AVENIR DU 14 MARS 1927

Politique Générale

Le Rouge et le Rose

Dans notre précédent numéro, nous avons souligné les atténuations apportées au programme marxiste par MM. CIANFARINI et GIOVACHINI lors de leurs conférences à Guelma. Au contraire, les conservateurs genre Ligue Castelnau accentuent quelque peu leur programme républicain lorsqu'il s agit de briguer les suffrages des électeurs. C'est une méthode qui n'est pas nouvelle et nous en citerons à l'occasion de fréquents exemples Restons pour le moment parmi les socialistes Dans 1 "Humanité" du 24 août 1920, M. Cachin, retour de Russie, écrivait :
" Quelques bolchevistes out été en ces trois années très impatients et ont voulu brûler les étapes, imposer en CERTAINS DISTRICTS la culture commune, et les propriétaires moyens furent brimés... par le COMITÉ DES PAYSANS PANORES. C'est pour mettre fin à ces pratiques qu'un congrès très important du parti, le huitième, tenu en mars 1919, prit une résolution. Il s'agissait de RECOMMANDER A TOUS LES REPRESENTANTS DE LA REPUBLIQUE LE RESPECT DE LA PETITE PROPRIETE MOYENNE."-

Notons au passage l'expression : "La petite propriété moyenne ". Elle en dit long, précisément par son ambiguïté. M Cachin ajoute (6- colonne) ;" Dans leur grande majorité, les cultivateurs sont désormais de petits et moyens propriétaires. Ou pense que les 39-40- de la terre sont présentement entre les 'mains des paysans au titre de POSSESSION PRIVEE : 1{40- seulement a été distribué aux divers organismes collectifs : soviets des villes, syndicats ouvriers, coopératives agricoles ". En somme, il ressort de cela que Lénine qui se prétendait l'adversaire juré de l'Occident, a fondé en Russie le régime occidental de la petite propriété, le régime qu'avait rêvé Stolypine, cette bête noire de Tolstoï.
Même constatation pour l'industrie. Ici, M. Frossard qu'il faut citer. Il dit l'Humanité 25 avril 1920 (4-colonnes)

" Lorsqu'on eût remis entre les mains de la collectivité 85 % de l'industrie russe, des difficultés de trois ordres se présentèrent : , désarroi des transports, grève des techniciens, pénurie d'ouvriers qualifiés, discipline relâchée, manque d'ardeur au travail. " .Là-dessus.. " On arrêta les socialisations.. On s'interdit de porter atteinte à l'artisanat et à la petite industrie employant moins de dix salariés... La République des soviets avait décrété la journée de huit heures... à cause de la gravité de la situation économique, le Conseil supérieur a été autorisé à établir des heures supplémentaires.. Quant aux salaires, ils ne sont pas égaux.. L'ouvrier ordinaire gagne beaucoup moins qu'un ouvrier qualifié. Un technicien gagne d'avantage qu'un ouvrier qualifié. Il faut avant tout intensifier la production. Ils ont institué un système de primes à la production. Des distributions en nature récompensent tout travail intensif, toute initiative heureuse ". Dans les usines ; " on tend de plus en plus à la direction personnelle .. L'unité de dite rection est la condition d'une activité utile sous là responsabilité de celui qui l'exerce ". Enfin " les grèves ne sont pas tolérées. "
Tels sont les textes de nos deux voyageurs après leur enquête, en Russie.

Dans l'ordre agricole, Lénine, ce communiste, a fondé partout la propriété privée (la propriété, c'est le vol, disait Prud'hon : dans l'ordre industriel il a consacré le salariat, l'inégalité des salaires, l'augmentation des heures de travail, la prime a la production, la direction personnelle et unique : il a interdit la grève. !
En 1917. les bolchevistes préconisaient la fraternisation des adversaires sur le front, la révolte contre les officiers, là désertion devant l'ennemi, et M. Cachin annonce dans l'humanité 13 Août 1920) que l'armée bolchévistes " est la plus grande organisation militaire de ce temps". -

Devant ce communisme atrophié désavoué on ne s'étonnera pas que le socialisme utilise peu, en province devant les ruraux, sa doctrine intégrale et le programme des unifiés dans la Corèze en 1919, disait comme hier à Guelma.

" Respect de la propriété individuelle honnêtement acquise, légitimement possédée laquelle est vraiment sacrée "lorsqu'elle est le fruit du labeur de générations d'ordre, et d'économie,
Ceux de l'Ardèche proclamaient :

" Paysans, le parti socialiste n'a jamais songé à vous dépouiller de votre terre qui constitue votre véritable instrument de travail. Tout-cela serait rassurant si les industriels n'étaient pas le théâtre d'un tout autre apostolat. Et cette politique à doctrine variable suivant les milieux électoraux s'explique par le désir d'agrandir le parti, d'obtenir des sièges à la Chambre. N'ayant qu'ironie et dédain pour le suffrage universel, comme les conservateurs qui l'achètent, les unifiés attendent leur victoire de la révolution, d'une attaque brusquée au point le plus sensible de la vie nationale, à Paris, là où réside le pouvoir et ils n'ont que faire de catéchiser-sérieusement la province : il suffit de l'endormir pour qu'elle ne réagisse pas quand surgira le Grand Soir.
Et maintenant on comprend pourquoi les socialistes répudient les radicaux, pourquoi ils ont refusé de partager le pouvoir avec Herriot, avec Poincaré et on saisit les raisons qui ont soulevé les précisions apportées dans le débat politique aussi bien par M Maurice Sarrau que par M. Léon Blum.
C0RASIA

C. F. l'Après guerre par L Riou
Affaires Etrangères
Des révélations de la presse britannique ont passagèrement inquiété et partiellement éclairé l'opinion anglaise.
Dès le 11 novembre les Daily News, si optimistes d'ordinaire, analysaient et commentaient la brochure de A.r Gerhardt, secrétaire général de là Société allemande pour la paix, sur les forces apparentes et les forces réelles de l'armée allemande, en hommes, cadres et matériel : 99.000 officiers I et 2 millions de soldats. Le.3 décembre le Manchester Guardian, peu suspect de germanophobie, rêvé ait aux paisibles disciples du radicalisme manchestérien la collaboration des Soviets et de la Reichswehr ;
" Depuis cinq ans au moins " les communistes de Moscou et les nationalistes de la Reichswehr travaillent en commun à la fabrication des avions et des gaz de combat. Les 6, 12 et 22, le Manchester Guardian revient sur le formidable complot dont Scheidemann devrai, le 10, à la tribune du Reichstag, au nom du parti social-démocrate, confirmer l'existence et souligner la gravité.

Comment le gouvernement et l'opinion britanniques, de jour eu jour plus inquiets de la collaboration russo-chinoise, pouvaient-ils apprendre avec sérénité qu'en août 1920 la firme Lindeim avait expédié en Russie 670 tonnes de petits avions de chasse, et une maison de Breslau 724 tonnes de pièces d'avion, une société de Hambourg 800 tonnes de gaz asphyxiants et 1.140 tonnes de masques à gaz, en octobre 1920 une usine de Brème 4û0 tonnes de grenades et une fabrique de Slettin ;1.200 tonnes d'explosifs !
Même s'il était inexact, malgré les affirmations du journal estonien Pacwahlel, que les Soviets ont concentré 200.000 hommes, à partir du 26 décembre, près des frontières baltes, la preuve irréfutable d'une collaboration entre la Reichswehr et. Moscou suffirait pour émouvoir M Britling : il commence à voir clair.

Dès-le 18 décembre, le Times, admirablement renseigné par son correspondant de Berlin, se demande, dans un article à sensation :
" Qui gouverne l'Allemagne ? La Reichswehr ou le Reichstaget"
Et voici que le pacifiste Gar.vin accueille, dans son Observer, les déclarations de Wickhani Sleed, retour de Berlin. Stupéfait d'apprendre que les Soviets ont versé à la caisse noire de la Reichsvrehr pour prix de ses services, " 87 millions de francs or par an ", surpris d'entendre " qu'il suffirait d'une campagne de presse de quatre semaines pour monter les sentiments belliqueux au même diapason qu'en août 1914 ", Wickham Steed conclut mélancoliquement :

" Le parler européen" n'est encore le patois d'aucun peuple, et du peuple allemand moins que de tout autre. "
Et voici que d outre-manche viennent pour la première fois depuis longtemps des paroles de sagesse et des conseils d'ajournement. Il apparaît ainsi de nouveau que orient, le proche et l'extrême, dominent et l expliquent, dirigent ct éclairent la politique anglaise en Occident.
Le Temps |

LE RÉPUBLICAIN...CA ET LA
En vérité je le reconnais dit M. Sarrau, là doctrine radicale et la doctrine socialiste se contredisent se contrarient, se combattent sur les points essentiels.
. Le socialisme poursuit la révolution pour détruire la propriété individuelle, le radicalisme tend à l'évolution sociale par la réforme, le maintien et l extension de la propriété individuelle
Le socialisme fonde sa doctrine de bouleversements sur la lutte des classes, et radicalisme sa doctrine de transformation sur la solidarité.
Le socialisme promet le bonheur suprême dans une cité future hors de ce monde, le radicalisme entend organiser la cité présente en améliorant la condition humaine. ' Et dans métaphore parabolique, M. Maurice Sarraut déclare ; " Le radicalisme juge plus sûr de continuer à gravir l'escalier que de le jeter à bas-" '
Bon. C est fort raisonnable en effet..
Mais puisque la doctrine, le programme est le but du socialisme et du radicalisme sont forcément contraire Si.. là seule conclusion naturelle, logique de cette incompatibilité essentielle est celle; donnée par M: Léon Bourgeois, fondateur et président d'honneur du Parti radical et radical socialiste

Je la reproduis, une fois dé plus, en attendant quelle soit gravée par des radicaux traditionnalistes sur le frontispice du temple valoisien :
" Nous ne pouvons admettre ni révolution, ni réaction ; aucune alliance n'est possible ni avec les collectivistes, ni avec les communistes, ni avec aucun de ceux qui suppriment la propriété individuelle, ou veulent placer les intérêts de classe et de groupement organisé au dessus de la Patrie elle-même. "
LE RÉPUBLICAIN
Cet article est publié par le Républicain de Constantine et il ajoute à la confusion que nous avons déjà signalée entre programme du groupe républicain socialiste et les opinions soutenues par le journal qui paraît représenter celles de M. Morinaud. "
Rappelons donc à ce sujet que M. Violette alors qu'il était secrétaire général du groupe parlementaire Républicain socialiste, se prononçait nettement à un des congrès du parti pour la socialisation des moyens de production et d'échange et pour le scrutin d arrondissement.
C.R.S.
CHRONIQUE LOCALE
La Vie chère
La viande et au même titre que le pain un aliment de première nécessité, indispensable à celui qui accomplit un travail manuel, elle l'est aussi aux malades, aux débilités.
C'est pourquoi la Cour ce Cassation dans un arrêt rendu 'le 15 février 1898, a déclaré que le maire conserve à l'égard du pain et de la viande des droits spéciaux. Ces droits vont- ils jusqu'à la taxation en ce qui concerne la question n'a pas encore été résolue par l'affirmative. Mais, comme la viande est chère, trop chère, le gouvernement, par décret du 5 Novembre 1926, donne aux communes le droit de faire des actes de commerce, de créer, de gérer, d'aider des boucheries municipales destinées à opposer une concurrence efficace pour combattre la cherté de la viande.
-Et cela est-il démocratique ?

LE PROBLEME DE LA NATURALISATION
Le problème de la naturalisation inquiète en ce moment à la fois les ouvriers et la classe moyenne. Nous avons, en effet, en France, surtout depuis la guerre, une population étrangère nombreuse d'ouvriers chassés en raison de leurs opinions politiques, de leur pays d origine et qui pour fuir les persécutions, ont préféré s'installer en France qui fut, par tradition, le pays du droit d'asile.
Leurs enfants y sont nés, se sont établis soit dans les villes, soit dans les campagnes, et ils voudraient vivre de la vie commune à tous les citoyens, en un mot, acquérir la qualité de français pour y exercer le métier de docteur, d'avocat, d'ingénieur, voire même pour s'installer en qualité de commerçant
Il y a également, dans la classe moyenne, un grand nombre de braves gens dont les sympathies allaient, avant 1914, à la France Certains y habitaient déjà, et y sont demeures, même pendant la tourmente. D'autre très y sont revenus avec leurs enfants. Ceux-ci vivent les cours de nos écoles, et leurs parents voudraient les voir prendre la qualité de Français pour y exercer le métier de docteur, d'avocat, d'ingénieur, voire môme pour s'y installer comme commerçants.

Or quand on veut demander à être naturaliser c'est la croix et la bannière. Non seulement il faut remplir un dossier complet ; Traduction des actes d'état-civil, acte de naissances, acte de mariage des parents, tout cela certifié conforme par un traducteur juré, ce qui coûte cher ", mais encore il faut payer les droits des élèves.
Enfin on ne peut être naturalisé qu'après avoir obtenu, après 10 ans de séjour en France une admission de domicile, ce n'est que 5 ans après, qu'on est naturalisé. Encore faut-il que' votre dossier trouve, une main complaisante dans les services du. Ministère-de la Justice, pour le sortir des casiers-poudreux, sans cela on attend la suite et comme les demandes se comptent par milliers, on a le temps d'à Rendre sous forme.
Je ne parle pas seulement de la situation abominable qui est faite à la française dont le cœur s'est épris d'un étranger. Elle perd immédiatement sa nationalité, et si par hasard, le pays de son mari lui interdit la séparation de corps et le divorce, elle ne pourra jamais, si au cours de son existence, un différend est survenu entre eux, briser le lien qui les unit. Une française pourrait obtenir le divorce ; devenue étrangère, elle demeure enchaînée.
Et je laisse de coté les différences qui peuvent régir en matière successorale, les consentions matrimoniales qui peuvent être différentes selon les pays et auxquelles la jeune française sera ainsi soumise par le mariage : ce qui peut amener des incidents fâcheux.
M. Painlevé vient d interdire, il y a quelques jours, aux étrangers de pouvoir concourir à l'Ecole Polytechnique. Cela est évidement une excellente propagande française et me fois, de plus, les bureaux du ministère le la Guerre auront montré comment ils comprennent le véritable patriotisme. Des jeunes gens venus du Japon, de la Chine, des Républiques sud-américaines, et qui étaient heureux de rapporter dans leurs pays les diplômes de nos grandes écoles, sont désormais expulsés et seront contraints d'allé chercher en Allemagne les diplômes de techniciens ou on Angleterre, puisque la France les leur refuse. Aussi faudrait-il mettre fin aux complications notre loi sur la naturalisation. Le Sénat a, le 3 décembre 1925 voté une loi qui, pour une fois, est parfaite. On supprime l'admission de domicile. Il suffit d'habiter en France pendant 3 ans pour pouvoir demander à être naturalisa. Lorsqu'on a épousé une Française le délai est ramené à un an. Tous les enfants nés sur notre territoire de père étranger et de mères françaises sont Français. Un jeune homme de 18 ans peut i avec l'autorisation de son père ou de son tuteur, solliciter sa naturalisation. Enfin la Française qui épouse un étranger demeure : Française.

NOUVELLES LOCALES
Nécrologie
Nous avons appris avec peine le décès de Madame Elbaz, née Zarade.
Nous adressons aux familles que ce deuil afflige nos sincères condoléances.

VEGLIONE MONDAIN
Le comité de la J. S. G. met la dernière main aux préparatifs gigantesques du VEGLIONE MONDAIN qu'il organise et qui aura lieu à la Salle des Fêles Samedi 19 Mars prochain :
C'est le premier évènement mondain de la saison auquel assisteront les nombreux membres de la Jeunesse Sportive Guelmoise.
Le programme est varié et comporte Concert par un excellent orchestre à cordes, Dancing, avec le formidable orchestre-Jazz composé de 8 musiciens qui, actuellement fait fureur à Bône, Cotillon frénétique, et... d'agréables surprises.
Cette soirée n'aura jamais connu de précédent, aussi tous les membres de la J.S.G à qui elle est offerte ne manqueront pas d'y assister et de rendre hommage aux dévoués organisateurs.
Le comité nous informe que cette soirée est exclusivement réservée aux sociétaires. , Un contrôle sérieux sera exercé a l'entrée.
La tenue la plus correcte est de rigueur.

NAISSANCE Madame et notre concitoyen M. Roger Sauvage sont les heureux parents d'un poupon prénommé Paul.
Nous formons des vœux pour le nouveau né et adressons nos compliments a ses parents et grands-parents,

THEATRE
Le "Mortel Baiser" a produit mercredi dernier une impression très forte sur le nombreux auditoire qui assistait à cette délicieuse représentation
Les artistes doués d'un incontestable talent interprétèrent cette œuvre se surpassèrent et recueillirent de chaleureux applaudissements
Lundi 14 mars, une nouvelle troupe présentée par CH Malinconi donnera une représentation : FLEUR D ORANGER une comédie incomparable de Birabeau.

L Imprimeur Gérant Charles Danan / Texte détérioré - reliure défectueuse

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