RÉVOLUTION DÉMOCRATIQUE DANS LE MONDE ARABE
Ah, si c'était vrai !

Le dernier livre de JEAN-PIERRE LLEDO, édité par COLIN dans vos librairies le 13 Juin 2012

Mes amis le savent. Je n'ai jamais cru que nous étions en train d'assister en direct à l'avènement de la démocratie dans le monde arabe. Pas un instant.
Et ce, depuis le début, c'est-à-dire depuis Janvier 2011. Pourtant je ne suis pas, philosophiquement parlant, et n'ai jamais été, un sceptique. D'un naturel plutôt optimiste. Persuadé donc que rien ne peut, à plus ou moins long terme, s'opposer au désir de liberté. Et que tous les peuples peuvent y prétendre, sans discrimination aucune.
Y compris donc dans la partie la plus despotique, la plus violente, la plus sanguinaire de la planète : le monde arabo-musulman…
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EXTRAITS…
La thèse de la spontanéité écartée, la simultanéité de la contestation arabe aurait dû au moins inciter à poser une question : quelles sont les forces de nature à provoquer, dans l'ensemble des pays arabes, du Maroc à la Syrie, du Yémen à l'Egypte, des soulèvements quasi-simultanés ? Les paysans, les ouvriers, la bourgeoisie, les étudiants, pour se remettre dans des catégories un peu oubliées ? Ou pour être plus ''in'', les féministes, les socialistes, les démocrates, les libéraux, les intellos, les écolos, les bobos et les alter ? Ah si c'était vrai !
Quand on a été un des acteurs du mouvement démocratique algérien, et que l'on a vécu en direct ''les événements d'Octobre'' de l'an 1988, où plus de 600 jeunes périrent, qui suscitèrent durant quelques semaines des rêves fous de liberté, rapidement jugulés par l'irruption violente des islamistes, et la reprise en main par l'armée, comment ne pas avoir l'impression d'un remake ?

Récapitulons. Bouazizi a allumé la mèche. En faisant brûler le premier étage, les cyber-révolutionnaires l'ont faite démarrer. Et les islamistes, avec le second, l'ont mise sur la bonne orbite. Tout ceci, very high technology oblige, sous le contrôle de la NASA, via ses antennes au Qatar. Mais comme là, et dans bien d'autres endroits, El Jezeera n'a pas encore mis ses caméras, essayons d'y voir un peu plus clair. Tout a été si vite…..
Frères Musulmans-USA-El Jezeera, en termes stratégiques et guerriers, cela ne se nomme-t-il pas un axe ? Mais un tel axe, fer de lance de la ''révolution démocratique arabe'' ? Est-ce le dernier tour d'Ubu ? Ou un pied de nez d'Orwell ? Surtout qu'il faudrait ajouter un quatrième chainon, l'Arabie Saoudite, grande pourvoyeuse de l'islamisme international, et notamment des Frères musulmans… Les voies de la démocratie seraient-elles aussi impénétrables que celles d'Allah ?

La charia, au fait, serait-elle en passe de devenir l'étalon universel de la démocratie et de remplacer le Contrat social ? Hassan el Banna le fondateur des Frères musulmans ou son disciple Qaradhawi, incarneraient-ils la modernité libérale et pluraliste, tout à la fois Rousseau, Montesquieu, Constant, Hobbes, Hume, Locke, Popper et Lincoln
La forme ''démocratique'' des élections ''libres et transparentes'', rendrait-elle superflue son contenu : la souveraineté du peuple et non plus celle de Dieu, la raison (humaine) et non la foi (divine) ?

D'après mon expérience personnelle, voilà ce que je dirais : la démocratie, c'est quand tu peux dire ce que tu penses à haute voix sans craindre pour ta vie ou celle de tes proches, c'est quand il n'y a rien de plus sacré que la vie d'une personne.
Le monde musulman a besoin, lui en premier, le reste du monde ensuite, que l'on lui dise que oui, aujourd'hui, et ce depuis très longtemps, ''islam'' et ''islamisme'' se sont absolument identifiés, dès l'origine, dès l'apparition de la nouvelle révélation, dès Mohamed. Et que la seule voie du progrès est celle qui les dissociera.

Hormis les premiers siècles, lorsque l'islam n'est pas encore orthodoxisé et qu'il reste agité par de vrais débats, de vrais joutes mêmes, avec de vrais philosophes de toutes tendances, y compris athées, hormis donc ce que l'on a pris pour une ère de tolérance, mais qui n'était qu'une phase où l'islam était en cours d'institutionnalisation, après laquelle, va s'opérer ''la clôture dogmatique'', et commencer le règne du despotisme obscurantiste, l'histoire de ''l'islam'' et de ce que l'on appelle à présent '' l'islamisme'' se confondent totalement. Le jour où le monde musulman sera démocratique, alors les deux se distingueront. Les ''islamistes'' demeureront bien sûr, mais ils n'auront pas plus d'influence que les intégristes chrétiens ou juifs.
Revenez vite à la réalité ! La réalité c'est qu'il y a une guerre, une véritable guerre, larvée jusque-là, mais désormais bien déclarée, entre la démocratie où l'on peut librement s'exprimer sans craindre pour sa personne ni pour ses proches, et l'islam(isme) qui s'est jeté tout entier dans cet affrontement, parfaitement conscient que tel un ver dans le fruit, les idées de liberté et de démocratie avaient déjà pénétré le corps arabe et musulman, et que la meilleure défense étant l'attaque, il lui fallait réagir de la plus vigoureuse des façons, et toujours avec en poche la fameuse taqya, la dissimulation. Dialogue interreligieux à l'étranger, mais persécutions et massacres des autres religions à domicile. Dans les discours, survalorisation de l'islam comme religion de paix et d'amour pour l'Occident, mais dans la réalité, suragressivité et passages à l'acte.

La vraie guerre aujourd'hui, c'est entre ceux qui ont accédé à la démocratie, comme valeur profonde et structurante des sociétés, et ceux qui la refusent. Et aujourd'hui, la nouvelle guerre de l'islam, qui s'apparente à une vraie guerre de conquête mondiale, a bien cet enjeu : remplacer la Déclaration universelle des droits de l'homme par la Déclaration des droits de l'homme en Islam, laquelle ne se réfère jamais à la démocratie !
Si l'on s'en tient uniquement à l'énumération des faits évoqués ci-avant, et je le répète, je suis allé à l'essentiel, autant dire la partie visible de l'iceberg, et encore vue de loin, j'en dénombrerai facilement près d'une centaine. De phobies. Accrochez-vous bien.

La thanatophobie, (Peur de la mort), la nécrophobie (Peur des cadavres), et la vermiphobie (Peur des vers), pas besoin de justifier, me semble-t-il. Auxquelles, il faudrait rajouter les autres phobies très généralistes qui vont pareillement de soi, dans le désordre, la pogonophobie (Peur des barbes), la poinéphobie (Peur des châtiments), la bourreauphobie, la lapidophobie, la mastigophobie (Peur de la flagellation), la tératophobie (Peur des monstres), la polyphobie (Peur de plusieurs choses), la lalophobie (Peur des discours), la phonophobie (Peur de parler haut), la potophobie (Peur de boire), Scopophobie (Peur d'être vu), l'uranophobie (Peur des cieux), la pantophobie (Peur de tout), la probophobie (Peur d'avoir peur), et par-dessus tout, la phobophobie (Peur de la peur)….
(suivent près de 80 autres phobies, aux noms tout aussi bizarres…)

Car si je vous suis, Monsieur le responsable de la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU le monde arabe et musulman est en parfaite santé, c'est l'Occident qui est en pleine souffrance, et âme charitable, vous avez je suppose déjà un programme pour venir à son aide. Le dialogue interreligieux je suppose, ou quelque chose dans ce goût-là. Très bien, examinons votre diagnostic. L'Occident est islamophobe, et vous dénoncez cela de toutes les manières possibles. Pourquoi dénoncer, au fait ? ! Ne croyez-vous pas qu'il est inefficace de ''dénoncer '' une phobie, voire même ridicule, scientifiquement parlant bien sûr, sinon je n'oserais pas… ? Une phobie ne s'invente pas, ni ne vient du ciel. Elle peut éventuellement se soigner, si l'on arrive à localiser, puis à supprimer la cause. La baisse sensible de la moubarakophobie, de la benaliphobie et de la kadhaphobie nous encourage même à penser que la prise en charge thérapeutique prioritaire des théologiens et des dirigeants, aurait de fortes chances de faire disparaitre d'un coup presque toutes les autres, comme par enchantement, celles des peuples et des tribus, des démocrates et des bourreaux, de leurs familles et de leur descendance. Faudrait juste prévoir, des postes de travail de reconversion, mais ce n'est pas le boulot qui manque, les boucheries recrutent toujours et les décharges publiques sont aussi très demandeuses.

Mais le concept de l'islamophobie n'a pas été inventé pour nommer un travers tant que pour brouiller l'on ne peut plus dangerosité de l'islamisme de par le monde, pour anesthésier ces détecteurs nommées élites. Le brouillage des défenses adverses c'est bien la phase initiale de toutes les stratégies bellicistes. Pas besoin d'être militaire pour le piger.
La priorité des priorités est que la REALITE du quotidien dans le monde arabe et musulman ne soit pas déniée, mais CRIEE, et que l'on cesse de projeter ses désirs sur ceux qui philosophiquement et politiquement s'affirment comme ils respirent, des adversaires, eux conséquents, des concepts et des pratiques démocratiques. Si une chaine de solidarité internationale ne se met pas en place dans les plus brefs délais, si l'Occident met trop de temps à comprendre que le monde musulman est aujourd'hui le front principal de cette grande confrontation entre la Démocratie et le Totalitarisme dans sa variante islamique, alors je ne donne pas très cher des démocrates arabes. Ceux qui n'auront pas préparé leur exil, ceux qui tarderont à l'envisager, ceux qui ne pouvant envisager cette solution pour toutes sortes de raisons, seront dépecés tout cru.
La Place Tahrir (''libération'' en arabe)! Quelle libération ? !!!

Aliaa Magda Almahdy
Aliaa, à elle toute seule, c'est une révolution, la seule vraie Révolution qui a eu lieu en l'an 2011.
Une visionnaire, Aliaa ! 20 ans, et elle avait déjà tout compris ! Compris que pour arriver, un jour, à la démocratie, il fallait commencer d'abord par changer la pensée, pour pouvoir ensuite s'attaquer aux mentalités.
Aliaa, elle était toutes les révolutions à elle seule. L'américaine de 1776 et la française de 1789. Sans oublier la sexuelle de 1968 ! La République, la Liberté et la Démocratie, Aliaa était la synthèse des trois Statues. Aliaa était le drapeau de la future grande Révolution arabe ! Peu importe quand elle adviendrait, la Révolution arabe, elle l'avait déjà son drapeau ! Pas de démocratie, sans pensée démocratique.

Il faudra ouvrir d'immenses chantiers. Et quand je dis ''chantiers'', j'entends bien chantiers de réflexion, de véritables laboratoires de la pensée.
Le monde arabe et musulman souffre d'un retard historique évident, quatre siècles selon Gamel El Banna, le frère du chef historique des Frères Musulmans égyptiens. Mais parmi tous les retards qu'il accuse dans tous les domaines, celui qui est le plus grave, c'est celui qui affecte sa pensée. Gravissime, car c'est seulement de là que peut provenir son salut. Il est donc urgent de la remettre au travail. Les élites ont, là, une grande responsabilité. Elles devraient d'ailleurs, avant tout, commencer par se remettre en question, et par se demander quelle est leur part de responsabilité dans le marasme actuel. Elle n'est pas mince.

Mon prochain livre sera consacré à l'examen des trois unanimismes qui, selon moi, bloquent cette pensée : le Nationalisme, l'Islam, et les Juifs…
Jean-Pierre Lledo, cinéaste.
LA REVOLUTION DEMOCRATIQUE DANS LE MONDE ARABE
Ah, si c'était vrai !
Jean-Pierre Lledo
339 pages - 23,25 euros Service de presse Colin : Elodie Royez 01 44 39 42 27

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