POUR PERSONNE MAIS PAS POUR EUX
Les candidats en présence sont Messieurs Serda pour les colons, Lavie dont les non-colons tous deux soutiens avérés de la "Dépêche de l'Est", organes de la ligue Castelnau nettement anti-juive..
Du côté radical socialiste, pas de candidat, chacun s'efface pour laisser à la représentation locale, la responsabilité de l'avenir. Je doute que cela soit favorable aux intérêts matériels de la collectivité, mais c'est évidemment déplorables pour ses intérêts moraux, pour l'avenir intellectuel et politique de la cité.

M. Serda est anti-juif et ne saurait donc espérer aucun soutien de notre part, nous nous garderons de contester ses aptitudes ni ses facultés d'organisateur, de commerçant, de colon, cependant il n'a pas organisé les docks coopératifs dont nous avons besoin pour régulariser le cours des blés et il ne promet pas de s'en occuper. Ses principes politiques sont dangereux ; notre estime ne nous empêchera pas de le combattre.
Le colon est antisémite parce qu'il ne veut pas payer impôts et qu'il veut rejeter sur les commerçants sans préjudice des fonctionnaires et des consommateurs ouvriers. Il peut ainsi s'arrondir en criant misère. Notre pensée diffère, c'est le riche qui doit payer et non le pauvre.

M. Lavie communique un programme très électoral, mais il ne dit rien de la journée de huit heures, ni de l'augmentation des salaires dans les minoteries ; il parle de protéger les classes laborieuses, nous ne demandons pas de protection, nous avons qu'on au droit. Il promet aux uns et aux autres la manne administrative et budgétaire, mais il ne nous dit pas qui paiera la dépense ; encore le commerçant ou bien le gros colon.
Cette profession de foi dès qu'une habileté dans le genre habituel des papiers électoraux ; elle n'aborde d'aucune manière le conflit décidé, ni la politique financière de demain. Elle ne peut nous faire prendre le change.

M. Lavie est un gros propriétaire, un gros commerçant, un gros capitaliste, un gros industriel ; il a partie liée avec M. Serda, il appartient à une classe sociale en opposition d'intérêts avec la classe ouvrière qui a aidé à produire les capitaux dont il bénéficie. Nous ne l'avons jamais vu admettre la participation aux bénéfices, ni l'indépendance des ouvriers ou des fournisseurs ayant besoin de lui. Il ne peut donc représenter sincèrement que le parti conservateur. Tous ses intérêts sont opposés à ceux du petit commerçant, du petit colon, des consommateurs, et des ouvriers. Nous reconnaissons sa valeur, son travail même ses générosités occasionnelles, mais nous ne pouvons l'accepter comme à un apôtre convaincu et désintéressé des droits des ouvriers et des déshérités.

Donc ni monsieur Cerda, ni M. Lavie ne nous conviennent. Pour qui donc devons-nous voter ? Aucun candidat ne se présente contre eux.... Tous veulent leurs laisser la responsabilité de la situation.
Votons alors chacun suivant nos préférences mais ne donnons pas nos voix à des candidats antidémocratiques : ce blé enfariné et ne nous dit rien qui vaille... Ce sont des gens d'affaires ; ils achètent pour gagner.....
Mieux vaut quiconque ou personnes plutôt que ces manieurs d'argent.
Votons pour Lelouche qui représentent les juifs à Constantine, ou pour Giovacchini qui représente les socialistes à Bône, ou pour Cotoni qui représente à Guelma...? Que diable représente Cotoni ? Ah oui ! La conciliation !
Vive la république... pas celle des profiteurs.

LA CANDIDATURE LAVIE
C'est une bonne fortune pour la région, disait le rédacteur du progrès de Guelma. Et les journaux du département chantent à l'unisson "bonne fortune; bonne fortune" juger un peu si M. Lavie n'avait pas accepté de représenter Guelma aux délégations financières, et que l'un de ses lieutenants demeura assez présomptueux pour s'en croire digne, quelle catastrophe !.
Nous fûmes à deux centimètres de notre perte ; mais le ciel vigilant nous épargna ces horreurs.
M. Lavie, la bonne fortune !
Alors, je pense à bien des choses, mais tristement.

Comment se peut-il qu'un pays français en arriva ce degré d'abêtissement, que le vampire qui boit son sang régulièrement, méthodiquement, chaque jour, pleine figure de sauveur, au moment où il s'apprête à mieux le dévorer ?

Je pense aux farines de Guelma, au pain de Guelma, aux huiles de Guelma, à tout ce que la population paie cher, au trust de la minoterie, à l'accaparement des terres cultivables, à la même il rapide et définitive sur tout ce qui produit de, sur tout ce qui vend, sur tout ce qui achète.
La région tout entière est enveloppée par cet homme dont tout dépend, les êtres et les choses et qui peut briser du jour au lendemain ceux qui résistent.

Je pense à tout cela que personne n'ignore, et lorsque je me dis qu'en somme, cette puissance est faite du total de nos veuleries, je me demande s'il est encore utile d'être français.
Aujourd'hui, le pays se débat dans l'angoisse du lendemain terrible. La faillite est à nos portes, mais il y a dans l'âme gauloise je ne sais quoi, un très vieux et éternel qu'il a fait se ressaisir au bord de l'abîme, chaque fois, et la relance confiante vers sa destinée.

Le sort de l'Algérie est lié à celui de la France, mais est-ce bien le moment d'envoyer aux délégations financières un homme qui a trop de millions à conserver ?
Il apparaît à tout esprit moyen que l'impôt sur le capital résolument établi, fermement, au besoin même violemment appliqué, est le seul remède à la situation.

L'ouvrier le veut, le petit rentier est le petit industriel l acceptent, mais au capitaliste le repoussent et pour cause.
La profession de foi de M. Lavie débordant de promesses électorales est muette, sur la situation financière. Et c'est la question à l'ordre du jour, la question de vie ou de mort pour la France ! Mais on fera de son mieux pour la vie chère... Le pain cher.... l'huile chère etc...
Qui croira, en conscience que M. Lavie pouvait laisser à un autre le soin de défendre ses millions à Alger ?
JIM

ESCLAVES OU ENNEMIS
M. Lavie le magnanime, le généreux (les journaux).
"JIM" croyait-il si bien dire en représentant M. Lavie comme un dictateur devant qui tout doit cède où tout doit céder ? Les thuriféraires à gages peuvent amonceler flagorneries, sur flagorneries, le naturel et là qui éclate, impérieux, brutal, cynique..
M. Lavie ne reconnaît que deux catégories de personnes : ses esclaves ou ses ennemis.

Pour ceux-ci, la guerre impitoyable, pour cela un sourire protecteur, quand il pense, un thé dansant, en période électorale, et arrosé de ce dédain superbe qu'a le maître pour la valetaille. C'est peut-être une question de goût ou de tempérament, moi j'aime mieux rester ennemi.
La reproduction ci-dessous de certains papiers timbrés est l'illustration parfaite de la manière de M. Lavie.

La famille Danan servit pendant plus de 25 ans, la cause de M. Lavie.. Le père, imprimeur du journal, fit sa politique, se montra en toutes circonstances, son dévoué collaborateur. Les fils dont l'un Alexis a déjà fait sa place dans les lettres françaises travaillèrent comme le père, à la plus grande gloire de la maison Lavie. Charles enfin, le plus jeune, depuis quelques années servait encore M. Lavie.
Trois générations presque de se sont usées au service loyal et dévoué de M. Lavie. Mais aux élections de mai et de novembre, Charles occupé à imprimer "le petit Guelma" consciencieusement, n'eut pas le temps d'aller manifester dans les caboulots, son enthousiasme pour le parti de son journal. Laisser à l'écart des Thés dansants, il en éprouva ni dépit, ils colère, mais il s'abstient de courir à l'anisette de la rue.
Suspect, il fut brisé, comme on a pu le voir dans le premier numéro de" l'avenir". Ce n'est pas tout, et ceci vaut d'être médité pas les partisans de M. Lavie qui ne sentent pas encore toute la lourdeur de leur carcan.

Avant même que Charles Danan n'imprime "l'avenir", avant même qu'il ne se fut prononcé ouvertement pour notre politique, le papier timbré faisait rage. L'exploit de l huissier TOURISSE est du 9 novembre. Le premier numéro de l'avenir et du 10 novembre.
Lisez, Messieurs d'en face !
Et méditez, car votre tour viendra..
Esclaves ou ennemis, prosterner vous devant M. Lavie pendant toute votre existence, soyez son humble serviteur, collaborez à sa grandeur, à sa richesse, chantez ses louanges, soit. Mais le jour où pour la première fois que vous lui serez seulement suspects, gare à vous ; il vous brisera sans merci.
Un mot pour la fin.
La famille Danan, comme tous les ouvriers de M. Lavie, est pauvre, après vingt-cinq années de travail.
ROBAR

COMMANDEMENT
L'an 1925, le 9 décembre.
En vertu de l'article 819 du code de procédure civile est à la requête de M. Marcel Lavie, propriétaire de l'imprimerie du " Petit Guelma ", et du journal " le Petit Guelma", demeurant à Guelma, élisant domicile en sa demeure.
J'ai, F Tourisse, huissier auprès des tribunaux de Guelma y demeurant, soussigné, et commandement à Madame veuve Danan demeurant à Guelma en son domicile, ou étant et parlant à sa personne. De présentement payer au requérant entre les mains contre bonne est valable quittance :
1 : la somme de 591 francs 75 centimes pour loyer échu antérieurement au 2 août 1914, de la locale qu'elle occupe à Guelma dans un immeuble appartenant au requérant sis rue Victor Bernes.
2 ; le coût du présent. Lui déclarant que faute par elle de satisfaire à ce commandement, et le délai de 24 heures expiré , et il sera contrainte par saisie-gagerie des biens, meubles, objets et marchandises garnissant les lieux loués, sous toutes réserves.. Remis copie conformément à la loi du 15 février 1899, sous enveloppe fermée portant d'un côté les noms et demeure de la partie, et de l'autre le cachet de mon étude apposé sur la fermeture du pli.
Employé pour la copie une demi-feuille à 2,40 FF. Coût 16 francs et 85 centimes
F Tourisse

MUSSOLINI CHAPERONNE PAR PANISSE
Tout arrive, doit se dire le "Duce" d'Héliopolis. Tout de même voilà que de bonne fortune (voyez Progrès) je deviens "Aubaine" (voyez Dépêche)" et cela ne manque pas d'être inquiétant. J'ai dû trop tirer les ficelles de mes Pantins. C'est ineffable Panisse va achever de se rendre ridicule. Est-il possible écrire que chaque jour j'augmente la richesse du pays ! Alors que les partisans de J.Joly vont lire le journal ! Pour les notre ça va....
Et cette coquille ?
Cet éloge que je fais de lui, n'a rien électoral, dans le sens mesquin du terme" il a certainement voulu écrire.
Cet éloge que je fais de lui, n'a rien de mesquin, dans le sens électoral du terme.
Je vais inviter Servie a ne plus lui accorder que deux lignes par numéro.
Et ce sera encore dangereux!

NOUVEAU PRINCIPE DEMOCRATIQUE
M. Lavie est candidat que parce qu'il a estimé qu'il "faut pour une région une représentation homogène ". Or le record de l'homogénéité se trouve à la famille. Pour M. Lavie la représentation idéale serez logiquement que : le grand-père fut sénateur, le fils et député, le petit fils délégué financier et les neveux, petits neveux etc. conseillers généraux, maire et conseillers municipaux.
En attendant que le principe triomphe accordons nous violons sur l'air connu :
Mon père est sénateur.
Mon fils est délégué.
Moi-même suis député.
L'électorat à tous les degrés.
Par la famille est représenté.
Tout pour la satisfaction.
Des intérêts de la région.
La ville la démocratie homogène.

AUX URNES MESSIEURS
      Cette fois-ci c'est le patron en personne qui est sur la banquette de la salle d'attente. Il faut que son entrée aux délégations soit un triomphe de la démocratie ! Il faut lui ménager insuccès sans précédent, d'autant plus que c'est contraint et forcé par les circonstances et les événements qu'il marche !
A tant de sacrifice, et de désintéressement resteriez-vous sourd ?
       Allons, chaouchs électoraux, vous qu'il avait si bien mérité de la démocratie en mai et octobre dernier, à vos ...pièces, que chacun fasse son devoir, soit au comptoir, soit sur le trottoir..
      Ne vous gênez par ça ne nous gêne plus ! Faites votre jeu comme vous l'entendez. Vous êtes seuls sur la scène et nous restons sur la galerie pour jouir du spectacle. Vous n'avez qu'un concurrent, l'indifférence ou le dégoût des électeurs !
Sachez triompher de l'un et de l'autre.
      Quant à nous, assagit par deux insuccès, mais non désarmés, nous regarderons en philosophes la pratique et l'épanouissement dans toute sa beauté, du suffrage universel libre et conscient.
Vive la liberté

Site Internet Guelma-France