VESTIGES ANTIQUES DE LA COMMUNE MIXTE DE L'OUED CHERF

PAR

M. R. BERNELLE,
Membre correspondant

Le territoire compris entre Guelma, l'Oued-Zenati et Aïn-Beïda-Sedrata, dans lequel est comprise la commune mixte de l'Oued-Cherf, est un de ceux où l'on rencontre le plus grand nombre de vestiges de la domination romaine, tels que hameaux et exploitations rurales, dont quelques-uns ne sont pas sans une certaine importance et sans offrir quelque intérêt.

Il renferme également un grand nombre de monuments mégalithiques et des traces nombreuses de la population indigène dont on retrouve des inscriptions et des cimetières.
Sillonné par plusieurs voies romaines dont les vestiges sont encore visibles en maints endroits, composés d'excellentes terres de culture propres à l'élevage du bétail et du cheval, ce territoire a dû contenir une population agricole considérable, dans une situation prospère.

La population indigène semble avoir été quelque peu assimilée à la race conquérante et avoir aussi contribué au développement de la colonisation et à la richesse de la contrée, ainsi qu'à sa sécurité.
Ces vestiges de la domination romaine ont été peu visités, car leur situation, dans une contrée dépourvue actuellement de voies de communication, ne permet pas de s'y rendre facilement.
Nous les croyons donc très peu connus dans leur ensemble. C'est cette considération qui nous a engagés à essayer d'en donner ici une description aussi complète que nous le permet notre peu de compétence en cette matière.

Partant d'Announa (Thibilis), point dont l'importance devait être assez considérable, si l'on en juge par ce qui reste de cet antique municipium, et, d'où partaient quatre voies, nous décrirons ces vestiges au fur et à mesure que nous les rencontrerons sur chacune de ces voies, ainsi que sur leurs embranchements.
Ces voies principales étaient :
1° De Thibilis sur Tipaza, par Capraria ;
2° De Thibilis sur Cirta ;
3° De Thibilis sur Hippone, par les Aquas Thibilitanoe ;
4° De Thibilis sur Calama ;
5° De Thibilis sur Rusicada ;
6° D'Hippone à Tipaza.

Outre les voies officielles des Itinéraires, le pays était sillonné par un grand nombre d'autres chemins reliant entre eux les diverses agglomérations de population et sur lesquels se trouvaient des exploitations rurales.
Cette petite vicinalité se composait de chemins plutôt muletiers, dont le tracé était direct, sans tenir compte des difficultés de terrain, et qui étaient les suivants :
1° De Thibilis à Gadiaufala, par Henchir-Loulou (Civitas Nattabutum) et Oum-Gueriguech ;
2° D'Henchir-Loulou à Tipaza ;
3° D'Henchir-el-Hammam à Vatari.

I. ROUTE DE THIBILIS SUR TIPASA PAR CAPRARIA
A sa sortie de la ville, tournant brusquement dans la direction Sud-est, la voie contournait les pentes Est du Djebel-Sada, passait au point où a été construit le bordj Ben Zerguin, et, après un parcours de cinq kilomètres environ sur lequel on rencontre des vestiges d'habitations, atteignait les ruines d'un poste militaire dominant un défilé dit " El-Khenga, " traversé par l'Oued-bou-el-Friès. Des blocs dessinent des alignements. Au-dessous également des vestiges d'habitations. De ce point, par l'Est, un escarpement dont l'extrémité forme un ressaut à pic d'une trentaine de mètres, couronné par un fortin de quinze mètres de côté, construit en grosses pierres de taille, et qui commandait les vallées de l'Oued-bou-Deb et de l'Oued-bou-el-Friès. Les faces Nord et Ouest sont, en grande partie, bien conservées.
Au-dessous de ce fort, de gros rochers élevés (Oum-Chetob) lui étaient reliés, ainsi qu'entre eux, par une enceinte en maçonnerie ordinaire, aujourd'hui détruite, mais dont les restes sont très apparents.
C'était une position remarquable pour un poste vigie, car les approches en sont difficiles et la vue s'étend fort loin sur la contrée environnante.

A l'entrée du défilé (El-Khenga), sur la rive droite de l'Oued-bou-el-Friès, se trouve un gros rocher (Hadjar-el-Khenga) couvert de sculptures bizarres et primitives, représentant des hommes, des chiens, des buffles, une autruche et d'autres animaux qu'il n'est pas très aisé de reconnaître, entre autres un éléphant sur la croupe duquel est tracé le caractère libyque X et qui doivent avoir été gravées à une époque antérieure à la domination romaine (1).
Guelaâ-Serdouk
A trois kilomètres Est de la ruine précédente, en dehors du tracé de la voie romaine, sur la rive gauche de l'Oued-Cherf, se trouvent des ruines qui, par la légende et le mystère qui les entourent, paraissent intéressantes à étudier.
Elles ont un caractère de lieu sacré pour les indigènes de la contrée.
En cet endroit, se trouve un fort escarpement rocheux surplombant d'une cinquantaine de mètres le lit de la rivière et ne tenant au Djebel-Beïbou que par une étroite bande de terre.
Cet escarpement n'est qu'un amoncellement gigantesque de rochers superposés dans un véritable chaos, entrecoupé de profondes crevasses et rempli de cavités dans lesquelles il est difficile de pénétrer. Sur le sommet de cet escarpement se trouvent quelques surfaces un peu planes, couvertes de broussailles, au milieu desquelles on rencontre des vestiges de constructions anciennes peu soignées, ainsi que ceux d'une muraille d'enceinte.
Les cavités souterraines, dans quelques-unes desquelles nous avons pu pénétrer, ont dû servir d'habitations. On y trouve des morceaux de poterie, des tuiles, des ossements d'animaux. Une légende locale raconte qu'à une époque très éloignée, un prince du pays (El-Serdouk), poursuivi par les Roumis, vint s'y réfugier avec sa famille, ses serviteurs et ses trésors, s'y tint caché pendant quelque temps, mais fut obligé d'en sortir par suite de famine et se rendit à ses ennemis. La tradition ajoute qu'il y aurait laissé ses trésors, encore renfermés dans-des chambres souterraines dont l'entrée est défendue par des génies.
Étant donnée cette légende et la situation toute particulière de ces ruines, on est amené à penser que l'on est peut-être là en présence du point, dont la position exacte est encore inconnue et tant discutée, où se serait réfugié Gelimer, le dernier roi Vandale, poursuivi par les Byzantins, après sa défaite à Tricamara. Le Nador, cette montagne où a été découverte par M. Papier, le savant président de l'Académie d'Hippone, l'inscription faisant connaître sa concordance avec le " Mons Pappua " des anciens, et la Mahouna, dans laquelle sont situées ces ruines, ne sont, en réalité, qu'une seule chaîne de montagnes qui peut très bien n'avoir eu dans l'antiquité qu'un seul et même nom, celui de " Mons Pappua ".

L'historien de l'invasion byzantine, le grec Procope, fait connaître que le lieu de retraite du prince Vandale était proche d'une ville de bains qu'il nomme Midenos.

A cinq kilomètres du Guelaa-el-Serdouk, au pied des derniers contreforts de la Mahouna, au lieu dit " Henchir-el-Hammam ", existent les vestiges d'une petite ville, au milieu desquels sourdent des sources thermales et qui contiennent des traces de nombreuses piscines.
On peut également remarquer que la contrée (la Mahouna) répond parfaitement, comme topographie, à la description faite par l'historien grec du pays et des habitants au milieu desquels s'est réfugié le prince Vandale.
Nous ferons observer également que le nom donné à ces ruines indique encore une particularité en faveur de l'hypothèse créée ' par la légende. Le mot arabe " serdouk " qui veut dire " coq " n'a aucune signification dans la circonstance. Les indigènes l'expliquent en disant que l'âme du prince malheureux revient fréquemment, sous les apparences d'un gros coq, errer sur les ruines.
Nous pensons que le mot " Serdouk " n'est que la corruption, à travers les siècles, du mot grec " Sardegos " qui s'appliquait évidemment à la haute personnalité qui était venue s'y réfugier.
Le respect que les indigènes ont encore pour ces ruines, le peu de désir qu'ils ont de les faire visiter par des " Roumis, " n'indiquent-ils pas également le souvenir conservé par la population locale d'un chef aimé et respecté, dont les malheurs ont été amenés par des Roumis, les aïeux des dominateurs actuels du pays (1) ?

Djemaa-Nador
A l'Est de la voie romaine, en face d'Oum-Chetob, sur les flancs du Djebel-Beïbou, où existent de nombreux vestiges d'habitations anciennes, on rencontre également une nécropole mégalithique importante au lieu dit " Djemnâ-Nador ", au col du Fedj-el-Azereg.
Les dolmens, dont quelques-uns ont des proportions considérables, sont, en général, formés de quatre blocs verticaux, laissant dans leur intervalle une chambre rectangulaire. La largeur des dalles qui les recouvrent varie de lm50 à 2 mètres, et un ou plusieurs cercles de pierres les entourent. La nécropole n'a pas été fouillée.
Après avoir traversé le défilé (El-Khenga), la voie romaine atteignait le vaste plateau " d'A'ioun-Djemel ", couvert de ruines de fermes, d'où elle descendait en droite ligne sur l'Oued-Cherf qu'elle franchissait au Medjez-ben-Argoub. Des vestiges nombreux, entre autres ceux d'un fortin, existent sur ce point. Gravissant ensuite les dernières pentes de la Mahouna en remontant l Oued-Sebt, la voie atteignait les ruines de Ksar-Othman (Capraria ?)

(1) Nous laissons à notre confrère toute la responsabilité de cette nouvelle hypothèse sur le lieu de refuge de Gelimer, en faisant remarquer que tous les pâtés montagneux, depuis la Medjerda à l'OuedSahel, se prêtent à de telles identifications, et que M. Papier n'a nullement résolu la question du Pappua. - (Note du Comité).
Ksar-Olhman. --- (Capraria )
Au-dessus de l'Oued-Fereda, se voient sur un escarpement rocheux d'une cinquantaine de mètres de hauteur les vestiges d'une position militaire remarquable, autour de laquelle s'était créé un centre agricole.
La forteresse, dont la face Nord est encore très nette en maints endroits et compte cinq assises en gros blocs assemblés sans ciment, occupe tout un mamelon. L'intérieur était divisé en nombreux compartiments dont les alignements se distinguent encore fort bien.
Des citernes, creusées sur le flanc Nord du mamelon et dans lesquelles les eaux devaient être amenées par des conduits souterrains d'une source située un peu plus haut, assuraient, en cas de besoin, l'alimentation en eau potable de la population ou de la garnison renfermée dans ce fortin.
Aucun monument, aucun vestige important ne se rencontre sur la surface de ces ruines, absolument dévastées, d'ailleurs, par la continuité des labours.
Nous croyons pouvoir identifier ces ruines avec la station indiquée sur les Itinéraires sous le nom de Capraria.
Sa distance de Thibilis qui est la même que celle indiquée pour Capraria sur la carte de Peutinger, la valeur de la position militaire et la nature même du pays, sont autant de motifs qui nous amènent à admettre cette identification. La contrée montagneuse et sauvage où, encore actuellement, la race caprine est fort nombreuse et seule peut prospérer, expliquerait la dénomination particulière donnée à ce point, dont le caractère devait être essentiellement militaire.

Henchir-Mghott
Un peu au-dessus de Ksar-Othman, sur le sommet du versant occidental de la Mahouna, se voient les vestiges encore très nets d'un fortin, annexe de celui décrit précédemment.
Presque toute la construction est encore indiquée par des alignements réguliers.
Ce fortin était certainement destiné à la surveillance des populations sauvages de la montagne. On rencontre, en effet, dans ses environs, de nombreux vestiges d'habitations, ainsi que quelques inscriptions lybiques. Cette situation expliquerait tout cet ensemble d'ouvrages défensifs que l'on rencontre dans cette région et indiquerait que les populations n'étaient rien moins que soumises à la domination romaine.

La région environnante est également riche en dolmens dont le plus important est l'Hadjar-Merkouba (la pierre dressée), nom qui lui provient de sa situation toute particulière, placée qu'elle est presque en équilibre sur une arête rocheuse.
De Ksar-Othman, la voie s'engageait dans la vallée de l'Oued-Fereda, passait par les ruines d'Oum Chïoukh, puis, traversant le pays actuel des Atatfa, si riche en nécropoles mégalithiques, laissait sur sa gauche l'Henchir-Matouïa. Après avoir traversé l'Oued-el-Aâr, elle atteignait le fort du Guelaâ-SidiYahya.

Henchir-Matouïa Ces ruines d'un centre agricole important couvrent une superficie d'une dizaine d'hectares, sur un escarpement Nord-est de la Mahouna, à la naissance de l'Oued-bou-Sorra, et à une altitude de mille mètres.
Une grande quantité de pierres de taille jonchent le sol et dessinent des alignements de rues. Deux sources abondantes et qui ont conservé des traces d'aménagements jaillissent dans leur périmètre.
On ne rencontre aucun monument debout et nous n'y avons trouvé que l'inscription libyque reproduite à la planche contenant les inscriptions libyques (fig. 1).
L'aspect des ruines, leur situation topographique dans un pays sauvage, d'accès difficile, le manque complet d'inscriptions en caractères latins, la proximité des forts d'Henchir-Mghott et de Ksar-Othman nous font supposer que ces ruines sont celles d'un centre agricole peuplé d'une population essentiellement indigène que l'on était parvenu à fixer en cet endroit éloigné des grandes, villes.

Sur un mamelon escarpé, situé à la naissance de l'Oued-el-Aâr, se dressent, encore en assez bon état de conservation, malgré les actes de dévastation dont elles ont été l'objet pour la construction de la route de Guelma à Sedrata, passant plus bas, les ruines d'une forteresse romaine. Deux tours flanquaient la face Ouest et quatre celle de l'Est, les seules accessibles. La porte d'entrée s'ouvrait sur la face Est.
L'intérieur de cette forteresse était divisé en compartiments. Au-dessous, sous un dallage dans lequel sont creusées des ouvertures, existe un système de chambres rectangulaires, au nombre de six, avec revêtement en ciment et qui doivent avoir été des citernes.
On ne rencontre, autour de ce bâtiment, aucune trace d'habitations : on n'y a découvert aucune inscription.
Située dans une contrée montagneuse, coupée de ravins profonds, qui devait être habitée par une population sauvage, cette forteresse gardait le point de jonction des voies de Cirta à Tipaza par Thibilis et d'Hippone à Tipaza par Zattara (Kef-Bezioun), et assurait la sécurité des communications.
Le cadre de notre notice ne nous permet, pas de suivre cette voie dans la direction de Tipaza, qui est en dehors du territoire de la commune mixte.

VOIE DE THIBILIS SUR CIRTA
A sa sortie de Thibilis, la voie gravissait les pentes Nord du Djebel-Sada et arrivait à Ras-el-Akba, sur la ligne de partage des eaux de l'Oued-Cherf et de l'Oued-Zenati.
Le territoire parcouru à partir de ce point par cette voie étant en dehors de la commune mixte, nous ne la suivrons pas au-delà du point rappelé plus haut.

VOIE DE THIBILIS SUR HIPPONE PAR LES AQUAE THIBILITANAE
Sa direction jusqu'à Râs-el-Akba est la même que celle de la voie précédente ; puis, tournant brusquement dans la direction Nord-Ouest, elle rejoint bientôt la voie de Cirta à Hippone.
Descendant les pentes douces situées au Sud du Djebel-Sotha, elle passait au-dessus des hameaux d'Aïn-Amara et de Saint-Charles, auprès du premier desquels a été trouvée une borne milliaire.
Prenant ensuite la direction plein Nord, elle atteignait, après un parcours entier d'une quinzaine de kilomètres, les Aquae Thibilitanae (Hammam-Meskoutine).
Voici cette borne milliaire :

Aquoe Thibilitanae A 18 kilomètres de Guelma, sur la ligne ferrée de Bône au Khroub, se trouvent les magnifiques sources thermales des Aquae Thibilitanae, aujourd'hui Hammam-Meskoutine (Bains des Maudits).
Les nombreuses ruines éparses autour des sources et parmi lesquelles on trouve encore,

Nous ne décrirons pas la voie romaine dans son parcours, à partir des Aquae Thibilitanae jusqu'à Hippone, en passant par Ad Villam Servilanam et Ascurus, le cadre de notre notice ne nous le permettant pas. .

VOIE DE THIBILIS SUR CALAMA
Descendant au-dessous du plateau central des ruines, au pied Nord de l'escarpement, à travers les jardins actuels du village, la voie coupait l'Oued Announa, au-dessous du 87e kilomètre de la route de Bône à Constantine, et atteignait le petit plateau situé au bas du hameau d'Aïn-Amara. Continuant vers l'Est, elle descendait en droite ligne sur l'Oued Cherf en passant sur l'emplacement du village actuel de Clauzel. A Aïn-Amara, où a été trouvée la borne milliaire dont nous donnons ci-dessous la copie, ainsi qu'à Clauzel, les pierres et dalles de la chaussée de la route ont servi à la construction de maisons :
Elle coupait l'Oued-Cherf à environ deux kilomètres au-dessus de Medjez-Amar, à la hauteur de la propriété Clavel.

Medjez-Amar
A la jonction du Bou-Ham'dan et de l'Oued-Cherf, sur un plateau, se trouvaient quelques vestiges d'habitations anciennes. Aujourd'hui, elles ont disparu, ayant servi à la construction d'une ferme. Ces substructions sont très probablement celles d'un fortin destiné à garder le passage de la rivière et le chemin des Aquae Thibilitanae à Guelma ; un temple à Neptune dont nous avons retrouvé l'inscription y avait également été édifié :
L'importance de cette position, au point de vue militaire, avait été reconnue au début de la conquête française. Ce point fut, en effet, choisi en 1835 pour l'établissement d'un grand camp retranché où les généraux Clauzel et Damrémont organisèrent en 1836 et 1837 les armées expéditionnaires dirigées sur Constantine.
De la rivière, escaladant les pentes du versant occidental de la Mahouna, elle passait à l'Henchir Mouïa, sorte de petit poste, à l'Henchir-bou-Jar, vestiges d'une ferme, et à Hofra-el-Bir, nécropole lybique.
Hofra-el-Bir
Cette nécropole se trouve dans un grand cirque formé par la colline et des blocs nombreux (1) rendus de l'Académie d'Hippone (1890), page XLIII. (N. d. C.) dus du haut de la montagne. Sept pierres à inscriptions, d'une dimension énorme, gisent au milieu d'un nombre considérable de leurs pareilles ne portant aucune épigraphe, mais certainement recouvrant des tombes. Ces inscriptions ont été publiées ; des fouilles en feraient découvrir beaucoup d'autres (1).
A sa sortie du " Hofra-el-Bir ", la voie romaine continuait à gravir les pentes un peu raides du versant occidental de la Mahouna ; puis, après avoir atteint un plateau qu'elle traversait dans toute sa longueur, redescendait le versant oriental pour atteindre bientôt le vicus romain, dont les ruines portent actuellement le nom d'Aïn-Nechma.

Aïn-Nechma
Dans une cuvette formée par des collines peu élevées, traversée par l'Oued-Skhoun qui roule ses eaux au fond d'un ravin très encaissé, on rencontre des ruines assez étendues d'un bourg romain. Elles sont généralement très enterrées et des constructions nouvelles ont été élevées sur des anciennes qui leur servent de fondations.
La ruine principale s'étend au Nord du bordj arabe dit " Haouch-bou-Nar ", construit au milieu de ces vestiges avec des matériaux en provenant, parmi lesquels quelques pierres à inscriptions.
Près de ce bordj, entourée de pierres de taille, se trouve une citerne dans laquelle on peut descendre.
A l'Est, les ruines se continuent le long de l'escarpement surplombant la rivière.

Au Nord des ruines, dans la direction de Guelma, sur un mamelon au-dessus d'Aïn-Nechma, se trouve une petite nécropole libyque. Nous y avons relevé l'inscription ci-après, ainsi que quelques pierres funéraires ornées de figures et d'attributs. Voir planche des inscriptions lybiques (fig. 2) :
Des fouilles amèneraient certainement la découverte de nouvelles inscriptions latines, puniques et libyques.
La situation de ces ruines, dans les environs de Calama, a fait supposer à quelques personnes qu'elles pouvaient être celles de Suthul, cette forteresse où se réfugia Jugurtha et où les Romains, sous la conduite du proconsul Aulus, subirent un si éclatant échec. Cependant, rien dans leur topographie ne répond à la description donnée par Salluste de la situation de la forteresse numide.
(1) Académie d'Hippone, 189), p. LIX.
(2) lbid. p. LX.

HADJAR-TSELDJ VOIE DE THIBILIS SUR RUSICADA A sa sortie du municipium, cette voie se confondait avec celle de Cirta, jusqu'à Ras-el-Akba ; puis, suivant la crête dans la direction Nord, elle coupait la voie de Cirta à Hippone par les Aquae Thibilitanae, passait à l'Henchir-Kerma, ruines d'un fort garde-route, et, à travers un pays de dolmens, atteignait, à une altitude de près de mille mètres, le rocher fortifié dénommé actuellement Hadjar-Tseldj (pierre de la neige). (Voir planche 1)

Hadjar-Tseldj
Sur un petit plateau dominant toute la contrée environnante, se dressé isolé et s'apercevant de loin, un gros rocher d'une trentaine de mètres de hauteur, qui avait été aménagé en fort, poste-vigie.
On distingue encore sur les faces Nord et Est les restes d'une double muraille d'enceinte, d'une hauteur de trois mètres environ, ainsi que des traces d'escaliers taillés dans le roc pour permettre l'ascension du rocher.
A moitié à peu près de la hauteur, existe une petite plate-forme de dix mètres carrés, aménagée par la main des hommes, au milieu de laquelle a été creusée, dans le roc, une citerne pouvant contenir au moins 3,000 litres d'eau, et dont les dimensions sont lm40 de longueur sur lm20 de largeur et environ 3 mètres de profondeur. Les eaux pluviales y sont amenées au moyen de rigoles encore très nettes.

De la première plate-forme, d'autres degrés permettent de monter jusqu'en haut du rocher, d'où l'on a un panorama admirable et où se trouve une autre petite plate-forme, avec des traces de scellement, traces que l'on relève en grand nombre sur toute la surface du rocher.
Au pied de la face Ouest, sort du rocher une petite source. .
Nous avons relevé auprès de ces vestiges les deux inscriptions suivantes :
De ce rocher, continuant à se déployer sur le plateau Nord-Ouest, la voie romaine atteignait, après un parcours de deux kilomètres, le fort dont les ruines sont dénommées Ksar-Tekouk (le fort de la chouette) (2).
Ksar-Tekouk
Sur une colline, au-dessus de l'entrée de l'Oued Zenati, dans les gorges du Taya et sur la rive droite de la rivière, on voit les vestiges d'un castellum dont quelques parties, qui paraissent avoir été des citernes, sont encore en assez bon état de conservation. C'était une position militaire remarquable, dominant tout le pays environnant, La vue embrasse toute la vallée de l'Oued-Zenati, s'étend jusqu'aux montagnes de Constantine et, passant par dessus les collines d'Aïn-Trab, va fouiller la plaine de Temlouka (Rotaria ?) (1).
Les constructions et dépendances du castellum s'étendent sur une superficie d'un hectare environ et sont situées sur le bord Ouest de l'arête rocheuse du Djebel-Sotha.
Elles consistent en un rectangle en maçonnerie de 20 mètres de longueur sur 8 mètres de largeur Leur hauteur, côté Ouest, est de 8 mètres, et vers le Nord, elles sont à ras du sol. On y pénétrait par une porte à arcade située au Sud, d'où le nom arabe de " Bordj-Sabath ", donné également à cette construction.-
Elle renferme encore trois grandes pièces voûtées dont le sol est en terre battue.
Les murs sont cimentés. Les habitations de la garnison devaient être au-dessus et en arrière de ces pièces qui semblent avoir été des citernes.
A la limite Est du périmètre des constructions, au fond d'une petite conque, coule une source qui était défendue par un ouvrage presque intact.
Aucune inscription n'a encore été trouvée sur ces ruines.

(2) A son départ de ce castellum, la voie romaine descendait les pentes de la montagne et venait couper la rivière ( Oued-Zenati) à l'endroit où a été construit le caravansérail dit de " Bordj-Sabath ", puis, traversant l'Oued, gravissait les pentes raides situées au Nord du bordj et atteignait un grand plateau où se trouvait un pagus dont les ruines sont connues sous le nom de " El-Ksar, " (le fortin).
Henchir-el-Ksar
Sur un petit mamelon, escarpé sur sa face Nord, se voient les ruines d'un grand bâtiment, dont une tour (?) haute de cinq mètres et située à la partie supérieure du mamelon est encore presque intacte.
Sur le flanc Est et dans la plaine, au bas, on distingue des alignements de maisons assez vastes.
Nous pensons que ces vestiges sont ceux d'une grande exploitation agricole, construite en manière de réduit défensif. Au pied des gros rochers de la face Nord, sort de l'un de ceux-ci une belle source qui devait être protégée par un ouvrage maçonné.
Notre exploration de cette petite ruine nous a permis de découvrir les inscriptions que nous transcrivons ci-après, dans une petite nécropole située au pied de la tour :

Rar-ez-Zemma
Sur le flanc Nord de l'immense rocher du Taya, à une altitude de 1000 mètres, s'ouvre une grotte spacieuse donnant accès dans des cavités profondes existant dans les flancs de cet immense amas de rochers.
Les parois de cette grotte sont couvertes d'inscriptions romaines votives indiquant l'existence en cet endroit d'un sanctuaire dédié au dieu Bacax, et où les habitants de Calama et de Thibilis venaient faire des sacrifices en l'honneur de cette divinité numide. Nous ne transcrirons pas ces inscriptions ; elles ont été publiées depuis longtemps (3).

Site internet GUELMA-FRANCE