mise à jour le 31/12/2005

PETIT

Le nom de ce village consacre le souvenir d'un héros de l'Armée d'Afrique, le colonel Petit, qui, après s'être brillamment distingué en maintes rencontres, fut tué la prise de l'oasis de Zaatcha en 1849, dans le sud du département de Constantine. Une rue du village porte aussi le nom de l'oasis, théâtre de la mort de ce brave.

Echelonnées sur le penchant d'un coteau, qui descend en pente douce vers la rive gauche de la Seybouse, les maisons de cette localité disparaissent presque toutes derrière un épais rideau de feuillage formé par plusieurs rangs d'eucalyptus plantés en façade sur toute la longueur du village. Ainsi, quand on arrive par le chemin de fer du Bone-Guelma, dont la station est à 300 mètres des premières maisons, celles-ci semblent-elles, avec autour leurs agréables jardinets, où fleurs et fruits croissent à l'envi, autant de verdoyants petits nids de verdure pittoresquement enchâssés dans la feuillée.
Et ce n'est pas là qu'illusion, car, à l'intérieur, de larges voies bien tracées et courant d'un bout à l'autre du village sur une superficie de 16 hectares, continuent à jeter partout la gaie note de verdure, dont les oiseaux se chargent, par leurs continuels pépiements, de diversifier la monotonie. L'irrigation, bien entendue,à laquelle se sont livrés les colons de l'endroit depuis 1848, date de la fondation de Petit, est une des principales causes de la végétation luxuriante dont ils ont su les uns et les autres orner leurs habitations à défaut des sculptures, marbres et boiseries qui, dans les villes, embellissent les façades des monuments publics et des hôtels privés. Ils ont préféré s'en reposer sur la nature, du soin de l'embellissement, et cet architecte incomparable les a servis à souhait en tissant, autour de leurs toits, de frais et poétiques berceaux, sous lesquels ils peuvent goûter d'heureux et calmes loisirs.

C'est par deux canaux dérivés de l'oued Rouadjel, à l'ouest, et de l'oued Boussarah, à l'est, les deux petits affluents de la Seybouse entre les bras de qui Petit se laisse tranquillement vivre, insouciant et gai, que les eaux d'irrigation sont amenées à travers chaque jardin et ont fait, par tout le village, de si agréables retraites que les habitants de Guelma n'hésitent point à s'y rendre en villégiature, quand, au renouveau, la campagne s'orne de ses atours les plus pimpants.
L'endroit, d'ailleurs, ne saurait être mieux choisi.
A huit kilomètres seulement de son chef-lieu d'arrondissement, au charme rustique de ses jardins, exubérants de végétation, Petit joint celui de la vue.
Du haut de la colline celle-ci s'étend, en effet, sur toute la campagne avoisinante, depuis Guelma, à l'est, jusqu'aux premiers renflements du Nador, à l'ouest. Devant soi, au nord, dominant le lit rocailleux de la Seybouse, au-dessus de qui des tamarins laissent prendre leur feuillage éploré et versent goutte à goutte leurs fugitives larmes, une petite montagne, le Zemzouna, dresse sa haute et large table couverte de lentisques, de myrtes et d'oliviers auprès d'un riant vallon, au fond duquel, tout prés de la Seybouse, le ferme Seguin, l'une des plus importantes de la contrée, déploie la richesse de ses vergers, de ses orangeries, de ses potagers entre deux tours en poivrière, dont les tuiles rouges éclatent en bouquets coniques de rutilants coquelicots au milieu de la blancheur des murs et de la verte crudité des feuillages qui les enserrent de toutes parts. Immédiatement derrière, toujours vers le nord, le Djebel Aouara érige dans l'azur ses crêtes arrondies se confondant, à l'ouest, avec les montagnes de Jemmapes, à l'est avec le sombre massif du Nador, après s'être élargies en ceinture autour de la vallée de la Seybouse, dont ici commence le développement, au sortir des gorges étroites que ce cours d'eau s'est néanmoins frayé passage non sans y recevoir les nombreux cailloux et blocs que la montagne, dépitée d'être forcée, lui envoie au passage.
C'est là le plus beau site des environs de Petit.
Plus haut, à 25 mètres de village, du fort Vauban, petit bastion de défense qui commande le ravin de l'oued Rouadjel, la vue s'étend sur l'entrée de la vallée de Bled-Gaffar, l'annexe de Petit, au sud et va jusqu'au massif de la Mahouna, tandis qu'on distingue à l'horizon, vers l'est, les montagnes de Laverdure et Souk-Ahras, et celles du Taya vers l'ouest. D'une superficie de prés de 8 166 hectares, la commune de Petit tire le plus clair de son revenu de l'élevage du bétail.
Tous les ans, il s'en fait un commerce de 7 500 tètes en boeufs, moutons et chèvres que colons et indigènes vont vendre sur le marché de Guelma. Les céréales, entre autres le blé dur, sont aussi une des richesses agricoles de la contrée, ainsi que la vigne, dont pourtant l'étendue ne dépasse pas 170 hectares et qui donne 40 hectolitres à l'hectare d'un prix moyen de 25 francs l'hecto.
Si les colons négligent un peu ces sources naturelles de richesses agricoles, cela tient en grande partie aux rapines incessantes dont ils sont l'objet de la part des indigènes, au milieu desquels ils sont comme noyés.
Dans certains mouvements insurrectionnels, en 1871 notamment, leurs jours mêmes furent en danger, et ils ne durent leur salut qu'à un cheik des environs qui parvint à maîtriser les fanatiques insurgés.
Tout autour du village se voit encore le fossé, derrière lequel les colons comptaient se défendre contre les attaques inopinées.
Quatre portes aussi, faisant face aux quatre points cardinaux, ainsi que quatre bastions crénelés, aux angles du fossé d'enceinte, témoignent des prudentes précautions prises pour éviter toute surprise désagréable.


Collectif GUELMA FRANCE 2005