PROGRES DE L'ALGERIE
JOURNAL REPUBLICAIN SOCIALISTE
LE MESSAGER DE GUELMA
MARS 1892

Le Messager de Guelma donne les détails suivants sur l'assassinat du courrier qui fait le service entre Enchir-Saïd et Guelma : Mardi matin, vers cinq heures et demie, le sieur Médinet Auguste, demeurant à Enchir-Said, entrepreneur du service quotidien des dépêches entre ce village et Guelma, était en route pour cette dernière localité. Comme toujours. Il était parti bien tranquille, lorsqu'arrivé à quatre kilomètres environ de son village, un coup de feu vint le frapper sur son siège. La mort a dû être instantanée.

Les chevaux, que la détonation avait sans doute effrayés, ont, après avoir fait un léger écart, continué leur route sur une espace de 2 ou 300 mètres entrainant suspendue à son siège la malheureuse victime.
Ce sont des charretiers de M. Séréno, entrepreneur à Guelma, qui furent les premiers à constater cet horrible assassinat et à faire prévenir la justice. La gendarmerie de Guelma et celle de Gastu se rendirent immédiatement sur les lieux. Des constatations faites par le Parquet de notre ville, il résulterait que la vengeance a été l'unique mobile du crime. Le fourrier, en effet n'a pas été touché et sur la victime on a trouvé une somme d'une vingtaine de francs.
Au moment ou nous écrivons, aucune arrestation n'a encore été opérée.

Nous rappellerons pour mémoire que c'est à peu près à ce même endroit que, il y a deux ou trois années, deux voitures renfermant ?l'une la famille Rigollet, l'autre la famille Gamba, ont déjà essuyé des coups de feu. Si cette fois encore, rien n'est découvert, c'est le régime do la terreur pour ce pays déjà si délaissé.

Nous rappellerons pour mémoire que c'est à peu près à ce même endroit que, il y a deux ou trois années, deux voitures renfermant " l'une la famille Rigollet, l'autre la famille Gamba, ont déjà essuyé des coups de feu. Si cette fois encore, rien n'est découvert, c'est le régime do la terreur pour ce pays déjà si délaissé.

Constantine, le 10 Mars 1892
Notre Œuvre
LA BOUCHEE DE PAIN
. Une Visite à la Crèche et au Refuge de Nuit.
L'œuvre dont le Progrès a pris l'initiative est en bonne voie; les listes mises en circulation se couvrent de signatures.
Pour parer aux premières nécessités, le Comité a décidé, on le sait, de s'adresser au Fourneau économique qui fonctionne seulement le matin. On lui demandera, moyennant une subvention, de distribuer des portions aux heures du soir. -' Aussitôt que les fonds en caissè le ;j permettront, la Bouchée de Pain installera sa cuisine.
chaque jour, les pauvres diables vont chercher la soupe bien chaude que leur préparent les sœurs de l'ordre do Saint-Vincent de Paul.

Vous connaissez tous, lecteurs, cette coquette habitation mauresque, avec sa cour dallée où s'ébattent des babys frais et roses; le long des arceaux courent des plantes dont les fleurettes multicolores donnent un air riant à ce coin de Constantine.

Nous sommes reçus par la directrice, femme d'un certain âge, qui veut bien nous fournir des explications détaillées sur le fonctionnement de l'établissement. ,' ,' A onze heures du matin, nous dit-elle, les malheureux se présentent et nous leur donnons, moyennant quinze centimes, une soupe et un morceau de pain. La plupart sont porteurs de bons délivrés par les commissaires du Refuge de Nuit-et de l'Union des Travailleurs.
- Et si l'un de ces déshérités ne possède ni argent, ni bon ?
- Oh! répond notre interlocutrice avec un bon sourire nous ne le renvoyons pas ; il mange quand même.

La cuisine occupée, dans toute sa largeur, par un magnifique fourneau, acheté récemment, est tenue avec la plus grande propreté.

Au premier étage, des chambrettes, garnies de berceaux pour les petits êtres, encore au biberon, et que les dignes religieuses entourent de la plus vive sollicitude.
Tout respire la santé dans cet asile où les enfants des travailleurs passent leurs journées, de 6 heures du matin à 6 heures du soir.

- Qu'il me soit permis d'adresser à cette place de sincères félicitations aux sœurs de la Crèche.
Le Refuge de nuit, rue du 25* de Ligne : Une porte basse rappelant assez bien les poternes du moyen-âge ; nous pénétrons dans la salle où sur des nattes et enveloppés d'une couverture, les sans-travail passent huit nuits consécutives.

Un vieil homme, à la barbe blanche, nous montre un registre irréprochablement tenu, où on inscrit les noms et professions des entrants.

Au-dessus de la pièce où nous nous trouvons, pièce assez vaste, un réduit étroit, mansardé et dont le plancher vermoulu ne tardera pas à s'effondrer.
Enfin, la cour et une chambre, large comme deux mouchoirs de poche, destinée aux femmes.

Il n'y a pas encore quatre mois, ce refuge de nuit ressemblait à un véritable taudis ; le Comité, nommé au mois de novembre, a tout fait pour le rendre habitable.
Malheureusement, il est insuffisant.

Constatons, cependant, que si la ville, propriétaire du terrain et de l'immeuble, voulait opérer des réfections, cette barraque, où l'on pourrait installer un réfectoire, deux dortoirs et une cuisine.
Il suffirait de démolir deux pans de muraille et de remplacer la toiture, dépense relativement insignifiante
Constantine posséderait alors une véritable maison de refuge.

Mais non ! la municipalité et son chef, le j'men foutiste Casanova, ne veulent rien faire pour les prolétaires ; leurs sourires s'adressent exclusivement aux proprios juifs.
Revenons en terminant, à l'œuvre de la Bouchée de Pain.
Nous adressons, à nouveau, un pressant appel à nos concitoyens et surtout à nos concitoyennes.
Les "barbus" essuient,bien souvent, des refus; on laisse toujours tomber une pièce blanche dans la bourse de la charité, lorsque cette bourse vous est tendue par une main mignonne et que deux jolis yeux vous adressent une muette supplication.
Fernand Grégoire.

AU CONSEIL DE GUERRE
Le lieutenant Ahmed ben Saad, du 1ers tirailleurs algériens comparaissait hier devant le Conseil de guerre sous la prévention de vol de fonds avec effraction, commis au préjudice de la caisse du détachement de complicité avec deux tirailleurs indigènes.
Il était poursuivi de plus pour voies de fait envers des inférieurs.
Le Conseil ne retenant que ce dernier chef d'accusation, a condamné le lieutenant Ahmed ben Saad à deux ans de prison.

Site Internet GUELMA-FRANCE