LUNDI 18 juillet 1927

ORGANE INDÉPENDANT RADICAL SOCIALISTE PARAISSANT' LE LUNDI
Charles DANAN Directeur, rue Sainte-Hélène

NOUVELLES DU MONDE
LA QUESTION DU PACIFIQUE
Dans les années qui ont précédé la grande conflagration mondiale, les journaux évoquaient souvent le problème du Pacifique. A maintes reprises, il avait semblé qu'une rupture et un conflit dussent se produire entre l'Union américaine et le Japon.
Les lois que certains Etats de cette Union promulguaient, pour paralyser l'immigration nippone et pour tenir les ressortissants de l'Empire du Soleil Levant en posture d'infériorité juridique et scolaire, avaient créé une véritable exaspération à Tokio, Yokohama,- Osaka et autres lieux.
Les marines se tenaient prêtes à s'affronter.
Si l'Amirauté de Washington avait hâté le percement du canal de Panama ; si, de temps à autre elle faisait manœuvrer ses escadres entre Hawaï et la côte californienne, c'est qu'elle craignait un coup de main contre San Francisco.
Derrière le litige de l'immigration apparaissaient d'autres "différends-plus amples. Ce qui était en jeu déjà, c'était le marché chinois.
Le Japon cherchait un exutoire à sa population invraisemblablement prolifique. Bien que l'Etat céleste lui-même eût une forte densité, il comptait y épancher son trop-plein.
Il voulait surtout trouver des débouchés à son industrie, qui, outillée à l'occidentale, développait sa production et sa surproduction avec une célérité surprenante.
A cet égard la zone du Petchili à elle seule représentait une clientèle d'une valeur incontestable.
L'Amérique jetait aussi son dévolu sur cette région. Elle n'avait pas des hommes, mais des marchandises à exploiter.
Si le Japon payait moins cher sa main-d'œuvre, il n'atteignait pas à la même supériorité technique.
Il y avait donc raisons de guerre, et raisons de plusieurs natures, entre les deux pays. La guerre n'éclata pas. Le Japon envoyait des milliers de ses nationaux à Honolulu ou ailleurs, et il comptait sur eux pour s'armer et se révolter en cas de rupture.
L'Amérique se fortifiait aux Sandwich, et aux Philippines qui prolongeaient son influence et son territoire jusqu'aux bords de l'Asie. On évita le choc.
Mieux ; pendant la guerre, le Japon et les Etats-Unis combattirent du même côté.
Ce qui ne signifiait point qu'on ne s'observât pas entre alliés un peu fortuits avec une extrême vigilance.
Quand le Japon proposa son protectorat à la Chine par une série de clauses plus ou moins artificieuses, l'Amérique intervint avec d'autres 1e Japon recula.
Après l'armistice, l'Amérique, pour se doter de la maîtrise dans le Pacifique, convoqua une conférence navale qui autorisa le Japon à entretenir une flotte de grands navires régale au plus aux trois cinquième du tonnage de l'Union.
Le Japon s'inclina encore.
Eu réalité, la querelle du Pacifique continuait.
Elle se poursuit toujours.
Dans un volume court et précis, M. André Duboscq nous expose les données de ce débat qui est le grand débat de l'avenir, d'un avenir prochain.
Je dirais même que cette discution est éminemment actuelle.
On ne peut envisager la crise chinoise de 1927, sans y associer les préoccupations qui dérivent de ce problème du Pacifique.
L'Amérique-, en effet, n'est pas une des puissances qui s'intéressent le plus au sort de la Chine, et elle est pourtant à l'extrémité de l'Océan.
C'est que le gouvernement qui sera pourvu d'une influence prépondérante en pays céleste, si ce pays n'échappe pas à toute intrusion politique et à toute domination économique de l'extérieur, aux rares chances de commander au Pacifique.
Un certain nombre de puissance ont des possessions dans cet immense bassin maritime où sur son pourtour, où à l'intérieur.
Mais quatre principalement, peuvent se convoiter la maîtrise.
L'Amérique, qui aligne son littoral occidental ; le Japon qui baigne partout dans les flots océaniques ; l'Angleterre, qui a concentré dans Hong-Kong et dans Shangaï une partie du commerce céleste et qui par son arsenal de Singapour, surveillera l'une des entrées de l'Océan ; la Russie enfin, que prolonge la Sibérie.
Le problème du Pacifique nous apparaissait jadis sous un autre aspect, quand la Chine se repliait sur elle-même, ou tout au moins que les puissances n'accumulaient pas leurs flottes dans ses fleuves, et leurs soldats dans ses ports.
Aujourd'hui l'ingérence européenne, américaine, nipponne, s'exerce partout sur le Yang-Tsé et dans le Petchili.
Mais, au fond, les deux champions, les plus en vedette demeurent le Japon et l'Amérique. L'un ne frappera pas un seul coup, sans que l'autre ne riposte pas un autre coup
La crise chinoise est grave: l'affaire du Pacifique qu'elle réveille dans toute soun ampleur, est plus inquiétante encore. Les impérialismes y sont aux prises, et du choix des impérialismes l'humanité aura toujours à souffrir.
Victor VIVIER

NOUVELLES DE LA VILLE

UN INDIGÈNE NOUS ÉCRIT
Un indigène nous écrit, lettre, courtoise, en ce qui nous concerne. Elle mérite la discussion. Nous la reproduisons en respectant même certaines, impropriétés de termes. Elles ne rendent que mieux la pensée du signataire.
Monsieur le Directeur,
Avant d'entrer en matière, je dois informer que cette lettre émane d'un lecteur assidu de votre quotidien. Cette missive a trait aux questions qui figuraient on tète de votre journal le 22 courant, relatives à la constitution d'une Fédération des Elus indigènes.
Aussitôt que j'eus connaissance de cette conjugaison de forces, j'eus une satisfaction morale indicible. Par contre ce qui m'a surpris c'est votre mentalité ombrageuse, de vouloir alerter l'opinion publique en donnant à ce groupement une forme séditieuse.
Les élus musulmans disloqués, les élus européens exploitent ces dissensions pour continuer leur besogne néfaste d'obstructionnistes.
Heureusement et il est opportun, les élus indigènes ont compris leur devoir. Ils viennent de se constituer en fédération.
A quoi répond ce groupement de forces ? questionnez-vous, voici la réponse :
La constitution d'une Fédération des Elus musulmans est d'une nécessité capitale.
Elle constitue une réciproque à la Fédération des Maires algériens. Lorsque cette dernière fut constituée, on crut qu'elle s'occuperait exclusivement de la défense des intérêts communaux. Quelle dérision ! Cruelle déception que celle qui fut éprouvée par l'opinion publique et particulièrement par les musulmans algériens.
Eu effet, ce consortium de politiciens soudoyés, pour la plupart néo français, est devenu un clan diamétralement opposé au progrès de l'arabe algérien.
Par son raffinement de politique, par ses paroles mielleuses, par son obstructionnisme dans les Assemblées Algériennes où elle compte bon nombre de délégués, la Fédération des Maires algériens n'a cessé de saper et de contrarier l'évolution musulmane d'Algérie.
Tous les vœux émis par cette association illogique, inique et inhumaine, indigne d'un siècle contemporain, ont trait à la spoliation de l'arabe, à maintenir la virginité, de son esprit conservateur, à le considérer en inférieur ; bref, elle s'ingénie à retenir l'arabe à l'état de vermisseau.
En méditant foncièrement mes déclarations on s'aperçoit aisément que le groupement des élus indigènes n'est pas un indice de sédition.
Ils se concertent simplement pour la défense plus énergique des intérêts de leurs mandants compromis. Ils tendent à apparier radicalement les sentiments arabophones qui animent les européens et qui ne peuvent que compromettre l'ascendant français vis-à-vis des arabes qui sont au comble de la tolérance.
Recevez, Monsieur le Directeur, mes salutations distinguées.
".- {Signature) _ -illisible

Si la Fédération des élus musulmans suivant l'expression employée, reste simplement une "réciproque " de la Fédération des Maires, nous n'éprouverions aucune inquiétude ?
Il devient manifeste qu'il s'agit d'une institution conçue pour entrer en lutte avec la première. Les termes de consortium de politiciens soudoyés, néo français, association illogique, inique, in humaine, spoliatrice contiennent la déclaration de guerre.
-Notre correspondant tombe d'ailleurs dans le travers des journaux arabes, absolument incapables de défendre leurs coreligionnaires sans recoure .à l'injure C'est le plus sûr moyen de ne jamais obtenir satisfaction et justice.
Nous ne dénions pas à l'indigène le droit de réunion, d'association. Mais lorsqu'il prétend l'exercer dans un but d'agitation et de bataille, nous le prévenons qu'il rend ses revendications difficilement recevables. Il créera simplement une atmosphère défavorable à sa cause.
C'est actuellement chez lui le mot d'ordre transmis à la masse par les ambitieux qui l'exploitent. Partout, ceux-ci dressent l'élu arabe contre l'élu français, les intérêts du tuteur contré ceux du pupille.
On ne parle plus coopération, accord, entente, mais opposition d hommes et de buts.
Ce programme si on lui permet de se développer, ne comportera que difficultés et désillusions.
'À. Beuscher

Nouvelles locales
Bienvenue;
Nous adressons la plus cordiale bienvenue à notre excellent ami M. Alexis Danan, rédacteur à " Paris- Soir ", venu passer quelques jours dans sa famille

PROMOTIONS
Sont promus adjoints techniques de première classe MM Boucher et Ucianie.
Toutes nos félicitations.

Hyménée
La Bénédiction nuptiale de Mademoiselle Yvonne Léonie et de M. Julien Grether aura lieu au temple protestant le 23 juillet prochain.
Nous adressons nos meilleurs voeux aux futurs époux et nos compliments à leurs familles

Ligue des familles nombreuses. Le président de la "ligue des familles nombreuses" de Guelma, informe les membres actifs, qui désirent obtenir la médaille aux mères de "familles nombreuses françaises" qu ils doivent produire leur État civil.
Se présenter bureau de la ligue tous les jours de 5:30 à 6:30 jours fériés exceptés

HORAIRES D'OUVERTURE
Les pharmaciens de la ville de Guelma informent leur clientèle qu'en raison de la loi qui vient d'être voté et des mesures très sévères que les inspecteurs de travail appliqueront en cas d'infraction à la loi, qu' ils se voient dans l'obligation d'établir les heures d'ouvertures des pharmaciens de la façon suivante : le matin de 7:00 à 7:30 à 11:30 l'après-midi de 2:00 à 6:00. Ils insistent sur le fait que la loi est rigoureuse et que des pénalités très graves fonctionneront les plus petites infractions.

FRANCE-ISLAM
À propos du comité France Islam.
Lieutenant-Colonel Cadi

Une lettre du lieutenant-colonel Cadi.

Monsieur le lieutenant-colonel Cadi nous envoie cette lettre ci-après que nous faisons un plaisir de reproduire :
Mon cher Monsieur Servier.
Et bien cher ami,
Vous avez annoncé dans votre bon journal la formation d'un comité France-Islam. Enfants de ce pays mon devoir est de souhaiter aux membres de ce comité une bonne réussite et de déclarer que je suis avec eux de coeur pour le triomphe des idées de relèvement de mes congénères.
Impérieusement, mon devoir me commande d'aider de mes connaissences aussi parfaites qu'il est possible les 2 millions de, Francais et indigènes, les promoteurs du progrès à réaliser procréer que je poursuis moi-même depuis 40 années.
Donc pour aujourd'hui, je veux indiquer les principes sur lesquels nous devons nous appuyer pour arriver au but :
Premièrement : le comité France-islam doit être étranger à toutes les querelles de ce qu'on appelle la politique pour ne s'occuper que des idées de progrès.
Deuxièmement : il devra s'ingénier à marcher d'accord avec le gouverneur général qui s'est déclaré maintes fois être un excellent organe pour la protection et la direction des indigènes
Troisièmement : tous les membres doivent être convaincus que la seule nation française accomplira les réformes que nous demanderons. En effet, les conquérants de 1830 et leurs héritiers ont pour but, non pas de spolier la population indigènes et de l'exterminer, comme ont fait dans leur colonie plusieurs nations européennes, à l'égard de leur conquis, mais bien pour les protéger et pour les sortir de la situation lamentable dans laquelle les ont laissé leurs anciens maîtres.
Pour un esprit impartial, tout ce qu'a fait la France dans ce pays, tempère le secours efficace apporté aux éléments conquis. Bien entendu et légitimement, les Français ont pris la part qui leur revient dans le domaine africain, mais ils ont respecté la religion des musulmans, et ils ont modifiés les programmes des anciennes universités musulmanes échappées aux barbares pour les mettre en harmonie avec les idées modernes.
Ils ont ouvert les portes de leurs écoles, toutes grandes, aux étudiants musulmans, et tous ceux de mes coreligionnaires qui l'ont voulu sont devenus; avocats, médecins, officiers, ingénieurs.
Ainsi donc les progrès accomplis en terre d'islam par les Français sont immenses, si l'on prend comme point de comparaisons l'oeuvre des Anglais dans l'Inde par exemple.
Quatrièmement : ce que je viens de dire est la manifestation la plus forte de l'esprit de la nation française, celle-ci, comme chacun sait est composée d'éléments de toute trace absorbée par le milieu gaulois : tout élément qui vient vivre à l'abri de notre drapeau loyalement est absorbé par la les indigènes de France, et au bout de quelques générations tous les éléments éthniques deviennent semblables, en perdant leurs anciennes mentalités pour adopter la mentalité de la nation française dont les caractéristiques sont
: la loyauté, la franchise, le travail, l'amour du bien et du bon et par-dessus tout l'amour du droit et de la justice.
Cinquièmement pour agir efficacement, nous devons indiquer au gouvernement général et directement, l'ensemble des réformes urgentes qui auront pour résultat le relèvement rêvé.
Nous étudierons ultérieurement le détail des questions que comporte un pareil programme.
Lieutenant-Colonel Cadi

Tribune libre.
Nous accueillons ici toutes les communications intéressantes sous la signature le pseudonyme de leurs auteurs et sans que cette publication engage la politique ou la responsabilité de notre journal.

Lettre ouverte à Messieurs les conseillers municipaux indigènes.
C'est avec stupeur que nous ont appris votre reculade d'hier. Vraiment il ne fallait pas vous GONFLER, ameuter toute la ville, jurer que vous n'auriez obtenu une sanction sévère contre Michel Saîd, ni cessé ni repos tant que vous n'aurez pas présenté tapageuses votre démission collectives pour en arriver là.
Comment, voilà un employé de la commune qui devant 3000 personnes insulte une partie de la population dans ce qu'elle a de plus sacré, sa religion, et n'est l'objet d'aucune sanction fût-elle plus légère !
Et vous nos représentants, car n'oubliez pas que sans nous vous n'êtes rien, vous pour qui c'est un devoir d'insister pour que cet étrange employé soit puni, vous passez l'éponge sur tout !
Eh bien ! Nous lisons ceci :
nous vous avons élu pour défendre nos intérêts aussi bien matériels que moreaux, vous avez failli à votre mandat, vous avez perdu notre considération et notre confiance.
Aussi nous vous invitons aujourd'hui à donner votre démission et à vous représenter à nouveau devant nous. Vous verrez l'accueil gracieux qui vous attend. Si vous ne tenez pas à vous donner cette peine, nous vous attendons pour les prochaines élections.
Pour un groupe d'électeurs indigènes indignés
Signé D

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