Héliopolis.
Août 1899 :
TOUCHANTE CÉRÉMONIE

Mardi dernier, à cinq heures du soir, sur la place des platanes d'Héliopolis, trop petite pour contenir toute la population européene, les indigènes du village et les nombreux colons des environs, a eu lieu une cérémonie fort touchante et dont le spectacle a attendri tous les cœurs et fait couler de douces larmes :
La municipalité, en effet était officiellement chargée de remettre à la sœur Anne-Marie NOVER, directrice de l'école maternelle, le prix de vertu (prix de Sussy) que l'Académie française venait de lui décerner. Prix consistant à une somme de 500 F est une médaille.

À leur fixée pour la cérémonie, la place des platanes était littéralement couverte de monde, et tandis que la musique du village attaque un joli morceau, sœur Anne-Marie s'avance au milieu de la foule qui s'ouvre respectueusement devant elle et qui lui sourit. Elle est accompagnée d'un grand nombre d'autres sœurs.

La plus vive émotion est empreinte sur son visage quand elle prend place, reçue par la municipalité, autour de la table d'honneur, et l'on sent que cette émotion est partagée par tous les assistants.

Mais arrive M.VALIBOUZE maire, qui se lève et qui, au milieu de la tension générale, prend la parole en ces termes :
L'ordre des sœurs de la doctrine chrétienne fut fondé à Nancy en 1615. Son but était dépendre l'enseignement en France, concurremment avec les soins donnés aux malades.

Quelque temps après la conquête de l'Algérie. Nous trouvons les sœurs de la doctrine chrétienne au poste d'honneur, enseignant les enfants des premiers travailleurs de notre belle colonie africaine.
La statistique nous apprend qu'en 1898, les sœurs de la doctrine chrétienne dirigeaient en France 450 écoles et 66 en Algérie. Et c'est ainsi que par un beau jour de l'année 1859, il y a quarante ans de cela, arrivait à Héliopolis la petite sœur Anne-Marie portant à la main son bien léger de bagage de congréganiste, mais dans le cœur, une charge immense faite de charité, d'amour chrétien, d'abnégation et de dévouement.

Petite sœur Anne-Marie ! c'est moi, comme toute la population du village, qui continue à vous désigner ainsi, car cette appellation sonne à mon oreille comme un pieux souvenir d'enfance et ressemble si bien à la " petite mère ".
Oui, depuis plus de quarante ans, elle est 'petite Anne-Marie', la sœur de charité, la garde malade, soignant et apportant la consolation à tous les malheureux, à tous ceux qui souffrent.

Infatigable dans ce poste d'honneur et de combat qui lui est échu en partage, son humeur est restée toujours égale et les années ont passé sur sa tête sans paraitre y laisser leur empreinte.
Petite sœur Anne-Marie qui a encore 70 enfants dans l'asile qu'elle dirige, chante, rit et joue comme au premier jour et attend la quatrième génération pour prendre sa retraite. Quatrième génération ! Cela vous fait sourire, sœur Anne-Marie ? Ce désir que je vous attribue pouvait fort bien se réaliser dans un temps fort peu éloigné….
Des enfants de la troisième génération n'ont-ils pas déjà atteint l'âge de huit ans et depuis longtemps quitté leur classe ?
En attendant, cherchez, s'il vous est possible de faire autour de vous le dénombrement de tous les enfants sur qui, sans préférence aucune, vos bontés se sont également répandues.
Combien de grands-parents, comptez-vous ? Des interrogations de grands garçons de grandes filles, qui sont les fournisseurs aujourd'hui de votre école ?

Depuis des plus âgés jusqu'aux plus jeunes, tout le monde a voulu en cette circonstance, venir rendre hommage à la petite sœur Anne-Marie, laquelle rougit de modestie et pleure de joie au milieu de ces enfants qui, des fleurs pleins les bras viennent lui dire : chère sœur Anne-Marie c'est votre fête.
À l'Académie française, on a voulu contribuer en vous décernant un premier de vertu en récompense de toute une existence consacrée à l'enfance.
Vos grands et petits-enfants sont à leur tour dans la joie en vous offrant aujourd'hui l'assurance de leur sincère affection, leurs souhaits de bonne fête et les vœux qu'ils forment pour vous conserver encore longtemps à leur tendresse.
Et moi, l'interprète ici de cette population comme étant son élu, je m'honore en attachant sur votre poitrine à la place où bat ce grand cœur qui fut si tendre pour tous, la " croix du mérite " récompense de toutes vos vertus.
Habitants d' Héliopolis, l'Académie française décerne à sœur Anne-Marie le prix de vertu de la fondation honoré de Sussy une médaille et 500 F.
Quand M. Valibouze remet à sœur Anne la médaille récompense de sa vertue l'émotion de la vénérable femme est à son comble et elle est unanimement partagée par tous les spectateurs de cette scène touchante. Des larmes d'attendrissement perlent au bord de bien des paupières.
M. Nicolas adjoint au maire avance à son tour et prononce d'une voix émue le compliment suivant :

Ma chère sœur, permettez-moi de venir au nom de vos anciens élèves au nombre desquels je suis, vous féliciter de la distinction qui vient de vous êtes accordée. Cette distinction vous l'avait mérité cent fois et nous sommes fiers et heureux pour vous de voir cette médaille attachée sur votre poitrine. Oui !, tout ce que vous avez soigné alors qu'ils étaient enfants vous ont gardé de la reconnaissance et vous vénèrent pour votre bonté, votre justice, votre sérénité et vos vertus.
Ainsi voyait, qu'elle fête c'est pour eux que d'assister à la récompense qui vous est décernée par l'institution de France, et écoutez-les tous dire, sans qu'il y ait une note discordante c'est justice. Cette médaille que l'on vient de vous remettre, ils ont tous contribués à vous la faire obtenir ; car si l'honneur de la proposition de récompense revient à la municipalité, tous vos anciens élèves, tous vos enfants dirai-je, ont avec enthousiasme signé la pétition qui devait appuyer cette proposition et ce sont ces signatures témoignage d'affection et de reconnaissance qui on signalé votre mérite et décidé en votre faveur le jugement de ceux qui sont chargés de la distribution de récompense. La part qu'ils ont pu avoir dans l'obtention pour vous de ce prix de vertu. Il vous prie de l'agréer, comme un faible gage de leur génération de leur affection, de leur reconnaissance.
Chère sœur Anne-Marie, la joie qui peut vous procurer la distinction dont vous êtes l'objet est partagée par toute la population de ce village. Nous avons tous bien souvent compati à vos peines, aujourd'hui nous sommes tous heureux avec vous.
En quelques mots touchants sœur Anne-Marie remercie la municipalité et la population.

Des mains se tendent vers elle avec effusion est alors commence devant elle le défilé de trois générations d'enfants qu'elle a élevés, aujourd'hui père ou mère de familles, de jeunes gens ou jeunes filles, des enfants et c'est à ses pieds, un amoncellement de bouquets de fleurs offert pas les plus jeunes.
La musique, "Les enfants d'Héliopolis" attaque un dernier morceau puis la foule accompagne sœur Anne-Marie jusqu'à l'école lui faisant tout au long du chemin une sympathique ovation.

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