NECHMEYA

Village

       Autant Penthièvre semble se dissimuler à tous les yeux, derrière les hautes barrières de collines entre lesquelles ce village repose non loin des bords verdoyants de l'oued Moya-Berda, autant Nechmeya, par la splendeur de ses champs, divisés en longues bandes, tantôt de vignes, tantôt de céréales étalées aux abords du village au fond d'un pittoresque vallon, le vallon de l'oued Ben-Daly, comme des tapis déroulés sur le sol, autant Nechmeya se prête à l'investigation de l'œil curieux, depuis les riantes rives de son oued jaseur aux bosquets charmants, que des légions de rossignols font retentir de leurs admirables trilles perlées, jusqu'aux proprettes habitations apparaissant à travers les arbres dominés sur le flanc du coteau par la flèche élancée de l'église, à côté de laquelle l'austère croix biblique fait deviner, dans une petite chapelle voisine de modeste apparence, un oratoire protestant.

       On pénètre dans le village par une magnifique avenue de frênes alternant avec des ormeaux. Leur feuillage touffu s'incline vers la route en formant une voûte de verdure toute reluisante d'émeraudes et jaspée d'or et de vermeil par la clarté tamisée du soleil, qui laisse traîner sur le sol des lambeaux de lumière violette, comme si l'astre d'or avait, dans les branches, laissé s'accrocher par quelques plis son merveilleux manteau de gloire et de rayons.

       C'est le pays des " ormeaux ", comme l'indique son nom arabe. Il y paraît de reste aux nombreux représentants de l'espèce, ornement aussi bien du village que de la campagne environnante, partout ou quelque oued fait entendre le susurrement plaintif de ses eaux entre des rives encaissées couvertes d'une folle végétation, où le laurier-rosé marie ses fleurs charnues aux délicates corolles versicolores de la campanule, du liseron ou de la salsepareille qui, telles des cossolètes agitées en cadence par la main de zéphyrs, embaument l'air de leur arôme parfumé.

       Au pied de la petite montagne de Bir-Ouella dressant à l'est du village sa cime chenue, dénudée comme un crâne, avec des yeux caves et vides tournés vers le nord, Nechmeya, au nom pittoresque et doux ainsi que celui d'une aimée, étale le long de la route de Bône à Guelma la splendeur éblouissante de ses maisons blanches, dont quelques unes portent au front, comme celles de Penthièvre, une couronne de vigne grimpante, symbole rustique du vin qui chasse du front de l'homme l'empreinte ridée des cuisants soucis.

       Une petite rue parallèle à la route sépare en deux le pâté de maisons bâties sur la droite de la route, tandis qu'à gauche, derrière une grande fontaine abreuvoir-lavoir, où une eau limpide et fraîche amenée de la source d'Ascours au sud du village par une conduite de 2 kilomètres de long coule à gros bouillons de jour comme de nuit, là derrière s'élargit une grande place plantée de frênes et d'ormeaux. Au fond se dresse l'église, rigide en sa chape de pierre toute rustique et simple, avec. à côté d'elle. les bâtiments de la mairie et de l'école. égayés par de coquets jardinets d'où des buissons de rosés s'élancent à l'assaut des façades en les ornant d'élégants festons de feuilles et de fleurs. A droite, le presbytère. lui aussi environné d'un jardin dont le mur de clôture porte une plaque de marbre où l'on a gravé la date de fondation du village ( 1854) ainsi que le numéro du régiment, le 70e™ de ligne, qui le bâtit. Avec quelques maisons échelonnées encore derrière ces bâtiments, les seuls édifices de l'endroit, et ombragés par de grands ormeaux ainsi que par les frênes de la route, voilà tout le village.

       C'est bien en 1854 qu'il fut bâti pour la première fois, afin de recevoir les colons du Palatinat que Napoléon III envoya dans la région; mais un tremblement de terre ayant, en 1857, détruit les premières maisons bâties en terre, toutes furent reconstruites en pierre, en 1858, par le 70e de ligne.

       Douze ans après, le village, qui avait d'abord formé une annexe de Penthièvre, fut érigé en commune de plein exercice.

       La nouvelle commune fut formée du territoire compris entre l'oued Dardara et l'oued Kricha, qui la sépare au nord de la commune mixte de l'Edough, et le Fedjoudj, qui la sépare au sud de la commune de Guelaât-Bou-Sba, entre les communes d'Enchir-Saïd et d'Héliopolis, à l'ouest, et la commune de Penthièvre, à l'est.

       L'aspect du pays est, en général, montagneux ou plutôt mamelonné, car on ne peut donner un nom de montagnes à des hauteurs;dont le relief le plus accentué dépasse à peine 700 mètres.

       Le village lui-même et situé à 300 mètres d'élévation. Par sa situation entre les deux grande vallées de la Seybouse et de l'Oued El-Kébir, il jouit d'une température relativement tempérée en hiver comme en été, peu sujette au variations brusques de l'atmosphère les orages et les ouragans franchissant rarement la ceinture d collines autour de Nechmeya préférant suivre le cours des vallée; où toute latitude leur est laissé d'exercer leurs ravages désastreux.

       Ainsi protégée contre le grands froids et les grosses chaleur le territoire cultivable de Neehmeya se prête admirablement à tous le genres de culture. Sur les coteaux la vigne réussit à merveille. Dans k vallons, céréales, plantes fourragère industrielles et potagères viennent aussi bien, pourvu qu'on les sache irriguer, car le terrain, qui est argile calcaire, ne retient pas longtemps l'eau bienfaisante des pluies. Aux des drainages sagement entreprit contribueraient-ils à modifier profondément le rendement agricole de contrée.

       Les terres de culture de cette commune ne sont, en effet arrosées que par un très petit nombre d'oueds promptement mis à sec e été. Parmi les principaux on peut signaler l'oued Dardara, dont l'oued Ben Daly tout près du village est un affluent, et qui traverse la commune de l'ouest à l'est pour se rendre à celle de Penthièvre. Ensuite viennent l'oued Nechmeya, voisin lui aussi d village, l'oued Bou Kourkour i l'oued Mekia. Tous sont tributaire du lac Fetzara. Deux oueds qui descendent du Djebel Mouncha petit sommet situé au nord-oued ce village, vont déverser leurs eaux de l'Oued-El-Kébir.

       Le village est alimenté en eau potable par la source d'Ascour située sur la rive gauche de l'out Ben Daly à deux kilomètres dans sud et près de. laquelle on remarque des vestiges de l'occupation romaine qui décèlent l'existence d'un ancien centre de colonisation (Ascurus) ne loin de la voie romaine alla d'Hippo-Régius (aujourd'hui Bône) Calama (Guelma) et passant par le Fedjoudj.

       Ce col important, qui m en communication le bassin de Seybouse avec celui de l'Oued-El Kébir, à travers une petite chaîne ( montagnes qui les sépare, se trouve sur la route départementale, à la limite qui sépare la commune de Nechmeya à celle de Guelaât-Bou-Sba.

       Il est à une altitude de 617 mètres. Le col fût franchi pour la première fois, en 1853, par le 68™° de ligne, qui y ouvrit une route sous les ordres du colonel Périgot, le colonel Tourville commandant la subdivision de Bône, le général de Mac-Mahon commandant la subdivision de Constantine et le comte Randon étant gouverneur de l'Algérie, ainsi qu'en témoigne la colonne élevée près de la route pour consacrer le souvenir de ce passage.

      De cette hauteur, inférieure seulement à celle de l'Aouara (876 mètres), on peut admirer, d'un côté, vers le nord et l'est, le splendide panorama des plaines de Dréan et de Bône, où les fermes et les agglomérations de population piquent l'étendue de verdoyantes oasis; ceintes à l'horizon par l'écharpe azurée des flots, tandis que, vers l'est et le sud, se développe la longue et large plaine de Guelma où serpente la Seybouse au pied de la ville, reconnaissable à sa masse compacte blanchâtre enchâssée dans les verdoyants coteaux couverts de vignes d'Héliopolis et de Guelaât-Bou-Sba.

        La vigne à Nechmeya a été encore très peu cultivée, malgré l'excellente exposition des coteaux avoisinants. C'est ainsi que sur une superficie totale de 12 124 hectares, il a été planté seulement 22 hectares de vigne donnant, bon an mal an, 300 hectolitres de vin assez estimé. Quant aux céréales, 1 788 hectares sont cultivés par les indigènes et 700 par les colons. Les oliviers peuvent aussi devenir une source de revenus pour les colons, mais ils ne sont encore que très peu de greffés. Les colons en possèdent 500, les indigènes 1 525. Les principales forêts se trouvent dans l'Aouara et sur le territoire arrosé par l'oued Dardara. La commune en possède 119 hectares, dont elle exploita les chênes-lièges. Le reste, 119 hectares est exploité par l'état.

        Parmi les fermes et exploitations agricoles d'une certaine importance on peut signaler celles de MM. Bartholo, Fontan, Gros, Hibschelé, Lambert, Landrer, Lamouroux, Mayer, Pailhès (ferme Saint-Georges), Schoeffner, Volmer.

        Le commerce du village, qui avait pris une certaine extension, lorsque n'existait pas encore la voie ferrée de Bône à Constantine, est aujourd'hui réduit à sa plus simple expression. Aussi la contrée est-elle devenue un centre de production exclusivement agricole.

La principale voie de communication est la route départementale de Bône à Guelma qui sépare la commune du nord au sud presque exactement en deux parties égales. Par cette route, Nechmeya se trouve à 21 kilomètres de Guelma, à 43 kilomètres de Bône et à 10 kilomètre de Penthièvre, le village des environs le plus proche. La route franchit l'oued Ben Daly à l'est du village, puis l'oued Nechmeya à l'ouest sur deux ponts, les seuls en pierre sur tout le territoire de la commune. Des chemins muletiers conduisent au village i'Enchir-Saïd et au marabout Sidi-Amar, lieu vénéré, très fréquenté par tous les indigènes du pays qui sont au nombre de 2 631, alors que la population européenne compte 219 individus presque tous réunis dans le village.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE