L'ALGÉRIE HEUREUSE
PHILIPPEVILLE

Un samedi après-midi quelque part entre Marinelle et Place des Chameaux à Philippeville alias Rusicade ou Skikda selon les goûts . Délaissant binégues, tireboulettes et autres voitures à roulements des tendres années les gosses s'attroupent pour assister à ce qui constitue un véritable spectacle lorsque le père Bourabah officie.

Demain au stade, grand match... Étoile-Racing (prononcez Racingue). Annonceur municipal, le père Bourabah n'est pas peu fier particulièrement en cette veille sportive, de faire ronfler son tambour en roulant les R à la kabyle.
A la vérité, initié ou non aux choses du " fot-bal ", chacun sait déjà que dimanche se dispute " le derby à nous autres " , le choc entre " rouge et noir " de l'Etoile Jeunesse et les " bleu et rouge" du Racîng Club.
On ne se lasse pas d'en parler et reparler autant avant qu'après. Ce soir, lors de l' " andare e venire " à la Place Marqué, sûr que les garçons en oublieront presque de zieuter les mignonnes.

Jusqu'au coup de sifflet final groupés en chorale les partisans de tous âges du R.C.P (comme par hasard les mêmes initiales que celles de la célèbre phalange parisienne) vont rêver de clouer le bec aux " Etoilés pourris" et d'avoir l'occasion de pousser leur fameux cri de guerre, assemblage d'onomatopées si symbolique du club qu'il sert aussi de substantif.
BOMATCHICABO ...MATCHICABO ... MATCHICABO ...RACINGRA ...RA.. RA...RA.

Quand il s'élevait, outre la joie d'acclamer un but " Il y est-ééé " ou la victoire " ça y est! " , plaisirs évidemment hors de prix contre l'Etoile, c'était toute une ferveur qui s'exprimait.
Aujourd'hui hélas il ne reflète plus qu'une immense nostalgie, la douleur d'un arrachement qui risque d'aller à son terme sans que soit établie l'origine de cet étrange et si fort hymne clanique, appartenant depuis l'exil à l'ensemble des Philippevillois.

Sa paternité a été revendiquée par le joyeux compère qu'était Pappalardo dit Blanc, joueur de water-polo au Racing et sociétaire de base chez "Les Gibussiens". Le cri aurait constitué un hommage à quatre figures locales, à savoir :

- BO, pour le président Baud dit " oeil de verre"
- MA, pour la fougueuse et inconditionnelle restauratrice Marie Paccarone, championne de la macaronade .
-TCHI et CA, pour deux joueurs d'élite: Chibalie et Cavalié, ce dernier également super bouliste.

Mais... mais l'on nous propose aussi d'autres noms Boccanfuso, Mazzulo, "Patchî" Gaglione et l'hypothèse que le cri serait l'écho prolongé d'un carnaval (Philippeville a eu le sien) marqué par le passage d'un groupe brésilien (mais oui !) qui scandait un Bomatchicabo bien à lui et effectivement de sonorité très sud-américaine.
Alors adaptation ou pure création du cru ? Et de quelle signification ? A vous qui avez peut-être la juste explication d'en faire part à " L'Echo " .
En considérant que c'est très sérieux.
Car il s'agît de patrimoine.
De notre patrimoine.

Envoi annonyme

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE