ETUDE ET HISTOIRE DES MONUMENTS MEGALITHIQUES DE ROKNIA
(extraits)
Par J R BOURGUIGNAT 1868

A deux heures de marche d hammam meskoutine, entre le Djebel Debar, et le Djebel Gherar, se développe un vaste plateau ondulé, régulièrement incliné vers le nord.

Ce plateau rocailleur et âpre d'aspérité, vrai maquis de cactus et d’arbrisseaux, offre, à 5 kilom du Djebel-Debar., versant assez rapide, incliné sur un petit ruisseau, l’Oued Meziet. Ce versant, au pied duquel s’élèvent quelques misérables gourbis arabes, est Roknia, le champ des antiques sépultures préhistoriques.
Ce versant, en pente assez douce vers le N. E., devient de plus en plus abrupt vers le S. O. Sur une étendue approximative de 3 à 4 kilom, peut être plus, car je n'ai pu aller jusqu'aux extrémités, existe une innombrable quantité de monuments mortuaires. Il y en a partout, partout où tes anciens ont pu en placer. En certains endroits, les sépultures sont, pour ainsi dire, les unes sur les autres.

Le plus grand nombre de ces monuments sont détruits. Mais aux pierres jetées ça et là, aux dalles renversées, aux vestiges des cercles tumulaires encore visibles, il est facile de reconnaitre qu'il devait en exister plusieurs milliers. Actuellement, je crois, sans exagération, qu’il s'en trouve bien mille à douze cents.
Toutes ces sépultures sont des monuments dolméniques, c’est-à-dire composés de cinq pierres brutes, dont quatre relayée dans le sens de leur hauteur, laissant entre elles un espace rectangulaire, véritable chambre sépulcrale; et, d'une cinquième pierre, plus volumineuse, formant dalle et recouvrant les autres.

Primitivement, ces dolmens, comme tous les vrais dolmens étaient recouverts d’un tumulus, c'est-à-dire étaient enfouis sous une masse de terre et de pierres verts d'un tumulus, c'est à dire étaient enfouis sous une masse de terre et de pierres.
A la suite des siècles, comme ces tumulus se trouvaient sur le penchant d'une colline, grâce aux intempéries de I ‘air et des saisons, aux dégradations de toutes sortes, les terres, détrempées par les pluies, sont descendues petit à petit le long du versant, de telle sorte qu'il n'est plus resté que la partie solide du monument, la chambre sépulcrale, le dolmen. en un mot, el la base tumulaire ordinairement composée de pierres assez volumineuses (l).

Aussi ne voit on plus, à Roknia, que le dolmen et I ‘enceinte primitive du tumulus. Autour de tous ces monuments, cette enceinte est visible; souvent même elle se trouve parfaitement définie.
Le doute ne peut exister à sujet.
ll n'y a, entre ces sépultures, aucun ordre de groupement (2). Aucune idée symbolique n'a présidé à leur construction. J'ai parcouru en tout sens le versant de Roknia, sans pouvoir découvrir la moindre intention de sépultures symboliques.
Ces monuments sont donc différents de ceux dont j'ai parlé au premier chapitre, qui sont des tertres funéraires de peuples et d'époque bien distincts.

Les dolmens de Roknia, qui sont loin d'atteindre les proportions souvent colossales de ceux de notre pays, sont tous petits. Leur chambre sépulcrale a généralement 1,00 à1.25 de long sur 0',50 À 0',75 de large et sur à 0',80 de hauteur.
Vus extérieurement, ces dolmens atteignent ou dépassent rarement l',00 m l'.25 m dessus du sol. Ils reposent à même sur la roche
Je n'ai constaté qu'un seul dolmen, magnifique monument dont les belles proportions rappellent nos plus belles sépultures dolméniques de France.
Ce dolmen, qui s'élève vers le milieu du champ mortuaire, ou bas du versant parait avoir été le monument principal de ce cimetière. Il semble être aux autres ce qu'une cathédrale est à une modeste église de village.
Tel qu’il est actuellement (quoique presque détruit).il offre encore énormes pierres relevées.
la dalle supérieur qui devait recouvrir les autres n'existe qu'en morceaux épars ça et là.

Le tumulus est enlevé. L’intérieur de la chambre est entièrement déblayé. Il ne reste plus rien que des pierres relevées, qui ont au moins; 2,00 m de haut sur 3 ou 4 mètres de longueur.

Toutes les chambres intérieures de ces dolmens sont remplies de détritus et de coquilles terrestres.
Lorsque, petit à petit, comme je viens de le dire, les pluies eurent délayé et enlevé peu à peu les terres qui recouvraient, il arrive que les pierres dolméniques restent découvertes et exposées aux intempéries des saisons.

Comme elles étaient frustres, simplement relevées et recouvertes par une autre plus volumineuse, laissant entre elles des intervalles plus ou moins considérables, il advint de ce fait les conséquences suivantes:
Les ossements des cadavres, couchés au fond des chambres mortuaires, se couvrirent de terre pendant la période du déblayement, el leur enfouissement continua de plus belle, lorsque ces monuments se trouvèrent à découvert.

Dans cette retraite, ces animaux, au terme de leur existence, jonchèrent de leur dépouille l'humus des cadavres, et leurs débris s’entassèrent à la longue.
Enfin, avec ces débris, les immondices de toutes sortes apportées par les vents, les insectes ou les reptiles finirent, peut à peut par combler l’intérieur des dolmens.

Les Hélix, les Zonites, les Bulimus, les Ferussacias les Pomatias s’y trouvèrent par millier.
Ces dolmens renferment la plus riche collection de coquilles que l'on puisse voir; aussi y ai-je récolté la série complète de la population malacologique de ce pays.

Toutes ces coquilles sont amoncelées les unes sur tes autres, comme par assises, dans un état parfait de conservation, semblant montrer' par leur ordre superposition, par la prédominance de telle ou telle forme causes climatologique dont elles ont subi les influences modificatrices.
Ces débris, véritables témoins des temps préhistoriques, sont les médailles de la nature, dont j'essayerai tout à I ‘heure de faire comprendre le sence.
. Parmi ces débris de mollusques, dont la plupart appartiennent à des espèces encore existantes en ce pays' j'en ai reconnu, en outre' quelque unes qui sont les dépouilles d'espèces perdues.
Au mois de décembre dernier, dans la 8e décade de mollusques nouveau, litigieux et peu connus, j'ai donné déjà, sous I ‘appellation d'helix rokniaca ,la description et la représentation d'une de ces espèces éteintes.

Sur tout le versant de Roknia, où se trouvent les dolmens, il n'y a aucune ruine romaine, aucune trace d'antiques constructions'
Vers le bas du versant, au s. o. du grand dolmen, s'ouvrent de larges fentes, dues à un ébranlement du sol en cet endroit. Ces fentes se dirigent de I ‘ouest à I ‘est sur deux ou trois lignes un tant soit peu parallèles que d'autres viennent couper obliquement.
J’ai pénétré assez loin dons plusieurs de ces fentes, qui s'élargissent çà et là pour former de petites chambres souterraines.

À l’entrée d'une de ces fentes, j'ai constaté une maçonnerie avec de grosses pierres taillées ayant dû supporter les montants d'une clôture qui n'existe plus.
Cette fente devait servir autrefois de magasin, de là cette fermeture.
D'après l’examen de cette clôture, je crois cette maçonnerie postérieure à l’époque romaine
- je dois signaler encore, vers la partie S. 0.. là où la colline présente des rampes abruptes que celles du N. E une grande quantité de petites excavations naturelles ou intentionnellement travaillées. Ces grottes ne sont pas contemporaines des sépultures de Roknia. Ces excavations vraies HOUANET , d’après la classification de A. Letourneux, ont primitivement servi de lieux funéraires, puis, à la suite des siècles, d'habitation ou d’endroits de retraite.

Page 21

Site internet GUELMA-FRANCE