PASTEUR

Un village en Algérie
par Stéphane Gsell 1894

"De la poussière et des ruines est né un village français florissant"

EXTRAITS

C'est à 26 km de Batna est situé le village français auxquels une décision du gouverneur général de l'Algérie a donné, il y a quelques mois, le nom de Pasteur. À une altitude de 900 m à 150 km de la côte, les essais et les. L'été et hiver, le jour et la nuit présent de grands écarts de température si la chaleur est forte en juillet et en août, il n'est pas rare qu'il est encore en mars et même en avril. Le climat est d'ailleurs très sain ce lieu et, d'une manière générale, le massif dément de Batna ont été, et une époque très anciennes, habité par les ancêtres des indigènes actuels, Chaouias, qui forment un des rameaux des populations berbères de l'Afrique du Nord dans cette région qui leur offrait en abondance des ressources pour vivre, il pouvait aisément défendre le bien puisque nés le plus, leur dépendance.

L'emplacement qu'occupent aujourd'hui pasteurs étaient appelés dans l'Antiquité Lamiggiga, mot contenant le radical Lam, qui se retrouve très fréquemment dans la région, et qui, dans la langue des indigènes, signifie peuple, tribu. C'est une preuve que ce lieu était habité bien avant la venue des romains. On n'y a trouvé une inscription tracée en caractères lybiques, écriture dont se servaient les indigènes de l'Afrique du Nord et quelques-uns de leurs descendants emploient encore dans le Sahara.

Au commencement du IIe siècle après Jésus-Christ, fut établi, dans le camp de Lambèse, à 30 km au sud de Lamiggiga, le gros des forces militaires que Rome entretenait un avis : la place était bien choisie, au pied du massif de l Aurès, principale citadelle des populations indigènes, au seuil de l'étroit couloir qui le passage le plus fréquenté entre le Sahara, d'une part, les hauts plateaux et le littoral de l'autre. Lambèse devint rapidement un foyer de civilisation pour tout le pays environnant. Après leurs 20 années de service du bien des vétérans ne voulait s'éloigner du lieu où ils avaient longtemps vécu, où plus d un d'entre eux était né. Il fallait s'établir dans les coins fertiles de la région est ainsi furent fondé de nombreux centres, qui prospérèrent vite.
Souvent des vétérans de la région de Lambèse y sont mentionnés. Voici la traduction de deux de ses inscriptions, gravées par ordre d'un petit employé impérial, et touchante dans leur naïveté

" Consacré au dieu Mânes. :
A Calendion mon père très pieux. Il a vécu 35 ans. Pour que l'on pense que tu as bien fait, que tu as eu raisonde mettre au monde un fils comme, moi, ton fils Primus, attaché au bureau des finances de notre Auguste, j'ai recueilli tes restes après un long intervalle de temps où je t'ai fait élever un tombeau, demeure éternelle pour toi.
À Vénéria, ma mère très pieuse. Elle a vécu 50 ans. Après ta mort, ma pieuse mère, ce qui fut à toi a été porté à la cérémonie funèbre et enseveli, et, après, les restes ont été recueillis, et, pour qui reposent mollement, je les ai cachés dans un tombeau, moi Primus, ton fils, attaché au bureau des finances de notre Auguste.

Le christianisme fut adopté avec ferveur par les habitants de toute la région. Partout se voit encore des ruines de basiliques et des chapelles, datant, pour la plupart, les IVe et Ve siècle

À Pasteur, il y a trois églises, construites côte à côte, et de dimensions à peu près égales dans l'une d'entre elles, qui mesure 26 m de long sur 15 de large, on distingue les restes de deux colonnades en pierre. Qui séparaient la nef des bas-côtés, les petits piliers étaient dressés qui limitaient le cœur, du tabernacle portés par quatre colonnes qui couvraient jadis l'hôtel en bois, et au fond, de la grande abside arrondie où se tenait le clergé. Un évêque résidait à Lamiggiga.

La conquête arabe n'entraîna pas la ruine immédiate de toute cette contrée. Diana ne fut détruite que vers le milieu du Xe siècle, après s'être révolté contre les souterrains fatimides d'el media mais nous ne savons pas si Lamiggiga disparue en un jour, ou si elle fut abandonnée peu à peu on oublia son nom, est le lieu fut appelée Sérieana , nous dont l'étymologie, probablement étrangère à la langue arabe est inconnue. Quant aux indigènes des montagnes voisines, ils ne se montrèrent pas plus dociles envers les arabes qu'envers les romains et les byzantins. Les nouveaux venus durent établirent une important garnison dans la grande forteresse byzantine du Belezma. Ces colons militaires rançonneurs les pays et lequel est à peu près en respect, mais ils se montrèrent à l'insubordination envers les souverains Aglhabites qu'à la fin du IXe siècle, l'un d'entre eux leur tendit un guet-apens et les fit tous massacrés. Les berbères, que ce ravin seul retenait, se soulevèrent de nouveaux. Quelques années plus tard, un prince royal vint pour les combattre, avec une armée de 40 000 hommes ; mais les rebelles, retranchés sur la Mestaoua, déjoué à tous ses efforts, et, peu après, ils le battirent devant la citadelle de Bellezema. Au milieu du XIe siècle, la terrible invasion des arabes Hilalienne, jeta sur l'Afrique du Nord un million d'hommes environ. Les uns formèrent des tribus distinctes au milieu des populations indigènes, d'autres se mêlèrent et leurs imposèrent plus ou moins complètement leur langue et leurs coutumes.

Mais nos Chaouias se laissèrent trop peu entamés ; on ne connaît actuellement qu'une seule tribu arabes dans le voisinage immédiat de Bellezema, les ouled Mehenna

Notre autorité reconnue chez les oued-Bou-Aoun qu'à la suite de la grande expédition du duc d'Aumale à Batna, Biskra et Ngaous, dans les premiers mois de l'année 1844.

Quelques années plus tard plusieurs Européens s'établirent dans le pays. En 1858, un habitant de Philippeville, commençant l'exploitation des forêts, installa une scierie dans les montagnes du sud-ouest de Sériana en 1860, elle fut achetée par Prudhomme, qu'il construisit des chantiers sur plusieurs points et une usine à vapeur, et fit ouvrir une piste carrossable, qui, passant par Seriana allait rejoindre, à l'est de ce lieu la route de Constantine à Batna. Cette exploitation occupait d'ordinaire une quarantaine européens et un très grand nombre d'indigènes. Mais les Chaouias restait animé contre nous de sentiments très hostile. Dans ce pays, l'insécurité était complète : refus d'obéissance au caïds, devenus nos agents, vol, incendie, est même d'assassinats d'ouvriers européens, des méfaits, des crimes de toutes sortes se succédaient et restaient en général impunis.

En tout cas, Gergour était le lieu de ralliement des factieux. Il fallait en finir.
En 1864, une colonne expéditionnaire s'est rendue dans ce village et le détruisit ; le marabout fut arrêté et envoyé en Corse avec quelques-uns de ses disciples. Il est mort en 1891, et son corps repose,ici,aujourd'hui près de celui de son père..

Le pays fut pacifié, mais pour quelques années seulement.
Au printemps de 1871, les indigènes qui avaient servi en France rapportaient les récits de nos l'humiliantes défaites. Déjà, dans l'ouest de la province de Constantine, le bachaga Mokrani ni s'était soulevé, et, en mars, avaient incendié la petite ville de Bordj bou Areridj. Le caïd d'eczéma, qui pourtant, dans la suite de resta fidèle, osait dire à un colon : " les Français vont disparaître et bientôt je porterai mes lettres au bureau arabe anglais ". Le 21 avril, 17 européens hommes, femmes et enfants, étaient massacrés dans la scierie au sud Bellezma. Le 22, les fermes situées aux abords de Batna, au nord et à l'ouest, était mis au pillage et les colons égorgés. Sur la route de Constantine, un charretier était assassiné à 14 km de Batna ; d'autres attaquaient un peu plus loin, n'échappait avec peine à la mort. 23 européens se trouvaient réunis à l'usine de prudhomme à l'oued Elma. Le 21 au soir, se sentant entouré d'ennemis et craignant qu'on a mis le feu à leur logis pendant la nuit, ils descendirent à une maison forestière, située près d'une grande ruine romaine, Mafouna. Mais le lendemain, comme il leur est été impossible de rester dans cette baraque en planches, sans provision ni munition, ils se dirigèrent vers Batna, à travers la montagne, et escortés par le cheikh de l'oued el ma, qui répondait de leur salut, et par une quarantaine d'indigènes. Après avoir rebroussé chemin une première fois devant le danger menaçant, il parvint à l'endroit qu'on nomme le ravin bleu ; là, ils rencontrèrent nombreuses bandes de pillards de qu'une sortie des habitants de Batna avait mis en déroute. Nous européens furent massacrés et dépouillés de leurs armes et de leurs vêtements ; un enfant eu le ventre ouvert d'un coup de couteau ; une femme fut enlevée par un bandit et subit des d'indignes traitements, sa petite vie mourut des coups qu'elle reçut La colonisation fut alotie dans le courant de l'année 1882 : outre les espaces réservés pour former la dotation des services publics, en constitua 39 conseils sur. L'année suivante, les colons ils furent installés, et, en 1886 ceux qui avaient satisfait aux conditions existent exiger (construction d'une maison, entreprise de travaux agricoles) mesurent leur titre de propriété. Sa concession se compose :
1 d'un lot urbain a bâtir, de 1000 m².
2 D'un lot de jardins de 20 à environ.
3 D'un lot de vignes d'un hectare.
4 De deux lots de fermes, formant un ensemble de 35 à 40 ha.

Le village a d'abord été désigné sous le nom indigène de Sériana. Ce fut seulement au mois de novembre 1893 le gouverneur général de l'Algérie décida qui s'appellerait désormais pasteur, sur la proposition de l'administrateur de la commune mixte d'Aïn El ksar, M. Bédouet, tout dévoué à la prospérité d'une oeuvre de civilisation qui lui fait honneur.

Voici la lettre que M. Cambon écrivit à cette époque à M. Pasteur : c'est là que de baptême de notre village.

Alger le 20 novembre 1893.
Monsieur,
Voulant témoigner la reconnaissance particulière qui vous porte l'Algérie pour les immenses services que vous avez rendus à la science et à l'humanité dans vos belles et fécond découvertes, j'ai décidé que votre nom serait donné au village de Sériana, située dans l'arrondissement de Batna, département de Constantine.
Je suis heureux d'avoir pu rendre ce faible hommage à votre illustre personne.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma haute considération
CAMBON

Pasteur s'est accru rapidement. Les habitants, pour la plupart originaires du Midi, surtout de la Vaucluse, de la Drôme et de l'Isère, étaient 76 en 1887 et 165 en 1891. Les naissances sont nombreuses, et la maison d'école, dans la petite tour carrée, et portant une horloge, rappelle de loin le clocher d'une église, peut à peine contenir les enfants qui la fréquentent. Prés d'un kilomètre avant d'arriver au village commencent une belle allée d'érable, de mûriers, de trembler, d'acacias, dormons, et de platanes d'autres arbres embrassent les larges avenues droites. Les maisons une quarantaine environs de rez-de-chaussée ; elles sont bâties en pierre de taille ou en moellons empruntés aux ruines de lumiggiga. Les chapiteaux de colonnes, des socles, des flux, des pilastres forment des bandes pittoresques en avant des portes ; desserte de vignes grimpe le long des murs, il est tout en tuiles rouges jettent sur l'ensemble une note gaie.
La sécurité, qui laisse tant à désirer dans bien des parties de l'Algérie, est à peu près complète ; les vols sont rares.
La compagnie forestière n'a pas installé de chantier et, au bout de 10 ans, sa concession a été déclaré caduc.

Le gouverneur de l'Algérie a eu raison de donner le nom d'un grand français à notre village, construit presque au pied de cette Mestaoua, où le sang français a largement coulé. Héritier d'une ville que fondèrent de vieux soldats romains désireux de repos, mais prêt à reprendre les armes à la première menace, il doit être, au milieu de population obstinée dans un intraitable barbarie , un témoignage durable et à noble justification de notre conquête.

Je me puis mieux terminer cette notice que par la lettre et que M. Pasteur adressait, le 21 novembre 1893, à M. Cambon :

Paris, le 25 novembre 1893.
Monsieur le Gouverneur Général,
Vous m'avez fait le très grand honneur de m'annoncer par votre lettre du 20 novembre, que vous aviez décidé de donner mon nom au village de Sériana, située dans l'arrondissement de Batna, département de Constantine. J'éprouve une émotion profonde à savoir que, grâce à vous, mon nom restera attaché à ce coin de terre. Lorsqu'un enfant de ce village demandera l'origine de cette dénomination, je souhaiterais que l'instituteur il apprit simplement que c'était le nom d'un français qui avait beaucoup aimé la France, et quand la servant de son mieux il avait pu contribuer au bien de l'humanité.
La pensée que mon nom pourra éveiller un jour dans l'âme d'un enfant le premier sentiment de patriotisme me fait battre le cœur. Je vous aurais dû dans ma vieillesse de cette grande joie.
Je vous remercie plus que je ne saurais dire et je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Gouverneur Général, l'assurance de ma haute considération
Louis Pasteur

Site Internet GUELMA-FRANCE