LES BIENFAITS DES
EAUX D'HAMMAM-MESKOUTINE
EFFETS PHYSIOLOGIQUES ET THÉRAPEUTIQUES

L'observation des effets physiologiques et thérapeutiques de ces eaux vient confirmer de point en point les liens de, parenté que nous avons établis entre les eaux d'Hammam-Meskoutine et certaines stations d'Europe. Il en est parmi eux qui doivent être attribués à l'eau de la source du pont, d'autres à l'eau de la grande cascade et des bains, à celle qui est employée dans le traitement balnéaire.

1° Source dit pont. Quoiqu'il n'y ait pas de traitement par ingestion de .l'eau, à proprement parler, il est facile d'observer les effets de cette source qui sert à l'alimentation après refroidissement. Quelques jours après leur arrivée, les malades voient leur appétit augmenter, les digestions pénibles et les flatulences disparaissent; les urines deviennent plus abondantes et claires, la constipation fait place à des selles régulières, parfois même chez certains sujets à une légère diarrhée. Ne sont-ce pas là les effets que l'on observe tout d'abord dans les autres stations à eau bicarbonatée sulfatée, à Contrexéville, par exemple, où les phénomènes sont plus accusés à cause de la plus forte minéralisation. C'est à cette source qu'il faut attribuer une partie des succès obtenus dans certaines manifestations de la goutte et dans les engorgements de viscères abdominaux.
2° Sources de la grande cascade et des bains. Le bain, comme à toutes les sources oligo-métalliques, est sédatif lorsque l'eau est tempérée, excitant lorsqu'elle est chaude ; mais il ne faudrait pas borner son action à sa seule thermalité.

Nous avons vu, en cherchant à déterminer la place de l'eau de la grande cascade dans la classification des eaux minérales que, si elle pouvait difficilement cire rangée dans les sulfurées ou dans les chlorées, elle avait cependant des affinités avec ces deux familles; les effets qu'elle produit doivent s'en ressentir forcément, c'est ce que nous prouve la grande confiance dont jouit Hammam-Meskoutine parmi les populations indigènes, confiance invétérée et justifiée par l'expérience et les résultats acquis depuis plusieurs siècles. Les Arabes, d'une part, tous plus ou moins atteints de syphilis acquise ou héréditaire, viennent y chercher la guérison de leurs ulcères, et il faut avouer que souvent leur espoir n'est pas trompé. N'est-ce pas à l'élément sulfuré que s'adresse ce genre d'affection? Ce fait ne vient-il pas une fois de plus prouver l'efficacité des eaux sulfurées dans le traitement de certains accidents syphilitiques, en même temps qu'il infirme cette opinion que les eaux sulfurées n'agissent dans la syphilis qu'en faisant éliminer lé mercure et en permettant ainsi de continuer le traitement spécifique ? Et cependant les Arabes, qui viennent motu proprio réclamer aux eaux d'Hammam-Meskoutine la guérison de leurs accidents syphilitiques, ne suivent aucun traitement spécifique Les israélites, d'autre part, qui sont tous plus ou moins atteints de scrofule, soit à cause de leurs mariages consanguins, soit pour d'autres raisons, viennent tous les ans, en grand nombre, chercher à Hammam-Meskoutine la guérison de leurs engorgements ganglionnaires et de leurs arthrites; et il faut croire qu'ils s'en trouvent fort bien, parce que leur confiance est inébranlable et dépasse même parfois les limites permises; tablant sur les résultats, superbes, il faut en convenir, obtenus dans les affections qui les accablent le plus fréquemment, ils viennent ici en famille pour prendre des bains et des douches, espérant ainsi se guérir des maux présents et se préserver des maladies à venir. C'est une tradition pour la plus rande partie des familles israélites aisées du département de Constantine de venir faire une saison à Hammam-Meskoutine; les membres de la famille malades s'y soignent, ceux qui sont bien portants y font provision de santé; là où leur confiance s'égare, c'est lorsqu'ils veulent faire du traitement thermal une panacée capable de guérir toutes les maladies, et c'est même une tâche bien difficile pour le médecin traitant de leur faire comprendre que tel traitement qui est supérieur pour telle affection peut être indifférent, voire même nuisible pour une autre; tout dernièrement nous avons vu un israélite amener ici sa belle-sœur, tuberculeuse au 3ème degré, avec des cavernes nombreuses et de dimension respectable; cet homme avait d'espoir de guérir sa parente par le traitement thermal et par l'inhalation de l'air chargé des vapeurs des sources, et malgré toutes nos objections, voire mime, malgré toutes nos objurgations, pour le dissuader de faire suivre un traitement thermal â sa malade, sa confiance ne fut pas ébranlée; il ne fallut rien moins pour l'abattre que la mort de la personne survenue deux jours après, mort inévitable d'ailleurs et hâtée par la fatigue du voyage. Pour qu'une semblable confiance ait pu germer et s'enraciner dans une population très disséminée, et en grande partie ignorante, il a fallu des résultats palpables et plausibles, et ces résultats se montrent surtout dans les manifestations de la scrofule et de la tuberculose localisée. A quel élément ces affections sont-elles redevables de leur amélioration ou de leur Guérison ? C'est, sans conteste, à l'élément chloruré.

L'action des eaux chlorurées s'exerce en effet sur l'économie tout entière, elle est excitante et l'excitation qu'elle produit agit surtout en stimulant les phénomènes de la circulation sanguine et lymphatique. Leur spécialisation, dit le docteur Campardon, est tout entière dans le traitement de la scrofule, de la scrofule profonde : si les eaux sulfurées sont utiles, suivant la remarque de Durand-Fardel, contre les déterminations périphériques muqueuses et dermatosiques du lymphatisme et de la scrofule, elles sont impuissantes contre la diathèse; les lésions osseuses, les altérations des tissus, les énormes chapelets de glandes inguinales ou cervicales, les fistules qui succèdent â leur fonte purulente, les tumeurs blanches exigent la médication chlorurée. Les applications secondaires sont relatives au rhumatisme et aux névroses chez les scrofuleux, dans les affections chirurgicales, suites de fractures, de luxations, d'entorses, dans les altérations des tissus circonvoisins, dans les cals volumineux, etc. Les hémiplégies, certaines dermatoses, les scrofules, la pléthore abdominale et l'hypochondrie qui en dépend, trouvent auprès des chlorurées une médication efficace.

Aux résultats que les israélites ont obtenus de tout temps,résultats consacrés par l'usage, viennent s'ajouter ceux qui ont été obtenus par les médecins militaires depuis l'occupation française et, tous réunis, prouvent que les eaux d'Hammam-Meskoutine jouissent en grande partie des propriétés physiologiques et thérapeutiques des eaux chlorurées.b

Lorsqu'on se plonge dans un bain de piscine à + 40°, on éprouve d'abord une sensation désagréable de chaleur mordicante aux parties plongées dans l'eau alors qu'on ressent une sensation non moins désagréable de froid aux parties restées hors de l'eau; cette double sensation est généralement accompagnée d'exagération des douleurs, puis au bout d'une ou deux minutes survient un brusque changement; le malaise fait place à un sentiment de bien-être infini, les douleurs disparaissent, les mouvements deviennent plus libres; puis à mesure que le bain se prolonge, au bout d'un certain temps variable, selon les sujets, 10 minutes chez les uns, à 30 minutes chez les autres, apparaissent des phénomènes d'excitation, palpitations, battement des tempes, face congestionnée, sueurs abondantes à la tête et au front.
La température du corps s'élève quelque peu et détermine un malaise sensible qui invite le malade à sortir du bain.
Ces différentes sensations que l'on retrouve également en observant les malades aux douches chaudes et aux bains de vapeur, sont les indices d'une suractivité circulatoire évidente, et par ce fait même, donnent les indications et les contre-indications générales des eaux d'Hammam-Meskoutine.
Celles-ci sont salutaires dans toutes les affections où il y aura lieu de stimuler l'activité circulatoire, elles seront néfastes au contraire dans toutes les affections congestives, inflammatoires ou aiguës, qui ont besoin au contraire d'une activité circulatoire moindre.

Tel est le principe général dont nous déduirons toutes les conséquences particulières en examinant les résultats cliniques. Mais, encore une fois, cette action excitante n'est pas due seulement à la thermalité, mais bien aussi à la composition chimique. D'après le docteur Campardon, les effets curatifs des eaux oligo-métalliques sont dus :
1° à l'action dissolvante de l'eau minérale qui, absorbée par l'estomac et la peau, passe dans le torrent circulatoire, pénètre tout l'organisme, irrigue pour ainsi dire les tissus, dissout et entraîne les éléments morbides, ou qui ne peuvent plus servir aux combustions internes; la sueur; l'urine, les garde-robes sont des véhicules qui portent au dehors, ces éléments devenus inutiles et qui pourraient devenir dangereux par leur séjour dans l'économie.
2° A leur thermalité qui, donnant à l'eau un pouvoir dissolvant plus grand, les rend, suivant le degré de calorique, tantôt sédatives, calmantes, quand la thermalité est moyenne ou basse, tantôt excitantes, révulsives et même rubéfiantes.
Le deuxième mode d'action de ces eaux est ici hors de doute, Les eaux d'Hammam-Meskoutine étant d'une thermalité plus que suffisante pour être classées dans les eaux excitantes. Mais le premier mode, qui fait intervenir la composition chimique, et dont l'existence nous paraît indubitable, nous oblige bien à considérer les éléments chimiques de l'eau et à accorder une influence prépondérante â ceux d'entre eux qui sont eux-mêmes prépondérants par leur quantité, et parmi ceux-ci se trouvent en première l'une les chlorures, en deuxième l'une l'acide sulfhydrique. L'eau d'Hammam-Meskoutine sera donc pour nous une oligo-étallique hyperthermale, produisant des effets excitants et s'adressant en grande partie ceux mêmes groupes .morbides que les chlorurées et les sulfurées.
3° Nous ne parlons que pour mémoire des effets toniques des eaux ferrugineuses qui ont été employées pendant quelques années, et qui sont aujourd'hui complètement abandonnées. Ce, délaissement n'est pas justifié à notre avis, et nous ne désespérons pas de les voir un jour exploitées avec un succès égal à celui des autres sources. Les anémiques et les chlorotiques ne manquent malheureusement pas en Algérie, et beaucoup seront bien heureux dans l'avenir de venir réclamer leurs bienfaits.

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