LA PRESSE ALGERIENNE


Chapitre TROIS 1870-1881


LES AUTORITES FACE A LA PRESSE

PREFECTURE DE CONSTANTINE

    
        Depuis quelque temps et surtout depuis "l'Ordre Moral" la préfecture de Constantine pratique une doctrine contraire : la service de presse que Monsieur Desclozeaux a dû instituer dans son cabinet, conformément à la fameuse circulaire, surenchérit encore sur les exigences des préfectures et parquets de France..." Les idées du préfet Desclozeaux sur la presse et les journalistes du Constantinois nous sont d'ailleurs connues grâce à un rapport qu'il adresse le 18 juillet 1874 au Gouverneur Général. Celui-ci lui ayant demandé de faire une enquête sur l'état d'esprit des populations indigènes du département, il souligne l'existence d'une certaine agitation chez ces derniers et poursuit ;
                C'est le moment que choisit la presse pour publier une série d'articles violents dans lesquels elle signale aux colons l'attitude des indigènes et les excite contre eux ; ce qui malheureusement n'est pas difficile. La presse et le jury sont certainement deux fléaux pour l'Algérie. Je n'ai pas a vous éclairer sur la personnalité des journalistes. Vous savez que, notamment dans la province de Constantine, ce sont presque tous des chevaliers d'industrie et des hommes tarés qu'aucun intérêt ne retient au pays et qui ignorent absolument toutes les questions qu'il serait utile et pratique de discuter devant les colons. Ils ne savent se livrer qu'à la calomnie, à la diffamation ; ils cherchent le scandale à toute occasion et attaquent quoi qu'ils fassent et quoi qu'ils disent les fonctionnaires militaires et civils.La presse est dans la colonie un agent de désorganisation des plus actifs. Elle est parvenue à persuader à la majorité des colons que l'Administration est malhonnête et hostile a tous leurs intérêts. Au point de vue indigène et c'est celui qui nous occupe aujourd'hui, la presse algérienne est encore plus malfaisante. Vous savez combien les Arabes sont au courant de tout ce qui se dit et s'imprime parmi nous et avec quelle attention et quelle patience ils assistent à nos discordes...Il serait désirable que cette situation ne se prolongeât pas...Devant un peuple conquis on ne doit pas avoir la liberté de la presse à plus forte raison la licence de la presse. Le jury inconscient de ses devoirs est le fidèle allié du journalisme et il est urgent qu'il disparaisse aussi...J'estime, Monsieur le Gouverneur Général, en attendant une loi spéciale, pour la presse en Algérie, que les mesures répressives contre la presse que vous avez adoptées à Alger doivent être prises pour les villes de Bône et de Constantine. Vous pourriez ainsi supprimer à Constantine LE RADICAL et à Bône LE COURRIER DE BÔNE qui sont les deux plus mauvais journaux de la province. On protestera, nos conseillers généraux et nos députés trouveront un regain de popularité dans leurs protestations soi-disant libérales. Il n'y a cependant pas de questions libérales en Algérie, il n'y a que des questions de sécurité publique et de conservation du pays conquis".A la réponse adressée par ses services, Chanzy ajoute il le précise - le post-scriptum suivant :
"... quant à la presse, je l'ai jugée depuis longtemps comme vous le faites vous-même et je n'ai cessé de demander au gouvernement les moyens qui sont nécessaires pour empêcher les abus qu'elle ne cesse de commettre au nom de la liberté. Aux journaux que vous citez, je suis surpris que vous n'ayez pas ajouté l'INDEPENDANT qui ne le cède en rien pour le mauvais esprit au RADICAL et au COURRIER DE BONE. Voilà, je crois, le plus grand danger. Les indigènes ne nous aiment pas ; ils peuvent conserver l'espoir que des circonstances favorables pour eux leur fourniront une nouvelle occasion d'essayer de secouer notre joug. Mais . ils n'auraient pas ce sentiment, que la mauvaise presse le leur donnerait et qu'en tout cas elle l'entretient et le développe".La loi du 29 décembre 1875 répond en partie aux vœux de Chanzy ; elle renforce l'arsenal juridique dirigé contre la liberté de la presse. Elle apporte également quelques satisfactions à Desclozeaux ; si le jury n'est pas totalement éliminé des procès de presse, il se voit retirer la connaissance de certains délits tels que l'offense au Président de la République, la diffamation des fonctionnaires publics, la publication de fausses nouvelles et la provocation à la désobéissance aux lois.Les entraves apportées par la législation et les tracasseries administratives s'ajoutent aux contraintes techniques et économiques ainsi qu'à la faiblesse du nombre des lecteurs (dans certaines régions cependant il augmente du fait de l'arrivée des Alsaciens-Lorrains). Elles n'empêchent pas la presse du département de manifester après 1871 une grande vigueur et de faire preuve d'un esprit combatif. Les procès qui jalonnent la vie de certaines feuilles en témoignent ; procès intentés par l'Administration mais également procès nés des affrontements politiques et des polémiques entre journaux et personnalités opposées Marcel Lucet, député puis sénateur "modéré", le Guelmois Pierre Lavie, Georges Lesueur traînent en justice les journaux radicaux pour diffamation et le même motif est utilisé par Paul Fawtier, l'actif conseiller général "radical" de Philippeville, contre nombre de feuilles modérées.La loi de 1881 sur la liberté de la presse, en supprimant les contraintes Juridiques, ne fera qu'accélérer une évolution amorcée dès les premières années de la République.
1871-1881
PROCES CONTRE LES JOURNAUX RADICAUX

L'INDEPENDANT 2 Novembre 1871
Journal poursuivi : LA PIE.
Plainte de : Gauthier d'Aubeterre. Fonctionnaire, . Motif : Diffamation. . Condamnations : ? .

Journal poursuivi LE RADICAL.
LE RADICAL 27 Janvier 1872.
A. Chaleil, rédacteur en chef. Avocat ; D. Forcioli. . Plainte de : Lucet. député.
Avocat : Gilotte. . Motif Diffamation. . Condamnation : 18 mois de prison 3000 frs d'amende 1 fr de dommages et intérêts acquitté en appel.

LE COURRIER (de Bône) 4 Février 1872.
L'EST ALGERIEN 25 Juillet 1872.
L INDEPENDANT 24 Juillet 1872 - 13 Novembre 1872.
LE RADICAL :P.Fawtier, auteur de l'article incriminé A. Robert, gérant

JOURNAUX PARUS SOUS l'EMPIRE

L'INDEPENDANT
LE ZERAMNA
LA SEYBOUSE
LA MAHOUNA

CREATIONS DE JOURNAUX

LE COURRIER (de Bône)
LE SIMOUN L'ALGERIE
L'UNION DE SETIF
LE COURRIER DE SETIF
L'INDEPENDANCE ALGERIENNE
L'ECHO DE CONSTANTINE


CHAPITRE DEUX .SEPTEMBRE-OCTOBRE 2005

Le 4 septembre 1870 en Algérie, l'opinion publique 'européenne" accueille favorablement la chute de Napoléon III et pallie avec enthousiasme à la République. Dans le département Constantine, ce changement de régime politique dont la Métropole est le théâtre, répond aux vœux depuis longtemps exprimés sa grands organes "colonistes" de la presse régionale L'INDEPENDANT de Constantine, le ZERAMNA de Philippeville et LA SEYBOUSE de Bône. Quelques feuilles locales telles, LA MAHOUNA de GUELMA et l'EST ALGERIEN de Bône, ont poursuivi une action identique. Tous ont combattu le régime impérial, l'administration militaire et dénoncé l'arabophilie de la politique du Royaume Arabe menée à partir du senatus-consulte de 1863. Ils ont exposé et défendu avec ardeur les revendications des colons. Certains de leurs responsables se trouvent étroitement mêlés aux événements qui agitent l'Algérie avant l'arrivée de l'amiral de Gueydon en avril 1871. A Lambert,, employé du Trésor à Constantine puis secrétaire de mairie, figure parmi les fondateurs de l'INDEPENDANT.-LA SEYBOUSE, 30 janvier 1877 et 13 février 1877 Durant la première décennie de la République, cette presse locale se développe et, dans une certaine mesure, se diversifie. Des divergences ne tardent pas en effet à se faire jour parmi les colons républicains. Elles reflètent aussi bien les divers courants politiques nés en Métropole que des appréciations différentes portées sur la situation en Algérie. Modérés et radicaux s'affrontent à propos de la nature du régime républicain et des réformes qu'il importé de mettre en oeuvre. Les partisans de l'autonomie des trois départements algériens combattent les thèses des assimilationnistes. Tous estiment avoir leur mot à dire sur les mesures propres à éliminer l'influence des militaires dans l'administration du pays et à assurer la sécurité face au danger que représentent les populations indigènes. Les rivalités entre notables et le choc des ambitions personnelles, favorisées par les nombreuses consultations électorales,contribuent enfin à entretenir l'effervescence de l'opinion publique dont la presse se fait l'écho. Trente et un titres nouveaux, souvent éphémères, font ainsi leur apparition dans le département :
4 à Constantine , 3 à Sétif , 7 à Philippeville, 1 à Bougie, 5 à Bône ,1 à Souk-Ahras
La politique libérale en matière de presse du Gouvernement de la Défense Nationale n'a que peu de conséquences dans département de Constantine. Elle profite surtout aux journaux en place pour étendre leur influence. La grande majorité créations se situent après 1871 lorsque le gouvernement de ''MONSIEUR Thiers" s'est engagé dans une remise en ordre autoritaire de la législation sur la presse relative aux poursuites à exercer en matière de délits commis par voie de la presse ; loi du 6 juillet 1871 rétablissant le cautionnement loi du 16 septembre 1871 établissant une taxe sur le papier journal. Toutes ces lois sont déclarées à l'Algérie . Elles sont d'ailleurs en harmonie avec ce que pensent deux premiers gouverneurs généraux envoyés à Alger après la chute de l'Empire. Membres du corps militaire, opposés à l'agitation des colons et au désordre, inquiets de la situation créée par le soulèvement des populations indigènes, l'amiral de Gueydon puis le général Chanzy manifestent une grande méfiance à l'égard de la presse. Ils entendent donc disposer de moyens efficaces pour la contrôler et encouragent l'Administration à exercer sur elle une surveillance étroite ; elle fut parfois tatillonne En décembre 1871 l'amiral de Gueydon adresse au ministre de l'Intérieur un rapport où il expose " quelles dispositions spéciales a l'Algérie pourraient être introduites dans la loi sur la presse" que le gouvernement envisage devant l'Assemblée Nationale.
Elles sont trois; 1 - Restitution aux tribunaux correctionnels de la connaissance des délits de presse. 2 - Rétablissement des mesures de répression par voie administrative. 3 - Introduction dans la nomenclature des délits punissables de dispositions qui fassent obstacle à toute polémique tendant à porter atteinte au prestige du commandement militaire et du gouvernement civil ou qui serait de nature à blesser l'indigénat (sic) et à le pousser à la rébellion.
Si la seconde mesure est justifiée uniquement par l'efficacité que lui conférerait son caractère instantané, la première et la troisième sont motivées par de longs développements où transparaissent les soucis du gouverneur général et ses convictions profondes sur la situation dans les trois départements :
"Quant à la juridiction, je suis plus que jamais convaincu, Monsieur le Ministre, de la nécessité de rendre en Algérie, la connaissance des crimes et délits commis par la voie de la presse aux tribunaux correctionnels. Attendre en pareille matière, d'un jury algérien, une répression efficace et sérieuse ce serait se bercer d'une véritable illusion". "D'ailleurs si peu qu'on veuille tenir compte des haines et des antipathies de race, d'origine et de religion qui divisent les diverses fractions de la population de ce pays, on comprend aussitôt l'impossibilité de former un jury qui ne soit pas suspect de partialité et qui puisse en effet apporter dans l'examen des questions qui lui sont soumises cet esprit dégagé de tout préjugé, de toute idée préconçue sans lequel il n'est pas de jugement sain et de perception nette et sûre de la vérité". "Si c'est un journaliste qui est mis en cause devant la cour d'assises, il y a dix à parier contre un que la majorité du jury se composera d'hommes systématiquement disposés a la déclarer non coupable parce qu'ils n'admettent pas le délit d'opinion" .
"Les jurés ne peuvent se prendre que dans le milieu électoral et vous avez pu apprécier. Monsieur le Ministre, parle résultat des élections départementales et communales, de quel côté souffle ici le vent de l'opinion et ce qu'on peut tirer de ce milieu troublé par la passion politique".
La méfiance ainsi manifestée à l'égard des civils européens résidants en Algérie est encore plus explicite lorsqu' il s'agit de justifier les crimes et délits de presse propres à ce pays : "Parmi les crimes et délits qui réclament une défini-t une pénalité spéciales en Algérie, je range particulièrement les attaques si familières à la presse algérienne contre l'armée prise en masse ou dans une de ses parties ; contre les fonctionnaires civils et militaires, contre des groupes de population : étrangers, Israélites ou musulmans. Ces attaques systématiquement renouvelées ne font qu'entretenir au milieu d'une population aussi mêlée, aussi impressionnable surtout, que celle de notre grande colonie, des ferments de discorde et de haine et alimentent les préjugés et antagonismes nationaux. Leur effet est surtout désastreux à l'égard des indigènes et je ne doute pas qu'il ne faille attribuer ces excitations de la presse la dernière rébellion qui laissera des traces si profondes et si difficiles è effacer. " La presse algérienne s'obstine à ne pas comprendre que dans une contrée où la race conquérante est à peine représentée par un contre dix, il faut que celle-ci n'agisse qu'avec circonspection et s'abstienne de provoquer à tout propos ceux qu'elle a besoin de dominer parce qu'elle a besoin de s'en servir Je dois dire que la majorité des colons n'est pas plus sage que les journalistes et qu' à la remorque de ces derniers, ils se laissent trop facilement entraîner aux disputes politiques et tous ne font de la politique qu'avec leurs souvenirs de transportés de 1848 et de 1851 ".

L'INDEPENDANTdu 24 janvier 1872 : le COURRIER (de Bône) annonce que son numéro du 17 courant a été saisis à l'imprimerie et dans les établissements publics par ordre du préfet du département le délit relevé ne serait rien moins que excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres. Comme il serait possible que la lecture attentive du numéro saisi ne fit pas découvrir le paragraphe incriminé, LE COURRIER nous apprend que cette mesure de rigueur est due à la reproduction d'un article du VERMESCH JOURNAL qui traîne depuis quinze jours dans tous les kiosques de France et de l'étranger
301005


LA PRESSE ALGERIENNE

Chapitre UN septembre 2005


En Algérie les débuts de la presse sont liés à ceux de l'occupation coloniale, et jusqu'aux premières années du XXe siècle, les journaux algériens restent dans la dépendance étroite de la communauté européenne installée dans le pays ; L'ESTAFETE D'ALGER (elle compte seulement deux numéros) premier journal publié sur le territoire de la régence, sort le 14 juin 1830 à Sidi-Ferruch. Réalisée sur une imprimerie de campagne, elle s'adresse aux Troupes Françaises le soir même de leur débarquement. Il faut attendre le 19 juin 1832 pour qu'apparaisse, à Alger, le premier journal digne de ce nom. Baptisé LE MONITEUR ALGERIEN, il est lancé par Roland de Bussy fils, directeur de l'Imprimerie du Gouvernement, "... grâce au général en chef qui, en sa qualité de chef du pouvoir exécutif et même de législateur algérien, voulut avoir lui aussi son journal officiel comme tout souverain, grand ou petit, qui se respecte..." (1). Journal officiel de la colonie, LE MONITEUR ALGERIEN publie 1647 numéros jusqu'à sa disparition le 30 septembre 1858. Paraissant tous les cinq jours, il comporte une partie officielle réservée à la publication des textes législatifs, ordonnances et arrêtés du gouvernement, une partie documentaire qui fait état. d'informacion militaires et administratives, des variétés enfin ou se côtoient études historiques, récits et pièces littéraires. (2). Le MONITEUR DE L'ALGERIE. lui succède en 1862, et disparaît en 1871, Le MOBACHER, second journal, officieux est un bimensuel fondé sous l'égide du gouvernement, le 15 Septembre 1847. Publié en français et en arabe pour propager "les idées civilisatrices" de la France parmi les populations musulmanes, il parait quant à lui jusqu'au 5 décembre 1926. Ces périodiques publiés par le gouvernement pour soutenir son action ne peuvent satisfaire pleinement les populations de la colonie. Les européens, colons, commerçants, hommes de lois. imprimeurs, déjà familiers, pour beaucoup, de la présence dans leur pays d'origine, voient dans les journaux des auxiliaires indispensables de leur activité. Très tôt ils s'efforcent donc de susciter des publications soumises à leur influence et placées sous leur contrôle. Cependant, outre les difficultés matérielles auxquelles elle se heurte, la presse privée, jusqu'en 187Q, doit encore faire face à une législation restrictive dirige en place par les différents régimes, Monarchie de Juillet, Seconde République et Second Empire, qui se succèdent en métropole. Si son application est parfois assouplie - à l'époque de Bugeaud par exemple - (1) du fait des obstacles qui s'opposent à un contrôle 'efficace des autorités algéroises, cette législation est bien souvent plus rigoureuse que celle en vigueur dans la métropole!. Elle est d'autre part aggravée par le poids de l'autorité militaire. Dans un pays dont la conquête se poursuit non sans difficultés, et ou la domination française reste fragile comme en témoigne le grand soulèvement de 1871, les chefs de l'armée supportent en effet difficilement les critiques incessantes que les civils développent à son égard et entendent contrôler tout ce qui pourrait nuire à son action. LE 16 mai 1839, un arrêté du Maréchal Valée autorise la publication des Petites AFFICHES ALGERIENNES. Lancée par l'imprimeur Bourqet avec l'appui de la Chambre de Commerce d'Alger, cette feuille d'annonces et avis divers est le premier Journal privé algérien. Le 12 juillet" il abandonne son titre initial pour celui de L'AKHBAR -les informations- sans modifier pour autant son orientation. Il n'abordera les questions politiques qu'à partir de 1845 et se montrera toujours respectueux des positions du gouvernement en place. Cette attitude opportuniste lui assure une longue existence et pas mal de critiques de la part de ses confrères politiques qui paraîtront par la suite. Bourget s'en soucie peu ; comme "on lui faisait un jour, sous l'Empire, le reproche de changer souvent d'opinion et d'avoir été tour à tour orléaniste, républicain et impérialiste, ce n'est pas moi qui change, répondit-il, c'est le gouvernement. En vertu de l'arrêté ministériel du 2 août 1856, la presse en Algérie est placée sous le contrôle du Gouverneur Général. Celui-ci "surveille l'usage de la presse et permet ou interdit toute publication d'écrits imprimés dans le ressort de son gouvernement. Il délivre les brevets d'imprimeurs ou de libraires". Bugeaud ayant fait preuve d'un certain laxisme - de sa propre autorité, il exempte les journaux d'Algérie du versement du cautionnement exigé en France, et les dispense par une décision verbale de l'autorisation préalable - Soulte et Lamoricière en dénoncent les effets pernicieux et l'ordonnance du 15 avril 1045 vient limiter les pouvoirs du Gouverneur Générai ; il appartient dès lors au ministre de la guerre seul, de délivrer les autorisations pour l'établissement de nouveaux journaux en Algérie. Bien que la charte de 1850 l'eut aboli en France, la censure est établie en Algérie en 1866. L'avènement de la Seconde République, en février 1848, encourage les journaux algériens à faire preuve d'indépendance, et à devancer les mesures libérales promises par le gouvernement. Celles-ci promulguées par Cavaignac dans son arrêté du 15 mars 1848 instituent en Algérie un régime de liberté de la presse. La censure est abolie mais l'article III de l'arrêté stipule que pour la publication d'articles sur les opérations militaires, mouvement de troupes et travaux de défense, l'autorisation des chefs militaires est nécessaire à moins que ces articles ne soient la reproduction des journaux officiels. Cette disposition dont l'interprétation peut donner naissance à des abus, ne cesse pas d'inquiéter les journalistes. D'ailleurs, après quelques mois de "liberté illimitée" (1) durant lesquels un grand nombre de journaux virent le jour, plusieurs mesures législatives viennent entraver de nouveau l'activité journalistique. Le décret de l'Assemblée Nationale du 9 août 1848 fixant le cautionnement en Métropole est rendu exécutoire en Algérie le 19 du même mois ; les journaux politiques publiés dans la colonie sont taxés à 1 800 Frs. Le timbre est rétabli par la loi du 26 juillet 1850. Le nombre des délits de presse croît, obligation est faite de signer les articles politiques, philosophiques et religieux ce qui gêne les militaires et les fonctionnaires qui tiennent à garder l'anonymat lorsqu'ils collaborent aux journaux républicains. Les tracasseries administratives se multiplient et le nombre des procès augmente ; ils se terminent souvent par de sévères condamnations infligées aux journalistes qui manifestent trop violemment leur opposition au gouvernement après les journées de juin 1848

Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE 2005