En hommage ému au souvenir de ceux qui sont morts pour donner à la France le plus bel empire qui soit... Eugène Vallet.
10 MAI 1945
DANS LA COMMUNE MIXTE DE LA SÉFIA

A VILLARS
Villars est un joli village situé à 12 kilomètres du chef-lieu de la commune mixte de la Séria : Laverdure. Le centre est doté d'une gendarmerie.
Situé en pleine région forestière et d'altitude, il est assez isolé de Guelma. Ce qui explique que le 10 mai, au matin, les habitants français de Villars ignoraient tout du drame qui venait, deux jours durant, d'ensanglanter la cité et la banlieue Guelmoise.

Ce n'est qu'à Laverdure, où il s'était rendu pour affaire de service, que l'adjoint spécial de Villars, M. Degoul, apprit, en confidence, que la situation de la région inspirait des inquiétudes.

Ce colon se hâta de rentrer chez lui. Il était, du reste, chef adjoint de la défense passive de son village.
A son arrivée, un Européen, se rendant au marché du Hammam, lui dit qu'il avait dû faire demi-tour devant un rassemblement d'indigènes paraissant excités. M. Degoul se rendit à la gendarmerie et obtint qu'une distribution d'armes soit faite aux civils français de Villars.

L'opération terminée, l'adjoint spécial, accompagné d'un ami, rejoignit sa ferme en auto.
Les 3 km. 500 qu'il avait à franchir le furent rapidement. Il était midi, Mme Degoul avait préparé le déjeuner. On se mit à table. M. Degoul était plutôt rassuré.
On était bien inquiet, dans le pays, à la suite de petits incidents qui paraissaient significatifs, mais, d'un état d'insécurité auquel on était habitué, à déduire une menace de révolte collective brusquée, il y avait une marge qui soutenait mal la discussion. Il convenait surtout de se méfier des tendances à l'exagération.

Le déjeuner était à peine commencé qu'un ouvrier indigène de la ferme se présenta et, en termes pressants, avertissait le colon qu'une masse de gens agités et armés s'avançait dans l'exploitation pour donner l'assaut aux bâtiments.
M. Degoul envoya immédiatement chercher la femme et la belle-mère de son gérant mobilisé, qui habitaient une ferme voisine à 500 mètres.
Les deux femmes, Mme Degoul, ses deux filles et un tout petit-fils dont le père était aux armées, l'ami de M. Degoul et ce dernier se tassaient dans l'auto, tant bien que mal.

Comme la voiture démarrait, on vit les émeutiers se rapprochant des bâtiments. A un croisement de routes, un peu avant l'arrivée à Villars, les 5 femmes, le bébé et les 2 hommes furent l'objet d'une fusillade nourrie.
L'auto reçut 2 balles, 4 chevrotines allèrent se loger dans un pneu qui fut rapidement hors d'usage. Malgré cela on put atteindre le village.

Tous les habitants du bourg et les colons qui avaient pu rejoindre s'étaient réfugiés à la gendarmerie. Femmes et enfants mis en sécurité, au moins provisoire, on organisait la défense.
Sous la conduite des gendarmes, les Français se postèrent en demi-cercle couvrant .
Les émeutiers arrivaient rapidement. Ils se groupaient entre 300 et 500 mètres de là, attendant d'être en nombre pour donner l'assaut.
Les plus hardis commencèrent à tirer.
Les Français étaient bien armés. Ils ripostèrent ; quelques assaillants tombèrent. Le téléphone n'étant pas coupé, la gendarmerie envoya un appel pour obtenir du renfort.

Le nombre des assaillants paraissait atteindre le chiffre de 3.000 révoltés. La situation devenait angoissante lorsque, vers 18 heures, on vit arriver un escadron blindé qui, se rendant à Guelma, avait fait un crochet sur Villars.

Le village était sauvé. Il y avait là, en effet, deux 75 et d'autres voitures avec mitrailleuses.
Aux premiers obus, les émeutiers disparurent.
Ces éléments blindés arrivaient de Tunisie. La place étant nettoyée, les civils et les militaires partirent avec les voitures pour débloquer une ferme appartenant à M. Luzet et dont on était sans nouvelles.

Lorsque M. Degoul put rejoindre sa ferme, accompagné d'un brave gendarme, une partie des émeutiers finissait de piller les bâtiments.

Entendant le bruit d'une auto, ils crurent avoir affaire avec les blindés militaires. Ils prirent la fuite. M. Degoul était inquiet sur le sort de 4 prisonniers italiens travaillant sur l'exploitation. Ils étaient indemnes grâce à la protection de quelques ouvriers de la ferme. Du reste, en général, les prisonniers italiens ont été respectés : ils n'étaient pas français.

Dans les logements et les magasins, tout avait été dévasté. Il ne restait plus rien. L'immeuble lui-même était inhabitable. Les écuries étaient vides. Mulets et chevaux, qui étaient au travail au moment de l'insurrection, avaient été pris pour emporter le butin.

Les émeutiers avaient menacé certains ouvriers pour avoir prévenu leurs patrons et leur avoir ainsi permis d'échapper au massacre projeté.

La population de Villars passa huit jours à l'abri des murs de la gendarmerie. Des visites irrégulières de voitures blindées assuraient la liaison avec le dehors. Puis les colons ont réintégré leurs demeures. M. Degoul essaie de réparer sa ferme. Mais il ne peut se procurer des matériaux, en particulier des planches.

Une partie de sa récolte en fourrages et céréales a été piétinée par les révoltés. Devant les réactions de la troupe, ses bêtes, relâchées par les voleurs, ont repris le chemin de l'exploitation. Une certaine partie du linge et des vêtements volés a été apportée par le fils d'un marabout qui, avant le drame, distribuait à ses coreligionnaires des cartes d'adhérents aux " Amis du Manifeste " et cherche depuis à se réhabiliter. M. Degoul ayant refusé d'assister à un repas offert par le marabout, les restitutions ont brusquement cessé. Un caïd, cependant, a rapporté quelques effets. Quand à l'argenterie, aux ustensiles de cuisine, ils ne sont pas revenus. Des enquêteurs passent dans le pays pour se renseigner. Ils cherchent les relations qu'il pourrait bien y avoir entre les émeutes et la politique de Vichy. Le plus fort, c'est que parfois, ils en trouvent... A Villars, comme partout, on fait l'éloge du sous-préfet, M. Achiary, dont les efforts ont réussi à réduire au minimum les conséquences de la révolte dans la région le réduit défensif

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