HISTOIRE DES TRAPPISTES EN ALGERIE
Les moines de TIBHIRINE
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L' An de grâce 1843, le jour de l'exaltation de la Sainte-Croix (14 septembre) l'aventure des Cîteaux recommençait en Afrique un groupe de douze moines de Notre Dame d'Aiguebelle dans la Drôme (fondée en 1137 dans la filiation de Cîteaux), conduits par le père François-Régis posaient la première pierre, ils posaient la première pierre du premier monastère cistercien au nord du Sahara.

*Le père abbé fondateur, Dom Orsise avait souhaité implanter cette abbaye à Hippone, pour placer son rayonnement futur sous le patronage de St Augustin. Le Général Bugeaud, Gouverneur d'Algérie, ne retint pas le projet car Hippone était trop loin d'Alger.La Trappe d'Afrique où Notre-dame de Staouèli de l'ordre cistercien de la stricte observance (trappistes) a été édifiée à l'emplacement de Staouèli "la terre des Saints" qui suivit le débarquement de Sidi Ferruch à 17 km à l'Ouest d'Alger le 14 Juin 1830, dont le site est dominé par un marabout vénéré, sur une concession de 1020 hectares.

Un arrêté du 11 juillet 1843 autorise l'Ordre des Cisterciens, a créer un établissement agricole pour développer une agriculture moderne, assurer la formation des futurs agriculteurs, et apporter tous les services aux colons. Les débuts sont très durs, en 1847, 10 moines meurent de fièvre, mais tous les monastères cisterciens de France envoient des remplaçants.Monseigneur Dupuch, premier évêque d'Alger bénissait la première pierre de Notre Dame de Staouèli, en présence du maréchal Bugeaud le 14Septembre 1843. C'est le 20Août 1843 que le père François Régis prend possession officiellement de la concession couverte d'épineuses broussailles, d'un sol aride, desséché, envahie par les palmiers nains et infestée de bêtes sauvages. L'impression de chaos naturel, d'hostilité de la végétation resurgit pour faire apparaître, en contraste l'héroïsme des pionniers. Dans un rapport au gouvernement, le maréchal Bugeaud ne craignait pas d'écrire "Les trappistes, je les ai adoptés comme des enfants très intéressants de la grande famille coloniale et j'ai pris la résolution de les faire réussir, malgré toutes les difficultés...".

Depuis, on sait comment, en dépit de tous les obstacles, les religieux laboureurs contemplatifs parvinrent à fertiliser ce coin d'Algérie, qui devint rapidement un centre très vivant de rayonnement spirituel et de bienfaits matériels. Le bâtiment fut consacré le 30 août 1845 et érigé en Abbaye l'année suivante, avec pour prieur Dom François Régis. En 1848, il y avait déjà plus de 100 pères trappistes qui mettaient en valeur une importante propriété agricole. Dans la cour de l'abbaye, au milieu d'un bouquet de 10 palmiers était édifiée une croix rapidement remplacée par une statue de la vierge, en effet, les chrétiens d'Algérie vouaient un culte à Marie. Celle-ci devint un lieu de pèlerinage très fréquenté, y compris par des pèlerins venant d'Europe. Les guides de l'époque précisent que le frère concierge vendait aux visiteurs des médailles et des chapelets (où l'on retrouve la croix, la vierge, les palmiers et l'inscription N.D. de Staouéli, priez pour nous.. Et les Musulmans. Le maréchal Bugeaud "voulut encore essayer de la colonisation (au sens propre du terme, donc Romain) par la main des moines". C'était des religieux qui crurent possible de faire venir en Algérie, sous la Monarchie de juillet et le Second Empire, une partie des 100.000 enfants trouvés, dénombrés en Métropole. Il y a eu d'autres établissements religieux ce fut donc aussi une "colonisation", donc civilisation d'inspiration religieuse.

Les pertes en vies humaines furent très lourdes à Staouéli. Puisant leurs forces dans une vie monastique exigeante et dans la devise de Staouëli "ENSE CRUCE ET ARATRO" (Par l'Epée Par la Croix et Par le Charme). Ces trois leviers avec lesquels ont peut lever le monde.: "Il y a autant de courage à s'exposer aux maladies mortelles qu'entraîne la culture des terres qu'à s'exposer devant l'ennemi", Annales de Staouèli-1862. ils réussirent difficilement à maîtriser la situation dans un pays alors malsain. Renforcés constamment par de nouveaux essaims envoyés par les monastères d'Aiguebeile de la Melleray (Loire-Atlantique) et de Bellefontaine (Maine-et-Loire) ils réalisèrent une exploitation qui fut alors saluée comme une mise en valeur exceptionnelle du pays selon la tradition cistercienne du Moyen Age. 450 hectares de vignobles, 25 hectares d'agrumes, 30 hectares plantés de géraniums, un ensemble complexe de technologies adaptées aux potentialités économiques de la région ne représentent qu'une partie du palmarès. Sans rien concéder de l'idéal de vie contemplative, l'abbaye Notre Dame de Staouëli a contribué à la croissance de l'église dans cette partie de l'Afrique du Nord en puisant dans les fruits de sa production. Le monastère a construit, en effet, plusieurs petites églises, des écoles, des dispensaires. Il subventionnait les œuvres du clergé et venait en aide aux plus défavorisés. Ainsi le Monastère, sa ferme modèle et ses industries servirent les intérêts tant spirituels que matériels de ce pays neuf, organisé " Ense Et Ratro " (avec l'épée et la charrue) par le Maréchal Bugeaud et ses soldats, mais éduqué " Cruse Et Aratro " (avec la croix et la charrue) par Dom François Régis et ses moines c'est la première page, et combien glorieuse, de l'histoire de l'action missionnaire des Trappistes au XlXe siècle.
Napoléon III honora en 1865, de sa visite le monastère alors si plein de promesses pour l'avenir.

Il compte alors plus de 100 moines, 3 fermes, toutes sortes d'activités agricoles, artisanales, et de formation. Le vignoble est constitué de cépages venus de France " espar ou mourvèdre, morastel, carignan , aramon ". Celui-ci est abandonné rapidement car il est fragile et ne résiste pas au sirocco. Ce vignoble atteint rapidement 350 ha. et servira de base au développement du vignoble algérien lorsque le désastre phylloxérique atteindra la France (1870). En 1854 Dom François Régis fut nommé Procureur Général des Trappistes à Rome. Le père François Régis voulait planter sa tente en missionnaire. La croix qu'il allait montrer aux Arabes était soutenue par ses deux filles aînées : la prière et l'aumône (2 piliers de l'Islam). Cette fondation peut être considérée à la fois comme une création exemplaire du point de vue monastique et comme une sorte de vivante démonstration de ce que l'Occident peut prodiguer à ceux qui ayant cessé d'être des Arabes fanatiques ou extrémistes sont devenus des citoyens ou des indigènes, au cours de l'administration française. Cette création résulte en effet des efforts de l'alliance, de la coopération des religieux, de la population (toutes religions et ethnies confondues) des pouvoirs civils, militaires. Ces derniers ne passaient pas devant le monastère sans s'incliner profondément. C'était pour eux " la Sainte Maison " des hommes de la prière et de la pénitence. Plusieurs d'entre eux furent baptisés dans l'église du monastère et quelques-uns demandèrent même à faire l'essai de la vie religieuse résultats très appréciables si on songe qu'ils étaient obtenus en plein pays musulman toujours défiant sinon hostile et méprisant à l'égard du christianisme, qu'ils voyaient si peu ou si mal pratiqué.
1904 : séparation de l'Eglise et de l'Etat français.

En métropole, c'était la période confuse et dramatique des inventaires et des expulsions. Bien qu'ils ne fussent pas réellement menacés, les moines de Staouëli n'eurent pas confiance et votaient au " chapitre ", la liquidation de leur abbaye et de vente de la propriété avec tous ses équipements, pour échapper à l'éventualité d'une expulsion et d'une confiscation.
Acte dressé le 21 octobre 1904 au profit des " Messieurs Lucien Jules et Charles Borgeaud citoyens suisses ". La famille Borgeaud (française ensuite) une des plus riches d'Algérie, alliée plus tard aux Savary, a joué un rôle croissant dans l'histoire de l'Algérie de 1904 à 1962. Dans le désarroi et la confusion, les moines se réfugiaient en Italie à Maguzzano au monastère de Sainte Marie. Maguzzano s'élève sur une légère éminence à un kilomètre environ de la rive Sud Ouest du Lac de Garde, qu'il domine de 75 m. il s'ensuivit une longue interruption (30 ans) de la présence monastique en Afrique du Nord. il ne reste plus que leur souvenir demeuré très cher au cœur des "Algériens" toutes confessions et ethnies confondues, qui avaient pour la Trappe de Staouëli une profonde affection.

En mars 1934, les survivants de Staouëli ont salué avec émotion de généreux confrères de Notre-Dame de la Délivrance (Fondation en Yougoslavie du Monastère Français de Notre-Dame des Dombes) qui s'en allaient reprendre et continuer leur œuvre interrompue par la tourmente étatique de 1904.
Grâce aux fondateurs de Notre-Dame de l'Atlas, accueillis avec enthousiasme par les missionnaires et le clergé de l'Algérie française.
Notre-Dame de l'Atlas fut fondée en 1934 par le Révérend Père Dom Placide Abbé de N.D. de la Délivrance à Rajhenburg en Slovénie. Anticipant son expulsion la communauté recherche un refuge afin de limiter les persécutions communistes et les affrontements préludes à la guerre civile espagnole (1936) et à la 2è guerre mondiale sans oublier l'invasion de la Pologne etc... Cinq moines partent donc de Yougoslavie (3 pères et 2 frères Convers) pour l'Algérie, le 7 mars 1934.
Ils saluèrent en passant leurs confrères de N.D. De Maguzzano. Nouvelle halte à N.D. Des Dombes, la maison mère. Puis à N.D. D'Aiguebelle qui se trouve sur la route.
Partout le plus cordial et fraternel accueil, partout de bons encouragements. Ils ont quitté Aiguebelle le 17 mars 1934 pour jeter les bases de la fondation "Algérienne".

Enfin nos voyageurs après une assez bonne traversée, arrivèrent au fort d'Alger, le 20 mars au matin. Accueil religieux officiel et cordial, une visite à N.D. d'Afrique, première messe, généreuse hospitalité des Pères Blancs jusqu'au 23 mars. Ils se sont d'abord installés aux Ouled-Triff à Tettery au pied de l'Atlas, dans une demeure fort exiguë et très incommode où l'eau ( ressource indispensable) manquait totalement. Ils ont quitté cet endroit inhospitalier et sont descendus à Ben-Chicao où ils ont trouvé une vaste propriété et de grands bâtiments, qui auraient pu donner asile à une très nombreuse communauté, Ils furent bientôt 15. Malheureusement, la propriété appartenait à l'Assistance Publique et par ce fait était inaliénable. Ils n'étaient même pas locataires. Il fallut chercher autre chose gour la fondation définitive.

Les recherches des pères aidés par des amis dévoués leur firent découvrir le beau domaine de Tib-Harine (le refuge N.D. de la Délivrance), avec sources abondantes et terres irrigables, à 70 km d'Alger avec une grande maison et une ferme dans un site de montagne remarquable à 1100 m. d'altitude, où un clocheton dominait les habitations comme un signe de la divine providence à fonder là, le monastère désiré au pied des Monts de l'Atlas (dans la filiation de N.D. d'Aiguebelle) à 7 km de la petite ville de Médéa. Tib-Harine qui signifie "les jardins" loin de tout village important était idéal aussi pour leur solitude monastique, sur un domaine de 400 ha.

On cultive des arbres fruitiers des pays tempérés pommiers, poiriers, pêchers, abricotiers, pruniers, etc... la vigne pousse à merveille et donne un vin de première qualité. On installe l'ancienne propriété de Staouëli en laquelle le passé se trouve relié au présent.
La contrée est peuplée en majeure partie d'Arabes tous agriculteurs menant une vie très primitive et pauvre par manque de motivation et d'organisation. Ici tout est pour ainsi dire à créer et un champ immense de labeur s'ouvre à l'action des moines.

Ces peuples courbés depuis des siècles sous le joug musulman, rebelles en général à l'action du missionnaire ne peuvent être gagnés que par l'action de la prière, du sacrifice, du bon exemple, des œuvres de charité. Mais la situation s'arrange en Yougoslavie, aussi le Révérend Père Abbé Dom Placide ne pouvant diviser sa communauté trop petite et n'ayant pas les fonds nécessaires pour acheter le domaine, jugea qu'il ne restait plus qu'une solution possible si l'on ne voulait pas abandonner Tib-Harine et ses incomparables avantages C'était de le confier à une autre abbaye du même Ordre qui en aurait la charge la fondation nouvelle des Cisterciens en Algérie.
Dom Placide montra en cette circonstance toute sa grandeur d'âme et son surnaturel désintéressement en rencontrant le Révérend Père abbé de l'abbaye d'Aiguebelle, Dom Bernard, et en lui offrant de continuer sa fondation, il accepta sans tarder, envoya certains de ses moines (convers) en renfort, des moines d'Aiguebelle, de Belle-fontaine, de Melleray et des anciens de Staouëli. Il acheta le domaine dont les locaux furent rapidement aménagés pour recevoir la communauté. La grande croix de la fondation fut érigée dans le préau le 7 mars 1938 en la fête des Saintes Perpétue et Félicité et leurs compagnons martyrs berbères, à Carthage en l'an 203. A l'alerte de 1938, notre Révérend Supérieur Dom Robert, jeune encore, fut mobilisé aux Spahis de Médéa. il obtenait facilement l'autorisation de venir chaque soir passer la nuit au monastère pour assister aux matines. Mais bientôt, il fut rendu à la communauté. Comme tout le monde, ils ont eu à supporter la mobilisation de plusieurs membres de la communauté, certaines réquisitions et enfin quelques restrictions. A la déclaration de guerre, deux religieux prêtres furent mobilisés. Père Anselme, lieutenant, tué à l'ennemi, décoré de la Croix de Guerre et ensuite à titre posthume, de la Légion d'Honneur. Père Edmond, infirmier, qui à la deuxième phase de la guerre fut nommé aumônier militaire et fit à ce titre les campagnes d'Algérie, d'Italie, de France et d'Allemagne. Il fut blessé en Italie. Trois "oblats" furent mobilisés, l'un est resté au noviciat de N.D. d'Aiguebelle, les deux autres ne sont pas rentrés. L' Hôtellerie avait été offerte, sur sa demande, à la Croix Rouge.

Après l'indépendance, neuf moines ont continué cette vie cistercienne consacrée au service humble de Dieu et au travail agricole au milieu d'une population musulmane aimée et respectée dans leur foi et leur cheminement spirituel, il ne leur restait que 14 hectares de terrain, "donnant" 360 hectares, à la réforme agraire ? Ils ont tissé des liens avec la population en travaillant au défrichage de la terre, au creusement de puits, en coopérative avec les fermiers voisins. A Tib-Harine (Thibhirie après l'indépendance) les moines parvinrent à gagner le respect et la sympathie des Arabes. L' Arabe religieux par nature, respecte l'homme qui prie, à quelque culte qu'il appartienne. Depuis le mois de mai 1994, quinze prêtres, religieux et religieuses ont été assassinés. Dans la nuit du 26 mars 1996 (date prémonitoire) sept moines (six d'Atlas, plus le père Bruno, supérieur d'une communauté Cistercienne de Fès au Maroc) sont enlevés. S'en échappent père Jean-Pierre et père Amédée. Un groupe armé se présente chez le jeune gardien qui vit avec sa famille à l'entrée du monastère. Ils disent qu'ils ont besoin de Frère Luc, le médecin. ils cassent les vitres et entrent par effraction. Père Christian refuse de laisser partir Frère Luc, en raison de son grand âge (82 ans). On emmène Frère Luc, mais aussi tous les membres de la communauté qu'on trouve (déjà menacés, il y a 2 ans.). Père Amédée et Père Jean-Pierre se rendent compte qu'ils sont seuls dans la maison. Une demi-heure plus tard, le jeune gardien qu'on voulait emmener avec les moines, réussit à s'échapper dans l'obscurité. Impossible de téléphoner à la gendarmerie car les lignes sont coupées. Trois prêtres et neuf religieuses se trouvaient à l'hostellerie, mais le groupe armé ne semble pas s'être rendu compte de leur présence. Il s'agissait de membres du groupe de dialogue Chrétien Musulman, qui n'avait pas pu se réunir depuis très longtemps à cause du danger. Père Jean-Pierre et Père Amédée se rendirent à la mosquée, pour prévenir les gens au moment de la prière.

Personne ne vint à la prière ce matin-là. Il semble que les gens ont peur. Sur la route, on trouve un sac avec la coule de frère Michel, on prévient la police de Médéa qui commence son enquête, dont on attend encore les résultats.
On prévient Monseigneur Teissier Archevêque d'Alger, grand ami du monastère.
Ils seront retrouvés deux mois plus tard, assassinés le 21 mai 1996... 7 frères cisterciens au cœur pur ont donné leur vie, immolés par les nouveaux barbaresques, au nom du Dieu unique. Nous pouvons dire que depuis le 19 mars et le 3 juillet 1962, la "Berbérie" retourne à la "Régence" et au "Paganisme". Le Prophète n'a-t-il pas dit "il existe d'autres Prophètes... Sidna Aîssa" ( Jésus ) lequel n'est certes pas reconnu comme Fils de Dieu. Sa mère Lalla Meyriem (Marie) vénérée par les musulmans. Leur enveloppe corporelle est devenue poussière d'Afrique, elle est partie rejoindre celle des bâtisseurs d'empires, celle des Romains, Saint-Augustin, sa mère Sainte Monique et tous nos saints et Empereurs Berbères d'AFN. Sept hommes de Dieu au sein d'une population très pauvre, dans une région dangereuse, malgré les menaces, l'insécurité, ils avaient choisi "nous voulons rester porteurs d'un message d'espérance". C'est cela la Fidélité à une vocation, à l'appel de Dieu, entendue aux heures de leur jeunesse... Bien sûr la prudence, les conseils pressants des autorités françaises les invitaient à retrouver la douceur du sol de France, l'horizon clair de leur monastère... Ils ont dit non.

Nous resterons, nous partagerons jusqu'au bout la vie de ceux parmi lesquels nous avons voulu être des témoins de l'amour. Les moines ont toujours refusé la protection de l'armée et observent une très grande neutralité face aux événements ce fut leur attitude durant la "guerre d'Algérie", (de 1954 à 1962), ils étaient 8270 français mono-nationaux). Et ils sont restés... et ils sont morts d'une mort révélant l'atroce barbarie de leurs assassins. Ils sont morts d'avoir trop aimé... Ce massacre est une injure faite à l'Islam. Ils savaient très bien à quoi ils s'exposaient en restant obstinément là-bas. Ils passaient leurs jours à assister les plus démunis, à soigner sans distinction aucune, le paysan du coin, ou le rebelle en armes. Des justes, dans la pleine acception du terme. C'étaient des religieux très ordinaires en somme trop ordinaires. Ils l'étaient tellement qu'ici on ne soupçonnait même pas leur présence en Algérie avant leur enlèvement et que l'on n'envisageait pas leur possible destin tragique après. C'est fait et l'émotion a aussitôt réveillé et submergé les médias. Il y avait enfin matière à illustrer le drame. Désormais, ils ont besoin de silence et de recueillement. Les fleurs sauvages ont envahi le monastère de Tibhirine, et les villageois l'entretiennent en attendant des jours meilleurs. Aujourd'hui à Citeaux - à St Nicolas les Citeaux - petit village de Bourgogne en Côte d'Or à proximité de Dijon subsiste l'âme et quintessence d'un passé prestigieux, c'est surtout le cœur de l'ordre. L' Abbaye fut victime des ravages de la Révolution Française La fureur des hommes a tout de même épargné de nombreux bâtiments. La restauration a joué son rôle ainsi que le travail acharné et assidu des "moines paysans" et la vente de leurs excellents produits.
En effet depuis 1898, une communauté dynamique a pris en main le destin de l'Ordre. Cette fin de siècle est une véritable renaissance pour Cîteaux.
En ce printemps 1998, flotte parfois à Cîteaux comme un air de nostalgie. Ces jours-là peut-être, les âmes apaisées de ces pauvres moines assassinés, viennent en pèlerinage. Sept vies de trappistes venus de tous les horizons, viscéralement attachés à l'Algérie où ils étaient installés depuis plus ou moins longtemps et à son peuple, les sept moines cisterciens sont allés jusqu'au bout de leur engagement: Dom Christian-Marie de Chergé (né à Alger), Luc Dochier, Célestin Ringeard, Michel Fleury, Bruno Lemarchand, Christophe Lebreton, Paul Favre Miville.

En 1959 fut dressée une Vierge provenant de Lourdes "Notre-Dame de la Paix" sur le rocher Sidi-M'cid sur le lieu dit Tib-Harine, couronnée d'étoiles, le pied posé sur le croissant de lune. La Vierge domine.., toujours... dans son trigone (formant un angle protecteur), les yeux fixés sur l'intérieur du continent. Aucun mort, aucun blessé fut déploré dans ce faisceau, pendant les "événements" d'Algérie.

Envoyé par Francis .G..

Site internet GUELMA-FRANCE