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5 AOUT 1893


BÔNE, LE 5 AOUT 1893 -
La Féodalité en Algérie
Ce titre étonne, pourtant il peut aisément s'appliquer au règne des administrateurs de communes mixtes, ces personnages galonnés on ne sait pourquoi, qui exploitent de grasses sinécures, comme bien d'autres créatures protégées des élus.b Avant d'aller plus loin et d'approfondir cette question d'un grand intérêt pour la colonie, nous entretiendrons d'abord nos lecteurs de la cour de ces émargeurs inutiles du budget souffreteux de notre pauvre pays.
Seigneurs et maîtres absolus dans leurs communes, ils ont leurs châteaux et leurs terres et tout comme les tribunaux du moyen-âge, ils rendent la justice entourés de leurs pages (les adjoints) et de leurs archers (les cavaliers aux burnous bleus).
Obéis au doigt et à l'œil, ils font trembler de leurs jurons de charretier les naïfs bédouins qui redoutent leur autorité plus que celle de la justice et les abus de pouvoirs de ces fonctionnaires sont étonnants d'audace.

Les cheiks illettrés en ont une peur folle et font tout pour ne pas contrarier leurs suzerains qui les feraient facilement destituer à la moindre manifestation d'indépendance; aussi le jour du rapport avec quelle avidité ne leur baisent-ils pas la main ?
Les cavaliers, payés pour maintenir la paix dans les tribus et ne devant pas faire autre chose que cela, sont au contraire employés par les administrateurs, à des besognes de marmitons, de cochers ou de bonnes d'enfants.
Et cet état de choses n'est pas près de finir, malgré les institutions nouvelles, malgré la création de villages et de conseils municipaux dont les indigènes font partie. Les arabes n'ont pas besoin des administrateurs; ils préfèrent avoir affaire directement au sous-préfet que de s'adresser à ces intermédiaires inutiles qui sont toujours du côté des aisés, parce que ces derniers les comblent de dons.
Ils frappent à tort et à travers, infligeant à celui-ci la prison, à celui-là l'amende, pour des riens, raflent de temps à autre des quantités d'indigènes, pour les faire travailler de force et sans salaire dans leurs champs ou dans ceux de leurs protégés et ne daignent écouter les plaignants que quand ça leur fait plaisir.

Bien des fois, des arabes attendent de longues heures à la porte du château seigneurial, jusqu'à ce que le châtelain se décide enfin à les entendre, et souvent ils sont congédiés brutalement comme des manants qu'ils sont avant même d'avoir exposé le motif de leur démarche ; c'est qu'il faut porter des burnous de soie et plus que cela, pour pouvoir approcher le seigneur.
En un mot, c'est la féodalité avec toutes les navrantes choses que nous rappelle ce mot, qui retentit à nos oreilles avec des claquements de fouet et des cris de martyrs.
(A suivre) ZEID BEN DIEB.

Lire dimanche prochain dans notre journal;
LA CHAMBRE NOIRE ou LES MYSTÈRES D'UN MOULIN par Zeïd ben Dieb.

Les Misères Arabes.
Nous ne voulons pas pour aujourd'hui élever aucune critique sur les impôts arabes tels qu'ils sont établis, d'après le régime turc que les français ont adopté parce qu'ils les ont trouvés tout établis. L'heure n'est pas éloignée où ils feront place à t'impôt foncier en lui-même beaucoup plus équitable et d'un rendement plus élevé.
Ce dont nous voulons, parler seulement aujourd'hui c'est de leur mode d'application.
On connaît les scandales de Duzerville.
Là, le bon plaisir, l'arbitraire, le favoritisme et, sans doute la concussion, ont été pris la main dans le sac.
Une enquête cependant a rendu les coupables blancs comme neige!

Nous voudrions nous incliner devant la chose jugée, mais notre conscience se révolte et nous cri, que les enquêteurs ont été ou complices ou aveugles.
Éloignons-nous de cette région malheureuse et opprimée pour ne pas avoir des déchirements do cœur trop cruels à supporter, éloignons-nous; la flore et la faune ne nous disent rien qui vaille, et portons nos regards attristés vers de plus heureuses contrées.
Allons à Besbès, par exemple, et écoutons les rumeurs des vents; de doux zéphire d'abord nous apportent des chants d'allégresse, de fête. Ah! que c'est bon à entendre et comme leurs lointaines et douces harmonies nous reposent et apaisent nos excitations anciennes, nos souvenirs de Duzerville et autres lieux déshérités.
Là enfin règnent l'abondance, la concorde, la paix. Fellahs! Levez-vous et allons au marabout voisin porter nos louanges et nos encens vers l'Eternel!
Mais soudain, à cette évocation des fellahs, une immense rumeur s'élève et déchire les airs ; ce sont des cris de désespérés, des sanglots de misérables, des lamentations déchirantes.
Alors, dans la plaine immense, nous nous élançons déployant l'étendard du prophète, hommes, vieillards, femmes et enfants à ce signal libérateurs accourent vers nous et se jettent à nos genoux en se prosternant et s'écrient : (\Nous apportez-vous la délivrance!
Dieu a-t-il jeté sur nous un regard de pitié et de commisération?"
La foule a grossi, elle est innombrable et houleuse, le tumulte est indescriptible, et le ciel assombri mais fulgurant d'éclairs, illumine par intervalle dans la nuit sombre l'étendard sacré et les enfants de l'Islam plus semblables à des spectres qu'à des créatures vivantes, tant ils sont hâves, décharnés, misérables.

Enfin trois vieillards à barbes blanches comme la neige qui couronne les glaciers, imposent silence à la multitude et l'un d'eux s'adressant à nous s'exprime en ces termes :
" Sois le bienvenu parmi nous, toi qui tiens dans ta main le signe de la rédemption et écoute attentivement nos paroles pour les rapporter au tout-puissant. " En arrivant parmi nous tes oreilles ont été charmées par de suaves cantiques de bonheur et sans doute tu as cru enfin avoir trouvé la terre promise.
" Hélas! c'est que les heureux laissent déborder leur joie, tandis que les déshérités couchés dans leurs gourbis, se résignent au silence et prononcent le fatal ".mektoub! " - c'est écrit!
" Et sais-tu combien ils sont ces hommes qui nagent dans l'abondance : à peine quelques-uns, et c'est de nos sueurs qu'ils tressent leurs couronnes.
" Ceux-ci sont exempts d'impôts, tandis que nous en sommes écrasés ; les uns cultivent 40 djebdas et sont portés pour 6, les autres ont300 têtes de bétail et figurent pour 25, tandis que, au rebours, quand nous avons une vache on nous en porte 10, et quand nous labourons une djbdon nous en compte deux, " La maigreur des uns fait la graisse des autres et ne crois pas que nous devions ces injustices aux français, non, ils ne sont que crédules et épris des fils de la grande tente, aux burnous, chevaux caparaçonnés et au langage doux comme du miel tandis que leurs cœurs sont durs et pervertis. -
" En vain nous réclamons ; on leur envoie nos plaintes, on fait un semblant d'enquête, ils nous taxent de l menteurs et, de plus belle, ils recommencent leurs extorsions et leurs rapines, - si bien qu'avant peu nous n'aurons plus qu'à demander aux profondeurs des .mers un suprême linceul. "

Le vieillard se tut et les vrais croyants par trois fois se prosternèrent devant l'étendard du prophète en répétant aussi par trois lois : Dieu seul est grand !
A notre tour nous primes la parole et voici en quels termes :
" Si vous êtes opprimes, c'est votre faute, vous n'avez pas de solidarité. Unissez-vous, fondez un organe pour la défense de vos intérêts, la pensée est libre et bientôt vos maux étant mis à nu, vous ferez trembler les chacals qui vous dévorent ! "
Alors d'une seule voix dans cette assemblée fut décidée la création du journal El Hack que nous avons l'honneur de diriger.
A bientôt donc les grandes batailles.
CHAKOUR.

A NOS ABONNES:
Nous prions nos abonnés de l'intérieur de nous envoyer, sans retard, le montant de leur abonnement en un mandat poste de TROIS FRANCS.

L'ADMINISTRATION
Un milliard VOLÉ AUX ARABES, Je parie déjà, lecteurs, que vous commencez à murmurer? Non, ne doutez pas de nos allégations, ce que nous avançons est très vrai, et même nous pouvons affirmer, sans exagération, que les arabes depuis seulement la guerre néfaste de 1870 sont frustrés de plus d'un milliard.
De quelle manière les indigènes ont-il été soulagés de cette somme considérable Nous allons vous le dire tout de suite.
Le raisonnement qui suit est peut-être peu persuasif, mais malheureusement il nous est impossible de donner les noms des spoliés tellement ils sont nombreux, à qui les usuriers ont mangé leurs patrimoines et de dénommer les terres expropriées à notre détriment ; d'abord ce serait trop long et puis il nous faudrait fouiller des choses qui soulèvent toujours le cœur d'un patriote et forcer le lecteur à suivre des calculs qui empliraient tout ce journal. -
D'ailleurs, les Français sans parti pris le savent et sont de notre avis.
Nous nous bornerons donc à dire qu'environ deux millions d'indigènes à cent mille près, se suffisaient aisément avec leurs lopins de terre ou leurs propriétés
immensequi leur rapportaient beaucoup bien qu'une respectable partie de leur étendue ait été toujours délaissée.
Aujourd'hui, sur les deux millions d''arabes propriétaires de terrains et de troupeaux innombrables, à peine cinq cent mille, et nous prodiguons les chiffres, possèdent encore d'insignifiantes parcelles, que l'usure en même temps que les accaparements administratifs et domaniaux rongent continuellement.

Feuilleton du El Hack (la Vérité) - 6 août 1893
ALI,

Quand il me vit courir de son côté et comprenant que je cherchais à l'empêcher de mettre son projet à exécution, il enjamba vivement le parapet et se laissa choir dans le gouffre plein de ténèbres.
Mais, moi, prompt comme l'éclair, soulevé par une force surnaturelle, je le saisi au vol par ses vêtements et je me cramponne de toute ma force au parapet de la passerelle. - - -
Il se balançait dans le vide, battant. L' air de ses bras grands ouverts; pendant ce temps mon énergie m'abandonnait graduellement, et l'orchestre indigène exécutant en ce moment une marche ottomane couvrait mes cris désespérés.
Aucun passant ne se montrait, la nuit enveloppait tout et les réverbères n'étaient pas encore allumés.
Le malheureux, plus près de la mort que de la vie sentant l'horreur de sa situation, se débattait furieusement pour tacher de se cramponner à une arche du pont, mais ses mouvements lourds et précipités m'enlevaient à chaque instant une partie de mes forces que je sentais peu à peu me trahir. J'étais fou de terreur et croyais que, moi aussi, j'allais tomber dans le gouffre.
Par un effort suprême, rassemblant mes dernières forces et appelant Dieu à mon secours, d'un brusque mouvement où je déployais le restant de mon énergie défaillante, je soulevai le désespéré à hauteur de la grille du parapet sur lequel mon corps était plié en deux. Ma bouche desséchée ne pouvait plus articuler un mot, je désespérai d'avoir du secours, je retins le malheureux, encore quelques secondes, mais soudain l'étoffe céda et l'infortuné nagea de nouveau dans le vide retenu à peine par un lambeau de toile qui se déchiquetait à chacun de ses mouvements.
Il était écrit qu'il ne devait pas mourir si jeune.

Au moment où mes doigts crispés, ne pouvant plus résister au poids et à la douleur que leur causait leurs ongles brisés, allaient se desserrer, un vieil arabe franchissait le pont.
- Au secours, mon frère lui criai-je d'une voix à peine perceptible.
D'un bond il fut près de moi, et d un coup d'œil effaré jugeant la situation périlleuse et navrante du malheureux à moitié nu qui se balançait dans les airs, il enleva vivement sa ceinture, y fit un nœud coulant et la lança au travers du corps du jeune homme.
J'étais à boni de forces, presque évanoui, mes membres refusant de m'obéir, je demeurai inerte, assistant presque inconsciemment au sauvetage qu'opérait l'homme que le Tout-Puissant venait de nous envoyer.
Le vieil arabe parvint à sauver le désespéré qui maintenant gisait à nos pieds, sauvé par un miracle de la mort affreuse à laquelle il s'était voué.
- Pourquoi, mon frère, lui ais-je, quand enfin il ouvrit tes yeux, avez-vous voulu abréger votre vie? Quel est donc le chagrin immense qui a pu vous pousser à cette détermination Il ne me répondit pas et les syllabes incompréhensibles que ses lèvres purent murmurer s'envolèrent dans le doux zéphire qui fouettait nos visages.
ZEID BEN DIEB.
(La suite à dimanche)

SUPPOSITION
Un million cinq cent mille cultivateurs ont donc, été petit à petit, chassés de la terre qui vit naître leurs ancêtres, et se sont mis au service des opulents fermiers, concessionnaires du bien d'autrui, chez qui ils végètent, travaillant à peine quelques mois par an, en subissant tous les affronts et toutes les misères.
Si nous supposons seulement que chaque arabe n'ait perdu que 1000 francs, (il y en a qui ont perdu des millions),chiffre bien inférieur à celui réel, le vol dont ils sont victimes ne s'élèverait pas à moins d'un milliard 500 millions.
Qui est-ce qui est responsable de ce vol, est-ce le gouvernement* C'est l'usure, pardi, qui se pratique au grand jour, sans être, le moins du monde, inquiétée. Qui a ruiné les arabes, c'est l'incurie administrative, c'est l'expropriation, ce sont les employés infidèles qui volent le gouvernement et profitent de l'ignorance de l'arabe en le chargeant d'impôts qu'il ne doit pas.
Maintenant qu'il est question de nous on France, que les clairons de la délivrance ont sonné l'alarme, maintenant que plus que jamais nous devons faire valoir nos droits, nous dévoilerons tout, chaque chose en son temps, nous rappellerons les traités fIe jadis et nous aiderons plus que jamais les philanthropes qui, nous sachant malheureux - et ils ne connaissent que le dessus de nos misères, - nous défendent ardemment, pair :>tes généreux que Dieu envoie enfin à notre secours. BABA OSMAN.
ECHOS REMERCIEMENTS
Nous remercions ceux de nos confrères qui ont bien voulu annoncer notre appui et nous les prions de croire au plaisir que nous cause leur bon accueil.

LA BRUTALITÉ DES AGENTS
Des plaintes nous arrivent de tous les coins de la ville, dans lesquelles on nous raconte que les agents de police usent envers les arabes d'une brutalité de sauvage.
Dans la soirée de mardi à mercredi, des cris déchirants, des appels désespérés mettaient en émoi la rue du Quatre septembre; du bureau de police, dont la porte était fermée, sortaient des lamentations et l'on entendait les coups donnés sur les flans d'un malheureux.
Nous ne connaissons pas la personne, nous ne savons ce qu'elle a pu commettre, mais quand même, cette brutalité d'inquisiteurs nous révolte et nous prions messieurs les agents de modérer un peu leurs emportements, qui pourraient un jour leur nuire
..- D'ailleurs, à la première récidive, nous nommerons les coupables et nous porterons les faits à la connaissance de qui de droit.
Nous n'admettons pas que l'on roue de coups des malheureux qui, le plus souvent, n'ont commis que des vétilles. Les personnes arrêtées pour des futilités ne doivent pas être battues et mé.ne celles arrêtées pour des délits graves, car la justice seule peut se prononcer sur leur sort et les punir s'ils sont coupables.
Les temps où l'arabe recevait les affronts et les coups sans murmurer, sont écoulés, une ère nouvelle s'ouvre pour les indigènes qui, à l'avenir, sauront faire respecter leur liberté et leur personne, en faisant appel au droit et à l'équité. En ce moment que les arabes sont enthousiasmés, qu'ils cherchent à mieux se couvrir du manteau protecteur que leur offre la France, il serait malséant de les rebuter par vos brutalités.

" L'INDEPENDANT DE CONSTANTINE "
Permettez moi d'abord, cher confrère, de vous poser cette petite question : Qu'avez-vous fait des souscriptions que vous avez recueillies au nom des indigènes?
Notez que c'est une simple question.
Vous avez prétendu, dans l'entrefilet paru mardi dernier dans votre feuille, aux théories judaïques et entre terme par le petit goumier, que le journal El Hack était l'écho de l'organe de M- Rasteil.
Je vous affirme que vous êtes dans 1'erreur ; sachez que le journal El Hack n'a pas été créé en vue des élections, mais en vue de défendre paisiblement nos intérêts M. Rasteil ne peut connaître mieux que nous les questions qui nous intéressent socialement.
- - Si El Hack est imprimé au "Réveil Bônois", c'est que, comme vous le dites, j'ai collaboré à ce journal il y a quelque temps et étant donne les liens d'amitié qui m'unissent à M. Rasteil, je ne pouvais choisir un autre imprimeur.
Z. B. D.

ACTE DE DÉVOUEMENT
Un incendie qui aurait pu avoir des suites graves s'est déclaré le 24 juillet dernier dans les broussailles de la tribu des Beni-Amar, dont le cheick est le très sympathique M. Ahderahman Bournaz, ancien khodja de la sous-préfecture de Bône.
Les dégâts eussent été considérables sans le dévouement et l'énergie que notre coreligionnaire a déployé en cette occurrence Le lendemain un autre incendie a éclaté cette fois dans la commune mixte de La Calle, au lieu dit Guergour, dans une forêt domaniale, le même Cheick a vivement réquisitionné 260 indigènes de ses administrés et s'est dirigé avec ses hommes vers le lieu du sinistre.
Là aussi au risque de sa vie et avec un rare courage, il fit face à l'incendie et donna un exemple de bravoure à ses compagnons, un moment ont cru qu'il allait être dévoré par les flammes, heureusement il n'eut que les pieds légèrement atteints par le feu, mais son pantalon, sa gandoura et son burnous furent carbonisés.
Nous sommes heureux de signaler le dévouement de ce cheick qui compte à peine cinq mois de service, et nous espérons que bientôt il aura la juste récompense de sa valeureuse conduire.
KHA LAYOUN.
" EL HACK" A ALGER On lit dans le Radical Algérien sous la rubrique "Un nouveau journal " : " El Hack via Vérité) tel est le titre d'un nouveau journal qui parait à Bône, rédigé par des indigènes.
(Ici notre excellent confrère reproduit notre programme.) " Nous ne saurions trop applaudir, ce journal, à l'initiative prise par M. Zeï l ben Died et ses amis et c'est avec un vif plaisir que nous lirons les articles de cette feuille.
" Voilà la meilleure réponse à faire aux arabophobus genre Marchal. "
N. D. L. R. - Nous sommes heureux du bon accueil fait à notre journal par notre confrère du Radical Algérien et nous le prions de croire à notre sympathie. ,

LES PÈLERINS DE LA MECQUE : Marseille, 27 juillet 1893.
Monsieur Mustapha ben El Hadj Bakir Négociant en Tabacs, Rue Damrémont, Bône.
En réponse à votre lettre du 21 courant, nous vous informons que nos vapeurs Languedoc et Auvergne sont arrivés respectivement au lazaret de DjebetTor les 21 et 24 courant ; ils doivent y purger une quarantaine de quinze jours au minimum, puis ils reviendront en Algérie.
Agréez, etc. - - - - .0
- Pour le Comité de direction, L'administrateur-directeur, Signé : Illisible.

POUR R!RE
C'était un vendredi, dans la cour de sa maison, Djeha agenouillé, demandait à l'Eternel la santé et la fortune.
- Je vous demande, ô mon Créateur, de me faire trouver sur mon chemin une somme de mille douros pour payer une dette- criarde Je jure que si vous m'envoyez cette somme moins un douro je ne l'accepterai pas de même s'il y en a un en plus, je laisserai la bourse et passerai outre. - - -
Un juif qui se trouvait en ce moment sur la terrasse de sa maison, voisine de celle de Djeha, entendit distinctement les paroles prononcées religieusement par le farceur et voulut juger de sa bonne foi
Comptant que Djeha lui rendrait son argent, il alla trouver sa femme Rachel, lui demanda mille et un douros et, les ayant soigneusement mis dans un sac, il les jeta à Djeha après s'être reculé.
L'arabe à la vue du sac qui venait de tomber à ses pieds, leva ses bras vers le ciel et le remercia d'avoir comblé son vœu.
Puis après avoir éventré le sac, il compta mille et un douros.
- O mon Dieu je vous remercie vivement, s'écria-t il, de m'avoir envoyé cette fortune; il est vrai que j'ai juré de n'accepter que mille douros, mais parmi les pièces que vous m'envoyez il en est une qui est fausse.
Pleurs et cris du juif.
Mots de la fin
Un soldat ayant perdu son argent au jeu, va trouver un de ses camarades qui reposait.
Peux-tu me prêter un écu
- Pourquoi ?
C'est que je voudrais que tu me prêtasses un petit écu pour prendre ma revanche
- Je dore.
Le gérant, J. REGARD.
Imprimerie Bônoise, 14, rue Bugeaud.

Site internet GUELMA-FRANCE