Les Échos 26 mai 1945

Heures douloureuses.

C'était le 8 mai 1945. Une date dont vraiment on se souviendra. Les Guelmois fêtaient la victoire dans l'enthousiasme ! Un enthousiasme! comme depuis de nombreuses années nous avions vu à Guelma. N'en avait-on pas fini avec la menace allemande ! Inconscients qu'ils étaient de celle toute proche qui planait sur eux, nos concitoyens entièrement à leur joie, acclamaient sans cesse la France et les alliés.
Ayant pris rendez-vous pour le bal populaire, ils se dispersaient, jusqu'à ce que une forte colonne de nationalistes musulmans déboucha de la rue Saint-Louis.
C'était le prélude à la tourmente qui allait s'abattre sur la région.

Résolument M. Achiary, sous-préfet et M. Maubert, maire de Guelma, auxquels s'était joints M. Champs, adjoint, M. Garrivet président de la France combattante, M. l'administrateur principal Lambert et M. le commissaire Tocquard, se portèrent au-devant des manifestants.

Ceci ceux-ci tentèrent de forcer le barrage qui s'était instantanément formé et se trouvait en plus après consolidé par les gendarmes, la brigade mobile et une sélection de tirailleurs.
Les manifestants furent dispersés, mais on comptait deux gendarmes, deux agents de la police d'État et un agent de la brigade mobile sérieusement blessés.

Annulation fut faite des réjouissances qui devaient avoir lieu dans la soirée. La nuit se passa dans le calme, mais un calme précurseur de l'orage.

Il éclata le lendemain. Dès le mercredi matin, de forts rassemblements d'indigènes armés étaient signalés dans les environs et sur les routes des agressions contre les Européens commençaient.
L'attaque en force des fermes et des villages allaient bientôt suivre.
C'est alors que les autorités, conscientes du péril, décidèrent l'armement de la population européenne.

Celle-ci, dans une claire vision du danger qui la menaçait, pris les armes qu'on lui offrait. La garde civile s'était, en quelque sorte, automatiquement constituée avec l'union sacrée.

Création heureuse, outre que son attitude résolue imposera aux éléments trouble de la cité, elle apporta jusqu'à l'arrivée des renforts un concours précieux à l'armée régulière, soulageant d'autant la lourde tâche de celle-ci.

Le cadre de notre journal ne permet pas un récit détaillé des scènes de sauvagerie et de dévastation qui se déroulèrent dans la campagne.

Elles ont, à travers les âges, hélas guère variées dans ce pays. Nous nous borderons à donner la liste des malheureux et innocentes victimes qui tombèrent sous le coup des émeutiers :

M. Gauci employé aux C F A, Millesimo ; Mme et M. Wenschel, gérant de la ferme Prunetti, tués à environ 2 km de la ville sur la route de Gounod, messieurs Vela, Gauci Antoine, Samuel de Petit, nom illisible prisonnier de guerre Italien ; monsieur Baptiste Vaneau ? de Gallieni, Monsieur Bezzina Dominique de bled Gaffar, Monsieur Zahra que son grand âge ne préserva pas.

De cette odieuse soif de carnage et de destruction, digne des hordes hilaliennes, il y eut cependant des fruits revalorisant, tel que des musulmans au pértil de leur vie n'hésitèrent pas à cacher ou à prévenir leurs patrons, ainsi que l'attitude loyale des tirailleurs indigènes qui, sans hésitations firent entièrement leur devoir.

Malgré la pression exercée sur les forces régulières, les volontaires accomplirent si adroitement si courageusement leur tâche que partout les insurgés trouvèrent devant eux des barrages d'hommes résolus qui leur interdirent l'accès de la ville.
La coopération de l'aviation apporta une aide précieuse, mais la situation devrait rester dangereuse jusqu'à l'arrivée jeudi, vers 10 :00, les premiers éléments blindés. Avec l'aide de volontaires, ils dégagèrent les fermes et les villages ramenèrent à Guelma les rescapés de ses heures tragiques. B Puis, les renforts affluents, l'armée reprit rapidement le contrôle de la région.

Le dimanche après-midi M. Lestrade-Carbonnel, préfet de Constantine, le général Duval, commandant la division territoriale monsieur Caligé ( ?) secrétaire général de la préfecture pour les affaires musulmanes, vinrent apporter à nos concitoyens le réconfort de leur ferme parole et saluer les victimes de l'insurrection.

M. Garrivet, président de la France combattante et M. Maubert maire de Guelma, dégagea les leçons de ses tragiques événements rendant hommage à M. le préfet Achiary pour son courage et son esprit de décision et d'initiative.

M. Lestrade-Carbonel, préfet de Constantine, après avoir exprimé sa détermination, apporta l'assurance que le gouvernement de la république, et de Monsieur le gouverneur général de l'Algérie, qu'il poursuivra cette œuvre qui est l'orgueil de la France. Il demande à la population de faire confiance à la république, au général de Gaulle pour sa réalisation de l'idéal commun et l'accomplissement de la justice

Puis le général Duval évoquait la fraternité d'armes des musulmans sur les champs de bataille et il exalta la fidélité des troupes africaines, qui est restée au-dessus de toutes les épreuves.

Les autorités rendirent ensuite hommage aux innocentes victimes de l'émeute des campagnes environnantes. Dans le plus profond recueillement, l'assistance écouta monsieur Maubert, maire de Guelma, saluer avec émotion leur mémoire.

Le drame est maintenant terminé, rendons à notre tour hommage à M. Achiary, sous-préfet, puis M. Maubert maire de Guelma. Leur attitude décidée galvanisa la population européenne et fit échouer les émeutiers, ils trouvèrent en M. Champ, adjoint, M. Garrivet, président de la France combattante M. Cheylan, secrétaire de l'union des syndicats, M. Jan chef provinciale du scoutisme français et nombre parmi les meilleurs de nos concitoyens, un concours précieux qui ne put que les fortifier dans leur ferme résolution.

Rendant hommage à l'action de M. le colonel commandant la place à ses vaillantes troupes, M. capitaine de gendarmerie, constamment sur la brèche, ainsi que les hommes de M. le commissaire de police d'État et de la brigade mobile, qui, avec leurs agents, firent face à une rude besogne.

Une nouvelle page vient de s'inscrire au livre à la fois héroïque et douloureux de la colonisation inclinons-nous sur les malheureuses victimes d'une agitation criminelle que la souveraineté française ne peut tolérer et comptons sur la justice pour le châtiment ferme des coupables.

Que tous les éléments sains de notre population accordent, dans l'épreuve passagère que nous traversons, leur confiance absolue aux autorités responsables.
Continuant à suivre dans le calme et la même discipline les directives qu'elle nous donne. Les beaux jours reviendront dans cet air de lumière qu'est l'Algérie française.

En marge des événements.
Samedi, 19 mai, au cours d'une allocution vivement applaudie M. Achiary, sous-préfet de Guelma, a invité les fonctionnaires et les colons à regagner leurs centres, l'ordre étant maintenant rétabli.

Lundi 21 mai, une réunion groupant plusieurs centaines de personnes, s'est tenue à 17 :00 dans la cour de l'école Sévigné.
Ce fut pour M. Maubert, maire de Guelma, qui présidait, l'occasion d'exprimer sa satisfaction de l'union de tous les éléments de notre population, qui s'est faite spontanément dès les premières heures du danger. Il souhaite qu'elle demeure et remercie tous nos concitoyens pour l'appui sans réserve qu'elle avait accordé à l'autorité.

M. Garrivet, président de la France combattante, exposant le but de la réunion : création d'un comité de vigilance pour la sécurité publique dans la région de Guelma, proposition qui fut adoptée à l'unanimité.

Au nom des colons du département, M. Mouck ( ?), délégué financier, félicita également les Guelmois, dont l'action et l'énergie brisa l'émeute et empêcha vraisemblablement sa généralisation.

Enfin, M. le Dr Necker, au milieu des applaudissements, demanda que soit offert un objet souvenir à M. le sous-préfet Achiary, en témoignage de la reconnaissance de la population Guelmoise, pour son attitude devant les journées d'émeutes.

A l'issue de cette réunion, le comité de vigilance a voté une motion remerciant les autorités locales et plus spécialement M. le sous-préfet Achiary, dont les initiatives et le courage fit l'unanimité car il sauva du pillage la ville de Guelma, affirmant le caractère antifrançais de ses émeutiers dont ni l'impatience d'avoir des libertés politiques, ni la prétendue misère ne soit la cause véritable : regrettant que soient tolérés des campagnes de presse calomnieuse qui divise les Français de ce pays ; demandant que la lumière des événements soit reconsidérée la politique suivie en Algérie, dont l'instabilité et les erreurs sont les conséquences de cette conception inacceptable que l'Algérie ressemble à tout point à la métropole.

Mercredi 21 mai, une délégation du Comité de Vigilance s'est rendue à Bône. Elle a été reçue par M. Yves Chataignaux, gouverneur général de l'Algérie venu sur place s'informer des événements qui viennent de troubler notre région.

Chronique locale
Police d'État - Avis au public.
Le public est informé que les services du commissariat de la police d'État sont transférés rue des combattants au numéro 20.
M. Louis Blondeau charron est décédé à l'âge de 60 ans.
Nous adressons à ses enfants ainsi qu'aux familles parents et alliées nos condoléances les plus attristées.

C'est avec plaisir que nous apprenons la naissance de Rémy fils de M. Mme Lafranque sous-officier.
Egalement, Jacques, fils de M. Adrien Laveste, propriétaire à Sédrata .

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