DICTIONNAIRE DE L'ALGÉRIE
-1855-1860
M.O Mac Carthy
-

Circuit : dans l'Est Constantinois quelques villes et villages (suite)

         CONSTANTINE, ancienne Cirtha, en arabe " K'sent'ina, " le chef-lieu de la province, est la résidence du général commandant supérieur, celle du préfet du département et de tous les chefs supérieurs de l'administration. Sa position, réellement extraordinaire, a été, à toutes les époques, l'objet d'un étonnement très naturel. Placée dans une dépression, dans une sorte de large col que forme, en ce point, la chaîne limite du Tell et des grandes plaines centrales (les Steppes), elle y occupe un plateau dont les contours dessinent un trapèze régulier qui a son angle le plus aigu tourné vers le midi, tandis que les trois autres font exactement face aux trois autres points cardinaux. .       Sur les deux faces du sud-est et du nord-est, ce plateau a été séparé de la masse à laquelle il appartient par une déchirure profonde dans laquelle coulent, sous le nom d'Ouêd Roumel, (rivière du sable) les eaux réunies de l'Ouêd el H'ammam et de l'Oued Bou meurzoug

      Pendant assez longtemps ce n'est qu'un ravin d'une soixantaine de mètres largeur à l'extrémité duquel, et à l' angle le plus oriental de la ville, on avait jeté ce pont fameux appelé El Kantara (le pont en arabe) et qui s'est écroulé le 48 mars 1856.

     Arrivé en ce point, le ravin s'évase progressivement et prend enfin une grande largeur le torrent disparaît à plusieurs reprises sous des bancs de roches épaisses, et reparaît ainsi trois fois dans des gouffres où l'œil le distingue à peine, jusqu'au moment où il s'élance en cascades écumantes dans la belle vallée qui le conduit à la mer.

      Et comme la surface du plateau s'est de plus en plus élevée à mesure que le fond de l'abîme s'abaissait toujours, au dessus des cascades, se dresse un promontoire immense d'environ 200 mètres de hauteur, qui justifie pleinement le surnom d'aérienne, donné jadis à Constantine par les Arabes.

    C'est au pied de ces rochers soucieux que l'on aborde les pentes par lesquelles la route de Philippeville arrive à Constantine.

     Au-delà de la puissante falaise qui montre le site de Constantine dans ce qu'il a de plus grandiose, le mur de roches se continue pour former encore tout le flanc nord-ouest du plateau jusqu'à l'endroit où il se confond avec l'espèce l'isthme qui lie le bloc Constantillien aux montagnes dont il fait partie; mais on le voit reparaître bientôt et envelopper la pointe australe du trapèze d'escarpements de 30 à 40 mètres, dont les couches, désorganisées par les commotions physiques, ont fini par livrer passage aux eaux, jusque là contenues, du Roumel.

    Constantine, limitée comme nous venons de le voir, est dans une véritable presqu'île qui n'est facilement abordable qu'au sud-ouest. Aussi. est-ce de ce côté que se trouve Sa porte principale, la Porte Valée (Bab el Oued, la Porte de la rivière des Arabes)et qu'aboutissent les trois grandes rOUte qui la mettent en rapport avec Philippeville au llord, Djidjelli au nord-ouest, Bàtna et Biskra, les clefs du Sahara, au midi; Set'îf et Alger, à l'ouest. Le K'antara, par lequel on en sortait, à l'Orient, va être remplacé par un autre pont situé un peu plus haut, et qui servira de tête aux routes,de l'est, sur Bône, Guelma et Souk Barras, sur Tebessa au sud-est.

     L'enceinte de Constantine enveloppe une surface d'environ 35 hectares, c'est dans cet espace assez étroit que sont venus se grouper successivement les populations attirées sur ce point par le commerce ou par les avantages de son importance politique.

     Constantine ayant toujours été sinon la capitale mais du moins la ville la plus considérable du pays.

   Leur installation faite, il est vrai, avec l'incurie que l'on y mettait, dans les anciens temps, en un lieu où il fanait réunir le plus de choses dans la moindre étendue possible, y a produit ce que l'on remarque dans toutes les vieilles cités, un système de voies de communication extrêmement incommode, un réseau bizarre de rues étroites et tortueuses, dont le tracé n'a probablement jamais changé, puisque encore aujourd'hui beaucoup d'habitations n'ont pas d'autre base que d'anciennes constructions romaines.

      Aussi l'administration française s'est-elle trouvée singulièrement embarrassée, lorsqu'elle a voulu faire brèche dans cet amas de rues étranglées et sinueuses. Nulle part le caractère arabe ne se maintient avec autant de persistance; cependant on est parvenu, avec grande peine toutefois, à donner plus de régularité à quelques rues, et à de certaines places un peu plus d'air.

     L'assiette de la ville augmentait encore la difficulté; le plateau est foin d'être horizontal; du sommet des hautes roches sur lesquelles il s'appuie au nord, et que couronne l'ancienne k'asba remaniée par le génie, il descend abord en pentes assez raides. Puis moins fortes, de manière à former un amphithéâtre doucement incliné vers le midi.

     Les maisons arabes ont, pour la plupart, deux étages au-dessus du rez-de-chaussée; elles sont généralement bâties en briques crues ou eu pisé; les plus belles le sont en briques cuites ou en pierres tirées des constructions romaines.

     Toutes ont des toitures en tuiles creuses posées sur des roseaux, Il existe à Constantine quelques édifices remarquables, tels que le palais de l'ancien bey Ah'met, résidence du général commandant de la province.

     Parmi ses treize mosquées principales, la djema el kebir ou grande mosquée, la Djema'a de sidi el kettani, surmontée d'un minaret octogonal, d'où l'on a sous les yeux un panorama superbe, la Djema'a de sidi 'el Kettani et la Djema de la K' asba devenue un magasin. Le temps et la main de l'homme y ont laissé subsister quelques débris encore importants des anciens monuments romains et entre autres les restes d'un arc.-de-triomphe. On y a réuni d'ailleurs un grand nombre d'inscriptions et d'antiquités, qui formeront plus tard un musée fort intéressant. En dehors de la porte Valée est une vaste promenade. où l'on voit le monument élevé à la mémoire des soldats morts au siége de ·1857. Au dessous, sur une pente raide qui aboutit au Roumel, se trouvent les vastes écuries turques, dites o du bardo transformée aujourd'hui en quartier de cavalerie. L'eau de source manque dans consdtantine, où il y du reste, peu de citernes; mais l'on a complètement réparé les anciens réservoirs romains de la k'asba, où l'eau est amenée par un vaste siphon qui mérite d'être ,visité.

     Les Romains, dans le même but, avaient été chercher les eaux du Bou-Meurzoug à leur tête, située à près de 40 kilomètres, et les y avaient amenées au moyen d'un immense aqueduc dont il existe encore des restes considérables.

     On a pu voir, d'après ce que nous avons dit, que Constantine, transformée en ville européenne, avec toutes ses exigences de nos nouvelles cités, ne saurait rester dans l'étroite enceinte des anciens jours.

    Trois emplacements voisins ont été successivement proposés pour être le site des nouveaux quartiers; le plateau du Msîd, situé au nord-est de l'autre côté du Roumel; le vaste plateau couvert de terres arables, appelé Stah' el Mans'oura, terrasse du Mans'oura, et, enfin, au sud-ouest, les hauteurs découvertes du K'oudlat A'tî, précédées d'un mamelon couvert de k'oubbas et de tombeaux; c'est celui qui semble avoir eu jusqu'à présent la préférence, bien que cette préférence soit très discutable.

     Constantine est le siége d'un tribunal de première instance, d'un tribunal et d'une chambre de commerce, d'une chambre consultative d'agriculture; elle a une caisse d'épargne, une pépinière publique un théâtre, une société archéologique connue par d'excellents travaux, une école arabe-française, onze écoles indigènes, et on y a créé plusieurs belles minoteries, une fabrique de burnous, des poteries.

    La population indigène est très laborieuse, et compte un grand nombre de marchands et d'artisans; sa principale industrie est la fabrication des articles de sellerie, de bottes et de chaussures arabes, de mors de bride, d'étriers, de fers à ferrer, d'instruments aratoires.

    Centre politique d'un pays considérable, Constantine en a été, à toutes les époques, le centre commercial, et bien que cette position puisse se modifier profondément par la suite, elle restera encore longtemps ce qu'elle est.

On évalue actuellement à 15 ou 16 millions de francs la valeur des transactions qui s'y opèrent chaque année. Les droits de mesurage des grains donnent à eux seuls un revenu de plus de 200,000 francs. Encore faut-il faire observer que ces chiffres sont loin de représenter la totalité des affaires, parce qu'il est une foule de spéculations qui se font au dehors, et qui échappent à tout contrôle.

Constantine représente Cirtha, l'une des plus vieilles et des plus fortes villes de l'ancienne Afrique. Mais Cirta ayant été détruite, Constantin la releva en 312 et lui donna le nom qu'elle porte encore. On y compte 34000 âmes, dont plus de 24,000 indigènes. Elle est à 83 kilomètres au sud de Philippeville ou de la mer et ainsi à 458 kilomètres d'Alger.

Le point le plus remarquable de la banlieue de Constantine est le "H'ammam", oasis de la vallée de l'Ouêd-el-Kebir, qui en est à 7 kilomètres au nord ouest. Là, une source thermale et des eaux abondantes entretiennent la végétation puissante de merveilleux jardins. On vient d'y élever une belle distillerie. La colonisation n'avait encore fait que peu de progrès autour de Constantine, quand un décret du 21mars 1849 dota cette ville d'un territoire de culture de 14000 hectares, périmètre encore agrandi par le décret du 12 septembre 1853 . Depuis lors la colonisation a marché rapidement.

Cinq groupes d'habitations se sont formées spontanément, correspondant aux cinq principales divisions du territoire: Sidi-Mabrouk, Ouled-Iak'oub, Cherkai-Bouazen, le H'ammam, Debabia et la route de Philipeville.

Elle s est ensuite développée dans les autres directions principales, mais surtout dans la vallée de bou merzoug, dont les 20,000 hectares offrait à l'activité des colons un vaste champ de travail. De nombreuses concessions particulières y ont été faites, et on y a créé_ plusieurs villages et hameaux qui grandissent chaque jour: le Khroubs et Fornier, tous les deux sur le Bou-Meurzoug, les Ouled-Rah'monn, le râs-bou-merzoug, à la tête de la vallée, comme l'indique son nom, l'Oued- beurda annexe du Khroubs.

Sur la route de Philippeville:
Condé ou smendouu, au pied de la crête du kantours, sur l'Oued-Smendout et qui est connu par son petit gisement de lignite; Bizot (EI-H'adjar), les A'ïoun-Sa'ad, entre Bjzot et Condé.
Sur la route de Sétif: .
Ain-Smara, à 15 kilomètres de Constantine, et l'Oued Dekri, qui en est à 25 concessions de 2,000 hectares faites en vue de la création d'un village de 50 familles.

L Âtmaniïa, (oued Athmenia) à 42 kilomètres de Constantine, tout près du lieu où se tient chaque année, en été, le grand marché qui rassemble périodiquement sur ce point les tribus sahariennes.

La nouvelle route de Batna passe par la vallée du bou-Meurzoug.

La route de Guelma : "El Lamblek", à 12 km de Constantine : El Haria qui en est à 30 ; l'oued Massin situé entre les deux et l'Oued Tarf.

MILA, ville encore tout arabe, qui représente aujourd'hui l'ancienne Mileum, colonie romaine, renommée par les agréments de son séjour, avantage que Mila conserve encore dans sa position dans une fraîche vallée, à 36 kilomètres au N.-O. de Constantine. Elle a une kasba, une petite garnison française et quelques colons qui y ont établi un moulin et une fabrique de poterie. - 2.500 habitants .

Ma première étape de la route actuelle de Didjelli, remplit le même rôle sur celle des deux routes de Set"îf, appelée route du NOrd ou des Montagnes. Sur cette route, à 32 kilomètres avant d'arriver à Sétif, on passe à Djemila, ruines de r ancienne Cuiculutn, où gît solitaire, entre autres monuments. ce joli arc de triomphe, qui dut être, transporté à Paris.

Set'if est encore une nouvelle ville née au milieu des ruines de Sitifis, l'une des capitales de l'Afrique romaine, dont la citadelle seule avait en partie échappé à toutes les destructions. Placée sur les pentes d'une large colline, il une grande hauteur au-dessus de la mer, elle domine une vaste plaine qu'arrose l'Ouêd-Bou-Selam ~(la rivière de l'Echelle), Sétif, commune, résidence d'un commissaire civil et d'un juge de paix, est en outre le chef-lieu d'une subdivision. Sa position est du reste aussi remarquable au point de vue stratégique ....

(N D L R)- Les noms des villes, des oued où des lieux dits sont conservées phonétiquement dans le texte comme ils l' étaient à cette époque 1855-1860, date où fut écrit ce dictionnaire

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE