L'ARCHÉOLOGIE ALGERIENNE EN 1945.

         La fin des hostilités survenue au cours de 1945, les mesures de démobilisation ont permis vers la fin de l'année écoulée de reprendre de façon plus intense une activité gui, sur l'ancien chantier, avait été ralentie par force.
En effet un ajustement des salaires en cours d'année et qui n'avait pas prévu lors de l'établissement du budget des Antiquités des Monuments Historiques, a interdit de mener partout des campagnes, continues. Seuls Djemila, Tiddis et Tébessa n'ont jamais été interrompues. Tous les autres chantiers ont dû être fermés pendant des périodes variant de trois à cinq mois.
Quoi qu'il en soit, voici l'essentiel des résultats obtenus.

Dans le Département d'Oran, c'est toujours à St-Leu que des fouilles ont lieu sous la direction attentive de Mme Vincent.
Des maisons de "Portus Magnus" ont été exhumées et l'on à retrouvé plusieurs chapiteaux sculptés originaux.
Dans le Département d'Alger, M. Jean Glénat a poursuivi des recherches dans le voisinage du présumé temple d'Isis.

        Une mosaïque de pavement à décor géométrique a été découverte non loin de celle de l'an dernier. Les travaux d'aménagement du Musée ont contrarié le développement des fouilles vers la fin de l'année, grâce à de nouveaux crédits, des sondages ont été entrepris dans le sous-sol de la scène du Théâtre antique. Ils ont livré de nombreux fragments de marbre, Ils sont en cours.
Le chantier de Tipasa, renforcé en hommes et en matériel s'est employé à dégager le pourtour extérieur du Théâtre Antique.

Au lieu d'être adossé à une colline comme tous les autres théâtres de l'Afrique du Nord, celui de Madaure excepté, à Tipasa, il était construit en élévation.
Les piliers des arcs extérieurs sont conservés, au rez-de-chaussée du moins. Il en est de même des escaliers intérieurs conduisant aux gradins. L'ensemble promet d'être intéressant au double point de vue architectural et pittoresque.

Dans le Département de Constantine, l'effort fourni a été important et fructueux. Certains chantiers, cependant, tels que Hippone, Khamissa, Madaure et Lambèse, n'ont pu être dotés que de crédits restreints, tout juste nécessaires à l'entretien, à la conservation, au gardiennage. Il est à souhaiter que des fouilles puissent prochainement y reprendre, car à Hippone et à Lambèse on peut, espérer beaucoup de la poursuite des travaux. Mais il est nécessaire, ici comme là, d'acquérir des terrains archéologiques d'un grand intérêt et des mesures sont en cours, à Hippone du moins, dont on souhaite avec impatience l'aboutissement. Il s'agit de l'expropriation des terrains sous lesquels dort la Ville antique.
A Lambèse, il conviendra de reprendre; en attendant mieux, le dégagement des arènes interrompu par les circonstances et l'insuffisance des crédits. A Timgad, l'essor remarquable des fouilles du fort byzantin a été ralenti par le décès de M. Charles Godet qui, depuis trente ans, animait Timgad de son zèle et de son dévouement.

On a cependant entretenu soigneusement l'ensemble de la ville antique et des travaux de consolidation importants ont été menés à bien dans le fort et dans la nécropole du Sud. A Djemila, Mlle Allais, a, dans des circonstances parfois difficiles, maintenu l'activité de son chantier. Les travaux de consolidation des murs menacés par les eaux, les fouilles du quartier du théâtre, et, plus récemment, des alentours de la maison de Bacchus, ont obtenu de bons résultats. Un édifice décoré de mosaïques, un bassin et des canalisations ont été découverts à proximité de la grande salle à absides de la maison de Bacchus. On a consolidé les édifices chrétiens du faubourg Est.

A Tiddis, M. Berthier fait déblayer la voie qui monte en lacets à travers la ville. De nombreuses maisons sont dégagées ainsi que des édifices nouveaux. Quelques textes épigraphiques ont revu le jour et de nombreux objets ont été déposés au Musée de Constantine où ils formeront une salle particulière.
Le progrès des travaux au flanc de la montagne où s'étage la ville est considérable. Un autre chantier a été ouvert par M. Berthier au Sud de Constantine, à Mahidjiba, non loin du Kroubs, grâce à la main-d'œuvre des prisonniers italiens.

Une chapelle a tout d'abord été dégagée, au sommet de la ruine, puis une autre, construite sur un édifice antérieur; sans doute païen. Une inscription en plusieurs fragments d'époque byzantine mentionne une déposition de reliques, semble-t-il.
A Tébessa, M. Serrée de Roch poursuit les fouilles des galeries souterraines découvertes en 1944 dans le sous-sol de la grande Basilique Chrétienne. Les travaux sont lents et difficiles, les galeries ayant été obstruées volontairement et même maçonnées.
Le point atteint se trouve sous la chapelle tréflée dont l'origine et le caractère ont donné lieu à bien des controverses.

On peut espérer que les travaux; en cours apporteront une solution à des questions posées depuis longtemps et restées jusqu'ici sans réponse.
Ces galeries, ont, en tout cas, servi de lieu de sépulture.
On y trouve des tombes mumides dans les parois et dans le sol, et une belle crypte à trois absides avec des sépultures: deux: dans le sol, couvertes d'une dalle avec inscription, plusieurs en élévation et formant autel en face de l'entrée. Cette crypte est à plus de 8 mètres sous terre. Elle est éclairée par le haut: un regard s'ouvre au sommet de la voûte. La nature de ces monuments oblige à prendre des mesures de sécurité et de protection indispensables, mais onéreuses et difficiles à réaliser

A l'heure actuelle, Mme Alquier, Conservateur du Musée Stéphane Gsell, a poursuivi avec bonheur son exploration des nécropoles de Tiklat (Tubusuctu) près d'El-Kseur. Elle a découvert des textes funéraires intéressants, notamment une belle inscription métrique.
Dans les territoires du Sud. il faut mentionner les fouilles intéressantes faites à Ghadamès par le Père Lanfry, aumônier militaire. On peut affirmer désormais que les fameux vestiges appelés les " Idoles " et signalés par tous les voyageurs et notamment par Duveyrier, sont des édifices funéraires, tours ou mausolées. De petits objets ont été découverts au cours des fouilles, ainsi que des inscriptions et des sculptures.
Ces fouilles ont été interrompues trop tôt par le départ du Père Lanfry.

Le Lieutenant Laperrousaz et l'Aspirant Espinasse ont exploré à 50 kilomètres environ au Sud-est de Ghadamès un 'curieux monument', fortin ou grenier, ont rapporté des estampages d'inscriptions, sans doute libyques.

Les fouilles de Sédrata, près de Ouargla dont les résultats étaient des plus prometteurs, ont été suspendues par le départ en France du Chef de chantier, M. Faucher. Quelques documents archéologiques ont été recueillis au Musée Stéphane Gsell. Il serait souhaitable de reprendre un jour l'exploitation de la ville enfouie sous les sables et qui fût une étape des ibadites sur la route du Mzab.

Telle a été l'activité archéologique en Algérie en ce qui concerne les recherches et les fouilles.

Pour ce qui est des Musées Archéologiques, il a fallu continuer à remettre en place des collections qui avaient été déposées à l'abri des risques de guerre au Musée de Cherchell est de nouveau installé dans un cadre désormais trop étroit pour accueillir les trouvailles qui chaque année, viennent l'enrichir.
Le Musée Gustave Mercier de Constantine reprend possession de ses locaux qui ne sont pas encore tout à fait remis en état depuis la levée de la réquisition américaine: quelques salles, cependant, sont déjà présentables et des aménagements nouveaux sont en cours.

Au Musée Stéphane Gsell on a presque complètement réparé les dommages causés par les bombes. Une partie des collections antiques a été remise en place.
Les collections d'art musulman' ne pourront l'être qu'après la réfection des vitrines brisées.
Il apparaît de plus en plus que l'exiguïté des locaux ne permet ni une bonne présentation, des collections. Des mosaïques antiques, découvertes depuis plusieurs années, attendent sous terre qu'on puisses relever et les recueillir dans le Musée. Il y a la une tache dont l'urgence s'impose si l'on veut ne rien laisser périr du patrimoine intellectuel et artistique de l'Algérie.

Il serait souhaitable que ce travail de remise en étal des collections puisse être entrepris sans tarder dans le beau musée d'Ethnographie et de Préhistoire du Bardo, qui, en raison des circonstances, est le seul en Algérie où rien n'ait encore . pu être entrepris dans ce sens.
Les publications des résultats des recherches en Algérie ont été plus ou moins interrompues. Le Corpus des inscriptions libyques de M. l'Abbé Chabot, de l'Institut, n'a, vu publié que son premier fascicule; Le deuxième est à 1'Imprimerie Nationale depuis 1941. Il devrait paraître en 1946

Le Recueil des Inscriptions Latines, entrepris par Gsell en 1922 et poursuivi par M. J.Zeiller, de l'Institut, est prêt. Il s'agit des inscriptions de la région de Cirta.
Enfin le résultat des fouilles faites en 1939 et 1941 à Messad (Castellum Dimmidi), au Sud de Djelfa. par M. Picard, Bourder d'Etudes du Gouvernement Général de l'Algérie, est prêt à être imprimé depuis plusieurs mois, mais n'a pu l'être encore faute d'une dotation de papier. Par contre des documents découverts en Algérie ont été communiqués à la Commission de I' Afrique du Nord à Paris dès que cela a été possible, par le Directeur des Antiquités. L'un d'eux, trouvé à Cherchel, a été le sujet d'une communication à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 2 mars 1945 : La carrière de Q. Marcius Turbo, préfet du prétoire d' Hadrien: En ce qui concerne les classements parmi les Monuments Historiques il faut noter que la Villa des Arcades à Alger: jolie construction mauresque du XVIIIe siècle, a été classée par arrêté gubernatorial après avis de la' Commission des Monuments Historiques. La protection des sites de la région de Tlemcen a été mise à l'étude ainsi que le classement du Site de Bérard (Alger) et de Santa-Cruz (Oran). D'autres projets sont en cours de réalisation.
M. LESCHI.
Correspondant de l'Institut, Directeur des Antiquités de l'Algérie

Site Internet GUELMA-FRANCE