Document..NOTE CONFIDENTIELLE sur Youssouf, Bey de Constantine.1837.. Document..NOTE CONFIDENTIELLE sur Youssouf, Bey de Constantine.1837... Document NOTE CONFIDENTIELLE sur Youssouf,Bey de Constantine.1837...Document.NOTE CONFIDENTIELLE-

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NOTE CONFIDENTIELLE SUR YOUSSOUF BEY DE CONSTANTINE 1837

Le ministre a demandé des renseignements pour répondre à votre lette de monsieur le Maréchal Clauzel qui lui proposa de conférer au chef d'escadron Youssouf, Bey de Constantine le grade de lieutenant colonel.

Pour satisfaire à cette demande, on est forcé de remonter à l'origine des évènements relatifs à Youssouf, et d'entrer dans les détails dont l'importance justifiera la longueur

Youssouf paraître être né en Toscane ; on dit même qu'il cherche à de présenter comme étant d'origine française. Il fut emmené très jeune à Tunis par un corsaire qui le vendit au Bey, et il fut auprès de ce prince le métier de mamelouk dans toutes ses phrases ; c'est du moins l'opinion du pays, et elle est assez vraisemblable.

Il était dans cette condition, quand il apprit que le consul de France cherchait à recruter des interprètes pour l'expédition d'Alger. C'était une carrière, ou du moins une chance qui se présentait à lui et qu'il résolu de suivre ; mais comme il appartenait à la garde du Bey, il ne put accomplir son projet publiquement.

Il s'échappa de nuit et alla se cacher à la maison de campagne du Consul, auquel il se présenta comme un renégat qui voulait retourner à la religion chrétienne et se réhabiliter aux yeux des siens en ferveur comme interprète dans l'armée française. Le consul monsieur de Lesseps se décida de l'accueillir, et l'envoya de nuit à bord du brick où étaient déjà embarqués d'autres interprètes qu'il avait déjà enrôlés et qui mit la voile le lendemain. Il trouva Alger aux mains des français .

Youssouf était adressé par le consul de France à monsieur d'Aubignose, lieutenant général de police qui s'était rendu à Tunis avant l'expédition et auquel le Consul avait eu à faire pour ces enrôlements d'interprètes . M d'Aubignose employa Youssouf auprès de lui comme interprète de la police, où il resta fort humble et voisine de la domesticité. Après le départ de monsieur d'Aubignose, et peu de temps après l'arrivée de monsieur le général Clauzel qui venazit de succéder à monsieur de Bourmont dans le commandement de l'armée, Youssouf fut soupçonné d'être un espion du bey de Tunis, et fut mis en prison.

Pendant qu'il y était, il fut question de former des corps de cavalerie indigènes. Youssouf le Mamelouk, dont l'intelligence et l'activité d'esprit s'étaient fait remarquer même dans sa prison, et qui devait avoir des données sur la matière , fut consulté au sujet de l'organisation projetée . Il suggéra des idées qui furent goûtées, il montra de la sagacité et de l'ardeur, il fit comprendre qu'il était d'une étoffe à rendre des services, si on en voulait et si on savait l'employer ; il sortit de sa prison pour organiser un corps de mamelouks, dont il obtient le commandement avec le grade de capitaine, et qui fut réuni peu de temps auprès ees chasseurs algériens. Son grade proféré provisoirement par le général en chef fut confirmé par ordonnance royale du 25 mai 1831.

Il resta dans cette position pendant toute la durée du premier commandement de monsieur le Maréchal Clauzel . Il fit à cette époque quelques missions dans la plaine et à Blida, qui lui laissèrent dans la pays une grande réputation de cruauté et de rapacité.

Monsieur le maréchal Berthézène, qui le méprisait profondément et qui pensait que de pareils instruments étaient plus dangereux qu'utiles le tint à l'écart

Il repartit sous le duc de Rovigo, et il eut bientôt l'occasion de se signaler, à la prise de la citadelle de Bône, tout ce qu'il a d'opiniâtreté, d'audace et de sang froid ce succès lui valu la sympathie et l'admiration d'une grande partie de l'armée et effaça pour quelques temps les mauvaises impressions qui existaient sur son compte.

Il partagea d'abord avec le capitaine d'Armandry sous la conduite duquel il avait partagé son entreprise le commandement de la petite garnison qui conserva Bône jusqu'à l'arrivée des troupes envoyées par Alger. Armandry resta dans la citadelle avec sa poignée de français. Youssouf s'établit dans la ville avec des turcs et des zouaves, qui s'étaient rendus sur la promesse qu'on les garderaient au service et à la solde de la France. Ce n'était pas le moindre de ses traits de courage que de s'être aventuré dans une ville ruinée, seul au milieu d'une centaine d'hommes qu'on avait fait sortir de la citadelle que parce que l'on doutait des de leurs dispositions, et sur deux desquels il avait été obligé au moment même de leur soumission, de faire de sa main de terribles exemples.

La croix de la légion d'honneur et bientô après le grade de chef d'escadron furent la récompense de tant de bravoure et de tels services. L'ambition de Youssouf naturellement très grande et très active, s'était exaltée par le succès qu'il venait d'obtenir et par la rapidité de son élévation . Déjà quand il était à Alger, à peine sorti de prison il avait rêvé d'obtenir la charge d'Agha des arabes, tantôt le beylique de Tittary . On a même prétendu que son impatience d'arriver, il avait sous sa main semé des bruits et entretenu des correspondances pour contrecarrer ou discréditer ceux que nous avions nommer à ces emplois.

Ces rumeurs acquirent toutefois quelques gravités, parce que plus tard le duc de Rovigo accusa Youssouf de mener du même genre dans la province de Constantine .

Dans les derniers mois de 1932, ce général avait entamé avec le Bey de Constantine des négociations qui avaient pour objet de déterminer sa soumission, en lui laissant son beylik à de certaines conditions. Le négociateur Ben Othman Khodja fit deux voyages dans ce but ; la première fois il trouva le Bey dans des dispositions favorables, la seconde fois il n'en fut plus de même , et le Bey ne lui cacha pas que ces changements venaient de lettres venues d'Alger et de Bône( celles ci émanaient de Youssouf qui l'avait prévenu que les français ne cherchait qu'à le tromper ). L'auteur de ce rapport est assez suspect ; mais le duc de Rovigo ne douta point de sa véracité sur ce fait et sa correspondance montre qu'il y attachait beaucoup d'importance.