PETITION DU COMICE AGRICOLE DE GUELMA

Exportation des céréales tunisiennes en franchise.

Le Président soumet à l'assemblée une pétition du Comice agricole de Guelma, contre l'abus de l'exportation des céréales tunisiennes en franchise.
Cette pétition démontre que les quantités admises en franchise chaque année par la douane française sont exagérées dans des proportions considérables, et que des quantités énormes, non seulement, de blés étrangers, mais de farines et semoules fabriquées avec des blés exotiques, rentrent, en Tunisie et comblent ainsi les vides provenant d'une exportation exagérée.
Le Comice agricole de Guelma estime que le Gouvernement tunisien devrait imposer les blés étrangers du même droit que celui de la douane française, qu'il devrait en outre prendre des mesures pour que les statistiques annuelles des récoltes en Tunisie ne soient, pas exagérées connue elles l'ont été jusqu'à ce jour sur les renseignements désintéressés à la fraude.
Le Président fait remarquer que M. Millet, actuellement président général en Tunisie a promulgué, le 26 novembre dernier, un décret dans le but de réprimer sévèrement, toute fraude possible au sujet des exploitations en franchise. Il croit que ce décret arrêtera certainement, dans une sensible proportion, les exportations basées sur de faux certificats d'origine, mais il est d'avis néanmoins que notre association appuie la pétition du Comice de Guelma.
Cette proposition est acceptée à l'unanimité.

LE MAL DE L'ALGÉRIE
De quoi l'Algérie a le plus besoin ?
La moyenne du rendement à l'hectare pour l'ensemble de lalgérie est de 85 quintaux dans les bonnes années et de 35 dans les pires. Des essais en grand faits cette aimée en Tunisie ont donné 75quintaux. La variété dont M. Knill a commencé la domestication paraît plus productive; à l'analyse elle se montre à poids égal sensiblement pins nutritive que celle de Malte. En lui appliquant.les procédés de Malte, l'Algérie aura enfin une plante fourragère d'une culture facile et peu couteuse, donnant des produits d'une rare abondance, supérieure en qualité au foin ordinaire, détruisant les mauvaises herbes par la vigueur de sa végétation et enrichissant le sol par la quantité considérable d'azote qu'elle laisse dans ses racines.
— « C'est une révolution dans notre agriculture », concluent les délégués du Comice agricole de Sétif.
Je dirai, moi, que c'est le salut de l'Algérie. Pourvu, il est, vrai, que cette découverte ne reste pas interminablement sous le boisseau, que le gouvernement s'en empare, qu'il répande à. profusion l'excellente brochure de M. Knill, complétée par des renseignements sur la culture de Malte, qu'il institue au besoin des primes d'encouragement, que tout ce qui, en Algérie, s'intéresse à la colonisation se joigne à lui pour l'aider dans cette propagande et que pas un colon ne reste ignorant des avantages peut attendre d'une transformation de son assolement.
L'introduction du silla, dans ses cultures, c'est la rupture du câble qui retenait l'agriculture algérienne dans la barbarie. Cependant, on doit s'attendre à ce qu'il ne suffise pas à tout. Il réussira probablement moins dans les terres siliceuses que dans les terres calcaires. Il gèlera, sur les hauts-plateaux, car il ne supporte pas les froids de — G- Malte a domestiqué une autre légumineuse, le scorpiorus subvillosa. L'Égypte a trouvé sa plante fourragère dans le bersim, le Texas dans le trèfle jaune du Japon, le Cap dans l'avoine fauchée avant maturité.
Le mot de M. Jeuzé s'est vérifié dans tous ces pays secs et chauds comme le nôtre. 11 importe donc de continuer méthodiquement ces recherches avec la conviction bien arrêtée que le succès de la colonisation dépend étroitement de l'abondance des fourrages, parce que c'est sur la quantité de fourrages que produira l'Algérie que se réglera la fertilité de ses terres.
Mais qui les continuera?

La révolution agricole à accomplir
C'est une révolution dans notre agriculture », disaient les délégués du Comice agricole de Sétif en contemplant les belles récoltes de Sulla de M. Knill. En possession de la plante fourragère qui lui a manqué jusqu'à présent pour supprimer la jachère, l'Algérien pourra en effet entreprendre d'organiser l'élevage et de relever ses rendements de céréales.
Pour évaluer la portée possible de cette révolution, il n'y a qu'à constater la profondeur du mal auquel il s'agit de remédier.

Je reprends pour exemple la commune de Sidi-bel-Abbès, que ses cultures de céréales ont autrefois rendue célèbre en Algérie. En 1892, son territoire occupait.une superficie de 8,204 hectares, dont 8,043 hectares étaient mis en culture. De ces 8,043 hectares, 1,423 étaient en vigne et 42 en jardins ou vergers. Il restait donc pour les plantes annuelles de grande culture (3,578 hectares. Si l'assolement arabe avait été fidèlement observé, la moitié seulement de ces (3.578 hectares, soit 3.289, aurait, dû être ensemencée en céréales ; l'autre moitié aurait dû rester en. jachère et se reposer. Cet assolement est déjà bien épuisant, mais nos colons font pire. En réalité, les ensemencements de céréales ont occupé 4,475 hectares. Vous saisissez là sur le vif les pratiques désastreuses qui ruinent le sol de l'Algérie. II. y avait donc 1,187 hectares qui avaient déjà porté des céréales l'année précédente et qu'on n'avait même pas laissé reposer.

Les effets de cette culture meurtrière sont-ils au moins combattus par de fortes fumures ? Où les prendrait-on? 11 n'y a point de bétail pour les produire. Si Sidi-bel-Abbès adoptait un système de culture réparateur, calculé comme ceux de France en vue d'entretenir la terre en bon état de fertilité, il devrait y avoir chaque année 1500 hectares au moins en fourrages artificiels ; en 1892, il y en avait 29 hectares et demi. Il devrait entretenir des bêtes bovines à raison de 250 kilogrammes de poids - ? par hectare de céréale ; en 1892, il n'y en avait pas 10. 11 devrait entretenir des bêtes ovines à raison de 50 kilogrammes de poids vif par hectare de céréale ; en 1892, il y en avait à peine un peu plus de 16. Signe caractéristique de notre barbarie agricole, 242 bêtes bovines et 2,920 moutons constituaient tout le troupeau de ce territoire de 8,204 hectares, entourant, une ville de 25,000 âmes. Les travaux se faisaient au moyen de 437 chevaux et 198 mulets. Le peu de fumier produit va aux vignes. Les terres à céréales n'en reçoivent littéralement pas un atome.
Quelles sont les conséquences ?
C'est le maire même de Sidi-bel-Abbès, M. Bastide, qui nous l'apprendra dans le bel ouvrage qu'il a consacré à l'histoire de sa commune.
Les terres nouvellement défrichées sont d'une fertilité admirable. Elles donnent des rendements de 20 à 22 quintaux de blé.
Laissons l'influence de l'épuisement progressif, ces rendements baissent d'année en aimée, baissent an point que, comme je l'ai déjà dit certaines terres ne peuvent plus produire de blé et on n'y sème plus que de l'avoine. L'avoine ne réclamant pas exactement les mêmes principes nourriciers que le blé des terres épuisées pour le- blé peuvent encore donner quelques bonnes récoltes d'avoine. Puis elles finissent par s'épuiser pour l'avoine comme pour le blé.

En 1892, sur 2,180 hectares ensemencés en blé, la moyenne du rendement a été de 7 quintaux et demi.
C'est, la pauvreté, sinon la misère.
A 20 quintaux, c'était la fortune et les colons accouraient.
Supposez un système de culture prévoyante qui aurait maintenu la fertilité primitive et perpétué ces gros rendements dans quel état de prospérité ne serait pas resté Sidi-bel-Abbès ! Appliquez la réflexion à toute l'Algérie et il vous apparaîtra qu'il n'y a point d'exagération à dire que la découverte d'une plante fourragère convenant à 'son climat et lui permettant, d'avoir enfin en quantité suffisante de bétail et le salut pour elle.
C'est le salut, à condition qu'elle veule se sauver. Pour cela, il faut que les colons décuplent le nombre de leurs bêtes bovines et quadruplent le nombre de leurs moutons.
Mais pour les y entraîner, que de questions sur lesquelles ils auraient besoin aie réponses précises! Notre agriculture a été jusqu'à présent si abandonnée à elle-même, que les points les plus élémentaires en sont encore à élucider,
(A. Suivre)

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