LA LÉGENDE POPULAIRE EN VERS
ou balade populaire algérienne
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LA LÉGENDE D'HAMMAM MESKOUTINE.

La légende Hammam-Meskoutine a donné lieu à une balade très populaire en Algérie. Nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire ici la transcription en vers Français que le Dr Jacquot a très heureusement faite de cette légende,

LES BAINS DES DAMNÉS

L'herbe verdit les près, d'épis le champ se dore,
Et le douar du cheikh, caché dans le jardin
Le soir peut s'endormir, sans craindre qu'à l aurore
La razzia des roumis ne les réveille soudain.
Les dattiers ont des fruits ; les bois sont pleins d'abeilles,
Les raisins ont courbé jusqu'à terre des treilles.

Le cheikh est bien heureux, disait-on - il habite
Une tente dressée à l'ombre des figuiers ;
Tous ses plaisirs sont longs, ses douleurs passent vite ;
Il a de bons fusils et beaucoup de guerriers
Le blé, dans ses silos, ainsi que l'orge abonde,
Ses troupeaux sont nombreux et sa femme est féconde

Tout bien nous vient d'en haut, malheur à qui l'oublie
Or, le cheikh assembla les hommes et leur dit :
Je suis puissant, pour vous ma sœur est trop jolie,
Je suis puissant, ma sœur partagera mon lit.
Pendant quarante jours, vous aurez grande fête
Et le vin des roumis échauffera vos têtes.

Les sages des tribus, à cet affreux blasphème,
Répondirent : malheur à qui brave les cieux
Et des saints marabouts les têtes, le soir même
De la porte du cheikh ensanglantaient les pieux
Le peuple, cependant, dans la plaine s'écoule,
Et le bruit des tam-tams rend joyeuse la foule.

Jamais on n'avait vu d'aussi vives danseuses
Tordre sur les tapis leur corps demi voilés
Le vin blanc des roumis les cascades mousseuses
, Éteignaient, en tombant, le feu des narguilés
Les hommes chancelaient, les femmes oublieuses
Laissaient à découvert leurs figures rieuses.

Le couple incestueux présidait à la fête
Mais la lune pâlit, et le soleil naissant
Des touffes des palmiers déjà dore le faîte
Les coupables époux se retirent, laissant
La danse, pour gagner la tente solitaire
Qui répandra sur eux son ombre et son mystère

Tout bien nous vient d'en haut, malheur à qui oublie
Du danseur ralenti s'embarrassent les pas,
Sous un manteau de rocs bientôt enseveli
La danseuse s'arrête… et déjà le trépas
Comme un satyre étend sa morne solitude
Sur les lieux où riait la folle multitude

Voici le cheikh, suivi d'un marabout parjure ;
Le cadi qui jamais ne sut mettre d'accord ;
L'Agha pressant en vain les flancs de sa monture
Le tebib qui aime les démons

Ce grand roc allongé que deux bosses surmontent.
Et, dit-on, le chameau qui portait les présents.
Les vieillards, accroupis sur leurs nattes, racontent
Que les troupeaux, le long des fontaines paissant,
Et le pâtre avec eux, durcirent sur la terre
C'est ce groupe nombreux prés d'un roc solitaire.

Quand, tout joyeux du soir, chaque brin de verdure
Se dresse pour humer les brumes de la nuit,
On entend dans les airs un étrange murmure
Qui tour à tour s'efface, et renait et s'enfuit ;
Chaque pierre se lève, et, pour la ronde immense
Prend sa place et bondit… La fête recommence.

Fuyez, fuyez alors la musique perfide
Pourrait vous attirer au bord du bain maudit
Une fois entraîné par la danse rapide
On ne s'arrête plus, Allah c'était écrit
Et, lorsque dans le val le jour dissipe l'ombre
Des immobiles rocs on augmente le nombre.

Docteur F Jacquot

Texte original copié sans correction orthographique

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