LE LION DU DJEBEL AOUARA
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LES RISQUES DES DÉPLACEMENTS

En Algérie il y a bien des années, après les battages, la récolte de blé était transportée de GUELMA à BÔNE en convoi.
MERTZ François, mon grand-père maternel nous raconta la mésaventure qui lui advint dans son jeune âge alors qu'il participait à l'une de ces équipées.
Ces convois étaient composés de chariots tirés par des boeufs, de carioles et de cavaliers. Outre le blé et autres céréales, des légumes et des fruits, prenaient place sur les véhicules hippomobiles : des malades et des femmes enceintes qui allaient accoucher à Bône, seule ville de la région possédant un hôpital, et puis ceux qui y allaient pour affaire ou pour faire des emplettes ainsi que des soldats permissionnaires ou mutés.
Tout le monde devait se munir de vivres pour plusieurs jours ; le convoi mettant 2 ou 3 jours pour franchir le djebel AOUARA, environ 60 kms, par un chemin muletier serpentant dans la montagne entre les lentisques, les jujubiers et les oliviers sauvages.

Inutile de décrire les difficultés de ces déplacements, en plein été par des chaleurs de plus de 35°, avec les cahots, la poussière, la soif, la transpiration, l'inconfort et pour les femmes la promiscuité.
Les hommes étaient tous armés pour prévenir les embuscades des bandes de pillards.
Un jour, alors qu'en gravissant lentement, péniblement le col du FEDJOUDJ, les bêtes s'arrêtèrent net. Les boeufs et les chevaux refusèrent d'avancer plus avant. Ni les hurlements des conducteurs, ni les coups de fouet ne réussirent à les remettre en route.
Des cavaliers qui cravachèrent trop violemment leur monture furent même désarçonnés. Que se passait-il ? Quelle magie, quelle diablerie se cachait là ? Etait-ce encore un tour des arabes ? Ils avaient parait-il de puissants marabouts très forts en sorcellerie. Quel maléfice avaient-ils jeté à cet endroit ? ...
Les femmes sur les chariots tremblaient, certaines pleuraient. Les hommes armèrent leur fusil, se concertèrent et la plupart se mirent sur la défensive autour du convoi. Quelques uns, courageusement, partirent en avant en reconnaissance.

Lentement, prudemment, le doigt sur la détente de leur arme, scrutant chaque buisson à droite et à gauche du chemin, essayant d'identifier le moindre bruit, et, ... environ 500 mètres plus haut, dans un virage, ils virent un énorme lion assis sur son train arrière, au beau milieu du chemin, qui les regardait venir.

Plus de doute, c'était bien lui qui avait effrayé les bêtes. Ils redescendirent rendre compte et prendre une décision. On décida de faire un grand feu. On prit de la paille des chariots et ayant coupé quelques branches d'arbres, on alluma un bon feu en avant du convoi et bien en vue du félin.
Celui-ci mécontent gronda, se leva nonchalamment la queue battant ses flancs, puis fit le tour du convoi et alla se réinstaller sur le chemin en queue de la caravane.
Aussitôt, sans que personne n'ait eu à donner du fouet ni même de la voix, toutes les bêtes s'élancèrent à l'assaut du col. Les hommes à pied eurent du mal à suivre... mais le convoi passa

Avec l'aimable autorisation de Maurice GRAVIER

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE