AVIS
Sur la demande de tout nouvel abonné, l'Administration du EL HACK fera le service de tous les numéros déjà parus.

BONE, LE 19 AOUT 1893

LA MISERE
La misère, qui depuis quelque temps règne dans les douars, semble prendre plus d'intensité que jamais ; les gourbis sont devenus d'une pauvreté lamentable.
Les malheureux arabes vivent au jour le jour de kisra faite avec de l'orge, s'ils sont assez heureux d'en posséder, et les rares, qui ont encore des terres, sont obligés de les grever d'hypothèques pour parer à leurs frais et subvenir à leurs besoins.
L'année dernière la pluie, cette année la sécheresse et les sauterelles, ont abattu le bédouin qui commence à désespérer, maintenant, de la fertilité - pourtant incontestable - du sol algérien.
Vaincus par le sort, mais ne se plaignant pas, nos malheureux frères des campagnes meurent de privations et faute de soins, sans être secourus ; les médecins de colonisation ne sont pas institués pour les arabes, mais pour les étrangers qui pullulent dans les villages et qui accaparent l'ouvrage que l'on devrait donner aux premiers propriétaires du sol.

Pourtant les indigènes, économisent sou par sou, sur le pain de leurs enfants affamés et déguenillés pour payer les impôts chaque jour augmentés.
Aujourd'hui, le cultivateur. vend même jusqu'à ses outils agricoles, pour subvenir aux besoins de sa famille, s'il voulait à jamais abandonner le travail de la terre qui ne veut plus répondre à ses efforts.
Dans la région de Bône, Morris, Blandan, et d'autres régions encore, l'herbe ne pousse plus et les bestiaux meurent de faim par centaines.
Le bétail se vend à vil prix, malgré cela ceux qui en possèdent sont bien obligés de vendre pour nourrir leurs enfants.
La récolte des céréales, d'une maigreur extrême, ne suffit point à payer les khammès qui souffrent de la misère beaucoup plus que les propriétaires - car ces derniers peuvent toujours trouver à emprunter quelque argent, à 50 ou 100 pour 100 !.
Les impôts pèsent douloureusement sur les Arabes; encore plus sur ceux qui ont des loyers à payer; ces derniers n'arrivent pas à s'acquitter de leur location et à rembourser les frais qu'occasionne une année agricole.
Zeid ben Dieb.

À la jeunesse arabe Dès l'apparition de son premier numéro, le journal El Ilack a été fêté par les jeunes arabes, peut-être plus que par les vieux, et de partout nous arrivent des félicitations, des encouragements et des abonnés en masse.
La jeunesse musulmane, les enfants d'hier, ceux qui ont fréquenté les écoles françaises, sont surtout, '?o.>? o.oivrôo et de civilisation; aussi avec quel empressement ne lisent-ils pas El Haclc, car autant que nous, ils savent les réformes qu'il faut apporter, sans retard, dans ce pays, pour rendre la vie possible à nos coreligionnaires.
Tous nos frères même ceux qui ne savent pas lire, s'abonnent avec empressement à El Hack rien que pour soutenir notre organe dont la devise est : " Vérité,lumière,justice.
Si nos coreligionnaires sont si empressés, c'est qu'ils savent que ces trois mots inspireront ôans cesse nos écrits et que notre journal est avant tout un organe fondé pour éclairer la France et lui demander justice pour les malheureux qui gémissent sous le fouet de quelques tyrans et les serres des usuriers.

El Hack attaquera les malfaiteurs autant qu'il défendra les honnêtes gens,et appellera toutes les rigueurs des lois sur la tète de ceux qui déshonorent leurs frères par leurs crimes; parce qu'il ne faut pas que quelques misérables entravent la marche vers le progrès de trois millions d'indigènes.
Rappelons-nous notre ancienne civilisation qui servit d'exemple aux peuples, et ne restons pas dans l'inertie, car l'on se moque de nous, remuons-nous et crions d'un commun accord : civilbation, progrès!
Les insipides légendes, qui cour-
raient sur le compte des arabes, ne trouvent heureusement plus d'échos que chez les gens qui ont intérêt à ce que nous soyons toujours délaissés.
La nouvelle génération arabe, dans les veines de laquelle coule toujours le très vif sang musulman, mais un sang nouveau, régénéré, montrera à la Métropole que les indigènes algériens sont dignes d'être gouvernés par la France et ils feront tout pour
que les sacrifices qu'elle s'impose ne demeurent pas vains.
Les hommes expérimentés montreront le droit chemin aux arriérés et se feront aussi les interprètes de ceux qui souffrent.
Il faut qu'il n'y ait plus de différence entre français et arabes, il faut que l'impartialité règne partout pour que nous n'ayons plus rien à réclamer et que les rares indigènes qui reculent encore acclament d'une même voix le beau pays de France.
ZEïD BEN DIEB.

LES ÉLECTIONS
Aujourd'hui, dimanche, les français et les étrangers naturalisés déposent dans l'urne le nom du candidat de leur choix, ils s'imposent avec le droit que leur confère la République, d'élire les personnages qui présideront aux destinées de la France.
Le peuple a cette heure est le roi, le plus pauvre ouvrier, oublié à l'atelier ou aux champs- mais qui n'oublie jamais lui - ainsi que le riche, iront triomphalement aux urnes en brandissant leur carte d'électeur, pour disposer de la vie de l'Algérie, Pendant ce temps, l'arabe reste muet, il voudrait bien donner son opinion, mais il se
tait, il n'en a pas le droit, pourtant il a intérêt autant que les colons et plus que les étrangers naturalisés à élire des représentants pour le défendre et exposer devant les Chambres ses doléances et ce dont il a besoin pour se garantir de la ruine imminente qui menace chaque jour sa tente.
La proposition de M. le sénateur Isaac, portera, peutêtre, bientôt ses fruits, alors une ère nouvelle s'ouvrira pour les arabes et la Métropole soudain éclairée, saura mieux nous apprécier et remédiera certainement à l'état de choses qui navrent ceux qui connaissent notre amour pour notre nouvelle patrie et notre foi en sa grandeur.
Pour le moment reste dans ton gourbi, fellah, patiente, résigne-toi, car la France est trop généreuse pour t'abandonner à tes malheurs, et le jour ne tardera pas, où revenant de l'erreur où l'on induite tes ennemis, elle te délivrera et te donnera autant de droits que tes frères les colons, - les véritables colons, non pas les gros propriétaires qui te mangent, mais les autres ceux qui partagent tes déboires et ta misère.
ZEïD BEN DIEB.

ÉPITRE AUX ROMAINS
Nous détachons des Lettres Apostoliques, que nôtre confrère X. Gaultier de Claubry a bien voulu nous envoyer, l'article suivant : Dès que l'on parle de suffrage indigène, on entend aussitôt une certaine presse algérienne jeter à la tète de nos sujets leur religion. " Si M. Isaac les connaissait, il verrait bien vite que ces barbares sont in- définimenl, séparés de nous par leur religion, leurs mœurs, etc.
" En Vérité, mon cher confrère, si vous êtes si religieux que cela, soyez-le tout-àfait. Entre le Coran et l'Evangile, il y a une distance : entre le nouveau Testament et l'ancien, il y a.l'infïiïi!

Les hébreux n'ont jamais cru à l'immortalité de l'âme, et leur Jehovah n'a jamais été qu'un chef de bande étroit et jaloux punissant cruellement les infidélités de la nation dont il avait fait sa maîtresse, et lui promettant, en cas de fidélité, de lui livrer en proie tout le genre humain, les goym. L'infini peut entrer dans le dieu de Mahomet, cet Allah, qu'il est défendu de définir, et dont la conception vague se prêle à tout idéal.
Oui, mais les mœurs!!. J'ai été une fois empoi. entrepris par un missionnaire en colère qui définissait le musulman : " un bouc puante, et me criait, à grands coups de plume: " ils ont la polygamie légale! "
- " Vous avez incontestablement raison, lui répondis-je, leur polygamie est légale, tandis que la nôtre est illégale. Laquelle est la plus fréquente des deux?
" Notre idéal de la famille est certainement le plus beau et le meilleur; Mahomet et les auteurs des lois mosaïques étaient de cet avis.
La monogamie fidèle leur paraissait un but à poursuivre.
Les uns et les autres l'ont recommandée ; mais ils ne se sont pas sentis de force à l'imposer.

Quand nous observerons tous exactement et scrupuleusement notre loi, il sera temps de songer à l'imposer aux autres. Travaillons, d'ici là, à rendre inutile la recherche de la paternité qui, dans l'Islam est parfaitement superflue, ainrii que les hospices d'en fan V3 Ircmvc.s, le choC d'un harem étant tenu de nourrir toutes ses femmes et tous ses enfants. C'est peut être pour cela que les bons juifs, en contact avec les chrétiens, ont répudié la polygamie légale, résolus à se contenter de l'illégale, qui est plus économique.
Avant la Révolution, l'on était hors la loi quand on n'avait pas été baptisé à la paroisse et marié à l'église.
Ailons-nous recommencer la même scie à l'égard des Français qui prononcent Allah ce que les chrétiens prononcent Dieu ! De par le sériatus consulte de 1865, ils sont français.
Car encore bien que je sois quelque chose comme disait Sosie : il n'existe pas de nationalité algérienne.

Mais ces fanatiques, qui vont en pèlerinage à la Mecque, comme certains des nôtres à Rome où à Lourdes ; ilg ne veulent pas de notre instruction et sont rebelles à à toute civilisation.
Ici je suis obligé de baisser pavillon. Oui, la plupart sont fanatiques, et tiennent aveuglément; à leur religion. Ils y tiennent même de plus en plus, dans certaines régions surtout, à mesure qu'ils sont de plus près en contact avec notre civilisation qui n'a pas eu le talent d'être bienfaisante. Le sénoussisme que l'on fait plus redoutable qu'il ne l'est est un produit de la rencontre entre leur foi religieuse et notre foi profane. Livrés à eux-mêmes ils professent, comme le rapporte le capitaine Binger, qu'il y a trois chemins qui conduisent au salut, la bible, l'évangile et le coran.

- Ils considèrent Jésus comm" un grand prophète, et n'ont jamais fait de lui les caricatures que nous faisons de Mahomet ; ils ont de la vénération pour Lalla Margnia.
Déjà en Perse au début de la conquête, ils ne poussaient pas à la conversion en masse, et la retardaient plutôt, par des raisons fiscales.
Je me suis même laissé dire qu'en Espagne ce n'étaient pas eux qui avaient institué l'inquisition. Cela est œuvre de roumis.

De même qu'il y a galimathias simple, quand personne ne vous comprend, et galimathias double quand vous ne vous entendez pas vous-même ; de même il y a fanatisme simple quand vous tenez à rester ce que vous êtes, ce qui n'est pas une prétention par trop insoutenable, - fanatisme double, fnnatisme au carré, au cube, quand on prétend par tous les moyens imposer à tous sa propre manière d'être. Les cubes, c'est nous, eet je ne comprends pas qu'un bon catholique ou un libre-penseur assimilateur se permette de prononcer le mot fanatisme. :- Mais ils sont rebelles à toute instruction; on leur bâtit des écotes, ils n'y viennent pas. Voyez les statistiques, Vous voulez dire qu'ils ne s'y précipitent pas en masse. Il faut convenir qu'en France nous avons dû décréter l'instruction obligatoire. Mais allons plus au fond.
Que vous proposez-vous? De leur imposer l'instruction? ou de la leur donner? Faites-vous de la botte pour le pied ? Ou prétendez-nous que l'on façonne le pied pour la botte ? Estce une propagande, ou est-ce un secours que vous offrez ? Est-il sûr que beaucoup de pères de famille n'éprouvent point la crainte que l'on fasse de leurs enfants de petits fonctionnaires, incapables de tout dkns la lutte pour la vie? Que ne commence-t-on sur toute la surface du territoire, par leur fournir les connaissances dont ils sentent le besoin? Cela les conduirait nécessairement à avoir besoin de savoir le français, à l'apprendre, et tout le reste à la suite? j'ai déjà signalé un desideratum des vétérinaires de cette région, qui date de plusieurs années, et qui vient de trouver son expression dans un vœu de la société d'agriculture.
" La société est d'avis que les associations agricoles doivent provoquer un mouvement sérieux pour vulgariser la clavelisation qui, absolument inoffensive, assure aux animaux une complète immunité ; elle nomme à cet effet une commission chargée de s'occuper tout particulièrement de cette question. "
Il y avait un jour un fanatique nommé Abdallah, mais un fanatique redoutable : s'il avait reçu un coup de pied dans le derrière, il se serait retourné pour le rendre, et peut-être quelque chose avec. Il occupait une enclave juste en faced'uneimportante ferme française. Inspiré par son fanatisme, il se dit :
" Ces roumis fauchent le foin, ils montent des meules, j'en ferais bien autant. "
. Puis il met en meule. Mais letroisième jour, la meule verse, la voilà par terre.
Qu 'auriez-vous fait, vous bon français assimilateur? Vous auriez au moins envoyé un de vos ouvriers dire à Abdallah:
" Ce n'est pas comme cela qu'on s'y prend je vais te montrer. "
Et il est à croire que son noir fanastisme en eût été légèrement amorti.
- A la ferme on s'en fit des gorges-chaudes à force de rire.
Et cependant c'est une des familles qui se sont distinguées

L' HISTOIRE D ALI
: Enfant, unique, mes parents m'aimaient " beaucoup et dépensaient l'argent sans compter pour me donner l'instruction, française, dont j'ai profité je ne sais par quel miracle, car j'avais une grande aversion pour l'étude.
Jusqu'à l'âge de dix-huit ans ma vie s'écouta, fort paisible, partagée entre l'étude pour laquelle j'eus soudain du goût, et les plaisirs enfantins que mes parents ne me marchandaient pas.
Deux larmes en ce moment brillèrent aux coins de ses yeux.

- Qu'avez-vous Ali, lui dis-je, pourquoi pleurez-vous ?
Je ne; puis retenir mes larmes, mon ami, quand je pense que ma vie, sans nuages jusqu'à cette époque, fut tout d'un coup bouleversée par un événement qui devait à jamais briser mon existénee et me rendre malheureux pour le fin de mes jours.
C'était un soir du mois de Ramadan, notre mois sacré, le quartier d'EI-AIfaouine qui, durant les trente jours de jeûne, resplendit d'un luxe extraordinaire, était rempli de promeneurs, partout un monde fou obstruait les passages et la foule était encore plus coinpacte devant les innombrables et mignonnes boutiques où dis objets de toutes sortes s'entassaient pêle-mêle jusqu'au plafond, confondus dans une débâclé d'or et de soieries.
Les spectateurs étourdis par les flots de musique venant des cafés maures, les bruits sourds des tams-tams, cinglés à coup de baguettes et les cris des marchands de gateaux, qui faisaient voguer au-dessus des têtes leurs plateaux parfumés, se pressaient, se bousculaient,s'oubliaient devant les richesses étalées, rendues encore plus enviables et plus éblouissantes par la lumière crue s'échappaut des milliers de lampions artistiquement arrangés.

De la houle des turbans, d'une blancheur éclatante de nos coreligionnaires surgissaient ça et là des chapeaux noirs et quelques rares coiffures féminines de dames européennes confondant leurs toilettes aux haïks immaculés, venues dans ce quartier aristocratique pour réjouir leurs yeux des curiosités de la Ville
. Heureux de vivre, énivré par le bruit et les parfums d'Orient dont l'air était chargé, je traversais quand même la rue, malgré l'encombrement, recevant les coups de coude avec plaisir et essuyant sans murmurer les regards foudroyants des personnages importants que je dérangeais de: leur contemplation. A Iii porte d'un concert israélite, où plusieurs juives, très grasses et fort décolletées, jouaient avec des poses lascives, sur des guitares et des derboukas, un air langoureux, un rassemblement immense, m'opposa un rempart mouvant, impénétrable et.ce ne fut. qu'après des efforts inouïs que je pàfvins à me faufiler à travers la foule.
Mais quand je me crus délivré

Là, Ali s'arrêta, pour respirer.
-- Ne vous pressez pas mon frère, parlez lentement et à votre aise, nous avons le temps je vous écouterai jus qu'à la fin, car votre histoire m'intéresse beaucoup.
Il s'épongea le front où de grosses gouttes de suenr perlées et après s'être humecté les lèvres avec un peu d'eau que je venais de lui servir, dans une tasse arabe, il continua son récit en ces termes: - Au moment où je me crus délivrer de l'étreinte ou j'étais, un léger cri de gazelle blessée couvrit un instant les rumeurs de la foule.
Tout près de moi, me frôlant de sa légère robe de soie bleue qui la faisait ressembler à un ange enveloppé : dans lambeau de ciel, une jeune européenne se tenait douloureusement le'pièd.
- Oh 1 pardon mademoiselle t tili'écriais-je honteux de ma maladresse: Mais son père, un homme ventru boutonné jusqu'au menton, ne 'tne laissa pas le temps de m'excuser et venant sur moi, avec un air courroucé tremblant de colère, il leva la main et me porta un coup qu'heureusement je parvins à éviter.
Je demeurais atterré, ne sachant que faire, les beaux yeux de ta demoiselle, me priaient d'un regard éploré.
Mais cette scène avait été remarquée par plusieurs arabes qui me connaissaient, l'un d'eux fendant le groupe qui commençait à nous enserrer, s'élança vivement sur le monsieur toujours bougonnant et le tenant par le col le secoua aveo force.b La jeune fille indignée mue par son amour paternel opposant ses membres délicatsetses seins oppressés à l'agresseur, me supplia de secourir son père.
ZEÏD BEN DIEB (La suite à dimanche)*

Par leur douceur envers leurs voisins musulmans.
Le fait se passait vers 1865. Si nous avons changé depuis, c'est aux colons, aux bons colons que nous le devons, qui sont beaucoup moins roumis que les faiseurs de théories sur la supériorité des races.
Je regrette, mes roumis, mes amis, de n'avoir pu tout vous dire, encore cette fois. Vous me lisez si gentiment que je me réserve le plaisir de vous entretenir encore un coup. Après quoi je taillerai ma plume pour écrire aux Hébreux.
X. GAULTIER DE CLAUBRY.

LA SÉCURITÉ
Nous lisions l'autre jour dans un grand journal d'Algérie, un de ceux qui battent la grosse caisse sur la sécurité, le récit émouvant d'un crime nocturne, qui a fait le tour de la presse algérienne.
Des malfaiteurs étaient venus pour dévaliser un atelier de forgeron. Ils avaient frappé à la porte du patron, pour s'assurer s'il dormait, on l'appela même par son nom.
Lui, prudent, appelle au secours; son garçon arrive, surprend les malfaiteurs, qui étaient au nombre de cinq. Comment a-t-il su qu'il y en avait cinq ? Mystère. Car il n'en a vu qu'un. Et encore il ne l'a pas vu; mais il l'a poursuivi dehors, lui a tiré cinq coups de revolver (un pour chacun) sans le toucher. Et puis, fi: - * îs non, pas fini. Ce revolver était fée : à chaque détonation, il projetait une lumière éclatante comme celle d'une fusée ou comme un rayon de lumière électrique. Si bien que l'heureux garçon, possesseur de cette arme merveilleuse eût le bonheur de reconnaître, en pleine nuit, que le fugitif était un indigène (sans doute un forgeron) déguisé en européen.
Il est vrai que le journal en question ne parle pas des fusées, mais ce ne peut être qu'un oubli, car autrement, comment s'expliquer?.
Eh bien ! Si, cela s'explique ; quand il y a des malfaiteurs, il faut que ce soient des indigènes ; et, quand il n'y en a pas, il faut qu'il y en ait tout de même.
A moins que ce ne soit tout simplement un monsieur qui a fait un cauchemar et qui l'a raconté pour s'amuser de nous.
EL RASCHID.

AICHA
Te souvient-il Aïcha, lorsque les arbres sans frissons étalaient leurs ombres sur les pelouses verdoyantes et que les roses et les jasmins répandaient leurs doux parfums ?
Te souvient-il, lorsque le rossignol, niché dans le ravin où coule le limpide ruisseau, faisait entendre ses notes perlées, qu'harmonisaient
plus encore le doux murmure de l'eau furetant par les branches cassées des arbres, qui laissaient traîner leurs feuilles sur le mince lingot d'argent. ?
Te souvienst-li, lorsque la terre brûlante, sous les nappes de lumière, pleine d'ombre et de fraîcheur sous les grands arbres éblouis aux feuilles blanchies par les rayons de feu du soleil d'Afrique, semblait n'être créée que pour les abeilles et les oiseaux aux gazouillements étourdissants?
Tu ne t'en souviens plus, n'estce pas ?
Ces temps sont bien éloignés, Aïcha!. Plus de folie amoureuse, n'ayant pour témoi ns que nos agneaux alanguis par la chaleur et les roses et les jasmins, no& complices ceuxlà, puisque c'était de leurs cœurs odoriférants que nous venait l'ivresse.
Dans les moments d'amour éperdue, je ne sentais jamais tes ongles teints de henna quand ils s'enfonçaient dans ma chair et leurs empreintes douloureuses me semblaient des caresses.
Mais à quoi bon revivre ces souvenirs, puisqu'ils ne peuvent t'émouvoir, tes doigts blancs ne frisent plus ma moustache et n'arrangent plus mon turban. Maintenant, un autre te possède et il doit être heureux de contempler chaque jour ton beau visage et de mordre à loisir ta chevelure noire.
Oui, pourquoi raviver ces souvenirs, puisque jamais plus ]e ne te reverrai, je préfère me confiner dans la montagne et aller tous les jours à midi à notre site préféré pour confier mes secrets et mes peines aux roses et aux jasmins qui, à leurs parfums exquis, ont ajouté celui de ton corps qu'ils ont maintes fois caressé.
ZEID BEN DIEB

A NOS ABONNES
Nous prions nos abonnés de l'intérieur de vouloir bien nous envoyer le montant de leur abonnement en un mandat poste de quatre francs.
L'Administration.

COMMUNE DE RANDON<br> Nous avons publié un article intitulé : " Les Misères Arabes" retraçant le sort fait aux infortunés indigènes de cette région.
Nous sommes à même d'affirmer qu'une trentaine de plaintes des victimes ont été adressées à M. le sous-préfet et qu'une d'entr'elles surtout précise les accusations les plus graves contre l'adjoint indigène de la commune.
Ces malheureux demandent à ce qu'une enquête soit faite par M. le Sous-préfet en personne.
Leur prière est trop légitime pour qu'il n'y soit pas fait droit.
A quand l'enquête ?
De deux choses l'une, ou les plaignants sont de vils calomniateurs et il faut les punir, ou leurs dires sont vrais et le châtiment doit atteindre les coupables.
Cette affaire, si elle ne reçoit pas une solution favorahle, sera l'ohjet d'une pétition à la Chambre et au Sénat.
CHAKOUR.

ECHOS
LA " REVUE PATRIOTIQUE ALGÉRIENNE ET ANTI-JUIVE " Notre confrère de la Revue patriotique algérienne reproduit en entier notre article :
" Un milliard volé aux arabes ", en le faisant suivre de commentaires qui justifient que nos allégations sont véridiques et en donnant les noms de quelques arabes ou kabyles. patentés à tort.
Nous constatons avec plaisir que de bons confrères français très expérimentés nous aident dans notre œuvre de justice.

NOS CONFRERES ARABES DE TUNIS<br> Nous remercions vivement nos confrères arabes de Tunis du bienveillant accueil qu'ils ont réservé à notre journal, Leur pympathie nous fait grand honneur.

ELECTIONS CONSULAIRES
La Commission de revision de la liste électorale consulaire devant se réunir incessamment, MM. les négociants patentés qui désireraient s'y faire inscrire, sont invités à donner, avant le 1er septembre prochain, leur nom au greffe du tribunal de commerce en justifiant les conditions requises par la loi.

RETOUR DE LA MECQUE
Les premiers pèlerins doivent être en ce moment au cap Matifou.
Mais, dès mercredi 16, les docteurs Maurin et Raynaud, assistés de MM. Haffner et de Jollin, internes de l'hôpital civil, partent pour le Lazaret, afin de surveiller les derniers préparatifs, en vue de l'installation des pèlerins.
Il est encore absolument impossihle d'être fixé sur la durée de la quarantaine à imposer à chaque navire; tout dépendra de l'état sanitaire du bord.
Jeudi matin, se sont embarqués au quai d'Alger. les agents des divers services qui doivent fonctionner au Cap (télégraphe, douane, police et zouaves).

LE FILS DU BEY DE TUNIS
Paris, 15 août.
On mande de Marseille que le prince Mohamed El-Hadj, fils du bey de Tunis, est parti dans la soirée par le paquebot Ville de Rome, se rendant à Tunis.

POUR RIRE
Djeha exprima un jour, le désir de vendre la moitié d'une maison qu'il possédait avec un co-propriétaire.
On lui demanda le motif qui le poussait à vendre l'héritage que lui avait laissé son père.
- C'est pour acheter l'autre moitié, répond-t il. et de"enir propriétaire de la maison.
Après trois mois de mariage, la femme de Djeha ;accoucha d'un splendide garçon Djeha lui donna le nom de Rapide.
Un curieux (il s'en trouve partout) trouva le nom bizarre.
C'est parce qu'il a fait le trajet en trois mois au lieu de neuf, répondit-il, impassible.

Djeha en villégiaturé à la campagne cueillit une amande. Il allait la porter à sa bouche, lorsque s'échappant de ses mains, elle roula loin sur le gazon.
Après réflexion, il soupira : Dieu est grand ! Tout fuit la mort, même les fruits !

{-) On demande à Djeha s'il avait le même âge que son frère.
- Au commencement de l'année prochaine, j'aurai le même âge que lui.

Mots de la fin
Sur le Cours National : Ces Messieurs causent.
- Alors, elle te gobe?
- A fond.
- Tant que ça l
- A ce point, mon vieux qu'elle ne m'a jamais trompé que par moi-même !

Malgré son jeune age - cinq ans - le petit Gaston a déjà un sens très développé de la vie piatique. Il comblait hier de gentilles caresses un ami de la maison.
- Alors, tu m'aimes bien? interrogea le monsieur.
Oui, répondit Gaston. Je t'aime comme un sou
Moralité: Un instant après, Gaston avait de quoi s'offrir un sucre d'orge.

Site internet GUELMA-FRANCE