COMTES EN SABIR

A LA CASERNE HACKETT
à Pierrot d'Aïn kerman
Inkerman-Oran

Ya oulid Bledi fit moi blaisir ti raconte moi une belle histoire, dit un tirailleur nouvellement engagé
Oui Kadour, ajoute le sergent français, racontes nous une histoire qui fasse rire
Questce qui j'y raconte moi ji si pas parli français
Cela ne fait rien racontes toujours
Ti vouli qui ji raconte l'histoire di chien noir ,
Oui, oui, racontes
i bien ecoutes
Si Djeha il iti toute jeune, sa mère y l'aime beaucoup
il lui dit un jor :
Si Djéha, valant al marchi, achite moi oun moton, fit tension qui soi bon, qui puisse pas marchi.
Si Djéha y di rian, y va al marchi, y sarche, y trove pas, tôt li moton y marchi bian.
cit embitan, ji fot moi le camp ; -
il marchi por la rote, y trove on moton il y tôt a fi isquanti, y po pas marchi.
Yatek ya rebbi, ji trouvi mon affir.
Y pran la moton, y mit sur son dos et y porte lo à la mison.
-Yamma qui dit lorsqui li arrivé, ji crois qui ti bian content, choufcit moton il ni pas moyen por marchi.
- A bogri di coillon qui di sa maman, toujours ti bite, ma paroi, ji di chite moi on moton smine, grass, qui po pa marchi.
- Ji ma trompi qui di Si Djéha, mi ça fi rian, ji va li toyer et ji vendra por la rue.
Alors Si Djéha y toyé la moton, il coupé, y mit-le sor on planche, y parle por la rue, y cri :
- Voilà di boun moton, madame, di boun moton boun marchi.
To li monde y regarde la viande, y di il y crivi cit moton, ci digotan, ni pas bon, la boulice y ni pas fir bian li sirbice.
La nuit y vian. Si Djéha ni pas vendre on morçon di moton.
Y'a on chien noir qui li rigardé tojor, il allé por davan, por darrière y sente, y couche, y levé, tojor il reste là.
Si Djéha y régarde cit chien noir, y loui di : ti vo chti li moton?
Li chienn y rémouille la queue.
- Tien, dit Djéha, pran tout (y jit la viande par tirr), ton patron y billera por vous.
Le chien il y content, y mangera tout, y quand y son fini, y fout le camp gran galo.
Si Djéha y courir puis lui y crie : arite lo ! arite lo !
La chien y son rivi à son mison. Si Djéha il entri et y crie tojor: volor rendi moi moun l'argent.
Dans cit mison y en a oune femme joli tout à fait, qui son fir l'amor avec on camarade.
Ci nomm y croit qui cit on fomisor qui demande son l'argent y por qui fot moi le camp y dormi dix douro à Si Djéha.
Si Djeha y prant tôt suite l'argent, ma li patron di la madam y son arrivi.
La madam y la por, alors y fir cachir son camarade por en bas dit lit, y si Djéha por en haut.
Li mari quand y son monti, y trove la famme il y bian tranquil dans la chambre.
Y l'abrasse, y dit : "J'y parte ci soir por Midia, tian voila l'argent por fir couscouss, atan qui ji vian ".
Alors li mari y regarde li mon Dio, y dit : " Qui celui la qu'il y en haut y garde toi ".
Si Djéha qu'il y en haut y montre son la tite et dit :
- Ji fot pas mal votre femme, moi ji viann sarcher mon l'argent, parlé por cit mosio qu'il y en bas di lit, lui y fire barfitement ton affir.
Alors y voir qui li mari il y dans on gran colir, y brofite y fout li camp par le finitre ; y porte les dix douro à sa maman.
- Ah ! qu'il grand carottier cilui là, y coni bian, dit le jeune tirailleur en éclatant de rire.
- El koul oulad Dzaïr kifada.
Ti vas voir on autre hastoire encore plus joli, comme c'il la, reprit Kaddour.
-


Ll CHACAIL Y Ll PITITE MOTON

(Fable imitée de la FONTAINE)



On jor qui fi chaud, blous qui siroco,
Tôt li monde y marchi por sarchi gargolette.
Ç'oui-là qui l'a l'arjan, y son hoir l'anisette,
Y si yana pas, bar force ti boir di l'o.
On to pitit moton qui n'en a pas l'arjan
Y marchi por la rote, afic soif bocoup ;
Y son trovi oued, tôt pris di Mazafran,
Osqui yana di l'o qu'il iti friche comme tout.
On chacail qui bassi, y son voir cit moton,
II trovi bianjoli, bian smin (1) y bian bon ;
II pensi qui por boir, bisouin bian manger ;
Alors il s'approchi, y commenci à crier :
" Di ? Bougre di couchon, solopri, ben allouf(2)
" Porquoi ti salir l'o ? On bo blous ji m'itouf !
" Bardon, m'siou chacail, qui ripond li moton,
" Ti trompi, ci vos otres qui vous ites on couchon.
" Ti boir par en haut, y moi j'y souis en bas,
" Y ti vian m'amgueuli, encore qui ti bois pas.
- " Quisqui ci, mon zami, qui ripond li chacail,.
" Ti fir la mariol, ti vi tire la bataille ;
" Ji conni bian ton père, déjà y m'a voli
" Plous di cinquante pol, y blous di cent poli.
Porquoi fir, mon zami ? Y loui di li moton,
" Nos otes mangeons l'hirbe y vos otre li moton.
- " Moi ji mange di moton ? bogre di gran blogor,
" Pit-itre qui ti pense, qu'on chacail il a por ?
" Atari moi ! "
Li chacail i sorti comme la lion,
Y trape por li cou et y touille li moton.
- " Son fini, qu'il a dit ; moiji soui bian contant.
" J'en a d'io qui son friche, on moton ixcillent ".

MORALITI
Quand ti sira mesquine, ti fir bien attention,
Si ti vo bon galitte, fie gigot di moton.
Ti mitra bomosse rouge, afic one bil chachia
Por marchi por la rote y fir fantasia.
Di corage ! pas bizouan ; nos ôtres taraillor,
Nos disons qui la force il a bien plous millor.

(1) Bien gros - (2) Fils de cochon.


Mademoiselle Valette

C'est une lettre en sabir rédigée par notre regrettée Melle VALETTE après l'exode de 1962 et envoyée à une amie de Guelma.


Bourg d'Oisans, le 7 octobre 1962.

Ma chère ...

J'écris avec toi bor que tu sauras où j'm trouvera.Ji trapi un poste C.E.G. avec li math ta l'sixième ou l'cinquième comme à Guelma et l'sciences ta l'sixième fi ouahad une p'tite ville igouloulou Bor d'Oisons. Y en a deux mille persons, beaucoup li commerce plus qu'à Guelma. Autour y en a li grosses montagnes. Si j'voudra j'fera le ski fi ch'ta (igouloulou l'hiver bor l'français) ala rator parce qu'y en a zouze stations di sports d'hiver, juste à côté : l'Alpe d'Huez 17 kilou, les Deux Alpes 22 kilou.Ici il fir froid, n'dir zouz boulouver i la viste, mais y en a l'soleil qui brille tote lajounù.Les gens y sont tris gentils bor moi. L'Dirictor, il a cherchi bor moi tote la primière matinée ouahad logement.Avec l'adjoint ta l'mire, iamiou li dimarche, l'tiliphon ou men baad, ils ont trouvi l'appartement bor moi. Droukje souis bor l'hôtel, ala rator barce que mon zafire ils sont encore à Marseille. Ja trapi mon cadre la semaine bassi. Il a manqué un peu di choses : trois chaises, deux plateaux de cuivre, une couverture arabe, mais ji trouvis l'briacibal. Baba ou la ouma ils vont vinir avic p'têtre cette semaine. Abri j'va m'installer et fir marchir l'chauffage, y en a un couisinière, l'tuyau i von dans tous li pièces, l'eau sroun i marche dans l'tuyau ou ça fir chaud bartout. Li Français igouloulou , chauffage central.Ti a pensi avic moi li bremier jour de la rentrée? Ji fir pas la p'tite représentation maa l'sabir. Li gens y sont trop bien gentils, intelligents, si je fir l'imbécile ils ont compris que je moque avec eux. Dans l'icole y en a une mestroua qui li vinir ta l'Maroc y en a quatre ans. Ji fir camarade afic elle, mais j'en i ba encore parli l'sabir.Y en a zouze tinnis, mais y en a pas l'joueurs. Je crois, je vas trouvi ouhalad, l'mestrou ta l'ducation physique, mais il a dir bor moi quand y en aura l'teldj j'va fir le ski. Y en a aussi b'tite mestroua anglise, il a ba borti son raquitte.Josette, mon camarade, il a trapé un boste à Saint Priest à 20 kilou ta Lyon. Y en a 140 kilou de Saint Priest à Bord'Oison, mi Jusitte il en a achti toumabile srir ada l'doufine ou ana j'va achti un. Abri j'va l'voir ou elle vient me voir. Elle a pas trovi l'iogement, même ba la chambre à l'houtel. L'secretaire ta la Mirie il a briti bor elle la chambre de son fille.Men boad, elle va avoir oualah bit fi l'bâtiment ta l'instituteur cilibataire ou quand FH.L.M. i s'ront finis, y en aura ouahalad logement.Alors voila ji t'ai raconti par la réinstallation ta nos autres fi l'frangaoui. Y toi qu'est-ce ti fire ? Ti en a trapé la retraite ? oi ila ti a trapi l'icole Sivigné ?Si tu veux ti écris bor moi voilà l'adrisse :Hôtel des Alpes - Bourd d'Oisans (Isère).

Si ti counir l'adresse bor Mme C..., ti la dire bor moi. Ti m'dire aussi li nouvelles ta Guelma. Donne le bonjour à V..., à C..., à M..., chacun par son nom.

J'ti fir bien li zamitiés. Ti en a bien rigouli ?


Melle VALETTE fut une excellente enseignante à l'Ecole Sévigné de Guelma, moi qui passa dans sa classe comme bien d'autres camarades Guelmoises, j'ai gardé d'elle un merveilleux souvenir. En cachette nous l'appelions Titine et bien souvent histoire de la taquiner nous fredonnions à son approche ..je cherche après Titine et ne la trouve pas…Elle était gaie, sévère mais nous l'adorions. Je ne suis pas surprise de la qualité " sabir " cette lettre, mademoiselle Valette, bien que nommée dans un pays froid avait gardé son humour.
Je suis allée la voir lorsqu'elle était à La Valette nous avions évoqués nos joyeux souvenirs scolaires…mais il me faudrait des pages pour raconter ce souvenir. Yvette Martinez


Les aveux

-j'i fit dis aveux. Barka !
c'ist fini vic la boulice,
disait à son avocat un prévenu sans malice
-Des aveux, dis-tu ? Comment ?
-j ti jure sour li coran.
-Tu plaisantes ?
Les gens qui prêtent serment
Sur le coran, s'innocentent.
Du diable si je comprends !
-Attendi, M'siou, ji vos splique
-Des aveux sur le coran ?
-Sour li coran ilictrique.
Fables Bônoises Edmond Brua


LES MOUCHES.
Certain Caïd un jour entra
Dans un hôtel de Guelma
Et, pressé par la circonstance,
Auprès du patron de ces lieux
S'enquit, d'un ton mystérieux,
De leur homonymes d'aisance.
Il en revint en coup de vent,
Beaucoup plus pressé que devant.
C'ist plein di mouches, in al dine dit-il- -
L'hôtelier répondit :
- Patientez jusqu'à midi
- Elles seront dans la cuisine.

Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE 2005