AIRE D'INFLUENCE DE LA PRESSE
DANS LE DEPARTEMENT DE CONSTANTINE

Constantine, Philippeville, Jemmapes
Mila
Le Khroub, Batna, Biskra,Khenchela

AIRE D'INFLUENCE DE LA PRESSE BONOISE
Bône
La Calle, Guelma, Souk-Ahras, Oued~Zenati, Ain Mokra, Ain Beida, Tébessa

AIRE D'INFLUENCE DE LA PRESSE SETIFIENNE
Sétif
Bougie
Djidjelli, Bordj-Bou-Arreridj, Saint-Arnaud.

LE COURRIER DE L'EST
Ce journal ne compte que cinq numéros publiés entre le 19 avril et le 17 mai 1884 à l'occasion des élections municipales. En lançant cet hebdomadaire, les milieux opportunistes bônois entendent pallier momentanément la disparition du SIMOUN dont le rédacteur en chef, Emile Tournier se voit confier les mêmes fonctions à la tête du nouvel organe.
Il est secondé par Georges Seyman qui fait à cette occasion ses débuts dans le journalisme et sera, en août 1884, un des fondateurs de LA TORPILLE (1).

En guise de programme LE COURRIER DE L'EST, journal républicain indépendant, se déclare prêt à adopter "une attitude impartiale entre les deux camps qui vont s'affronter" durant la prochaine campagne électorale.
Il bornera son ambition à proposer aux électeurs "des candidats modérés, sages et désintéressés".
Dans un article intitulé de façon significative "La Bataille", Georges Seyman fait part toutefois de son intention de réaliser "un journal de combat qui combattra dur et ferme pour le bon droit". Celui-ci, sous sa plume, s'identifie immédiatement à la cause opportuniste.

LE COURRIER DE L'EST se consacre totalement à la défense des candidats (2) de l'Union Républicaine dont les plus marquants sont le maire de Bône Prosper Dubourg et son premier adjoint Jérôme Bertagna.
Il le fait sur un ton incisif et la polémique qui s'engage à ce sujet avec LE PETIT BONOIS se termine par un duel entre Georges Seyman et E. Lecore-Carpentier.
La réélection de Prosper Dubourg et de ses colistiers étant assurée, le journal disparaît le 17 mai 1884; jusqu'à l'apparition de LA TORPILLE au mois d'août, la presse opportuniste n'est plus représentée à Bône.

L'IMPARTIAL, organe démocratique de la région de Bône, paraît à l'occasion de l'élection partielle pour le conseil général qui se déroule en aout 1886 et voit s'affronter dans le canton de Bône-Nord F. Letellier et le rédacteur en chef du PETIT BONOIS" Pierre Omessa. Ainsi que le suggère son titre, le journal
(1) Ce journal succède alors au SIMOUN.(2) Il en publie la liste complète en première page et en caractères d'affiche le 3 mai 1884.
refuse de choisir entre les deux candidats. Il se propose de "disserter calmement et raisonnablement" de leur valeur respective en dehors de toute polémique et attaques personnelles. Dans les luttes à venir, il se cantonnera dans une stricte neutralité.

La collection du journal, très incomplète, empêche de savoir ce qu'il est effectivement advenu de ces intentions. Mais la personnalité de Simon Crudeli, gérant du journal, lié aux milieux opportunistes bônois (1), incite à penser que la faveur de l'IMPARTIAL se porta sur F. Letellier, candidat républicain indépendant, de préférence à Pierre Omessa qui faisait preuve d'une grande intransigeance dans la défense des idées radicales.

En marge des grands journaux qui dominent la presse locale de Constantine, deux petites feuilles voient le jour, la première en 1881, la seconde en 1882 :
LE PATRIOTE (2) ou LE PATRIOTE ALGERIEN) (Les deux titres sont utilisés par les journaux qui saluent son apparition paraît dans la seconde moitié du mois de novembre 1881. Il n'est connu qu'indirectement, aucun numéro n'ayant été retrouvé.

Si L'AURES de Batna se contente d'annoncer sans aucun commentaire, la naissance du nouveau journal, le ZERAMNA de Philippeville le présente en quelques lignes. P. E. Mauras, déjà connu dans la presse constantinoise pour avoir fait paraître " LE RHUMMEL", en assure la rédaction en chef. Il déclare se situer en dehors des discussions politiques et se consacrer uniquement aux questions locales et de colonisation.
Cette déclaration d'intention est accueillie avec scepticisme par le journal Philippevillois qui se demande ;
"si Monsieur Mauras aura assez de force d'âme pour ne pas mordre au fruit qu'il se défend lui-même".

En effet, tant à Alger (4) qu'à Bône (5) ou à Constantine, il s'est acquis une réputation de polémiste parfois violent.

D'autre part LE PATRIOTE paraît en période de campagne électorale pour les législatives et "le terrain est bien glissant surtout quand un des candidats, Monsieur Forcioli (6) a les sympathies peu déguisées des propriétaires (1) du journal".

Quoi qu'il en soit, en l'état actuel de la documentation, il reste impossible de savoir si " LE PATRIOTE " fut effectivement un journal électoral.
Une réponse affirmative à cette question reste cependant probable, compte tenu de la personnalité de Mauras et de l'immédiate disparition de la feuille à la défaite de Forcioli devant le député opportuniste sortant Gaston Thomson.
LA MATRAQUE, "coup de massue s'appliquant le jeudi", ainsi qu'elle se définit elle-même dans son titre, paraît à Constantine le 26 octobre 1882. Son rédacteur en chef et administrateur qui se cache sous le pseudonyme significatif de "Monsieur TapeDur" n'est autre que le polémiste P. E. Maures dont la prose incendiaire et l'activité brouillonne se sont déjà exercées dans la presse algéroise et bônoise.
Depuis 1881 il s'est fixé à Constantine où les relations qu'il entretient avec les milieux radicaux lui ont permis d'obtenir la direction de l'Imprimerie Nouvelle appartenant à Simon Leca. Dès sa parution LA MATRAQUE se signale par ses attaques contre diverses personnalités locales dont Gautier d'Aubeterre, un des responsables de la Société Protectrice des Colons. La violence de leur style et le manque de retenue dont elles font preuve dans les insinuations à caractère personnel suscitent immédiatement une profonde réprobation dans l'opinion publique.

Le scandale provoqué contraint Mauras à faire amende honorable (2). Il n'en demeure pas moins déconsidéré et son nom disparaît de la presse régionale après que les responsables du journal EL MONTAKHEB aient décidé de se priver de ses services. Son collaborateur Legrand de Prébois, auxiliaire à la préfecture est mis à pied (3) et sur l'intervention de D. Forcioli, S. Leca renonce à imprimer le journal (4). Celui-ci doit trouver refuge à Sétif, à l'imprimerie Rocca; il sombre définitivement le 16
(1) Ils restent inconnus, mais l'un d'eux pourrait bien être l'imprimeur Simon Leca, ami de Forcioli. (2) LA VIGIE ALGERIENNE, 26 nov. 1882 : une exécution. LE COURRIER DE BONE, 26 nov. 1882 : Une exécution à Constantine (P.E. Mauras est contraint de signer une lettre où il désavoue le journal LA MATRAQUE). (3) Archives d'Outre-Mer F 80-1730. Lettre du préfet de Constantine au ministère de l'Intérieur. (4) LA MATRAQUE, 9 nov. 1882. A nos lecteurs LA MATRAQUE a failli crever en novembre 1882. Cette disparition est saluée par l'INDEPENDANT où J. François regrette seulement que "l' existence de cette petite feuille immonde qui souillait " l'honneur' des familles" ait été de quatre numéros et "de quatre numéros trop longs" (1).

LE BULL DOG. La presse Philippevillois s'enrichit, en décembre 1885 d'un hebdomadaire du dimanche, "illustré de nombreuses vignettes", dénommé LE BULL DOG. Aucun numéro n'ayant été retrouvé à ce jour, seules les allusions de son confrère local l'ALGERIEN (2) et celles du RADICAL ALGERIEN d'Alger (3) permettant d'avoir une idée de ce qu'il était.
Selon le journal conservateur de Philippeville, le BULL DOG n'est qu'un "ignoble ramassis pornographique plus ou moins bien compilé". Sa parution est choquante pour le public et les autorités devraient "traduire en correctionnelle ceux qui croient avoir le droit d'outrager la morale et d'insulter leurs semblables" à travers une telle publication.

A la suite de ces assertions, Henri Torterue, gérant du nouveau journal, provoque en duel le rédacteur en chef de l'ALGERIEN, Kiesgen de Richter.
Le journal ainsi mis en cause est une petite feuille satirique liée aux intransigeants et LE RADICAL ALGERIEN note avec satisfaction :
"son nom indique ses intentions qui sont de mordre mais avec esprit et de faire la chasse aux nombreux abus qui se commettent journellement dans la province".
Il n'hésite sans doute pas, à recourir à des insinuations plus ou moins osées concernant la vie privée de certains de ses adversaires (4), ce qui expliquent les accusations de pornographie portées contre lui. Un tel procédé n'aurait rien d'exceptionnel dans la presse de l'époque qui nous en fournit d'autres exemples. Quoi qu'il en soit, nous ignorons ce qu'il est advenu de ce (1) L'article de J. François est repris le 23 novembre 1882 dans LE ZERAMNA de Philippeville. (2) L'ALGERIEN, 11 décembre 1885.(3)

LE RADICAL ALGERIEN, 5 décembre 1885.(4) L'ALGERIEN, 11 décembre 1885" votre dernier numéro, Monsieur Turc, est une insulte. Votre "choses et autres" est une insulte à toute dame qui se respecte .. journal.
Le 2 janvier 1890, LA LIBERTE DE BONE évoque une feuille également dénommée LE BULL DOG. Elle ne précise pas cependant s'il S'agit du journal Philippevillois ou d'un nouvel organe fondé à Bône et qui en aurait repris le nom. Henri Torterue étant à cette date installé dans cette ville, la seconde hypothèse ne parait pas invraisemblable.
Toujours est-il que LE BULL DOG de 1890 doit s'apparenter à celui de 1885 car, pour son confrère Bônois, "il est menacé des verges judiciaires pour insanité de langage et de crudité, phrases équivoques et à double sens " (1).

LA COLONIE. En septembre 1887 des élections sont organisées dans le canton d'El Arrouch afin de pourvoir au remplacement de Pierre Lavie (2), conseiller général, décédé à Constantine au mois de juillet. Le parti opportuniste dont le défunt était un des dirigeants dans le département, présente pour sa succession Pierre Cassiau (3), colon et maire d'El Arrouch depuis 1881. Il doit affronter le docteur Stanislas Bergot (4) médecin de colonisation dans ce même centre, candidat républicain radical, qui jouit du soutien du journal LE COLON de Philippeville et de celui du REPUBLICAIN DE CONSTANTINE.
Dans ce contexte, le 1 septembre 1887, parait le premier numéro de LA COLONIE. Ce bi-hebdomadaire im1) LA LIBERTE DE BONE, 13 janvier 1890. Chronique locale: Sus aux journalist es de l'opposition. "Le gérant de BULL DOG et l'imprimeur sont poursuivis pour attentat à la morale publique en raison d'écrits parus dans le numéro un" (on ignore le résultat de ces poursuites).

(2) Pierre Lavie (1828-1887). Propriétaire des minoteries de Constantine fondées en 1840 par son père Marc-François Lavie (1786-1867). Président du tribunal de commerce, conseiller municipal de Constantine, conseiller général d'El Arrouch, délégué au conseil supérieur de l'Algérie.
(3) Pierre Cassiau (? - ?) Elu conseiller général en 1887, il est réélu en 1889 contre H. Finat rédacteur en chef du COLON de Philippeville. En 1890 il est élu délégué au conseil supérieur de l'Algérie où il siège à la commission des finances. En 1891, il quitte la région d'El Arrouch et démissionne du conseil général en 1893.
(4) Stanislas Bergot (1827-1907). Né à Tours. Il fut maire d'Ernée dans la Mayenne avant son installation en Algérie.

Source : Extrait de la thése de Pierre Montoy

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