mise à jour le 31/12/05

MEDJEZ AMAR

Carte de situation géographique du village de Medjez Amar

LA BATAILLE DE MEDJEZ-AMAR

EL HADJ AHMED

Il est étrange que l'histoire de l'occupation de l'Algérie ne fasse pas état, en République Démocratique Algérienne, de l'occupation turc. Il est dommage que le genre truculent ne soit plus à la mode dans la littérature Jamais héros du romantisme échevelé n'a été plus féroce et plus noir que El-Hadj-Ahmed bey de Constantine.

C'est un de ces monstres abominables comme le despotisme sans frein en a produit quelques-uns sous l'ardent soleil d'Afrique. La moindre contrariété le mettait en fureur, il tirait son poignard et frappait. Alors la vue du sang le rendait fou ; sa face de tigre devenait si effrayante que tout le monde s'écartait terrifié. Il ne reconnaissait pas d'autres règles que son désir. Quand on lui signalait une belle fille, il la faisait enlever, appartînt-elle aux plus grandes familles de la province. Il en réunit ainsi trois cent quatre-vingt cinq, en y comprenant les négresses qui faisaient le service du harem. Un jour, ayant remarqué une enfant de dix ans qui puisait de l'eau à une fontaine, il l'emmena ; puis comme la petite, inquiète et intimidée, pleurait, il se fâcha et la poignarda pour la faire taire. Une de ses favorites ayant cueilli en sa présence une orange dans son jardin, il lui fit clouer la main contre l'arbre. Un homme auquel il voulait marier sa fille s'étant permis d'aimer une autre femme, il fit jeter cette malheureuse dans le ravin du Rummel. Une de. ses femmes s'étant amusée à singer ses manières, il la surprit, et lui fit coudre la bouche pour avoir osé fumer dans sa pipe. Deux négresses ayant été accusées de souhaiter sa mort, il les découpa en morceaux de sa propre main .Il aimait le sang, et il ne se passait guère de jour où il ne fit procéder à une exécution. Cette bête fauve avait ses heures de jovialité. Pour s'assurer de la fidélité de ses femmes, il inventa des serrures à sonnerie. Il faisait monter ses ministres, ou quelque vieux général à barbe blanche, dans la voiture d'enfant de sa fille, que traînaient quatre chiens, et riait de leurs contorsions. Un jour, il se donna la fête d'une chasse aux lions dans ses jardins. Il en fit amener deux, lâcha sur eux des dogues qui furent mis en pièces et, bien abrité au premier étage, il les abattit à coups de fusil. La France fut pleine de bienveillance pour cet être aimable, elle lui fit une pension à Alger, et, quand une de ses femmes fuyait l'enfer de son harem, nos agents la lui ramenaient, probablement en vertu de la loi qui porte qu'il n'y a point d'esclaves sur le territoire français. Ahmed, ayant fait à la Mecque le pèlerinage après lequel il eut droit au surnom de El-Hadj, revint émerveillé des palais qu'il avait vus en Egypte, et résolut d'en avoir un semblable. C'était vers l'année 1825. Quand cet homme terrible avait un désir, toutes les forces qu'un despotisme sans limite lui mettait dans la main étaient employées à le satisfaire. Il ruina sa province pour avoir un palais. II commença par se faire céder, de gré ou de force, l'emplacement nécessaire. Une vieille femme tenait à sa demeure et ne voulait pas s'en aller. Le monstrueux farceur en fit murer les portes et les fenêtres. On passait des vivres par un trou à la malheureuse. An bout d'un mois de claustration, elle s'avoua vaincue et partit. Ahmed s'empara de la sorte de vingt-huit maisons, de quatre boutiques et d'un atelier. Il fit venir les plus-célèbres ouvriers indigènes qui se mirent immédiatement à l'ouvrage. Un marchand génois lui envoya d'Italie des colonnes de marbre, et se fit donner en échange du blé que les indigènes durent fournir. Ces colonnes arrivées à Bône, il n'y avait pas de routes pour les amener à Constantine. Alors la population fut réquisitionnée pour le transport. On passait des perches sous une colonne, et vingt ou trente porteurs la chargeaient sur leurs épaules. Les poutres et les planches furent apportées de la même façon de la Kabylie et de l'Aurès. Puis, les matériaux ainsi amassés se trouvant insuffisants, Ahmed eut une idée auprès de laquelle pâlissent les exactions les plus fameuses de Verres : il mit tout simplement la province au pillage. Sculptures, serrureries, menuiseries, marbres, colonnes, faïences, montants de porte, portes de cèdre, chambranles de fenêtre, il fit tout saisir. Des nuées de démolisseurs s'abattaient sur les édifices les plus remarquables, et des caravanes en apportaient les débris aux architectes du palais.
Quand la maison est Unie, dit le proverbe arabe, la mort arrive. Cette fois, ce fut l'ennemi. A peine son palais était-il achevé, qu'Ahmed en fut chassé par les Français. Cet effort colossal, où les ressources de tout un peuple furent mises en jeu pour satisfaire la fantaisie d'un homme, a produit un édifice vaste sans être grandiose, et original sans être beau. On y sent partout l'insuffisance des artistes qui l'ont élevé, et le procédé barbare qui en a réuni les matériaux.

Tel était l'homme que les Français allaient combattre

Ahmed, bey de Constantine El Hadj Ahmed, fils de l'ancien Khalifa Mohammed, et petit-fils d'Ahmed bey El Kolli ; avait été nommé par le dey d'Alger Hosseïn, bey de Constantine, en août 1826. C'était un homme énergique et cruel, né dans cette ville, Koulour'li (koulougli)d'origine, (père turc mère indigène)et âgé alors d'une trentaine d'années. Il y avait rempli, sous de précédents beys, les fonctions importantes de Khalifa, sorte de premier ministre, et s'était créé d'implacables inimitiés; cela, joint à quelques actes véritablement irréfléchis, avait motivé son internement à Blida, d'où le dey venait de le tirer.
Ahmed Bey considère, le camp de Medjez-Amar, à quelques dizaines de lieues de sa capitale, comme une provocation personnelle. Il est certain d'une victoire facile, il clame la djihad et sur ce point, il sait qu'il fait l'unanimité, même les kabyles hostiles de nature aux arabes, répondent qu'ils acceptent pour faire la guerre aux français de se joindre aux cavaliers du Bey. Ahmed sait également par ses informateurs, que les Français ont réarmé et reformé des bataillons de Turcs, qu'ils ont aussi incorporé des unités indigènes venant des tribus proches du camp de Guelma et de la région de Bône. L'armée a observé des regroupements et des mouvements de cavalerie arabe autour de Constantine. Danremont averti par ses indicateurs n'ignore pas que Ahmed Bey réglera cette affaire par la guerre. Les escarmouches sévères, les courtes batailles dans la plaine de Guelma, ou les embuscades sur la piste qui mène de Medjez-Amar à Ras-el-Akba lui ont permis d'éprouver la valeurs des formations Françaises et de ses alliés. Ahmed est un Hadj, il a derrière lui, pour le soutenir, la majorité des marabouts de Constantine, il ne peut pas perdre la face. Tous ces préparatifs des Français, cette concentration de troupes, le pousse à agir. L'anéantissement du camp de Medjez-Amar l'affirmerait dans ses prétentions ; être considéré comme un "Abdelkader de l'Est", et, pour exterminer ces infidèles, il aligne ses meilleures troupes.Les Français ont appris a leur dépend que contre cette guerre spéciale, originale comme le pays lui même, pleine comme lui de pièges et de guet-apens, il fallait une armée spéciale, familiarisée avec ce genre d'ennemis et de lutte, qui se fut mise, pour ainsi dire, à l'école de son adversaire, et eu appris à le battre avec ses propres armes. Dans ce pays, où coule en cette fin d'été 1837 la Seybouse boueuse des orages d'été, entrelacé et comme embrouillé de montagnes striés de pistes menant nulle part, coupé de défilés propices aux embuscades, semé de broussailles protectrices, de fourrés, de buissons perfides,où l'homme imite de la bête fauve ses allures sournoises et redoutables, où se tapit l'indigène en attendant sa proie; dans cette contrée de soleil ardent qui connaît par moments la neige et les tourmentes mortelles, les soldats 7 ans après avoir touché la terre d'Afrique, traversés des plaines arides ou marécageuses, dormi à l'abri précaire des ruines de Calama, ou sous de mauvaises tentes, il convenait que ces hommes d'une trempe exceptionnelle qui avait la garde de ce verrou fussent, après ce long apprentissage, rompus aux difficultés locales, acclimatés au ciel, accoutumés au sol, aguerris de toutes les manières, avaient une revanche à prendre et attendirent d'un pied ferme l'armée de Hadj Ahmed.Cependant, cette fois, les rôles étaient renversés, c'était lui, le bey qui attaquait une position ennemie fortifiée, commandée par des officiers d'expérience habitués à ce genre de guerre de siège de type européen et qui manoeuvraient leurs troupes admirablement bien. Les artilleurs avaient eu le temps de pointer en tirs croisés leur obusiers et canons afin de se couvrir mutuellement, les fantassins contrôlaient les défilés, et pour se préserver, ils avaient bâti des murs avec des sacs de terre.Mais laissons témoigner les écrits;
Guelma le 24 septembre 1837, compte rendu de la bataille de Medjez-Amar des 21/22/23 septembre 1837.

LE COLONEL LAMORICIERE

LA BATAILLE DE MEDJEZ AMAR

"Le colonel Lamoricière commande les zouaves du 2 éme léger, il est campé sur la rive droite cet emplacement qui se trouve être de la plus grande importance. Il établit un poste retranché de 40 hommes commandé par un capitaine et un lieutenant, avec ordre de tenir à tout prix cette position, même si l'ennemi s'approchait du camp.Le camp de Medjez-Amar, sur la rive droite, est protégé par un ravin et des postes retranchés, il n'est guère abordable, mais à sa gauche existe un plissement de terrain qui longe la rive gauche de l'Oued Cherf ce par lequel l'ennemi peut se glisser derrière notre gauche. Un poste de nuit est placé à ce débouché afin de surveiller ce passage.Au camp de la rive gauche de la Seybouse, le 47e de ligne est couvert par trois mamelons, celui de l'extrême droite, le plus élevé des trois, défend les approches du camp contre l'ennemi qui voudrait y pénétrer par le chemin d'Hamam Meskoutine. Toutes les hauteurs sont gardées par des postes retranchés, les troupes attendent l'attaque. Le 19 on avait appris par des renseignements digne de foi que le Bey de Constantine s'avançait dans l'intention d'attaquer le camps avec des forces que l'on évaluait à 10000 hommes d'infanterie et de la cavalerie chiffrée à 3 ou 4000 cavaliers. Dans la nuit du 21 au 22 septembre plusieurs coups de fusils sont tirés contre nos positions. L'attaque débute dès le matin du 22 septembre, 700 à 800 cavaliers et une infanterie de 1500 kabyles font mouvement vers le poste des zouaves où se trouve le général Lamoricière avec ses 7 compagnies du 2 eme léger et du 47 eme de ligne. A peine établit sur le mamelon les kabyles et les cavaliers tentent de s'emparer de cette position. La première résistance ne fait que les exciter d'avantage, mais les tirs de l'infanterie et d'un obusier de montagne bloquent la tentative et ouvrent de larges brèches parmi les assaillants. Un obusier et deux pièces de campagne situés sur la gauche de la ligne contribuent à dégager la position menacée. Un autre obusier et une pièce de campagne en position sur la rive gauche de la Seybouse s'ajoutent aux tirs. Cette escarmouche fait 1 tué et 8 blessés dans nos rangs. L'ennemi laisse un bon nombre d'hommes sur le terrain ainsi que de nombreux chevaux on les voit distinctement emporter leurs morts et blessés. A midi un violent orage, qui dura environ deux heures, nous oblige à nous mettre à couvert, à 4 heures les arabes reprennent l'offensive, leurs dispositions sont les mêmes que celle du matin. L'infanterie arabe attaque avec plus de rigueur, mais est repoussée sur tous les points. Vers 5 heures 1/2, l'ennemi regagne ses positions annonçant l'intention de renouveler ses attaques. Les sentinelles ont ordre de veiller mais il ne se passe rien, vers les 10 heures du soir, 30 à 40 coups de fusils sont tirés depuis les deux camps sur des arabes qui cherchaient à s'approcher de nos postes.Le 23 septembre, dès 6 heures du matin l'ennemie attaque de nouveaux en force 7 à 8000 hommes, dont 2 à 3000 kabyles. Comme les autres jours, la plus grande partie de la cavalerie se poste face au camp sur la rive droite, tandis que 700 à 800 cavaliers et 4000 kabyles marchent contre la position du colonel Lamoricière, mais, ils ignorent que pendant la nuit on envoya 160 hommes couper les buissons et les arbres, à la faveur des quels les kabyles avaient pu s'approcher du camps. Trois compagnies de zouaves, deux du deuxième léger occupent toujours la position. Prévoyant une lutte plus sérieuse que la veille, on fait venir sur la rive gauche, 1 obusier, et 1 pièce de campagne, pour porter à 5 pièces notre artillerie. De ce point on découvre les mouvements de l'ennemie. Il fait mouvement en avant, et descend par la route que le génie a tracé, et se place sur les mamelons qui font face de notre ligne de la rive droite. Il y a sur ces mamelons environ 1500 chevaux. Bientôt 300 à 400 cavaliers engagent la fusillade avec nos avant postes. Quelques coups de canons et obusiers les tiennent à distance, après 1 heure 1/2 d'engagement, ils regagnent Ras-El-Akba. Personne de blessés ou de tués de notre côté, cependant que chez l'ennemi l'artillerie fait des ravages, tant parmi les hommes que parmi les chevaux.
Vers les 8 heures du matin, l'on remarque un grand mouvement du côté de Ras-El-Akba, la cavalerie en plus grand nombre vient reprendre les positions de la veille, et s'étend jusqu'à l'Oued Cherf, cherchant à pénétrer sur notre gauche. Elle attaque sur toute cette ligne avec plus de résolution que la veille, mais elle est repoussée sur tous les points par les postes retranchés et par les tirailleurs qu'on a embusqué à la gauche de la ligne. Le feu des trois pièces d'artillerie contribue à éloigner l'ennemi. Les coups de fusils continuent toujours sur la rive droite en particulier vers la position du colonel Lamoricière. L'ennemi à déployé 4000 kabyles, parmi les quels se trouvait un bataillon de régulier en uniforme de 600 à 700 hommes de l'armée d'Ahmed, et qui marche musique en tête. 700 à 800 cavaliers sont mêlés au milieu de toute cette infanterie. Après bien des cris et des coups de fusils tirés hors de portée, toutes ces bandes s'avancent, avec une audace peu ordinaire. Les sept compagnies installées par le colonel Lamoricière, sur le flanc gauche de la position, cachées derrière des broussailles a l'ordre de tirer qu'à très faible portée; pendant le mouvement en avant de l'ennemi, les trois obusiers de montagne jette constamment au milieu de ces maures des obus qui en tuent et en blessent beaucoup. Les deux pièces de campagne de la rive gauche de la Seybouse et l'artillerie de notre gauche sur la rive droite lancent également des boulets et des obus. L'ennemi avance toujours, mais arrivé à 30 ou 40 pas de la position, les sept compagnies et l'infanterie ouvrent le feu, un mouvement de recul se remarque sur le champ. Ce fut le dernier effort des arabes en une demi-heure le feu avait cessé sur tous les points autour du camp, et bientôt les kabyles et toute la cavalerie fuient.
Pendant les deux premières heures du combat, le Bey de Constantine, ses drapeaux et ses principaux chefs se trouvaient au milieu de 2500 à 3000 cavaliers, qui étaient face au camp, sur la rive droite. Il passa à la gauche de la campagne de la rive gauche de la Seybouse et l'artillerie de notre gauche sur la rive droite lancent également des boulets et des obus.
L'ennemi avance toujours, mais arrivé à 30 ou 40 pas de la position, les sept compagnies et l'infanterie ouvrent le feu, un mouvement de recul se remarque sur le champ. Ce fut le dernier effort des arabes en une demi-heure le feu avait cessé sur tous les points autour du camp, et bientôt les kabyles et toute la cavalerie fuient. Pendant les deux premières heures du combat, le Bey de Constantine, ses drapeaux et ses principaux chefs se trouvaient au milieu de 2500 à 3000 cavaliers, qui étaient face au camp, sur la rive droite. Il passa à la gauche de la ligne avec 700 à 800 cavaliers, pour être témoin de l'attaque contre la position du colonel Lamoricière, il fut par conséquent témoin de la défaite de ses troupes. Quand aux pertes de l'ennemi, elles ont dû être grandes, les kabyles sont venus jusqu'à 25 pas de la position les traces de sang en font foi, 25 cadavres gisent abandonnés, lorsque l' on sait que les arabes ne laissent pas leurs morts et leurs blessés et qu'ils font tous les efforts pour les emporter. Le bey avec le reste de ses troupes reflua vers Constantine non sans tirer encore quelques coups de fusils "pour sauver la face". Mais Hadj Ahmed, le savait, il venait de perdre sa première bataille. Les tributs arabes et Kabyles de la région allaient se soumettre aux français, laissant ouverte la route de Constantine. La ville fut prise ce 13 octobre 1837, mais à quel prix, Danrémont et 23 officiers de tués, 57 dont Lamoricière blessés et plus de 500 soldats sont tombés. Malheureusement il y a des soldats atteins de choléra et la colonne au retour sur Medjez-Amar, Guelma et Bône est une colonne de malades. La France est à Constantine et n'entend pas lâcher une ville qui lui a coûté si cher.

MEDJEZ-AMAR

Ce ravissant paysage n'est à proprement parler qu'une expression géographique. A part une grande et belle ferme fort bien tenue, voisine d'un grand moulin à quatre étages, on n'y trouve point de groupement européen proprement dit. Cependant, Medjez-Amar s'impose au voyageur par le charme incomparable du site, la beauté de ses futaies d'oliviers, et aussi par le souvenir historique des deux expéditions de Constantine. C'est en cet endroit même que se forme la Seybouse, par la réunion de l'Oued-Cherf et du Bou-Hamdam. Aussi, en 1837, avant de se porter de nouveau sur la capitale de la province, attaquée infructueusement l'année précédente, l'armée française avait-elle jugé indispensable d'occuper fortement cette position importante. Le camp principal fut assis sur la rive gauche du Bou-Hamdam, où on peut encore actuellement retrouver tous ses retranchements en terre. L'avant-garde s'était établie sur la rive droite, protégée par l'Oued-Cherf. Un ouvrage fortifié et dont la défense avait été confiée au colonel de Lamoricière est encore aujourd’hui presque intact. Ces précautions n'étaient pas superflues, car les 21, 22 et 23 septembre, le bey Ahmed, dont notre première tentative malheureuse avait enflammé l'audace, vint en personne, à la tète de sept à huit mille cavaliers et d'un grand nombre de fantassins, assaillir nos troupes avant que les renforts attendus de Bône en eussent complété l'effectif. Grâce aux heureuses dispositions prises, l'ennemi fut repoussé, et l'effet moral produit par cette victoire, ne contribua pas peu à assurer le succès définitif de l'opération entreprise. On peut aller d'Hammam-Meskoutine, à Medjez-Amar, en moins d'une demi-heure, en voiture, par la route qui longe le cours pittoresque du Bou-Hamdam, sur lequel s'élève un bel ouvrage d'art livrant passage au chemin de fer de Bône-Guelma. Les souvenirs militaires ne sont pas les seuls qui s'attachent à cette intéressante contrée. Il y a une trentaine d'années, avant que la charrue et la cognée des défricheurs l'aient entamée, la vallée de Medjez-Amar offrait l'aspect d'une véritable forêt vierge, et, comme elle était abondamment pourvue d'eau et de bétail, le roi des animaux, le Seigneur le lion à la grosse tète, en faisait son jardin de prédilection. C'est dans les environs que Jules Gérard conquit ses premières palmes, et c'est à quelques pas de la ferme André, sur un coteau en pente douce, alors couvert d'oliviers séculaires, qu'un peu plus tard un énorme lion blessa grièvement le spahis qui accompagnait le grand chasseur dans l'une de ses périlleuses entreprises. Depuis longtemps déjà, le défrichement l'ouverture des voies de communication et l'extension progressive des cultures, ont fait reculer an loin les grands fauves dont il ne reste pour ainsi dire plus de représentants dans ce pays. Par contre, le chacal, l'hyène, le raton, la civette et autres carnassiers de moindre importance, abondent sur les bords de l'Oued-Cherf et du Bou-hamdam, sans que pour cela le gibier de poil et de plume y soit moins répandu qu'ailleurs.