Mise à jour le 31 décembre 2005
abecedaire
Le petit Syllabaire des Ecoles de jadis


C'était l'époque où la comptine disait :

J'ai des pomm'à vendreu
des rouges et des blancheu.
la couleur est par en d'sous
Mad'moiselle retournez vous
C'était avant le deuxième guerre mondiale et peu après la grande guerre- une époque que veulent rappeler les lignes qui suivent, quand les filles et garçons recevaient le même enseignement, mais dans des établissements scolaires strictement différents, les mettant à l'abri de toute inconcevable mixité…une époque où fille et garçons ne rêvaient pas de Barbie ou de V T T, mais de poupées Bella fabriquées à Perpignan et de bicyclettes à roue libre.

Commençons par le A
A comme " Académie ", laquelle avait son inspecteur, considérable homme de pouvoir qu'on entourait de prévenances et de respect lors des inaugurations, des banquets et des remises solennelles de prix. Coiffé d'un chapeau melon- parfois d'un gibus dit " huit reflets " il portait une jaquette noire . Sa barbe souvent Jauressienne dissimulait en partie son cou cerclait de celluloïd L'Académie avait sa couleur : le violet, à l unissons de l'encre dont les plumes " sergent major " faisaient un tracé calligraphique quand elles ne faisaient pas choir sur les cahiers, en gros pâtés qui coûtaient un demi point au maladroit et qu'il fallait sécher dare dare avec un buvard 'Aux braves territoriaux ' distribué gratuitement par la Chicorée Leroux à Bourbourg (Nord).
B comme " Bûchettes "ou comme Bâtons, les bûchettes étant, à l'arithmétique, ce que les bâtons étaient au prémices de l'écriture. On groupait les unes par paquets de dix, par fagots de cent. On traçait les autres (en tirant la langue pour bien s'appliquer) par lignes de trente par pages de 720…Ils deviendraient un jour, les pleins et les déliés de la calligraphie, un artisanat difficile que les maladroits qualifiaient par dépit de n'y pas exceller " science des ânes "
C comme Cartable qui durait six mois, un an, toute une scolarité Quand on ne prolongeait pas le service de celui dont avaient déjà usé les aînés ou la maman ou le papa. D'années en année, il pesait de plus en plus lourd, avec son attirail de livres, cahiers, ardoise, plumier Chocolat Meunier dans son papier d'argent, morceaux de craie On le portait à la main, sur une hanche, au dos, en bandoulière et même sur la tête par temps de pluie. Il servait de siège, de bouclier, de masse d'arme, et même de poteau de but quand on jouait au foot ball en shottant dans un " ballon " fait d'une boite de " neffa " (poudre à priser) ou d'une boite de conserve ou d'une paire de chaussettes roulées en boule.
D comme " Dictée ". Le maître lisait le texte une première fois, " en entier ", avant d'ordonner " Ecrivez ! ". Les têtes s'inclinaient, les plumes se mettaient à grésiller. Bras et main gauche s'arrondissaient - en protection- pour faire obstacle aux regards obliques du voisin de table. Le maître articulait lentement, répétait posément , il faisait une demi-pause pour marquer une virgule, une pause pour le point-virgule et les deux points ;mais annonçait " point'à la ligne " en faisant la liaison, tout en allant à pas lents, le long des travées de pupitres. A l'annonce de " point final ", s'élevait un grand soupir collectif de soulagement.
E comme " en rangs ! "..Les plus petits devant. Pour entrer en classe ou en sortir, pour " faire " la gymnastique ; pour aller en promenade pratiquer la leçon de choses sur le terrain . Toujours deux par deux , comme les bœufs au labour, les bonnes sœurs sous leur cornettes ou les gendarmes en patrouille, Double Patte et Patachon, acteurs comiques du cinéma muet. " Et en Silence ! On ne parle pas dans les rangs ! " On se taisait gardant la distance avec le camarade du devant, à qui on faisait un croche pied, bras allongé jusqu'à son épaule gauche , attendant le commandement " Fixe " auquel un échos anonyme et loustic ajoutait parfois… " chaussettes ".
F comme " Filles ". L'église étant séparée de l'Etat ; les filles étaient séparées des garçons. Chaque sexe avait son école et constituait, pour l'autre, un étranger, vaguement infernal, au point qu'on menaçait les cancres mâles de les envoyer chez les filles…Menaces dont se gaussaient les cousins campagnards fréquentant une monoclasse rurale à en enseignement unisexe et nombreuses divisions, où-la mixité étant inéluctable- on pouvait tirer les nattes de ces demoiselles et même leur " lever la robe " pour faire rougir ou pleurer ces faiseuses de façons tout juste bonnes à sauter à la corde en chantant " j'aime la galette au beurre ".
G comme " Garçons " que les filles fuyaient avec horreur : ces galopins mal embouchés qui disaient des gros mots, se battaient comme des chiffonniers, sonnaient aux portes, lançaient des cailloux, tiraient au Tahouate (lance pierres en arabe) faisaient éclater des pétards sous les pieds, sifflaient dans leurs doigts affligés d'ongles en deuil, et laissaient leur chaussette tomber en tire-bouchon. Ils leur faisaient des grimaces et elles leur tiraient la langue.