C'est pour rire

prochaine mise à jour 31 décembre 2005
LE TOUR DE FRANCE.

(Souvenirs d'enfance).
Purée, qu'est-ce qui nous a fait tchatcher ce tour de France ! Tous les soirs, au bureau des chômeurs(1) après que "Monte et Carlo" il ait donné les résultats, nous, on s' refaisait l'étape comme si on était.
La plaine, ça nous on connaissait. Pour arriver à Bône, y avait la "bougie", droite qu'elle était la route et plate : un vrai régal. Mais la montagne ...! comment on voulait nous faire croire à nous , que le "tour Mâlet", il était plus haut de beaucoup que notre fedjouz, et qui pouvait tomber d'ia neige dessur au mois de juillet ! Pour nous, que le goudron de la route y nous collait les espadrilles, nous on disait qu'est-ce qui sont menteurs ces Marseillais...(!).
Ce tour de France, i nous a fait rêver. Notre champion à nous c'était LOLO (FOULQUIER). Y'avait aussi SASSANE mais lui, il était pas Guelmois; Lolo c'était la fièvre; rien qu'on criait sur le "cours Bonnet" allez LOLO ooooo ; les ailes on lui donnait ; quand y gagnait, dessur la dépêche de Constantine, monsieur JAN écrivait : "Un Guelmois gagne le tour de Guelma". C'était pas beau ça ? pour dire qu'on était très heureux , entre la fontaine chaude ..., le bureau des chômeurs ..., la course cycliste du 14 juillet, celle des chevaux du mois d'août et les bals de la halle aux grains (qu'on regardait de l'extérieur, à cause qu'on avait pas d'argent et qu'on était trop jeunes) jusqu'au jour où ... elle arriva ... la "tombola caramel".
J'vous explique. En France, y'avait quelqu'un qui voulait vendre des caramels à la place de nos "frigolos la maison Cassarino". Alors ce "chitane", il a eu l'idée diabolique : l'emballage de chaque bonbon c'était la photo d'un coureur cycliste, çuilà qui avait rempli le premier le carton avec les 50 coureurs, çuilà, ... y gagnait un vélo de course tout neuf, avec un cadre en "tube vitus" ultra léger ! hé oui ...un dérailleur "simplex" de 6 vitesses, un pédalier double plateaux ( y avait pas le même nombre de dents), une selle "brown" (!) un bidon d'eau (!) des cale-pieds en alliage d'aluminium (!) et des freins j'vous dis pas, rien qu'en les regardant, la bicyclette elle s'arrêtait.
Alors, toute la journée au siège social, c'était :
- Roro, j'te change 10 LAZARIDES contre 1 COPPI ?
- Hé, va fangoule ... qu'est-ce que tu veux qu'je fasse avec LAZARIDES et d'abord lequel ? APO ... , C'est une "gamate"... si tu veux, j'te donne 5 ROBIC ... contre 1 BARTALI...
- Asma y a BOUZID ; t'y a pas 2 VIETTO ? j'te donne les 10 LAZARIDES ... de Roro ! Bouzid y s'retournait et y disait avec les mains ... tiens ... çuilà ... tu le veux ? Bouzid y devait avoir un rhumatisme au majeur car toujours, ce doigt, il était raide et erpendiculaire à la paume de sa main, quand il manifestait un désaccord.
Quelle tchaclala ce tour de France !
Et pis un jour, c'était un dimanche à cause des frigolos, sans rien le dire ... qui on voit arriver sur une bicyclette toute neuve ...? que le cul y me tombe si c'est pas vrai ... SIMON ... Simon le costaud ... Simon "Boussenine".
Boussenine c'était pas son nom, mais il avait les incisives comme les bourricots d'Hammam Meskoutine ... (comme ça on m'a dit).
Nous ôtes on s'est regardé, blanche la figure elle était ; comment ce "falso" il avait fait pour gagner ! lui qui à l'école y savait pas où il était le "tour Mâlet", il avait gagné ce vélo de course "ALCYON"; quelle rabia tous on avait !
Si encore ce "keboul" il était modeste, mais rien qui montait la rue "Sadi carno" en danseuse, y faisait le tour de la place Saint Augustin, et y redescendait jusqu'au café WALTER, là y s'retournait et en avant, ce "zamate" y remontait la côte au ralenti, comme dans les films, pour montrer ses mollets et sa bicyclette.
Alors la rage elle nous a monté à la fugure ; ALI, "le touil", il dit : chouf, avec mon "tahouète",j'lui casse un peuneu ... c'était pas une bonne idée mais c'était bien du Ali, son acteur préféré c'était EROL FLYN à cause de l'arc ; il n'était pas méchant, c'était de l'esbrouffe ; nous, quand on le voyait pétrir avec assiduité et concentration une petite boule qu'il extrayait de sa narine la plus grosse, on attendait ... quand l'idée elle venait, d'une pichenette il se débarrassait de sa boulette, en visant çuilà qu'il était le plus proche ... des fois il arrivait à la coller ... j'vous dis pas la suite. Cette fois là, il proposa :
- Si on faisait comme le lundi au "bab-souk" ? Roland il l'regarda et soupira :
- Ali, inta mejnoune; au bab-souk personne y nous connaît et pis la selle d'un brel, c'est pas la selle d'une bicyclette !
Pour la première fois, l'élite intellectuelle des treize ans de Guelma se trouvait prise à défaut, rassemblée face à la boulangerie SAID et le café CROCE, elle cogitait pour trouver une solution ... sans risque.
- Alors Ali..., tu ferais quoi ?
- Ci tri simple, ce halouf quand il arrive devant chez BOUTIN, il est fatigué de monter en danseuse, c'est là qu'il faut agir ; regardez bien, dès qu'il tourne, qu'il arrive sur le plat, pour ne plus se fatiguer ... il pose son cul sur la selle.
- Bon, d'accord Ali, c'est toi qui va.
- Ti es pas fou, c'est moi qui'ai l'idée, j'peux pas faire les deux à la fois; c'est à ROLAND d'y' aller ...
- J'ai rien dit moi, alors pourquoi tout de suite Rolland et d'abord pourquoi moi ?
- Pourquoi ??? pass'que toujours tu dis que t'ies LUC BRADEFER (B.D. des années 50) ... et pis y aura JOSETTE ... si elle te voit, elle te prendra pour MANDRAKE (B.D. des années 50).
Roland dit Roro (nom de guerre) n'hésita plus, un peu inquiet tout de même, il demanda :
- D'accord, mais j'suis pas seul... ?
- Mais non t'y'es pas seul, nous on t'attend ... t'y'a rien à craindre ... on te protège de loin ... tu vas pas te dégonfler !!!
Roro y s'décide, y va vers les calèches, histoire de faire semblant de rien, il parle avec BLANCHETTE (qui était noir de peau) et DJEBAR les cochers, y sort de sa poche une page de la dépêche de Constantine, y fait un beau et grand cornet, y coiffe un cône de crottin de cheval, à peine un peu visqueux et il attend. Les cochers, eux, y savent et ils regardent avec intérêt... dans le cas où ... ils devraient intervenir ... par auto-protection. Cachés derrière les colonnes du café Boutin, nous, on attend le signal que JOJO y doit faire et pour l'instant y discute tout seul, avec personne rien que pour avoir une contenance, juste à l'angle et y regarde par dessur l'épaule de m'sieur CHEMAMA le coiffeur. Tout d'un coup, Jojo y siffle deux fois "paye tes dettes ... paye tes dettes... (comme les cailles elles chantent). C'est Simon, il arrive, il est superbe, des gros mollets, des gros biceps, et un magnifique short blanc, çuilà du dimanche ... il grimpe en danseuse jusqu'au tournant, face à nous ôtes. Roro y s'met à courir, son cornet droit comme un cierge et, au moment où Simon y amorce la pose de son cul sur la selle, Roro y lui colle son paquet sur la belle selle "Brown". C'est ainsi que, chacun à notre tour ... on a pris la plus belle tannée de notre vie.
Gilles Martinez
N.D.R.L. : Ce récit est une fiction. Tout Guelmois qui se serait reconnu, peut s'adresser pour d'autres détails à la rédaction.
PETIT GLOSSAIRE :
Chitane/Diable-Falso/Hypocrite-Keboul/Bâtard-Touil/Grand-Zamate/Fanfaron-Tahouete/Lance pierre.

(1) angle de la caserne de la gendarmerie