Mise à jour le jeudi 21 octobre 2010, nouvelle version de la légende...
Carte de situation du village d'Hammam Meskoutine

HAMMAM MESKOUTINE EN 1888

E.BOURQUELOT

SOUVENIR D UN PROVINOIS 1881

La légende des maudits.
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Il était autrefois, non pas un roi et une reine, comme dans les contes de Perrault, mais simplement un jeune Arabe né de parents plus riches et plus puissants qu'honnêtes, fixés dans ce pays.
Le jeune Arabe, nommé Ali, gentilhomme accompli, avait une sœur, un ange de beauté, qui répondait au nom d'Ourida. Elle était si merveilleusement belle que son frère, cédant à un entrainement irrésistible, en devint éperdument amoureux et jura qu'Ourida n'appartiendrait jamais à un autre qu'à lui; détermination aussi scabreuse que téméraire.

Ali étant parvenu à faire partager sa passion insensée à sa sœur, les deux jeunes gens résolurent de s'épouser, au mépris du code musulman qui défend sous les peines les plus sévères les unions incestueuses.
Les parents, peu délicats, avaient donné leur consentement, et il ne s'agissait que quelques-uns des invités se trouvaient vaincus par la générosité de l'amphitryon.

L'allégresse régnait partout, les échos sonores répétaient à l'envi les you-you les plus joyeux, les danses avaient recommencé avec frénésie; le couple impie allait se retirer dans la chambre nuptiale.

Tout à coup le ciel, jusqu'alors limpide et souriant, se couvrit de nuages épais, le tonnerre gronda avec un retentissement formidable, des éclairs fulgurants sillonnèrent les nues, la terre s'entrouvrit avec fracas pour vomir des torrents de flammes, puis une pluie de soufre et de feu s'abattit sur la salle du banquet qui en un instant ne fut plus qu'un monceau de cendres.

Moins heureux que les habitants d'Herculanum et de Pompéi, qui étaient parvenus à se sauver au moment de l'éruption du Vésuve, les gens de la noce arabe cherchèrent vainement à fuir, une force invincible les retint immobiles à leur place.
Quand la tempête infernale fut apaisée, le théâtre de la fête présenta un tableau stupéfiant; Ali, Ourida, tous les convives, danseurs, musiciens, esclaves, étaient pétrifiés.

Les cônes que l'on voit aujourd'hui sont les acteurs du terrible drame; les sources empestées d'où s'exhalent des émanations sulfureuses demeurent connue le témoignage éternel de la catastrophe occasionnée par la légèreté excessive d'Ali et d 'Ourida.

La tradition locale prétend encore que, la nuit, les fantômes s'animent, les fêtes recommencent de plus belle.
Il faut bien alors se garder d'approcher l'endroit maudit, si l'on ne veut être entrainé dans la ronde infernale et enrichir la curieuse collection de pétrifications exposée sur le plateau d'Hammam-Meskoutine
On conçoit, d'après ce récit romanesque, que les indigènes, qui en admettent la véracité sans hésitation, fréquentent peu cette station thermale.

Pour le voyageur moins crédule, ce doit être un spectacle bien étrange que celui de ces revenants de pierre, éclairés par les lueurs blafardes de la lune. C'est alors que les fantaisies de l'imagination peuvent se donner libre carrière. Le silence de mort qui plane sur le cimetière des damnés n'est troublé que par les rugissements sauvages des bêtes fauves rassemblées autour du rocher connu sous le nom de "Rocher des Panthères" qui se dresse non loin des sources.

LE BAIN DES DAMNES
Ce n'est pas sans raison qu'on a appelé ce lieu "Hammam-el-Meskoutine", le bain des maudits ; car il a été témoin d'un grand crime et d'un terrible châtiment.

Il y avait autrefois sur ce terrain brûlant, où des habitants de l'enfer pourraient seuls vivres aujourd'hui, une tribu nombreuse et puissante. Parmi les guerriers d'élite dont elle avait le droit de se glorifier, on remarquait Sidi-Arzaq, le meilleur de ses cavaliers, le plus brave de ses combattants et le plus riche de tous les Arabes de la province.
Heureux si à ces dons, à ces avantages, il avait joint la crainte du seigneur, les respects de la loi, sans lesquels valeurs, esprit, science et richesse ne sont rien !
Mais Sidi-Arzaq était soupçonné fortement de ne pas faire les cinq prières légales quotidiennes. On assurait même que pendant le jeûne sacré du ramadan, il n'attendait pas le coucher du soleil pour prendre de la nourriture.
Peut-être ne lui attribue-t-on toutes ces abominations que parce que plus tard il est devenu un grand criminel !

Dieu sait la vérité !Quoi qu'il en soit, Sidi-Arzaq avait une sœur, Yamenah,dont la beauté était célèbre dans tout le pays. Les cheikhs les plus puissants l'avaient demandée pour épouse, offrant de riches dots en bestiaux et argent.
Jamais son frère n'avait consenti à la donner. Chacun s'étonnait de ce refus continuel, lorsqu'on apprit que Sidi-Arzaq était éperdument épris de sa sœur, et que même il songeait à l'épouser.
Les vrais musulmans refusaient de croire à une semblable profanation, et lorsqu'ils ne purent plus en douter, ils s'en affligèrent profondément
On espérait que le crime ne pourrait se consommer, parce qu'on ne supposait pas qu'il se trouvât un Cadi assez ignorant ou assez perverti pour consacrer une aussi monstrueuse union.
Mais, puissance du rang et de la fortune! Sidi-Arzaq, à force de présents et d'opportunités, rencontra le juge prévaricateur qu'il lui fallait ; il eut aussi des témoins, et le mariage se fit à la place où nous sommes.
Les autres habitants de la tribu éloignèrent aussitôt leurs tentes pour ne pas autoriser le crime de leur présence. Au bout de quelques jours, comme on ne voyait paraître ni Sidi-Arzaq, ni le Cadhi, ni les témoins, des curieux se hasardèrent à venir dans l'endroit où on les avait laissés.

Quelles furent leur surprise et leur épouvante en apercevant, au milieu des mariés, du Cadhi et des gens de la noce, ces cônes blancs qui n'existaient pas auparavant !
On ne douta point que les auteurs de l'inceste et leurs complices eussent été changés en pierres, ce fait fut confirmé depuis par les oulèmah, qui reconnurent, malgré leur transformation, tous les acteurs de la scène coupable.
Dieu est grand ! il n'y a de dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète !

Avant d'aborder l'étude du passé et de coordonner les renseignements techniques, recueillis depuis l'occupation française, par les hommes de labeur que la puissante originalité du site a successivement arrêtés pendant un temps plus ou moins long dans cette belle vallée, nous croyons utile pour la plus grande commodité du baigneur ou du simple touriste, de faire connaître en quelques lignes l'état actuel du Domaine et de l'Etablissement Thermal d'Hammam-Meskoutine.

Le domaine concédé, en même temps que l'exploitation des eaux, à M. le Docteur Moreau, ancien médecin de l'armée, l'un des plus énergiques pionniers de la première heure, contient près de treize cents hectares, s'étendant depuis l'Oued Bou-Hamdam jusqu'aux crêtes des Bem-Brahim.
Ce bel amphithéâtre, couvert d'oliviers séculaires, comprend tous les climats. Alors que les ardeurs de l'été dessèchent le fond de la vallée, on peut, à l'abri d'une bonne tente placée sur les hauteurs du Ras-Gourzi ou du Coudiat-Bergoussa, respirer l'air frais le plus pur.
En hiver, quand la cime des montagnes est couverte de neige l'Etablissement Thermal, jouit d'une température printanière
Par les soins de monsieur Moreau , les écoulements d'eau ont, été régularisés, les broussailles où s'ébattaient en toute liberté les diverses espèces de fauves ont été extirpées à grand frais, des milliers d'oliviers sauvages ont été greffés, d'importantes plantations d'eucalyptus et de diverses autres essences forestières ont été faites.

Une belle orangerie s'élève sur le plateau principal et encadre un fort intéressant musée formé de pierres tombales, de colonnes, de mosaïques et d'autres vestiges romains recueillis au fur et à mesure des fouilles pratiquées aux environs.

En même temps, un beau vignoble est venu succéder aux jujubiers et aux chardons qui déshonoraient les ruines de l'antique station thermale. Le touriste, l'observateur, peuvent comme le simple baigneur, étudier là, sur place, les péripéties de la lutte engagée sur tous les points de l'Algérie par nos colons.

De l'établissement balnéaire lui-même nous ne dirons que peu de mots.La tâche à parfaire est une œuvre de longue haleine, qui se continue avec persévérance, chaque jour amenant son progrès.
Il ne pouvait s'agir, dans un pays aussi peu peuplé que l'Algérie, de créer de toutes pièces un de ces grands casinos modernes dont le luxe et le confort sont largement rémunérés par l'invasion continue d'un public incessamment renouvelé.

L'Europe, en particulier la France, la Suisse et l'Allemagne, seront pour longtemps encore sans rivales dans ce genre. Mais peu à peu, à mesure que le développement et l'amélioration des voies de communication rendaient plus facile le voyage de l'Algérie, les propriétaires d'Hammam-Meskoutine se sont mis en mesure de remplacer l'installation primitive, tout à fait insuffisante, par quelque chose de plus confortable, assurant toujours, sous une forme modeste, bon gîte et bonne table, en toute saison, aux visiteurs désireux d'admirer ce pays et ses riches environs.
L'établissement actuel occupe environ deux hectares de superficie. Au Sud s'élève la maison du maître d'hôtel avec cuisine, écurie et basse-cour.

Sur le même plan et parallèlement à cette construction, se trouvent le bureau, un salon de conversation, deux salles à manger et huit chambres à coucher.
A l'Est, un chalet isolé avec deux pièces sur cave. Au Nord, un vaste bâtiment avec véranda comprenant un bureau de poste et vingt chambres à coucher. Enfin, à l'Ouest, un joli chalet avec deux chambres à coucher, flanqué de deux grandes salles destinées aux militaires que l'État y hospitalise, au printemps et à l'automne.
L'espace compris entre ces quatre groupes de bâtiments est occupé par un vaste bassin à jet d'eau. De belles plantations de frênes, de platanes, d'eucalyptus, d'oliviers, et d'énormes térébinthes flanquent les ailes.


une rue de la station thermale

Les bâtiments pour bains et douches sont situés à quelques mètres du grand bâtiment nord. On trouve à Hammam-Meskoutine, dans de bonnes conditions, une simple mais excellente cuisine bourgeoise, contrastant avec les menus trop variés de la plupart des hôtels algériens.
La disposition indiquée plus haut, comporte quelques difficultés de service ; mais, par voie de compensation, elle offre des avantages très appréciables aux personnes qui aiment à s'isoler, a se sentir chez elles. Les voyageurs qui attachent un prix tout particulier aux recherches luxueuses du bien-être contemporain auront à faire plus d'une réserve ; mais ceux qui ne dédaignent point le charme de la vie de campagne largement comprise, se tiendront vraisemblablement pour satisfaits de leur séjour en ces lieux.La chasse, très abondante et réservée aux clients de la maison, offre un attrait tout particulier aux amateurs valides.Grâce à l'achèvement complet du réseau ferré qui va aujourd'hui, sans solution de continuité, de Tunis à la frontière du Maroc; grâce à la rapidité des transports maritimes, Hammam-Meskoutine peut être maintenant visité sans fatigue et sans grands débours par tous les étrangers qu'attire l'Algérie.Et, on peut le dire en toute conscience, il n'est rien en Algérie qui mérite mieux d'être admiré que ce pays enchanteur.En dehors des sources qui, à elles seules, justifient le voyage, les environs sont parsemés de ruines romaines intéressantes.Dans un rayon un peu plus éloigné, se trouvent les dolmens de Roknia,à 8 kilomètres Nord ; dans la même direction, à 14 kilomètres, les admirables grottes du Taya, dans les profondeurs desquelles on rencontre tout ce que l'imagination la plus fantaisiste peut rêver ; enfin la ville romaine de Tibilis, aujourd'hui Announa, à 8 kilomètres Sud, près du village de Clauzel. Chacune de ces excursions faites a cheval ou a, mulet, avec des guides arabes faciles a recruter, laisse dans l'esprit les impressions les plus charmantes.Il ne nous est pas possible, on le comprendra, d'annexer à ce petit livre un horaire qui serait exposé à induire demain le touriste en erreur, au moindre changement dans le service des trains mais nous croyons du moins utile d'indiquer, d'une façon générale, l'itinéraire qui nous semble le plus rationnel selon les différents cas où se trouve le voyageur.
Bon nombre de personnes viennent en hiver séjourner à Alger et ne se mettent à parcourir la Colonie qu'au moment de rentrer en Europe. A celles-là, nous recommanderons le voyage d'Alger a Bougie, soit par terre, soit par mer. De Bougie elles repartiront pour Sétif, en voiture, pour jouir de l'admirable paysage du Chabet-el-Akra. De Sétif, il conviendra de se diriger en chemin de 1er sur Biskra, la reine du désert, dont l'élégante oasis contraste avec le rude et montagneux aspect du Tell. Après Biskra, et en revenant vers le Nord, séjour à Constantine, l'antique Cirtha, assise comme un nid d'aigle sur les fantastiques crevasses du Rhummel.En quittant Constantine, Hammam-Meskoutine s'impose comme gite d'étape, soit qu'on veuille continuer sa route sur Tunis, soit qu'on prenne le parti, de rentrer directement en France par bateau.

HAMMAM MESKOUTINE, que l'on traduit par " le bain des damnés ", mais qui est exactement Hammam Meskoutine, les thermes dégagent une odeur fétide, à cause précisément des émanations de l'acide sulfhydrique, ou hydrogène sulfuré, qui se dégage de certaines des sources dites sulfureuses. Ici s'adapte aussi la légende des cônes de la tribu des Béni-Khélifa. Il existe des dizaines d'interprétation de cette légende que nous narrerons ultérieurement.
Cette région est d'une richesse thermale remarquable ; on y rencontre des eaux sulfureuses, des eaux alcalines, toutes eaux minérales enfin, contenant de la lithine, du manganèse, du protoxyde de fer, des carbonates divers, des phosphates, etc. La puissance calorifique de quelques-unes de ces sources est considérable. Aujourd'hui, on y rencontre un hôtel des plus confortables, dont notre ancien concitoyen M. Mercier est l'aimable directeur-propriétaire.
Un hôpital militaire où l'on obtient des cures assez remarquables a également été construit, comme à Hammam Righa (dépt Alger).Plus loin, on rejoint la station de Taya.

TAYA : toujours sur le territoire l'oued-Cherf mixte, offre des grottes intéressantes ; en même temps que les restes d'une ancienne église du Ve siècle. On y trouve des dédicaces au dieu des cavernes, le dieu Bacax.Nous avons encore à décrire, pour compléter le canton de Guelma, les centres importants d'Héliopolis, Kellerman, Gue-laa-bou-sbaa et Enchir Saïd.



HAMAMM MESKOUTINE son site et sa légende

Lorsqu'on suit la voie ferrée de Bône à Constantine après avoir franchi la station de Medjez-Amar, on laisse derrière soi la profonde et large vallée de la Seybouse pour entrer dans une région montagneuse et boisée, d'aspect à la fois pittoresque et sauvage, comme si, avant d'entrer dans les vastes plaines dénudées de l'Oued-Zénati et des environs de Constantine, la nature voulait, par un dernier sourire, le plus frais et le plus gracieux, se faire pardonner sa platitude et sa nudité à venir, telle une femme, longtemps aimée, qui trouve encore, au milieu des larmes de l'adieu, un sourire pour rappeler les tendresses passées et en faire espérer de nouvelles pour plus tard.

Les cimes des montagnes, entre lesquelles serpente la voie, en laissant, tantôt à droite, tantôt à gauche, ici des coteaux couverts de vignes, là un ruban de route poussiéreuse où chevauchent, à l'amble de leurs mulets, des Arabes gravement engoncés dans leurs burnous, plus loin des olivettes fraîchement greffées et comme poudrées à frimas en rondes houppettes sous la brise qui fait scintiller le revers blanchâtre de leurs feuilles, ces cimes donc, semblent vouloir se resserrer peu à peu en une gorge étroite quand, pas du tout, elles s'élargissent tout à coup pour embrasser dans un vaste amphithéâtre le paysage le plus enchanteur, le plus bizarre, le plus original, le plus coloré et le plus surprenant à la fois qu'on puisse avoir sous les yeux au milieu d'un éblouissement de rayons et de blancheurs, sous une coupole d'azur limpide posée comme un dais de lapis magnifique sur les crêtes dentelées des monts environnant de toutes parts ce coin d'Eden africain en un majestueux diadème fermé.

Hammam-Meskoutine apparaît. Il apparaît, cet endroit, dont le charme n'est égalé que par les souveraines propriétés thérapeutiques de ses eaux, non seulement avec l'exubérance peu ordinaire de sa végétation, la grâce unie à la grandeur de son site, mais avec encore l'aspect étincelant de ses cascades pétrifiées, dont l'une, placée tout contre la voie, laisse entrevoir ses stratifications de calcaire blanc, brunies ça et là de longues et larges rayures comme un burnous étalé historié de filaments en poils de chameau faufilés dans son tissu rugueux, avec aussi ses ruisseaux de lait coulant le long de la voie et d'où s'exhale, au milieu des fumerolles couvrant toute la campagne et attiédissant l'atmosphère, une acre odeur de soufre qui a valu à ces sources chaudes leur nom arabe "d'Hammam-Meskoutine", bains d'enfer ou bains des damnés.

Plus haut, en contre-bas du plateau où s'élève l'établissement thermal moderne immédiatement décelé aux yeux, même avant d'y arriver, par la nappe de la grande cascade, blanche, jaunie, et comme rouillée par endroits, quand le soleil couchant n'y met pas des tons de grisaille ou d'autres teintes encore plus bizarrement nuancées, se déroule une suite de cônes de taille inégale, monotone, singulière en son alignement et même quelque peu effrayante en ses rigides attitudes pétrifiées, où l'Arabe a voulu voir, dans son esprit simpliste, amoureux du merveilleux, qui explique tout par la légende, un effet de la colère du ciel.
Ils sont là, tels que le feu céleste les a trouvés, à l'exemple des filles de Loth, victimes de leur curiosité bien féminine, et la sœur et le frère fiancés incestueusement, et le marabout complice du sacrilège, et les gens de la famille et ceux de la noce qui ne craignirent point d'accompagner les deux époux et de les encourager de la sorte à forfaire aux lois divines et humaines.Et, de fait, ces deux grands cônes de stature surhumaine, à forme plutôt ovale qu'allongée, surmontés d'une petite éminence en guise de tête, avec les longs plis qu'a tracés à leur surface l'usure des siècles, ne dirait-on pas ,l'un dominant l'autre de toute la hauteur de ses larges épaules, les deux époux maudits, enveloppés dans leurs épais burnous de fête, où quelque rare, plante sauvage agitée par le vent met des frémissements de haïk envolé, et allant d'un pas délibéré consommer l'acte impie ?Près d'eux, devant, derrière, ces cônes géminés par couples, les uns plus petits, les autres plus grands, ne dirait-on pas et les enfants précédant gaiement, dans leur insouciance, les époux sacrilèges, et les grands parents suivant d'un pas compassé leur progéniture maudite ?L'imagination arabe, pour si naïve qu'on la tienne, a su calquer poétiquement, en tout cas, sur l'apparence réelle, la trame de sa légende, qui en vaut bien tant d'autres.Le bruit caverneux du sol sous les pas. c'est la musique de la noce en enfer, dont la mélopée plaintive et triste nous parvient à travers les entrailles de la terre.

Chaque voyageur, écrivain, journaliste ayant séjourné à Hammam Meskoutine rapporte une version de la légende du "Bains des Damnés". En voici une écrite en 1886 par E Bourquelot. Les noms et prénoms du frère et de la sœur ne sont plus les mêmes…mais ce n'est qu'une légende...
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LA CASCADE

Les eaux d'Hammam-Meskoutine sont des eaux pétrifiantes, riches en carbonate de chaux ; elles sourdent à une température de 89 à 90° centigrade ; elles renferment à l'état libre une forte proportion d'acide carbonique. Ces eaux pétrifiantes ont donné naissance à des roches de formes très variées et très pittoresques : nappes, murailles, cônes, escaliers en gradins successifs.
On ne peut faire un pas sans fouler les sédiments laissés par les eaux. Le débit total des sources actuelles n'est pas inférieur à 200.000 litres par heure (le plus fort débit d'eau thermale connu, puisque Amélie-les-Bains, qui vient immédiatement après Hammam-Meskoutine, pour le débit, ne donne que 50.000 litres à l'heure). Les eaux sont d'une nature saline, avec une odeur sulfureuse, et se rapprochant par leur combinaison chimique des eaux de Balaruc, de Plombières et de Bagnère de Bigorre qu'elles peuvent remplacer au besoin. "Les eaux ont été analysées à diverses reprises ; l'analyse faite, dès 1839, par M. Tripier, pharmacien aide-major, n'a été que peu modifiée par celles des autres chimistes, les eaux contiennent des chlorures de sodium, de magnésium, de potassium et de calcium, des sulfates de chaux, de magnésie, de strontiane ; les substances dominantes sont :le chlorure de sodium, le sulfate de chaux, le carbonate de chaux ; il y a même un peu d'arsenic Sur la rive droite du Chedakra, à une faible distance seulement de la grande et magnifique cascade, dont la moire, tantôt blanche, tantôt brune et ocreuse, scintille au soleil de mille feux, s'élève le groupe d'habitations spécialement affectées aux touristes, voyageurs et malades civils en traitement. Il se compose de pavillons à simple rez-de-chaussée comprenant des salles à manger, de lecture, de compagnie, plusieurs chambres, ainsi que des locaux affectés aux différents services de l'établissement. Ces pavillons, subdivisés en quatre groupes indépendants les uns des autres, environnent une esplanade plantée d'arbres d'essences aussi variées qu'originales comme l'eucalyptus, le térébinthe, le palmier, qui donnent un ombrage très agréable et au milieu, autour desquels se trouvent un bassin à jet d'eau et une vaste pelouse ornée de plantes d'agrément et environnée d'un musée en plein vent où, à côté des débris de chapiteaux, de piédestaux, d'entablements, de colonnes, de pierres tumulaires en marbre blanc et rosé de la Mahouna attestant encore l'orgueil et la puissance de l'art romain, figurent des tronçons de statues aux longs plis majestueux, aux belles formes sculpturales, que le temps et les hommes ont pu mutiler, mais non déformer. Au-dessous de cette partie de l'établissement, en contrebas du plateau sur lequel elle a été bâtie, à l'abri de magnifiques oliviers séculaires, de proportions peu ordinaires, au bord même des canaux creusés sur le flanc du coteau pour l'adduction des eaux qui semblent rouler un lait fumant dans leur lit blanchi par les sédiments accumulés aussi sur les rives pour éviter tout engorgement, se trouvent les cabines, à une, deux ou plusieurs places, destinées aux baigneurs.
Les baignoires sont formées de bassins en maçonnerie, où des tuyaux amènent l'eau froide et l'eau chaude nécessaires à la préparation du bain. Il existe des cabines particulières pour les douches et les bains de vapeur. On en prépare pour les inhalations préconisées dans certaines maladies de la gorge. Les arbres fruitiers, plantés dans les jardins de l'établissement, sont d'une superbe venue et ne contribuent pas peu à témoigner de l'exceptionnelle fertilité de ce sol, où, petit à petit, la nature, guidée, encouragée par la main de l'homme, au ravissant agrément du site, a su joindre le doux et réconfortant aspect des cultures utilitaires succédant à une vaine exubérance de sève. Le sol d'Hammam-Meskoutine, en effet, placé à une altitude de 312 mètres, est rarement visité, en hiver comme en été, par les températures extrêmes de ces deux saisons, protégé qu'il est, au fond de la vaste dépression géologique où il se trouve, par le Djebel-Debar, qui dresse au nord, à près de 1100 mètres de hauteur, son échine pelée, par la Mahouna, au sud-est, et par le Ras-El-Akba au sud, enfin, au nord-est, par les crêtes élevées du Djebel-Taya. Ainsi entouré, ce sol se prête aux cultures les plus variées. La neige n'y fait jamais son apparition et -chose curieuse - au cœur de l'hiver, tandis que les cimes environnantes ont toutes endossé un blanc manteau d'hermine, la vallée d'Hammam-Meskoutine, qui n'a seulement de comparable à la neige que ses cascades, jouit d'une température très douée et les vapeurs jaillissantes des sources répandent dans l'atmosphère environnante une bienfaisante tiédeur. Bref, la température, en hiver, y descend rarement au-dessous de 10°. En été, par contre, après la saison des bains, c'est-à-dire pendant les mois les plus chauds de juillet, août et septembre, elle atteint parfois 35° et 40' :
mais en revanche, les nuits sont relativement fraîches et le sommeil réparateur y est possible.

Un fait naturel, digne de remarque, c'est la coloration jaune donnée aux feuilles des eucalyptus, qui environnent les sources. sans doute par les émanations sulfureuses contenues dans les vapeurs exhalées des griffons. On sait effectivement que les vapeurs du soufre et de ses principaux composés ont de hautes propriétés décolorantes. Le teint général de ces eucalyptus ne saurait être, il nous semble, attribué a une autre cause, comme à l'action du soleil par exemple, car, à quelques centaines de mètres plus loin, à la station, les eucalyptus ont conservé la coloration ordinaire de leurs feuilles qui d'un beau vert-bouteille, plutôt sombre ou glauque que tirant sur le jaune.

Aux griffons mêmes, dont on peut facilement approcher au sommet de la grande cascade, on voit, tout autour des orifices par lesquels l'eau s'échappe à gros bouillons, des incrustations de calcaire d'une forme très curieuse qui rappelle à s'y méprendre les molaires d'une mâchoire humaine. Certains de ces griffons, avec les bords rapprochés de leurs incrustations ainsi faites, ressemblent à des bouches monstrueuses, grimaçantes, lançant à travers leurs mâchoires largement écartées des vomissements d'eaux bouillantes. Lorsque l'on examine de près la contexture extérieure de la roche sur laquelle l'eau s'est épanchée par conciles successives en cascades pétrifiées, arrosée seulement par une mince épaisseur d'eau, on surprend sur le vif le travail de l'incrustation. Il s'opère par alvéoles, en tout semblables a celles d'un gâteau de miel et qui donnent au premier dépôt sous-jacent a 1 eau chaude l'aspect d'un tissu ou plutôt d'un filet à mailles serrées tantôt en tous petits losanges, tantôt en tous petits carrés Ies dépôts calcaires se forment donc, comme on le voit, suivant les lois de la cristallisation géométrique.

Quelquefois la pétrification, par suite de la présence dans l'eau de certaines matières étrangères insolubles, prend un aspect grenu. Les Arabes, continuant l'esprit de la légende des cônes, veulent y voir les grains de couscous de la noce rejetès des entrailles de la terre ou tous les apprêts du festin furent engloutis

HAMAMM MESKOUTINE, sous la domination romaine, portait le nom d"Aquae Tibilitanae" à cause de son voisinage (8 kilomètres) de l'importante ville de Thibilis, sise au sud, au-dessous du plateau de Ras-EI-Akha. Des thermes importants, dont de nombreuses traces ont été retrouvées dans les environs des sources actuelles et anciennes, de nombreux vertiges de villas et de travaux de défense témoignent encore de la vogue dont jouissaient ces eaux auprès des Romains.Les anciennes piscines, placées non loin des griffons disparus, indiquent aussi le lent déplacement dont nous parlions tantôt.A deux kilomètres plus loin a une heure de marche tout au plus de l' établissement. on arrive devant une ouverture, par laquelle on pénètre sur les bords d'un lac souterrain, formé dans le courant de l'année 1878 par l'épanchement soudain d'une forte masse d eau dans une de ces grandes cavernes, comme il en existe tant, trahies par le retentissement des pas, dans le sous-sol du terrain qui environne les sources d'eaux chaudes sur un rayon de plusieurs kilomètres.M. I-. Rouyer, dans son intéressant opuscule sur Hammam-Meskoutine et ses environs, explique ainsi la formation de ce lac :

"A une distance quelconque se trouvait une nappe d'eau qui rompant brusquement ses digues, sous une influence inconnue s'engagea, par des conduits plus ou moins tortueux, plus ou moins étroits, dans la direction de la grotte et vint s'engouffrer avec violence.
Sous cet assaut, une partie des piliers naturels soutenant la croûte supérieure de la grotte ne tarda pas a s'affaisser et à produire l'écroulement du sollui-même. La grotte s'emplit peu a peu : l'écoulement continua jusqu'à partait équilibre des deux vases communicants : le lac souterrain était formé".
Cette formation subite, qui avait été accompagnée d'une formidable détonation. fut pendant longtemps l'objet de la terreur des indigènes qui cependant finir par s'y habituer, à ce point que leurs femmes n'hésitent plus maintenant à venir puiser l'eau dont elles ont besoin.
Cette eau potable est propre a tous les usages comme l'eau de source. Elle a une température normale. La caverne ou s'est formé le lac se divise en deux immenses trous d une longueur totale de 100 mètres environ. Ils viennent aboutir l'un et l' autre à l'entrée de la grotte, dont le plafond bas et orné de stalactites bizarres prenant aux reflets des feux de bengale des allures d'énormes cous de dragons a la gueule entre ouverte ne permet lias aux visiteurs de se tenir debout sur la barque qui le conduit sur celte eau dormante d une profondeur moyenne de 20 mètres.

Les cris aigus des chauve-souris rompent, seuls, le charme silencieux qui règne sur ces eaux noires, dont l' origine est inconnue et que l'imagination païenne n eut pas manquée de prendre pour une des bouches de l'infernale Acheron. Pour terminer cet extrait sur Hammam-Meskoutine il tant se souvenir que pour la "Saint Couffin ", le lundi de Pâques les Giuelmois se retrouvaient pour faire cuire les œufs sur la cascade bouillonnante.. mais ceci est une autre histoire.

LE LAC SOUTERRAIN d'HAMMAM MESKOUTINE exploré en 1883

Traduction Georges Durban

Une des curiosités les plus attrayantes des environs d'Hammam-Meskoutine, à coup sûr la plus facile à voir, est le lac souterrain situé à environ deux kilomètres Sud de l'établissement, dans la propriété d'un colon du village de Clauzel.Ceux qui ont écrit sur le pays dans la première période de l'occupation n'en font pas mention, par la raison toute simple que tout le monde en ignorait l'existence. Il a fallu un accident fortuit, pour révéler aux habitants du pays la présence d'une nappe d'eau considérable sous leurs pieds.C'est au mois de juillet 1878, par une journée orageuse, qu'un affaissement du sol, en forme de circonférence offrant environ 30 mètres de diamètre, s'est produit avec fracas, attirant l'attention des bergers du voisinage, et assourdissant leurs oreilles d'un bruit comparable à la décharge de plusieurs pièces d'artillerie.Pendant quelques heures les indigènes terrifiés n'osaient s'approcher. Enfin, enhardis peu à peu par la disparition de la colonne de poussière qui s'était répandue aux alentours, ils se décidèrent à venir à pas prudents reconnaître le terrain.La. croûte supérieure du sol offrait une concavité de deux ou trois mètres; sur les bords corrodés de la cuvette, au nord, une fissure assez considérable, se présentait, laissant entrevoir l'entrée d'une sorte de caverne. Superstitieux comme tous les peuples primitifs, en présence des phénomènes qui leur semblent incompréhensibles, les Arabes ne se souciaient pas de pousser plus loin leurs investigations, et ils préférèrent prévenir les colons des alentours.Dès le lendemain, la grotte était explorée et le mystère expliqué, au moins en partie.En descendant à une quinzaine de mètres de profondeur sur des blocs éboulés, les explorateurs se trouvèrent en présence d'une masse d'eau considérable formant un lac d'environ 50 mètres de longueur sur 30 de largeur, recouverte d'une voûte calcaire, que des racines d'oliviers traversaient, comme des sortes de stalactites suspendues à une dizaine de mètres de hauteur.Sur le côté droit de la caverne,un chenal de 2 à 3 mètres de largeur, amenait avec fracas une quantité considérable d'eau.
Pendant environ six semaines, cet écoulement continua sans intermittence, pour cesser brusquement un jour.

Le problème devenait ainsi très clair. On se trouvait en présence d'une de ces cavités comme le sol des environs d'Hammam-Meskoutine en contient, dissimulées au regard par une couche de 2 à 3 mètres d'épaisseur, décelant leur présence par le bruit qu'elles produisent sons le pied de l'homme ou des animaux.
Plus haut, à une distance quelconque, se trouvait une nappe l'eau, qui, rompant brusquement ses digues sous une influence inconnue, s'engagea par des conduits plus ou moins tortueux, plus ou moins étroits, dans la. direction de la grotte et vint. s'y engouffrer avec violence. Sous cet assaut, une partie des piliers naturels soutenant la croûte supérieure de la grotte ne tarda pas à s'affaisser, et a. produire l'écroulement du sol lui-même. La grotte s'emplit peu à peu ; l'écoulement continua jusqu'à parlait équilibre des deux vases communiquant; le lac souterrain était formé.

Où déverse-t-il lui-même ses eaux'? C'est la une question qui n'a pu être encore résolue jusqu'à ce jour, faute d'une exploration complète qui ne laisserait pas que d'être assez dangereuse.
La profondeur du lac est très grande ; une corde armée d'un fort plomb de sonde, n'a pas trouvé le fond à 30 mètres.
La limpidité de l'eau est parfaite, sa fraîcheur constante, sa saveur agréable, dit M. le docteur David, pharmacien en chef de l'hôpital de Guelma en 1882, qui en a donné l'analyse suivante :

Acide carbonique............ 0.043
bicarbonate de chaux...... 0,159
Carbonate de protoxyde de fer. traces
Sulfate de chaux.............0.004
Sulfate de magnésie. .......0.030
Chlorure de Sodium.......... 0.063
Acide silicique. ........... 0.017
Matières organiques. . ..... 0.077
Total : 1,092

Le sol de la voûte est forme de pierre calcaire un peu marneuse, teinte en rosé par de l'oxyde de fer.

Dans le courant de l'année 1888, certains mouvements se sont produits, non à l'extérieur, mais à l'intérieur même de la grotte ; toute la partie droite de l'éboulement s'est affaissée sensiblement et s'est fractionnée en plusieurs blocs, séparés par de larges et profondes fissures, dont il faut se garder en explorant les lieux.

Il est bon de se munir de lampes à pétrole pour éclairer la grotte ; mais cette précaution n'est pas indispensable. Au bout de dix minutes ou un quart d'heure d'attente, l'œil s'habitue assez à l'obscurité relative qui règne à l'intérieur, pour permettre de distinguer tous les contours de la caverne et les coins les plus reculés. Le moment le plus favorable pour cette visite est de 2 à 4 heures de l'après-midi, au moment où le soleil dirige ses rayons sur l'entrée de la grotte.
On dit que pendant la deuxième guerre mondiale, une équipe de chercheurs anglais, s'était aventurée pour explorer le lac ne revint jamais à leur point de départ. Pour les arabes les Djins du lac les avaient tués.


Collectif des Guelmois : GUELMA FRANCE 2005