ENCHIR SAÏD

Imaginez-vous, au fond d'une vallée large et longue,dominée par de hautes montagnes atteignant comme le djebel Debar plus de 1000 m d'altitude, entre deux riants coteaux et de frais vallons, où s'étale le velours vert des Prairies.
De hautes cimes arbres balancent au ciel la splendeur de leur feuillage transpercé par les rayons du soleil de milleflèches vermeilles, imaginée dans le majestueux décor de montagnes semblant s'escalader les unes des autres pour toucher la voûte céleste.
Une belle rangée d'arbres superbes, sous lesquels quelques toits rouges s'entrevoient à peine, comme des nids cachés dans la ramure, au-dessus desquelles le clocher seul d'une église.
Pour déceler la présence d'un village, et vous aurez à peu près une idée de l'effet produit par Enchir Saïd lorsqu'on l'atteint, après 23 km de marche, en venant de Guelma, sur la route départementale qui, de cette ville, conduit à Guelma et Philippeville en passant par Kellermann.
C'est le "vieux pays des lions", comme l'indique son nom arabe,. Mais, depuis longtemps, ces grands fauves ne s'y montrent plus, chassés par la civilisation qui restreint de plus en plus leur domaine.

Créé par les colons, l'entrée du village et de toute beauté. Sous un berceau de feuillage, formé par des platanes, des eucalyptus, et qui coupe le village d'une extrémité à l'autre, les maisons disparaissent, totalement fourni à la chape frissonnante de verdure qui leur fait aussi bien ombrage des arbres de la grande rue que celui des vergers dont chaque habitation est parée.
À son beau milieu, l'allée centrale s'élargit devant lui, d'une élégance toute touristique, et une large place en arbres aux troncs lisses et droits faisant à la maison de Dieu, sur son parvis, un magnifique portique, dans les branches servent de pupitre à tout collèges de chantres ailés qui viennent y gazouiller pépier à l'envi, à matines comme à vèpres, sans plus se soucier de la majesté du sanctuaire que de leur dernier grain de mil.
Sur cette même place, dans un coin, donne aussi la façade de l'école du village, gaiement enguirlandée de verdure sous l'épais vélum de feuillage des arbres d'alentour. Et l'on éprouve comme une déception et une désillusion a reporter ses yeux de cette allée , il semble finir, là-bas, tout là-bas, bien loin en plein ciel, entre les montagnes enserrant l'horizon, sur les chétives maisons à rez-de-chaussée pressées au bord de la route avec des airs de campagnards timides, mal à leur aise sous le splendide habit de fête dont les couvre de toutes parts une exubérante végétation.
Timides, elles le sont abondant droit des habitations décollant des colons d'Enchir Saïd sous leurs magnifiques courtines de verdure, à côté de leur monumentale église et de leur belle école, trop vaste pour contenir la petite population de ce village qui ne dépasse pas la quarantaine ; car on ne lui a pas fait le sort auquel l'a conviait la nature, par la richesse et la variété de ses ressources comme par sa facilité à se plier à toutes les exigences.

Celle-ci, en effet, ne leur a pas ménagé ses bienfaits, et ce n'a pas été en vain qu'ils ont pressé son sein de leur bras vigoureux. La sève en a jailli dans les près, dans les champs, comme dans les vergers, comme partout enfin où le travail de l'homme ici a pu se donnait libre carrière.
À une centaine de mètres d'altitude, sur les frais et verts il vallon qu'il environ de tous côtés, le terrain de culture de la commune d'Enchir Saïd s''est merveilleusement prêtés à tous les genres de plantations cogna tenter. La gelée, la grêle, les inondations, la sécheresse même, y sont fléaux inconnus.
Les beaux jardins, soigneusement entretenus par les colons qui ont su persévérer, disent assez, d'ailleurs, par l'abondance de leurs arbres de toutes sortes produisant d'excellents fruits, par leurs légumes d'une superbe venue, la richesse du sol de cette contrée.
Mais, voilà ! Enchir Saïd est dépeuplé, Enchir Saïd se dépeuple. Il y a bien le pain et le couteau sous la main. On l'empêche de s'en servir. Cela l'empêche de prospérer, lui, est de faire sortir de la terre tout ce que celle-ci a dans ses grasses entrailles.
Pourtant, des pourparlers sont entamés avec quelques grands propriétaires des environs détenant les principales terres de culture de la commune, pour tenir les échanges nécessaires à la population de se sont. Espérons qu'ils aboutiront et que le village pourra, définitivement cette fois prendre son essor vers les belles destinées qui l'attendent et que ne dément pas son exceptionnelle situation au milieu de la belle vallée de l'oued hammam.

Ce cours d'eau canalisé irrigue les jardins du village. C'est lui aussi qui fait marcher un des plus importants moulins des environs, le moulin CHUCHANA placé à 800 m à l'est du village au pied d'une haute colline, où la rivière descend pour s'engager sur un aqueduc solidement construit, qui conduit directement l'eau sur la roue du Moulin.
Le propriétaire du Moulin a su, par une irrigation pratiquement conçue et sagement pratiquée, transformer en une délicieuses oasis de verdure, où croissent de superbes plantes et arbres fruitiers, ravagés périodiquement jadis des eaux tortueuses de l'oued hammam.
Cette rivière, ce à qui la commune doit presque toute sa fertilité, prend sa source sur le territoire Héliopolis, au sud-est, et va se joindre au nord à l'oued Fendeck, rivière qui arrose le territoire de Jemmapes, pour former l'oued el-Kebir, débouchant dans la mer près de Stora.

Par ses nombreux affluents, dont le plus important est l'oued Mouger, elle arrose toute la vallée d'Enchir Saïd.
Elle sourd à une température de 48°, qu'il en fait hautement apprécier les qualités thermales par les Européens comme par les indigènes. Aussi une piscine a-t-elle été élevée à sa source dans le génie militaire pour en permettre l'usage aux baigneurs.
La commune d'Enchir Saïd est environnée au nord par la commune de Gastu, du ressort de Philippeville, à l'est par celle d'Ain Mokra, au sud par celle d' Héliopolis et de Kellermann, enfin à l'ouest par la commune mixte de Jemmapes.
Montagneuse, boisée, et de ravins profonds et de superbes vallées, où la grande culture aussi que l'élevage peuvent être entreprise avec beaucoup de chance de profit, cette commune s'étend sur une superficie de 8861 ha à peine cultivés et mis quelque peu en valeur - il faut le reconnaître - par 43 Européens et 517 indigènes.
Parmi les exploitations agricoles d'une certaine importance, on peut mentionner celle de M. Amar, Boos, Chuchana, Crichet , Gentet, Pitot, Sondecoste
Comme on le voit aisément, ce splendide pays, que la nature se complu à parer de ses plus beaux dons, est loin d'avoir atteint le degré de prospérité auquel il semble être désigné.
Un peu de courage et beaucoup de persévérance avec, de la part de l'administration, un peu plus d'intérêt à l'égard d'une contrée merveilleusement placée pour rendre avec usure leurs semences que l'on confiera, voilà seulement ce qui se peut contribuer à transformer la situation critique, où se débat encore ce centre de colonisation, bien placé cependant, pour récompenser les colons de leurs peines et servir de chainons à notre colonisation entre le Tell est le littoral.

Source Bernard S : Extraits de tableautins extrême orient algérien par : A BLANC 1915.

Site internet GUELMA-FRANCE