GUELAAT-BOU-SBA (Guelma)

Ce village, qui a emprunté son nom bizarre et de prononciation assez difficile à la petite montagne (le Fedj Guelaât) contre laquelle il est adossé, et à la rivière (l'oued Bou-Sba, affluent de la Seybouse) arrosant le territoire de sa commune au sud-est, forme un rectangle parfait, traversé, dans sa longueur, à sa partie supérieure, par la route départementale de Bône à Constantine par Guelma.
C'est un des centres de colonisation de la région les moins anciens. il date, en effet, de 1853 seulement, tandis que la fondation d'Héliopolis, de Millésime et de Petit, ses plus proches voisins, remonte à l'année 1848. Toutefois, malgré sa création relativement récente, malgré les difficultés de toute nature que les colons de la première heure eurent à surmonter pour s'y installer définitivement, malgré son éloignement (7 kilomètres) des grandes voies de communication, comme la vallée de la Seybouse. ce village, grâce à l'opiniâtreté laborieuse des Allemands, Badois, Bavarois, Hessois, qui y furent envoyés, ne tarda pas à prospérer.
Aujourd'hui, ces braves gens, de la nature, qui ne s'est pas à leur égard après tant de persévérants efforts, ont tous adoptés nos mœurs, nos coutumes et épousé notre nationalité et notre langue. Sur les quatre faces du village subsistent encore en partie les murailles du camp retranché établi là par le génie pour surveiller et tenir en respect les tribus de la région au commencement de l'occupation. Cette position qui commande la naissance des vallées de l'oued Sfa, de l'oued Berda et par suite les riches et fertiles régions d'Héliopolis, Millesimo et Guelma même, en avait fait, dès l'occupation romaine, un poste stratégique important, puisqu'il est de notoriété que la "villa Serviliana", bourgade dont les vestiges se voient encore non loin du village moderne, s'élevait au pied du mamelon où l'on a placé ce dernier.
Les colons ont transformé en carrières ces ruines, sans cependant être parvenus à détruire complètement des murailles de 1 mètre à 1 mètre 50 d'épaisseur qui attestent encore la puissance sans rivale que les anciens maîtres du pays surent donner à leurs constructions, même les plus vulgaires. Ni les racines des oliviers centenaires et majestueux poussés sur ces ruines, ni le pic, ni la pioche des hommes ne sont arrivés à entamer ces restes imposants d'un monde disparu. Aucune inscription. malheureusement, n'indique nettement le caractère de ces ruines qui ont survécu au passage de plusieurs siècles et de plusieurs invasions. A un kilomètre du village on en a relevé une seulement qui consacre un autel à un certain "Baldir", "Baldiri Auguste sacrum", dit l'inscription
Les vestiges de la voie romaine de Calama (Guelma) à Hippone (Bône), trouvés dans le village près de l'église, laissent pourtant supposer l'existence d'un poste fortifié en cette région écartée. bien placée au pied des montagnes pour protéger une des principales voie d'accès de la vallée de la Seybouse.
La colonnette, qui s'élève à 3 kilomètres du village, à l'est, du côté de Bône, n'est pas d'origine aussi ancienne. Elle est destinée à rappeler le souvenir de la colonne qui, sous les ordres du duc de Magenta, Mac-Mahon, alors commandant, ouvrit la route qui traverse, par le Fédjoudj, le Djebel Aouara.
A 52 kilomètres de Bône par la route départementale, à 320 mètres d'altitude, environné de fertiles vallées, avec son air propret, coquet même, sous les frais ombrages dont ses rues et la plupart de ses habitations sont couvertes, Guelaât-Bou-Sba jouit d'une réputation de salubrité non surfaite qui justifierait la vogue de ce village comme station estivale, n'était son éloignement de la voie ferrée. L'eau potable n'y manque point en la saison même la plus chaude de l'année. Elle est renommée comme une des meilleure de la contrée. La proximité des montagnes, dont l'horizon est ceint vers l'est et le sud, explique amplement la supériorité des eaux de source qui en descendent.
Les vastes prairies, situées au nord du village entre les versants des montagnes sur une superficie de plus de 100 hectares, donnent à la campagne un aspect riant et enchanteur bien fait pour charmer l'œil du touriste et du voyageur.
Vers les vallées de l'oued Sba et de l'oued Berda, au sud, et au pied du Djebel Aouara, s'étendent de vastes olivettes occupant 230 hectares, dont 80 d'oliviers greffés et en plein rapport.
La contrée produit aussi un vin de coteau de qualité supérieure, titrant de 11 à 12° et produit par différents vignobles occupant 63 hectares de superficie et parmi lesquels on doit mentionner le vignoble Boivin, dont la cave est une des principales constructions du village. Parmi les propriétés et les fermes des environs ayant une certaine importance, on peut signaler celles de MM. Aman, Bailleul, Bourger, Kiefer, Messerschmitt, Pailhès, de Bône, Rudmann frères, Thomas.
La population totale de la commune s'élève à 1375 habitants, dont 178 Français formant une agglomération de 44 feux et 1193 indigènes épars dans la campagne ou réunis en deux douars, les Béni-Aouara et les Béni-Mouelfa.
Lorsqu'on grimpe au-dessus du village, par l'un des boulevards qui l'enserrent de chaque côté et lui font une verdoyante ceinture d'arbres, le boulevard du Nord, on a sur toute la contrée une ravissante vue.
Les montagnes, dont les cimes, le Fedj Mouelfa au nord-ouest, le Fédjoudj au nord-est, le Kef-Drader, le Kef-el-Gueubousa à l'est, découpent sur l'horizon de pittoresques dentelures, en plein azur, forment autour du village un gigantesque entonnoir dont le fond, mollement arrondi, est couvert de vertes prairies où paissent les troupeaux, dont l'élevage est une des principales ressources des colons de l'endroit avec les vergers et les potagers, où ils cultivent les principaux fruits et légumes des climats tempérés.
Puis, vers le sud ouest, ces mêmes montagnes, par une immense tranchée, laissent entrevoir, avec, ça et là, des oasis de verdure formées par les fermes isolées Bailleul et Thomas, au milieu d'une exubérante végétation de lentisques, de myrtes et de tamarins, la plantureuse vallée de la Seybouse, sur les bords de laquelle s'élèvent Guelma et Héliopolis, plutôt devinés derrière les bourrelets de collines que la Mahouna domine de toute son imposante stature comme une sultane au milieu de sa cour agenouillée.
Monographie de M Meyer



Collectif GUELMA FRANCE 2005