DÉCOUVERTE DE TEXTES LYBIQUES ET ROMAINS Á
HENCHIR BOU-NAHR ET AÏN NECHMA

Notre première sortie de Guelma a pour but de reconnaître la position d'Aïn Nechma et de Henchir Bou Nahr, qui font partie du haouch de ce nom.
Le haouch Bou Nahr est une simple ferme indigène située sur la rive gauche de l'oued Skhroun, à une heure de Guelma. Le propriétaire s'est fait construire au milieu des ruines d 'un vicus romain, une maison à l'européenne, qui domine les berges escarpées du torrent et quelques champs cultivés.

La ruine principale s'étend au nord de la maison fermière, elle est entourée de murs en pierre de taille au milieu desquels on voit l'entrée d'une citerne.
Le côté oriental de l'Henchir se développe parallèlement au bord de l'escarpement et présentent d'assez hautes murailles d'origine arabe (?), Percé de trois portes donnant jour à des réduits.
La partie méridionale, couverte d'alignements et de pieds droits, descend jusqu'à la rive gauche d'un ravin.

La nécropole et voisine de l'Henchir ; elle occupe un champ de 3 ha de superficie, qui se relève insensiblement jusqu'aux crêtes boisées. On y voit encore quelques inscriptions tubulaires, un ex-voto punique bien conservé et plusieurs cippes rougeâtres, mais lourds comme ceux que l'on retrouve au musée de Guelma
Les habitants du vicus, comme aujourd'hui le fermier arabe puisaient l'eau nécessaire à leur alimentation à une belle source située au dessous des escarpements que domine l'Henchir, presque sur le bord de la rivière. Elle porte le nom d'Aïn Nechma ; c'est elle qui, dans les recueils d'épigraphie, sert à désigner l'Henchir Bou Nahr.
On a trouvé sur le plateau et près de la source (?) Un bon nombre de textes lybiques, puniques et latins ; à un texte relevé par M. de Vigneral, on n'y a reconnu que les ex-voto et des épitaphes ; on n'en compte 25 ; M. Léon Renier les uns réunis sous la rubrique d'Aïn Nechma. Le nombre pourrait en être doublé si l'on pratiquait des fouilles sérieuses dans le terrain de la nécropole.

BORDJ DU CHEIK ALI BEN ABD ER REZEK
On découvre de Guelma une petite maison blanche qui s'élève, à 4 km au-delà du village, de l'oued Touta, sur le col traversé par la route de Guelma à Philippeville. C'est le Bordj du Cheik ALI BEN ABD ER REZEK qui, d'un côté, domine la plaine, et, de l'autre, les gorges sauvages des Fedjoudj.
En voyant une voiture s'arrêter devant la maison, un jeune indigène, au type kabyle, vient un autre rencontre. Apprenons que nous désirons voir les pierres écrites, il nous conduit dans un gourbi voisin, bâti depuis peu de temps, qui sert de poste d'observation et de Djemma, ou lieu de réunions et de prière.

Deux grands de pierres, aux contours irréguliers, à surface lisse et non taillée, se dresse contre les parois. Toutes deux portent des inscriptions Libyques, et nous reconnaissons sur le champ le texte copié par Messaoud ben Maadi ; à une lettre près, sa lecture est excellente.
Après avoir levé les deux inscriptions, le docteur J Reboud passe en revue toutes les pierres des murs intérieurs du gourbi, nous signale une rangée de lettres lybiques gravées sur un fragment couché horizontalement dans le mur du fond.
Ces trois de pierres ont été déterrées, il y a quelques mois, à 50 pas du gourbi, dans le champ qui le sépare de la route.


OUED TOUTA. De retour à l'oued Touta, nous laissons reposer un instant nos chevaux devant l'auberge du village, située sur le côté droit de la route, en allant à Guelma. Cette maison est séparée de la voisine par un espace vide, où nous voyons, étendue sur le sol, que nous nous tardons à prendre pour une borne milliaire. Elle porte à sa partie supérieure une inscription latine dont quelques lettres appartiennent à l'écriture cursive :
DN FLAVIO
CRISP
INO NO
BIBLISSI
MO CAES
ARE.
Domino nostro Flavio Julio Crispino nobelissimo caesare

Ne connaissant, parmi les membres de la famille de Constantin, qu'un prince du nom de Crispus, nous avons cru d'abord que notre lecteur était défectueuse ; mais après un troisième examen, nous obtenons la certitude que, si le texte est anormal, notre copie exacte.
La fatalité semble peser sur le nom de ce prince infortuné, que son père fit mettre à mort sur une fausse accusation.
L'inscription de l'oued Touta devra donner Crispo au lieu de Crispino.

Dans le texte de Verecunda et deThubursicum où son nom doit figurer, on le trouve martelé ou enlevé par un éclat de la pierre.
Cette borne Milliaire provient d'une ruine sans importance que l'on voit à gauche, un peu en aval du village, et que longeait la voie romaine allant de Calama à Rusicade. Nous avons découvert tout récemment, au milieu des bornes milliaires qui font lourdement du jardin public de Smendou, une autre inscription porte quand le nom de Cripus également altérée : Crispino pour Crispo. La pierre est brisée à ses deux extrémités ; le texte, formé de grande est passablement fruste, se lit facilement quand il est obliquement éclairé par la lumière solaire.
D N
FL IVLIO
CRISPIN
O NOB caesare
XIIII
DOMINO NOSTRO FLAVIO JULIO NOBELISSIMO CAESARE XIIII

Malgré la sûreté de notre copie, nous avons cru devoir prendre deux estampages du texte que nous avons soumis à l'examen de M. POULLE.

Le numéro XIIII, que porte cette borne, indique la provenance. Ainsi que plusieurs autres, elle a été apportée de l'oued Kara Ali, torrent qui vient se jeter entre le Bizot et Smendou, après avoir longé la voie romaine.

Les grandes pluies de l'hiver dernier ont mis à découvert une longue borne milliaire, portant les noms des deux Philippes. Les arabes du voisinage la montrèrent à M.Bandel, conducteur principal des ponts et chaussées, et à Monsieur Heinz, géologue distingué, attachés à cette administration, qui s'empressèrent de nous prévenir. Nous prenons une copie un estampage, et, quelques jours après, nous nous rendons à Smandou avec monsieur Goyt, dans le but de faire une révision générale des bornes milliaires portant le numéro XIIII que l'on a déposées dans le jardin public.
Nous laissons à notre confrère le soin d'en rendre compte et nous revenons à Guelma.

BLED GHAFFAR
Le même jour est un peu avant le déclin du soleil, M. le docteur de Courtois, médecin-chef de l'hôpital militaire, veut bien nous conduire à son domaine de bled Ghaffar, sur l'oued Bou Sora, où l'on vient de découvrir une pierre tubulaires couverte de caractères inconnus

En moins d'une heure, nous franchissons les 16 km qui séparent Guelma de cette ferme importante, que longe la route d'Aïn Beida.
La pierre, trouvée par des ouvriers qui cherchaient des moellons, est un petit bloc de grés grossier, pointu au sommet, anguleux, à surfaces inégales ; il mesure 0, m70 sur 0, m35 ; au sommet, il présente quelques ornements formés de traits sinueux et parallèles. La ligue d'inscription est un caractère lybiques, comme l'avait supposé M. de courtois ; elles se composent de quatre rangées verticales de lettres ; celle de gauche est moins bien conservée que les autres ; une de lettres de la partie supérieure et fruste. La lecture, cependant, ne présente aucune difficulté. Après un examen attentif de chaque caractère, nous en prenons une copie, pendant que le docteur J Reboud dessine le monument. Autour du bloc sont et par des débris de tuiles et de poterie épaisse, à cassure d'un beau rouge. Quelques vases entiers, de petites grandeurs et au col allongé, sont remplis de débris d'ossements calcinés. Ce sont donc de véritables petites urnes funéraires.
Quelques jours après notre passage, ce témoin d'une époque reculée était mis en morceaux par des mains barbares, malgré les ordres formels de M. de Courtois, qui voulait le transporter au musée de Guelma

Site Internet GUELMA-FRANCE