05 DECEMBRE 1927
AVEUX
Sans vouloir contrister le moins du monde les militantes de l'affranchissement politique et social de la femme et sans prétendre en tirer des conclusions pessimistes pour l'avenir des réformes qu'elles, préconisent, les observateurs impartiaux sont bien obligés de reconnaître que les philosophes n'ont pas torts lorsqu'ils affirment que l'idéal féministe n'aura jamais d'adversaires, plus résolus que les femmes. Je suppose que ses dirigeantes du mouvement n'en doutent pas et qu'elles savent que la partie la plus difficile de leur tâche ne réside pas dans la prise de la Bastille masculine, mais dans l'organisation parfaite de la discipline morale des amazones.
Jamais un homme ne trouvera, pour combattre les rigueurs excessives du système, des arguments aussi forts et aussi SAISISSANTS que sa compagne," lorsqu'elle s'abandonne aux confidences. Et vous n'ignorez pas que, pour obtenir d'une femme ce que les théologiens appellent une confession générale "
Il n'y a qu'à lui laisser écrire un roman.
Depuis quelque temps, les confessions féminines abondent dans cotre littérature. Le nombre des romancières augmente chaque jour et toutes cherchent dans le livre l'occasion, d'exprimer avec une force singulièrement pathétique les grandes préoccupations qui agitent le cœur innombrable de l'Ève moderne.

On a souvent observé l'extraordinaire sincérité et l'absence totale de coquetterie morale dont font preuve les femmes lorsqu'elles s'analysent en public. Les hommes ont infiniment plus de pudeur ou, si vous le préférez, plus d'hypocrisie. La femme semble apporter dans l'analyse psychologique son instinct secret de bonne ménagère. Nous la voyons éplucher son cœur aussi proprement que celui d'une laitue ou d'une chicorée frisée. Il n'est pas un psychologue masculin qui ne rende hommage à cette magnifique franchise et à cette méticuleuse minutie. Quel est celui de nos virtuoses du scalpel littéraire qui possède cette loyauté cette humilité et surtout cette sorte de sang froid passionné qui fait, de la dissection morale d'une femme, une opération dont la précision scientifique n'affaiblit pas le pathétique ?

Toutes ces qualités rares se trouvent dans un certain nombre d'ouvrages féminins, composés par des écrivains fort dissemblables, mais possédant tous, ce que les harmonistes appellent une note commune . Dans tous ces travaux d'observation ou d'imagination, on entend résonner à chaque page la plainte dès "dépareillées ", des isolées, et des solitaires.

On nous y présente des femmes affranchies par leur labeur, libérées du joug de l'homme, possédant des situations indépendantes dans les carrières libérales, le commerce, l'industrie ou les arts ayant par conséquent remporté le succès qu'elles escomptaient sur l'égoïsme de leur compagnon qui, on le sait, a aménagé la législation universelle pour son usage personnel. Eh ! bien, au lieu de célébrer le triomphe des femmes qui vivent enfin leur vie, les romancières trouvent des accents d'une tristesse poignante pour nous apitoyer sur néant de leur victoire. Et l'on voit les triomphatrices accepter toutes les souffrances, toutes les humiliations, pour capturer en cachette un peu de ce bonheur domestique jadis dénoncé comme un odieux servage.
Que se passe-t-il donc ? Pourquoi le féministe a-t-il fait naître si vite ses " désenchantées ? Théoriquement, notre période de civilisation devrait être particulièrement favorable à l'offensive des amazones. Avant la guerre, les effectifs masculins, étaient redoutables. Leurs garnisons nombreuses et occupaient solidement la société. Il était impossible de les en déloger. Mais, aujourd'hui, ces garnisons sont décimées et ce sont les femmes qui possèdent l'écrasante supériorité du nombre. Le mouvement semble donc particulièrement propice y à un encerclement de grand styles ayant les meilleures chances de succès. Eh bien ! il ? n'en est rien. C'est précisément aux barreaux de la cage de fer où se trouve enfermée l'humanité d'après-guerre que le rêve féministe déchire ses ailes.

En réalité, il aurait été relativement plus facile de libérer l'éternel féminin à l'époque où l'éternel masculin foisonnait, denrée banale à la portée de toutes les passantes. Nous nous trouvons, en effet, en présence d'une loi économique à la tyrannie de laquelle la sociologie elle-même ne saurait se soustraire.
Le féminisme se heurte, aujourd'hui à un phénomène d'anthropologie élémentaire. Le mâle nécessaire tend à disparaître. Le grand massacre, en raréfiant l'article, tend à le transformer en marchandise de luxe. C'est pourquoi au lieu de balayer les derniers vestiges de la dictature virile, singulièrement affaiblie, les femmes ne songent trop souvent qu'à se disputer entre elles comme dans un grand magasin, un jour de " coupons " les soldes et occasions du sexe laid.

C est une technique traditionnelle qui leur est familière. Sans s'en douter, elles la subissent dans un domaine particulièrement éloigné de celui des marchands de frivolités.
Le paradoxe est curieux et instructif battre son appétit réel d'indépendance et sa soif instinctive du servage conjugal et maternel,
La femme d'aujourd'hui n'arrive pas à trouver un point d'équilibre satisfaisant; Et c'est au moment où l'ennemi héréditaire ne peut plus opposer une résistance très efficace que de nombreuses défections se produisent dans les armées féministes, en vue de conclure sournoisement des paix séparées. Et rien n'est plus émouvant que le cri de certaines femmes d'aujourd'hui qui, au lieu de profiter des circonstances sociales qui, favorisent leur émancipation, affirment à leurs sœurs d'infortune que l'orgueil de la liberté est une duperie et que c'est dans la tendresse soumise, le dévouement et l'abnégation que l'éternelle séductrice trouvera toujours sa Fontaine de Jouvence. - V.
Le temps

TRIBUNE LIBRE
Nous accueillons ici toutes communications intéressantes sous la signature ou le pseudonyme de leur auteur et sans que cette publication engage la politique ou la responsabilité de notre journal.
Nous avons bien reçu une lettre concernant la fête de l'armistice à Guelma - Nous prions l'auteur de cette missive de bien vouloir se faire connaître à la Direction - C'est à cette seule condition que nous pourrons faire paraître cet article.
L'Avenir de Guelma
LA CONFERENCE DU CITOYEN GIOVACHINI
Je tiens au début de cet article à remercier " L'Avenir de Guelma " qui dans un heureux esprit d'éclectisme ouvre ses colonnes à toutes les opinions sincères qui, en particulier n'a jamais refusé la prose du socialiste que je suis. Si tous les ORGANES d'opinion avaient le même esprit tolérant et courtois des luttes d'idées ne prendraient jamais ce caractère acerbe qui attriste tous les gens bien élevés.
La conférence donnée mercredi, soir à la Salle des Fêtes par le citoyen Giovachini fut un succès. Beaucoup de monde. Des humbles surtout (ils sont, hélas, la majorité) ou des petits fonctionnaires - mais aussi de nombreux membres des carrières, libérales, des commerçants, des cultivateurs. Un beau public en un mot, tel que nous l'aimons, c'est-à-dire attentif, réfléchi et n'accordant sa sympathie qu'à bon escient. Cette sympathie, Giovachini l'a vite conquise. Ce qui caractérise l éloquence de notre ami, c'est sa simplicité, sa spontanéité. Non propagandiste socialiste il n'est pas un cabotin qui cherche de grands effets oratoires : c'est un homme qui veut faire penser sainement pour le bien de tous. Giovachini excelle dans l'art de faire communier la foule avec lui. C'est qu'il se donne tout entier à elle, qu'il lui a consacré tout son labeur, toute son intelligence et que la foule, quand elle ne croit pas, se lève d'instinct; Après avoir rappelé à grands traits la doctrine socialiste qui proclame qu'un monde où une poignée d'hommes exploite cyniquement l'immense majorité des citoyens est un monde mal fait.

Giovachini dit que la libération des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux mêmes. Vous êtes faibles parce que vous êtes lâches, parce que vous êtes timides, parce que vous n'osez pas penser et encore moins, agir.
Dresses-vous, devenez des citoyens conscients, organisez une TRIBUNE LIBRE
ROUL BORRA,

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