine Stephanopoli lors d'une rencontre à Mila. Tous les colons demandent unanimement l'autorisation de construite à Sidi Mérouane tout en conservant leur concession à Ferdouah 20 "Un seul village coûtera moins cher à l'administration que deux .....
"Sidi Mérouane est un point avancé en pays indigène, il importe donc à la sécurité du pays et des colons que les habitants soient groupés et nombreux.
Les conséquences ne peuvent être supportés par des colons qui, arrives en Algérie, chargés de famille pour la plupart, tous pleins de bonne volonté, demandent à s'installer les uns près des autres afin de se soutenir, de s'entraider, de se défendre au besoin".

C'est donc avec l'accord de l'administration constantinoise que les premiers colons commenceront à se loger à Sidi Mérouane. Comment? Cette question sera réglée en deux temps:
les premiers arrivants trouveront abri dans une grande baraque d'environ 45 m2, d'un seul tenant, construite par le génie militaire près du fort. A l'intérieur, des cloisons faites de roseaux délimitent des espaces où chaque famille pourra s'installer en attendant que les maisons puissent les accueillir.
Les roseaux utilisés ont été coupés par les femmes, près de l'oued Rhumel où elles se rendaient accompagnées par deux hommes armés.

Ce sont ces mêmes Cargésiennes qui se chargeront ensuite d'apporter aux hommes dans des sacs d'alfa, les pierres qui serviront à la construction des maisons qui se fera sous la direction et avec l'aide des maçons arrivés à Sidi Mérouane.
En échange du temps ainsi consacré à l'installation de leurs compatriotes, ces derniers s'occuperont de la mise en valeur de leurs terrains.
Cette solidarité admirable des débuts est résumée par cette phrase d'Elie Rocchiccioli, fils de Thomas, qui écrira: "les premières années tout sera mis en commun. Nous avons vécu comme frères et soeurs". La maison se composera de:

- un rez-de-chaussée comprenant une salle de séjour avec une cheminée et un four à pain, et une pièce servant de grenier où étaient stockées les céréales. Une étable et un poulailler jouxtaient la maison.
- une échelle intérieure et un escalier de pierres extérieur, conduisaient à l'étage supérieur constitué par deux pièces: une pour les parents, une pour les enfants.
Souvent un banc de pierre était placé contre le mur, face à la rue. Dans le jardin potager, modeste, on trouvait souvent un figuier.
A son arrivée chaque attributaire recevra une concession, cédée à bail pour une période de 5 ans au terme de laquelle il deviendra propriétaire.
Pendant cette période, probatoire, l'administrateur de Mila, responsable de la colonie, exercera des contrôles.
C'est ainsi qu'au mois de décembre 1877 il évincera trois concessionnaires: Bastel, Mattei et Cozzifacci pour "abandon de concession depuis 6 mois, aucun signe de vie". Seul Bastel "à planté quelques arbres et pieds de vigne".
De même, il proposera de donner à François Fieschi qui réside à Sidi Mérouane depuis le 4 novembre 1874, la concession de Baptiste Donzella, évincé.
D'autres changements seront effectués pour d'autres motifs.
Par exemple Joseph Pinelli, marié à Juliette Voglimacci, obtiendra, en 1882 la concession de Marie Frimigacci, décédée sans avoir pu reconnaître sa concession. Ou encore, Démétrius Stephanopoli qui cédera son bail à Fèvre le 25 juin 1879.
Chaque colon recevra:
- Un lot urbain, dont nous venons de parler, de 2,5 ares;
- Un lot de jardin de 25 ares, destiné à la plantation d'arbres fruitiers;
- Un lot de 65 à 70 ares, destiné à la culture de la vigne, ces deux derniers situés autour du village.
- deux lots ruraux de 30 à 40 hectares, destinés à la culture des céréales, situés l'un à l'est, l'autre au nord ouest de Sidi Mérouane. On trouvera dans le lot de jardin: des amandiers, grenadiers, orangers, citronniers, abricotiers, figuiers; des oliviers seront plantés et permettront de produire de 1'huile pour la consommation familiale.

Le lot de vigne ne donnera pas de résultats satisfaisants et sera transformé, avec l'accord de l'administration, en verger. Les deux lots ruraux permettront de cultiver principalement du blé dur, mais aussi de l'orge, du sorgho, des fèves, des pois-chiches et même un peu de lin.
Pour le blé le rendement ne dépassera pas 15 quintaux/ha après 1920 et la mécanisation, alors que Renoux avait dit le 23 mars 1874 que "les céréales y viennent abondamment".
Il avait de même-écrit " la vigne y prospère très bien". Les colons élèveront des bovidés, ovidés, et porcs, ainsi que des poules, oies, canards, dindons. M. de Peyerimhoff donne les précisions suivantes dans son enquête portant sur la période de 1871 à 1895 :

- Surfaces plantées: céréales: 1.300ha, vigne 27ha, jardins (cultures maraîchères et arbustives: l0 ha.
- Bétail: boeufs 200, moutons et chèvres 325, chevaux et mulets 80, porcs
- Matériel agricole: charrues 76 (mais s'agissait-il des charrues apportées de Corse ou, totalement ou partiellement, des charrues utilisées par les Arabes?), herses 6, constructions agricoles 80.

L'installation des colons a été rapide puisque sur les 80 mises en possession décidées en 1874:
47 concessions ont été prises en charge en 187S: 30 à Sidi Mérouane, et 17 Ferdouah. 15 concessions l'ont été en 1876: 14 à Sidi Mérouane et 1 à Ferdouah. 18 concessions l'ont été en 1877: 16 à Sidi Mérouane et 2 à Ferdouah.
Comment se présentait alors Sidi Mérouan?
L'agglomération était située à faible distance du confluent de l'oued Endja venant de l'ouest et de l'oued Rhumel venant du sud. La piste venant de Grarem prenait fin au début de la rue centrale orientée nord-sud, et montait sur environ 400 mètres jusqu'à l'esplanade.
De part et d'autre de cette rue partiront quatre ruelles qui couperont la rue principale, à angle droit, délimitant des quadrilatères de 70x70m.
Côté ouest et 100x70 mètres côté est, à l'intérieur desquels les lots urbains auront été délimités. Un caniveau côté est alimentera les fontaines, lavoirs et abreuvoirs, en eau potable.
Des mûriers sont plantés de part et d'autre de cette rue principale, ce qui rappelle les mûriers plantés cent ans plus tôt devant les maisons de Cargèse.
Comme cette rue n'a pas été empierrée et qu'elle est en pente, le gravier et les cailloux dont elle a été recouverte n'empêcheront pas les fondrières de se creuser lors des fortes pluies.
Dans ce cas on installera, si une cérémonie importante est prévue, un chemin fait de planches pour permettre aux habitants de se déplacer sans trop de dommages.
A l'extrémité de la rue principale, côté est, le génie a construit un fort. Ce carré de 2.500 m2 comprend un bastion à chaque angle. A droite et à gauche de l'accès, adossés aux bastions se trouvent:
D'un côté la salle d'école de 11 m. x 5 m.; de l'autre, la mairie et le logement de l'instituteur, de 13,m.x5m. En face de l'accès, l'église construite par Philippe Casta, de l0m.x6m.; La porte d'entrée est surmontée d'un petit clocher.
Les murs du fort sont épais de 5O cm et hauts de 4 m. Les fondations de l'école abritent une citerne de 85m3 d'eau. Les toitures sont prévues pour supporter une couche de neige de 5Ocm et un vent de 70k/h.
Evolution :
Au cours de la rencontre du mois de mars 1874, les trois délégués avaient demandé l'autorisation d'arriver avec un instituteur parlant grec, élève de l'Ecole Normale d'Instituteurs d'Ajaccio, un prêtre de rite byzantin, et un médecin, tous trois originaires de Cargèse.
Le médecin, Pierre Petrolacci de la faculté de médecine de Montpellier, médecin de colonisation, arrivera le premier. Il avait reçu sa concession le 9 janvier 1875. Trois ans plus tard le 14 janvier 1878, l'administrateur de la commune de Mila écrit au préfet que le docteur Petrolacci: "promoteur de l'émigration cargésienne", n'avait pas amené sa famille en Algérie.
Agé de 60 ans, il désirait rentrer en Corse et céder sa concession (qui était importante: 47ha. 52a. 4Oca.) à Théodore Dragacci, "un des meilleurs colons de Sidi Mérouane", père de 8 enfants. L'avis de l'administrateur étant favorable le transfert sera effectué.
Au point de vue médical Pierre Pétrolacci sera remplacé par son compatriote le docteur Theodore Frimigacci-Stephanopoli.
L'instituteur, Ragazacci-Stefanopoli, arrivera en décembre 1876.

Le premier curé de la paroisse sera l'abbé Cosma Baffa, né en 1839 à San Cosmo Albanese en Calabre, où vit depuis la deuxième moitié du xve siècle une importante colonie albanaise de rite byzantin. II était arrivé à Cargèse, comme curé de la paroisse grecque le 19 octobre 1874. II en est parti peu après pour Sidi Mérouane où il célébrera le 26 mai 1876 le premier mariage entre Pierre-Paul Dragacci et Teocara Zanettacci, avec dispense épiscopale en raison de la parenté au 3e et 4e degré existant entre les futurs conjoints. Ils recevront une concession le 21 juillet 1879.
C'est en 1891 que l'abbé Jean Athanase Frimigacci-Stephanopoli, Cargésien, arrivera.

Le directeur constate qu'il a été mis devant le fait accompli. Il accepte, cependant, de lui verser l'indemnité correspondant à son titre.
Il quittera Sidi Mérouane en 1929, pour se retirer chez sa nièce à Constantine où il mourra en 1940.
Avant de partir, il aura célébré le dernier mariage Mérouanien, selon le rite byzantin, entre Demetrius Dragacci et Ninette Lugari. Mademoiselle Françoise Giovannelli qui fut une des treize derniers descendants de colons à quitter Sidi Mérouane en 1962, se souvient de l'enterrement du grand père de Michel Casta, Ziu Filippe. Il avait été porté, allongé sur un brancard jusqu'à l'église pour la cérémonie religieuse. A la fin de cette dernière le corps du défunt était placé dans le cercueil et conduit au cimetière.
Pour les baptêmes les parents se présentaient à la porte de l'église où le curé, qui les attendait, prenait l'enfant dans ses mains et le portait jusqu'à l'autel, seul, après quoi il revenait sur ses pas et remettait l'enfant aux parents qui entraient alors dans l'église avec les fidèles. La cérémonie du baptême proprement dit pouvait alors commencer selon le rite byzantin.
Après le départ de Jean Athanase Frimigacci-StephanopoIi, en l'absence de nouveau curé de rite byzantin, la paroisse de Sidi Mérouane deviendra annexe de celle de Mila.

Elle avait compté 300 paroissiens en 1876, 445 en 1891, et 480 en 1802. Ainsi organisé il ne manquait plus à l'agglomération que l'autonomie de gestion. Ce sera chose faite avec le décret du 23 novembre 1880. Sidi Mérouan deviendra commune de plein exercice d'une superficie totale de 8162 ha, incluant Ferdouah. Le premier maire sera le capitaine en congé retraite Elie GaridacciStephanopoli. Il avait souhaité partir dès le 22 ou 29 octobre 1874. Le 19 février 1876 il demandera un lot sur une rivière "pour y installer un . moulin afin d'y moudre le blé et économiser ainsi beaucoup de temps, de frais de transport .... "
Son successeur, le Capitaine au long cours à la retraite Garidacci, ouvrira les premiers registres d'état-civil et recrutera 3 cantonniers et 4 gardes-champêtres, deux européens, (l'un d'eux sera Polymène Dragacci), et deux indigènes.

Profitant de la naissance de la nouvelle commune, l'administrateur proposera de l'agrandir en lui adjoignant les agglomérations de Siliana à environ 8 kilomètres au nord est, sur la route de Mila à El Milia, et Bou Foua, qui comprenait 10 familles corses à 1 km au sud de Sidi Mérouane.

Les habitants de ces deux centres refuseront pour trois raisons: différence de religion, caractère difficile des Cargésiens et réputation qu'ils avaient de vivre entre eux, et enfin refus de fréquenter mêmes leurs compatriotes corses. (On se souvient de l'observation jointe au dossier d'Auguste Cailly: "Les habitants de Cargèse l'acceptent au milieu d'eux".
Une des conséquences des événements de 1962 a été l'inaccessibilité, momentanée espérons le, aux documents susceptibles de faire revivre la vie municipale de Sidi Mérouane.

J'ai entendu dire que certaines élections, par exemple, ont fait l'objet de pratiques qui peuvent, avec le recul du temps faire sourire, tout comme certaines libertés prises avec la rédaction des actes d'état civil, allant même, m'a-t-on dit, jusqu'au changement de patronyme, peuvent étonner et même choquer. Par contre le souvenir de l'assassinat du maire nouvellement élu, Démétrius Frimigacci, en octobre 1934 (il était le neveu de l'ancien curé), demeura dans les mémoires parce qu'entouré de mystère : crime exécuté la nuit de deux chevrotines, alors qu'il venait de quitter la maison de son ami Nicolas Giovannelli où il avait diné. L'assassin s'était embusqué dans un groupe d'arbres d'où il partit aussitôt vers l'ouest, a-t-on dit. Quoi qu'il en soit, ni lui ni son commanditaire ne seront jamais connus. Un an et demi après leur arrivé, le 25 mars 1876 le préfet Desclozeaux écrivait:

"Sidi Mérouane occupe une position magnifique avec de beaux jardins, un horizon étendu, des eaux très abondantes.. "
On imagine aisément le courage et la volonté qu'il a fallu aux colons pour mériter l'admiration du préfet de Constantine.

Environ cent ans plus tard, le Général Jean Fiorini, Mérouanien, dit, en parlant de son village "Sidi Mérouane, quant on y arrive par la route de Grarem, la plus empruntée, c'est d'abord une large tache verte qui se montre sur un terrain en forte pente" .....

Dans ce cadre magnifique les premières années ne seront pas faciles. Les récoltes, maigres, devront être défendues, nuit et jour, le fusil à la main contre les pillards venus du nord et de Kabylie à l'ouest.

1876- 1878 et 1879: les récoltes insuffisantes malgré le travail fourni, conduiront l'Etat à accorder à presque toutes les familles des aides destinées à l'achat de nouvelles semences.
En 1876 Sidi Mérouane compte 300 paroissiens.
1880: Le 27 février Philippe Casta écrit au préfet: ... "nos moyens d'existence ont cessé avec les travaux de notre route, car il nous est impossible de quitter et nos travaux des champs et nos familles exposées à la rapacité des ,Arabes nos voisins qui en notre présence .même, osent nous attaquer, ce qui nous contraint à nous former par escouades et pour les nuits en faction ..... ".
1881: D'après l'étude de Peyerimhoff il y a 660 habitants.
1884: Comme la population augmente le conseil municipal demande le 28 septembre, que 130ha de terrains communaux soient affectés à la création de concessions nouvelles destinées aux Mérouaniens qui n'en possèdent pas. Le 16 décembre le préfet refusera. Il considère que:

- les colons de Sidi Mérouan ne cessent de demander de nouvelles terres alors qu'ils ne mettent pas en valeur la totalité de leur première concession qu'ils se contentent de louer; - ce pourrait être la porte ouverte à la présentation par d'autres communes de demandes semblables.
- 1889. Une note du 25 mars signale une invasion de sauterelles qui ont causé les dégâts que l'on peut imaginer.
- Le 4 octobre, un rapport du préfet au gouverneur général fait le point Sur un plan général il reproche aux colons de certains centres, nommément désignés - mais pas celui de Sidi Mérouan, ce qui infirme l'argument avancé le 16 décembre 1884 - d'installer sur leurs concessions, et même dans les villages, des familles d'indigènes auxquels ils louent leurs terres de culture.
Par contre, il reconnaît que la plupart des communes sont impuissantes à entreprendre le plus petit ouvrage .. Sidi Mérouane est dans ce cas depuis que la commune de Grarem a été créée, ce qui a réduit les ressources municipales déjà faibles. C'est pourquoi le préfet propose de lui allouer 9.000 francs pour l'entretien des rues et des bâtiments communaux, et 1.000 F. pour le paiement de dettes non soldées faute de ressources, (fournitures diverses aux écoles et à la mairie).
- Cette année là, une bibliothèque publique est ouverte. Elle possède le 1er janvier 1890, 121 ouvrages.
- En 1891. La paroisse compte 445 fidèles.
- 1892. Le nombre d'enfants en âge de scolarité dépasse la centaine.
Le 8 mai le préfet de Constantine expose la situation au gouverneur général: il est nécessaire d'agrandir le local destiné à l'école du village par l'aménagement d'une nouvelle salle, avec préau couvert.
La moitié des enfants se trouvent privés d'instruction par suite de l'exiguïté du local existant.
- 1893; Le lier juin, le préfet propose l'agrandissement de l'école ; alors qu'ils ne mettent pas en valeur la totalité de leur première concession qu'ils se contentent de louer; - ce pourrait être la porte ouverte à la présentation par d'autres communes de demandes semblables. 1889. Une note du 25 mars signale une invasion de sauterelles qui ont dO causer les dégâts que l'on peut imaginer. - Le 4 octobre, un rapport du préfet au gouverneur général Sur un plan général il reproche aux colons de certains centres, nommément désignés - mais pas celui de Sidi Mérouan, ce qui infirme l'argument avancé le 16 décembre 1884 - d'installer sur leurs concessions, et même dans les villages, des familles d'indigènes auxquels ils louent leurs terres de culture. Par contre, il reconnaît que la plupart des communes sont impuissantes à entreprendre le plus petit ouvrage ..
Sidi Mérouane est dans ce cas depuis que la commune de Grarem a été créée, ce qui a réduit les ressources municipales déjà faibles. C'est pourquoi le préfet propose de lui allouer 9.000 francs pour l'entretien des rues et des bâtiments communaux, et 1.000 F. pour le paiement de dettes non soldées faute de ressources, (fournitures diverses aux écoles et à la mairie).
- Cette année là, une bibliothèque publique est ouverte. Elle possède le ler janvier 1890, 121 ouvrages.
En 1891. La paroisse compte 445 fidèles.
1892. Le nombre d'enfants en âge de scolarité dépasse la centaine.

Le 8 mai le préfet de Constantine expose la situation au gouverneur général: il est nécessaire d'agrandir le local destiné à l'école du village par l'aménagement d'une nouvelle salle, avec préau couvert.
La moitié des enfants se trouvent privés d'instruction par suite de l'exiguïté du local existant.
- 1893; Le 1er juin, le préfet propose l'agrandissement de l'école des garçons par la construction d'une troisième salle, d'un abri pour les archives et d'un préau couvert. Finalement Sidi Mérouan aura une école de garçons, construite près de l'esplanade et une école de filles construite dans le village.

- 1901. Le conseil municipal, appuyé par le conseil général, demande et obtient l'assèchement d'un marais dont les infiltrations polluent une source, située en contrebas, qui alimente le village.
De plus, pendant les fortes chaleurs de l'été, l'eau croupissante laisse échapper des émanations nuisibles à la santé des habitants..
- 1902. Le conseil général du département propose d'attribuer aux colons restés à Sidi Mérouane dix hectares supplémentaires. En effet, ils ne sont qu'agriculteurs, le développement des familles a été très rapide et la plupart d'entre elles ont de 7 à 9 enfants.

La préfecture refusera pour deux raisons: d'une part, presque toutes les concessions atteignent la surface maximale de 40hectares fixée par le décret du 30 avril 1875; d'autre part les terres nouvelles ne pourraient être attribuées qu '.en dépossédant les indigènes de la tribu des Zouaghas qui s'y refusent.
- 1903. La paroisse de Sidi Mérouane a 480 fidèles, chiffre élevé qui tient certainement compte des colons Cargésiens installés dans d'autres centres et notamment à Siliana après 1883.
D'après le Dictionnaire des Communes d'Algérie il y avait cette année là 305 Français.
- 1914. Les hommes sont mobilisés. Leurs femmes gèreront leurs exploitations avec autorité, compétence et courage.
- En 1918, le village n'a plus que 136 habitants.
- 1920 - 1934. L'eau d'abord, l'électricité ensuite sont installées dans les maisons.
- 1923. Les habitants demandent que 350 hectares de terrains communaux soient attribués aux fils des 25 colons anciens combattants, en raison de l'insuffisance de rapport du patrimoine et afin d'éviter l'exode qui se produit au détriment de la colonisation. Cette demande sera rejetée, comme les précédentes.

- 1938-1939. La mévente du blé accélère le départ des colons qui vendent leurs exploitations trop petites pour être rentables à quelques colons qui, agrandissant leur domaine, en mécanisent l'exploitation.
- 1939 à 1945. Nouvelle mobilisation qui, après 1942, conduira les Mérouaniens en Tunisie, Italie, Métropole et Allemagne.

René Guérard, madame Guérard (mère); Dédée niéce Guérard; Stamata-DRAGACCI épouse Voglimacci; Anna-Maria Dragacci; Jean-Dominique Voglimacci:

- En 1946, la population n'est plus que de 65 habitants. Jour après jour le village perd son âme.

- 1945 - 1962. Les insurrections des 8, 9 et 10 mai 1945, la rébellion de 1954 et l'insurrection du 20 août 1955 dans le quadrilatère Djidjelli, Bône, Guelma, Constantine, n'auront aucune répercussion à Sidi Mérouane qui restera calme. Les relations entre les deux communautés sont bonnes et confiantes. Les Arabes parlent même le corse.
- Fin 1955 la 9éme Compagnie du 3éme Bataillon du 51 éme R.I. assure la protection de Sidi Mérouan; elle sera remplacée vers 1960 par la 13éme Compagnie. Elle y restera jusqu'à 1962.

- Après 1958, et plus encore après l'opération "Pierres Précieuses" du Général Challe, la liberté de circulation est rétablie vers El Milia et Djidjelli.
- 1962. A partir du mois de juillet la situation change avec l'arrivée dans le Constantinois de bandes armées et des autorités algériennes, étrangères à la région, qui avaient vécu toute cette période en Tunisie. Seules vivaient alors à Sidi Mérouane quelques familles descendantes des premiers colons.
Malgré les promesses qui leur avaient été faites elles furent contraintes de partir dans les conditions que chacun connaît.

D'après les renseignements recueillis, il s'agissait de:
René Zannettaci et sa femme; Michel Ragazzacci et sa femme (ils embarqueront le 5 octobre); Joseph Giovannelli et sa soeur Françoise; Alex Zannettaci et sa femme; Albert Fennech, sa femme Marthe Zannettacci et eur fils Alain· Michel Casta; Françoise Dragacci; soit treize personnes. Seule une quatorzième Mérouaniènne, Cécile Garidacci décidera de rester et ne subira aucune brimade.
Il y avait le jour du départ du dernier descendant des premiers colons, 88 ans que les premiers Cargésiens étaient arrivés. Comme dans tous les villages l'activité de Sidi Mérouan était entièrement consacrée aux travaux agricoles et à l'élevage auxquels les Arabes participaient. Les jours de repos étaient réservés aux réunions entre les familles, très souvent parentes, toujours gaies et animées. Il y avait aussi les parties de cartes et de dominos au café, ou les réunions sur l'esplanade devant la buvette adossée au mur du fort, devant l' espace réservé aux joueurs de boules. Mais, par dessus tout, les hommes chassaient. Le territoire était très giboyeux: lièvres, perdrix, perdreaux, bécasses, sangliers .... Il Y avait aussi, à un degré moindre, la pêche d'aloses qui remontaient jusqu'au Beni Haroun, de barbeaux et d'anguilles, dans le Rhumel. En fin d'année les familles se retrouvaient, les unes chez les autres, pour "tuer le cochon". Cette activité, festive, permettait aux familles séparées de se retrouver.

En été, les samedi et dimanche proches du 14 juillet étaient l'occasion de fêtes. A titre d'exemple les 16 et 17 juillet 1927, quatre petites pièces de théâtre: "Les petits métiers des rues", "En Alsace", "Les débuts d'un sous-préfet", "La punition de Josette", ont été jouées par la jeunesse Mérouanienne: Marianne Ragazzacci, Cécile Paolantonacci, Marc Sari, Catherine Lugaro, Dimo Ragazzacci, D. Lugaro, A. Paolantonacci, André Sari, V. Lugaro, F. Sari, Pierre Lugaro, Françoise Giovannelli.
Le programme prévoyait le lever de rideau à 21 heures, un concert donné par un orchestre pendant l'entracte, et un grand bal après la chute du rideau. La fête se déroulait sur l'esplanade, en face du fort, sous des lampions multicolores.
Le 12 décembre, le village fêtait son Saint protecteur, Saint Spiridon.
Le Vendredi Saint était marqué par la procession de l'Épitaphios dans le village, accompagnée de nombreux coups de fusils afin d'empêcher le diable de prendre le pouvoir.

Au fur et à mesure de l'installation des descendants des premiers colons dans d'autres centres, Grarem, Siliana, Gravelotte, Catinat, Levasseur, Lutaud, ou dans les villes du Constantinois: Constantine, Sétif, Batna .... , les événements familiaux importants donnaient lieu à des déplacements de plusieurs jours, à dos de mulet ou de cheval vers les centres voisins ou avec la diligence vers Constantine.
Ce dernier voyage, peu confortable, durait 6 heures. Après 1920, il ne durera plus que 2 heures avec un petit car automobile de quelques places mis en service par Monsieur Lugaro.
En été, de nombreux colons, munis de certificats médicaux partaient faire des cures à Orezza et à Guagno pour y soigner anémies, paludisme, troubles digestifs et affections oculaires (de nombreuses personnes souffraient d'ophtalmies).

Lorsqu'ils ne quittaient pas l'Algérie en été, les colons allaient aux bains sulfureux des gorges de Beni Haroun, distantes de 10 kilomètres environ, au nord, par un chemin muletier qui suivait l'oued El Kebir. Ces eaux soignaient les rhumatismes, angines chroniques, maladies de la peau, et rages de dent. Le confort était inexistant et les curistes s'abritaient dans les grottes. La nuit les hommes montaient la garde à tour de rôle, le jour ils chassaient et pêchaient.

Après 1920, avec l'utilisation des voitures automobiles, les colons allaient au bord de la mer au Rocher aux Moules, à l'embouchure de l'oued El Kebir en empruntant la route qui venait de Grarem. A cette époque, les femmes se baignaient en chemise et les hommes en caleçon long et tricot. Ils formaient une chaîne en se tenant par la main car peu d'entre eux savaient nager et la mer était souvent forte.

Après le bain les femmes cuisaient les moules, abondantes et savoureuses. Lorsqu'ils ne rentraient pas le soir chez eux, les colons campaient à la belle étoile, sur la plage ..

ANNEXE 1 ; 3.01.1882
DATES DES MISES EN POSSESSION ETAT DE LOTISSEMENT
Village de Sidi Mérouane

1875 1876
Voglimacci Jean /' 5-01-75 Fremigacci Démétrius 22-01-76
zanetacci Theodore Etienne 5-01-7~ Cailly Auguste 27-12-76
zanetacci Theodore Marc 6-01-75 Capodimacci Nicolas 27-12-76
Veuve Exiga Argina (de Dominique) 6-01-75 Regazacci Jean 27-12-76
Dapello Bonaventure 6-01-75 Lugaro Marc Ange 29-12-76
Zanetacci Theodore, père 7-01-75 Veuve Garidacci Cécile 29-12-76
Fremigacci Jean 7-01-75 Dragacci Pierre Jean 29-12-76
Veuve Garidacci Dévote 7-01-75 Casta Philippe 30-12-76
Veuve Dragacci Marie 7~01-75 Peri Jérome 30-12-76
Dragacci Elie 7-01-75 Dragacci Pierre Paul 30-12-76
Dragacci Théodore, père 7-01-75 Sari François 30-12-76
Garidacci Michel Nicolas 8-01-75 Ragazacci Démétrius 30-12-76
Voglimacci Nicolas 8-01-75
Dragacci Jean 8-01-75 1877
Marti Pierre 8-01-75 Dragacci Etienne 22-01-77
Frangolacci Théodore 9-01-75 zanetacci Antoine 22-01-77
Exiga Jean 9-01-75 Fremigacci Drago 22-01-77
Petrolacci Pierre 9-01-75 Regazacci Pierre 22-01-77
Dragacci Pierre 9-01-75 Regazacci Constantin 10-04-77
Regazacci Ange Antoine 9-01-75 Voglimacci Michel 10-04-77
Stephanopoli Elie 9-01-75 Regazacci Michel 10-04-77
Voglimacci Théodore 10-01-75 Voglimacci Jean 10-04-77
Exiga Elie 10-01-75 Voglimacci Constantin 10-04-77
Corrizi Dominique,ou Dimo 10-01-75 Fremigacci Elie 10-04-77
Garidacci Drago 11-01-75 ~ragaCci Polymène 11-04-77
Regazacci Michel 11-01-75 Lugaro Dominique 12-04-77
Fieschi Charles Marie 11-01-75 Giovanelli Joseph 12-04-77
Fremigacci Theodore 11-01-75 Veuve Regazacci Marie 12-04-77
Dragacci Michel 12-01-75 Veuve Petrolacci Stamata 12-04-77
Veuve Regazacci Sébastina 12-01-75 Fremigacci Jean 25-06-77

ANNEXE 2
1875

LISTE DES ATTRIBUTAIRES DE CONCESSIONS.
Village de Sidi Mérouane
Noms & Prénoms des Concessionnaires : Zanettacci Théodore Fieschi Charles Marie Fremigacci Théodore Fremigacci Jean Dracacci Elie Dracacci Michel Dracacci Jean de Polymene Dracacci Pierre D'Appello Bonaventure Fremigacci Etienne Fremigacci Elie Exiga Jean Ragazzacci Michel Corrizi Dime Frimigacci Théodore Voglimacci Jean Voglimacci Théodore 'f.. Paglantonacci Jacques Voglimacci Michel Zanettacci Théodore Voglimacci Basile Frangolacci Nicolas Voglimacci Nicolas vve Dracacci Marie Stephanopoli Elie Frangolacci Théodore Exiga Elie Zanettacci Stéphanopoli Etienne Marti Pierre Dracacci Théodore

LISTE DES ATTRIBUTAIRES DE CONCESSIONS
Village de Ferdouah

Raggazzacci, Ange Antoine Exiga, Michel Papadacci, Jean Frimigacci, Antoine Simoni, François Antoine Beek, Jacob Nicolas Poltronacci Drago Ragazzacci Dime Ragazzacci, Michel Frimigacci, Constantin Bastel, Julien Corrizzi, Constantin Donzello, Grégoire Frimigacci, Nicolo d'Elie Frimigacci, Demétrius Garidacci, Nicolo Garidacci, Drago Voglimacci, Démetrius Villa Napoléon

Nous remercions chaleureusement Noëlle et Jean-Louis Negroni pour leur gentillesse, leur disponibilité et pour l'envoi des trés nombreuses photos de leur séjour à Sidi Mérouane; (Jemappes, Grarem, Constantine, Chateaudun ....ces photos paraîtront dans la prochaine mise à jour)

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE