Guelaât-bou-Sba le 27 mars 1890

Monsieur le Président du Comice Agricole de Guelma

               Je considère comme impérieux devoir de répondre au questionnaire que vous adressez aux colons de la région de Guelma au sujet des vols dont ils ont pu être victimes. Il m'est impossible d'assigner une date exact (année, mois, jours) aux faits dont j'ai à me plaindre pendant la période décennale de 1880 à 1890, mais je peux vous affirmer que le brigandage arabe, compte à son actif les actes suivants :

1. Deux tentatives de vol avec effraction, à mon domicile, mais qui ont échoué. L'objet convoité était mon coffre fort.
2. Vol avec effraction de dix charges de blé.
3. Coupage de plus de 200 pieds de vigne.
4. Vol d'une paire de bœufs confiés à la garde d'un berger. Ces bœufs, vu leur état d'extrême maigreur, ont été rendus contre le paiement de 25 francs.
5. Sciage et coupage de plusieurs eucalyptus et d'autres arbres de diverses essences.

Je ne mentionne que comme simples peccadilles les nombreux vols de moindre importance dont j'ai été l'objet.
Enfin, et pour finir, à la fin de 1888, incendie d'une meule de fourrage, la seule que je possédais.
Tous ces méfaits sont restés impunis, sauf pour l'indigène qui a coupé les pieds de vigne et qui a été condamné à un an de prison. En présence du résultat négatif auquel aboutissent les 19/20 des plaintes, je suis décidé à ne plus vous signaler à l'avenir les actes de brigandage dont je peux être à nouveau victime. On ne peut qu'être profondément écœuré en voyant la placide indifférence de l'administration actuelle en présence d'un état de chose qui tient en échec la colonisation.
J'ai beau me torturer la cervelle, je ne trouve pas d'autres qualifications à appliquer à cette indifférence que : aveugle, bête ou criminelle.
On est à se demander où nous allons. Indubitablement à la liquidation de la colonisation, si un prompte et énergique remède n'est pas apporté à une situation aussi grave.
Sans sécurité, pas de colonisation possible ; c'est une vérité qui crève les yeux, excepté ceux de nos gouvernants. On se demande avec tristesse si la France aurait dépensé dans ce pays tant de centaines de millions et sacrifié tant des précieuses existences pour en arriver à ceci : que le colon le plus malfamé de la Calabre, est un Eden à côté de l'Algérie.
Et pendant que jour et nuit, le colon est sur le qui-vive pour défendre son existence et le pain de ses enfants, le conseil supérieur est réuni pour s'occuper de l'octroi de mer. La maison brûle et on discute gravement sur le badigeon qu'on veut lui donner.
Pauvre Algérie, en quelles mains débiles es-tu tombée ?
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Alfred. Bayeul

En 1930 il y a, en Algérie, 26153 exploitations dont 5411 de plus de 100 hectares. Un vaste programme d'irrigation mis en place à partir de cette date, permit une forte progression des cultures de primeurs et d'agrumes dont le volume atteint 100 000 tonnes par an, à la fin des années 1930.

Source : Archives de l'Algérie ?. J.Borgé & N. Viasnoff

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