LES EAUX DE HAMMAM-MESKHOUTINE, LES BAINS DES MAUDITS
(autre version 1881),

       Il existe de nombreuses versions de la légende du mariage maudit, en voici une nouvelle, racontée par un savant en voyage dans la région de Guelma

        Cette association des eaux thermales avec des roches d'origine ignée n'a rien qui étonne. On est tenté d'admettre que ces eaux participent encore de la chaleur initiale des terrains qu'elles traversent. Le même feu qui a fondu les roches encaissantes semble avoir communique aux eaux la température qui les distingue. La source thermale apparaît, aux yeux du géologue ou même de l'homme du monde comme la trace du passage, à travers un terrain plus moderne, des roches liquéfiées dont tes laves, le basalte, les porphyres et certains granits sont les représentants les plus authentiques. Rien de semblable pour les thermes dont nous allons parler. Les montagnes environnantes se composent de calcaires et de grès appartenant à la partie supérieure des terrains secondaires comme celles d'Aix en Savoie, elles s'épanchent au centre d'un bassin où rien ne décote ces actions violentes. Les eaux des Maudits sont situées à 14 kilomètres de Guelma, ville d'origine française, fondée en 1845, entre Bône et Constantine, sur l'emplacement de l'ancienne Suthul de Jugurtha, qui devint plus tard la ville de Calama des Romains.

Les Mures, les Vandales, les tremblements de terre, détruisirent à leur tour l'antique Calama. C'est avec les ruines de la ville romaine que la citadelle actuelle a été construite; les débris les plus intéressants ont été réunis dans un musée.

      Les Romains, si ardents à la découverte des eaux thermales, connaissaient celles-ci; elles portaient le nom de Thibilis, actuellement Announa, ville plus rapprochée des bains que celle de Guelma..

      Quand on quitte Guelma pour aller à Hammam-Meskhoutine, on coupe d'abord le cours de la Seybouse. Ici elle n'est qu'un torrent; mais vers son embouchure, prés de Bône, elle devient une rivière navigable, la seule qui existe en Algérie.

On passe la Seybouse a gué, puis l'on entre dans un fertile bassin bien cultivé, appelé Medjez-Hamar. C'est là qu'en 1837 le maréchal Clausel établit le camp fortifié d'ou partit le corps expéditionnaire qui devait faire tomber les murs de Constantine le 20 septembre 1837.

Après avoir dépassé les constructions du camp, converties actuellement en exploitation agricole, on entre dans une gorge où l'on traverse sur un pont de bois un affluent de la Seybouse, le BouHamdan, puis on monte vers un plateau entouré de montagnes peu élevées. De loin déjà, on reconnaît l'emplacement des eaux aux masses de vapeur d'eau qui s'élèvent au-dessus d'elles. Elles surgissent actuellement avec te plus d'abondance a l'extrémité d'un plateau, où elles forment des geysers, dont l'un s'élevant a quelques décimètres au-dessus du sol. Ces bouillons sont à la température de 95 degrés, c'est-à-dire il ce!!e.de l'eau bouillante sous une pression atmosphérique équivalente a cette d'une colonne de 634 millimètres de mercure. Ces eaux exhalent l'acide carbonique, elles tiennent du carbonate et de la chaux (plâtre), du sulfate et du carbonate de magnésie, du sulfate de soude, de la silice, un peu d'arsenic, et du sel marin, qui se déposent à mesure que le liquide perd de sa température initiale.

Les eaux fournies par les dix bonifions, se trouvant sur le bord d'un petit plateau, descendent immédiatement la pente. Si c'était de l'eau pure, on la verrait simplement couler sur les rochers pour se réunir au ruisseau de Chedakra qui serpente a ses pieds; mais cette eau, contenant en dissolution des sels- calcaires blancs qui se déposent a mesure qu'elle se refroidit, construit à même la roche sur traquette elle tombe en cascade.

Quand ta pente n'est pas trop forte, l'eau se dépose il en résulte qu'elle se forme en de petites digues de quelques centimètres de hauteur. tous tes accidents capricieux résultant du dépôt calcaire. qui se fait plus ou moins vite, en un endroit plutôt qu'en un autre suivant la saison, le vent, ta température et l'émission plus ou moins abondante des eaux incrustantes. Après que ces eaux se sont ainsi déversées de bassin en bassin, sur une hauteur de cinq mètres environ, elles arrivent à la paroi presque perpendiculaire du rocher; la formation des cuvettes étagées devenant impossible, l'eau, en glissant sur la pierre, s'enduit d'une couche de travertin représentant des draperies, des surfaces mamelonnées, et, quand le rocher surplombe, de véritables stalactites de forme conique, de la pointe desquelles coûte sans cesse le filet d'eau générateur.

La cascade se divise ensuite en plusieurs ruisseaux qui se jettent dans le Chedakra, dont te fond est tapissé d'un beau vert et où vivent, malgré la haute température, de petites grenouilles et des poissons.


Nous Venons de voir l'effet des eaux incrustantes lorsqu'elles s'épanchent sur une pente plus ou moins inclinée; elles produisent d'autres effets quand elles surgissent du sol sur un plan horizontal. Déposant autour d'elle les sels calcaires dont elle est chargée, la source jaillissante s'élève d'abord un petit cône creux dont les parois sont du travertin l'eau, continuant a sortir par l'orifice terminal, s'épanche en formant une nappe qui coule sur le petit cône originairement formé; en même temps, les bords de l'orifice s 'élèvent également par l'addition de dépôts, le cône monte toujours, jusqu'à ce que la force ascensionnelle de l'eau ne soit plus assez énergique pour lui permettre d'atteindre l'orifice du sommet et de se déverser sur ses parois. Alors- le cône ne s'accroît plus ni en hauteur ni en diamètre; l'orifice terminal s'obstrue et le canal se remplit de terre. L'eau minérale va chercher d'autres issues.

J'ai vu un de ces cônes en voie de formation; il avait 50 cm de hauteur et suintait, par son sommet et aussi par ses parois extérieures.

Quand on approche des bains de Hammam-Mesknoutine, on aperçoit, au haut du plateau une surface d'un hectare environ de superficie sur jaquette s'élèvent plus de cent de ces cônes. Les uns ont une large base, les autres semblent des aiguilles. Il y en a de boutes grandeurs, depuis quelques décimètres jusqu'à quatre ou cinq mètres, les uns sont isolés, les autres disposés par groupes ou même soudés entre eux deux à deux.

La végétation s'est emparée de quelques-uns, et souvent, au sommet, un petit olivier sauvage pousse comme dans un pot de fleurs. Bien plus bizarre et de plus inexplicable au premier abord que ces cônes réguliers s'élevant brusquement a la surface du sol, et, comme on l'a vu, rien de plus facile a comprendre si on se donne ta peine d'analyser le phénomène. Les cônes du côté horizontal dont nous venons de parler, ne dépassent pas cinq mètres i!s sont trop anciens les eaux chaudes n'étaient probablement point, encore utilisées.

Il en est de même d'un groupe situé plus bas, entre les premiers et la cascade. Ceux-ci sont au nombre de huit, dont quatre très grands accolés deux à deux, et un autre isolé. La hauteur de chacun de ces cinq cônes est de huit mètres environ; a l'extrémité de l'un d'eux il s'était formé, près de la pointe, un dôme

Les cônes sont l'œuvre de l'eau thermale sortant par un orifice plus ou moins circulaire sur un plan horizontal mais si le cône est rompu artificiellement sur un point de sa base, l'eau coule. et forme un ruisseau en suivant la pente du terrain, Alors d'autres phénomènes se produisent. L'architecte est le même, c'est toujours l'eau imprégnée de calcaire ; même si l'œuvre est différente. Déposant toujours ses sels au fond et sur tes côtés, l'eau se construit elle-même le canal dans lequel elle coule; ce canal une fois formé, élève sans cesse le fond par l'addition de nouvelles couches; mais elle élève en même temps ses parois. Aussi, au bout d'un certain nombre d'années, l'eau coule au sommet d'un aqueduc qu'elle s'est construit e!!e-même et ces aqueducs ressemblent de loin a des enceintes de murs.

Le canal qui règne tout le long de la crête est l'origine de ce rempart. Avec le temps, ces remparts représentent de gros promontoires qui s'avancent dans la vallée et se terminent brusquement. Deux de ces canaux, situés prés du pont du Chedakra, l'ont détourné de son cours, et l'un d'eux laisse encore suinter à son extrémité une certaine quantité d'eau qui tombe directement dans le ruisseau.

Le jour où ce suintement cessera, soit par l'extinction de la source qui le produit, ou t'obturation de la fissure qu'il traverse, le promontoire ne s'avancera plus, car de nouvelles couches ne viendront plus s'ajouter aux couches préexistantes. Ainsi le promontoire le plus rapproché du pont est complètement terminé.

A l'est de la cascade actuelle on remarque également tes traces d'une ancienne cascade, et, plus loin encore, un énorme rocher de travertin qui a été coupé pour le passage de la route.

On voit que les eaux incrustantes de Hammam-Meskboutinc construisent des édifices complètement différents suivant la conformation des lieux où elles apparaissent à la surface du sot. Sur un plan horizontal, des cônes verticaux correspondant chacun à un bouillon; sur une pente douce, des bassins a formes semi-circulaires étages les uns au-dessus des autres; sur une paroi verticale ou presque verticale, des festons, des stalactites rappellent les ornements des fontaines de Pompéi et de celles de la renaissance, dont la fontaine de Médicis, au Luxembourg, nous offre le modèle. La source coule comme un ruisseau, elle se construit un aqueduc qu'elle élève sans cesse ou qu'elle épaissit en forme de promontoire.

L'art pourrait, en guidant ces sources, les forcer à élever les constructions les plus compliquées, et même à monter des vases, des statues, des bas-reliefs, comme on le fait aux eaux de Saint-Allyle, a Clermont en Auvergne. L'abondance de la source africaine est un élément qui manque a celles d'Europe; on estime, en effet, son débit à 84000 titres d'eau à t'heure, et il peut se comparer à celui des eaux de Louéche en Suisse et d'Aix en Savoie.

Les sources d'Hammam-Meskhoutine ont changé de place. Lorsqu'elles sortaient au haut du plateau où elles ont formé les cent cônes dont nous avons parlé, elles n'étaient probablement pas utilisées; mais des piscines et un aqueduc situés a l'est de la cascade montrent que les Romains n'ont pas plus négligé les richesses thermales de la Numidie que celles de la Gaule et de la Germanie.

Actuellement, il existe prés de ces sources un grand hôpital militaire. Plusieurs bouillons situés a l'est et au-dessous de la cascade sont couverts de baraques où l'on prend des bains de vapeur, et l'Arabe même y construit son gourbi de feuillage quand le médecin roumi (français) lui persuade qu'il trouvera dans ces eaux un remède aux rhumatismes qu'il contracte en couchant en plein air dans ses haltes nocturnes. Bientôt un grand établissement thermal doit s'élever, par les soins du docteur Moreau, a Bône, en face de l'hôpital militaire.

Ce n'est pas un moyen de guérison offert par la nature que l'Arabe voit dans ces eaux chaudes; comme tons les peuples enfants, comme les races sémitiques surtout, tout événement, tout phénomène extraordinaire est un miracle. Sans que personne n'invente, la légende naît d'elle-même dans l'imagination du peuple, et le surnaturel, que discute l'esprit positif de l'Européen, est précisément ce qui entraine la conviction de l'Arabe.

L'histoire merveilleuse se raconte sous la tente, se propage dans les douars, et devient bientôt une croyance, un article de foi que personne ne conteste.

Voici la légende des eaux de Hammam-Meskhoutine.
Un Arabe riche et puissant avait une soeur appelée Aurida (la Rose); mais, la trouvant trop belle pour la fiancer à un autre qu'à lui, il voulut l'épouser, malgré la défense formelle du Coran. Il n'écoute ni les prières de ses parents, ni les remontrances des anciens de la tribu, qui payent leur franchise de leur vie.

La noce s'accomplit accompagnée de fantasias et de danses terminées par un immense festin. Des plats remplis de couscoussou sont servis aux convives, des moutons tout entiers sont dépecés avec les doigts; mais au moment où le couple maudit va se retirer, les éléments sont bouleversés, le tonnerre gronde,le feu du démon sort de la terre, des eaux brûlantes inondent le lieu du festin, et, on trouve l'Arabe et sa sœur, les gens de loi, les invités, les danseuses et les esclaves changés en pierres. Les cônes représentent tous les acteurs de ce drame. En doutez-vous ? Mais la source rejette encore des grains de couscoussou pétrifiés; ce sont les pisolithes qui se forment dans les bouillons. Mais, la nuit, un berger gardant ses troupeaux menacés par le lion a vu ces pierres reprendre une forme humaine, les danses continuer; et malheur à l'imprudent qui se mêlerait à ces rondes infernales! il augmenterait le nombre des damnés, et un nouveau cône s'ajouterait a ceux qui s'élèvent dans la plaine. Et pour que les hommes ne perdent pas la mémoire de cette punition solennelle, Dieu permet que les feux du festin brûlent éternellement, qu'une vapeur épaisse et des eaux brûlantes jaillissent du sein de la terre profanée par l'inceste.

Qui n'est frappé de l'analogie de cette histoire avec celles qu'on trouve dans la mythologie des religions antérieures au christianisme?

L'imagination orientale est toujours aussi vive que dans les siècles passés mais les mêmes légendes se reproduisent. Celles dont nous connaissons l'origine et dont nous avons l'explication nous éclairent sur les récits merveilleux dont le temps et la tradition nous dérobent le sens caché.

La science seule peut le découvrir, car elle seule nous dévoile les lois éternelles et immuables qui régissent les phénomènes naturels.

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