SERVICE DES MONUMENTS HISTORIQUES DE L'ALGÉRIE

ROUTES

        Il n'entre pas dans le plan de ce livre d'étudier le réseau routier dont les Romains couvrirent l'Algérie l'oeuvre admirable à laquelle prirent part le gouvernement impérial (qui y employa ses soldats), les communes et les propriétaires. Nous nous bornerons ici à quelques indications sur la structure des voies.

           Elles ne sont dallées qu'à l'intérieur ou dans le voisinage immédiat des villes(2). Ainsi, la grande route qui longe la lisière septentrionale de l'Aurès est couverte d'un beau dallage à travers Thamugadi, on elle se confond avec le decumanus maximus(3). Ailleurs, le revêtement ne consiste qu'en caillasse Voici, par exemple, quel est, d'après Ravoisié(1), la structure de la route de Cirta à Rusicade, qui existait dès le Ier siècle de notre ère, mais qui fut refaite sous Hadrien et souvent réparée depuis(2) : " La voie est construite au moyen de deux bordures en fortes pierres, reliées, à des intervalles de 8 à 10 mètres, par des chaînes ou traverses, également en pierres de fortes dimensions, et dont chaque espace est soigneusement rempli par un blocage de petites pierres(3). Cette chaussée a une largeur de 7m, 20. " La route de Calama à Hippo Regius, dont plusieurs tronçons sont encore bien conservés, est établie de la même manière. Elle ne mesure que 6m, 75 de large(4).

M.Payen a étudié minutieusement la structure de la voie qui passait au nord de l'Aurès et de celle qui traversait la partie septentrionale du Hodna. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire sa description(5) : " La chaussée, généralement large de 5m, 50 à 6 mètres, est parfaitement encadrée ou mieux emboîtée entre deux bordures parallèles de gros cailloux, maçonnés sur un seul rang et alignés au cordeau.
Cette chaussée est exactement partagée, selon son axe, au moyen d'une troisième bande de moellons rectangulaires ou de galets très ovales, figurant une arête enchassée au sommet du bombement que présente la croûte supérieure de la surface de roulement, qui, ainsi divisée en deux voies, implique deux courants distincts de circulation... Une aussi ingénieuse disposition de la chaussée.., facilitait l'écoulement des eaux pluviales..." Pour la construction, on a creusé une tranchée longitudinale, de la largeur de la chaussée, et profonde de 0m, 75 à 0m, 80… Au fond de l'encaissement, en apparence bien nivelé, il a été étendu un lit de menu gravier, de 0m, 08 à 0m, 10 d'épaisseur, et, sur ce sable rugueux, on a bâti, sur près de 0m, 20 de hauteur et selon les ressources locales, une assise de dalles, ou de pierres dures, ou de galets liés par une coulée de mortier de ciment de tuileaux ou de terre siliceuse.

" Par-dessus cette fondation, déjà très solide, on a successivement superposé ;
" 1° Une couche d'environ 0m, 15 de béton de pierres cassées ou de galets brisés
" 2° Une couche de même épaisseur, constituant le noyau de la chaussée et composée d'excellent ciment, mélangé avec du gros sable ou du petit gravier
" 3° Enfin, une couche dernière de ciment rustique couvre ou mieux couronne l'oeuvre éternelle, et c'est dans ce revêtement extérieur très convexe que les trois bordures ont été implantées, et aussi, çà et là, des cailloux bruts, destinés à ajouter de la force de résistance aux surfaces de roulement.

La grande route de Carthage à Theveste, dont les derniers milles se trouvent sur le territoire algérien, fut faite ou plutôt refaite au temps d'Hadrien. Elle comporte quatre couches superposées, dont l'épaisseur totale est de 0m, 67 en moyenne
1° en bas, de grosses pierres brutes ;
2° un lit de mortier dont une partie s'est infiltrée entre les pierres de la première couche ;
3° une couche de cailloux ;
4° des pierres très irrégulières formant la surface de la voie, surface bombée au centre. De chaque côté, des pierres assez grosses, à peine équarries, font saillie et constituent la bordure. La largeur totale est de 6m, 75(1).
Les voies de second ordre sont naturellement moins larges - elles mesurent de 3 à 4 mètres - et d'une structure plus simple, consistant en une couche d'éclats de pierres ou de galets, noyés dans du mortier et bordés par deux rangées de petits blocs(2).
Enfin, bien des routes même parmi celles qui figurent sur des documents d'origine officielle, comme l'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger, ou que des bornes milliaires jalonnaient, étaient de simples pistes, surtout en pays de montagnes : on se contentait d'encaillasser les parties les plus exposées aux dégradations et de jeter des ponceaux suries oueds(3).
Le long de ces voies devaient être établis çà et là des réservoirs plus ou moins vastes, fournissant l'eau nécessaire aux voyageurs et à leurs bêtes. Il semble bien que certains d'entre eux aient porté le nom de centetiarium(4).

PONTS

Le pont d'Hippone(3), qui traverse l'oued Bou Djemaa à 1.500 mètres au sud-ouest de Bône, est aussi d'origine romaine, mais il a été tellement réparé avant et depuis la conquête française qu'il est difficile de distinguer, dans les piles et dans les voûtes, les parties neuves des parties anciennes. Il mesure 98 mètres de long sur 6m, 80 de large et est construit en dos d'âne. Les piles, flanquées d'avant-becs pointus, portent onze arches de largeur et de hauteur diverses ; la clef de celle du milieu se trouve à 3m, 60 au-dessus du niveau des eaux basses. Dans l'antiquité, ce pont devait porter une voie qui, sortant d'Hippone, suivait le littoral en contournant le massif de l'Edough.
M. Barry a trouvé récemment, à 2 kilomètres et demi au nord-est de Tébessa, un pont de quatre arches, entièrement enfoui sous des alluvions. Jeté sur un affluent de l'oued Meskiana, il portait la grande route de Carthage à Theveste : ce qui permet de croire qu'il date de l'époque d'Hadrien(1). Il mesure 5m, 10 de largeur et 17m, 65 de longueur. En amont, les piles offrent des avant-becs.
Les autres ruines de ponts romains en Algérie sont sans intérêt(2).

2. Nous mentionnerons ici :
1° Des restes de plusieurs ponts et ponceaux jetés sur des ruisseaux,entre Philippeville et Stora (De Marcilly, Ann. de Const., 1853, p. 38 ; Delarnare,
Mémoires des antiquaires de France, XXIV, 1859, p. 156-7 ; Viars, Rusicade et Stora, p. 36, 207-8).

Auprès de l'un d'entre eux, on a trouvé une inscription indiquant que les ponts de la nouvelle route de Cirta à Rusicade, pontes viae novae Rusicadensis, furent faits sous Hadrien (note inédite de Delamare). Ce tronçon de voie entre Philippeville et Stora ne faisait pourtant pas partie, à proprement parler, de la route de Cirta à Rusicade.
- Une autre inscription semblable a été recueillie au nord de Constantine, à côté des ruines d'un ponceau, près de l'oued Hadjar (Ann. de Const., 1853, p. 33 ;
Corpus, VIII, 10296). D'autres bornes milliaires font également mention des ponts de la route de Cirta à Rusicade (Corpus, VIII, 10304 seq. ; Ephemeris epigraphiea, V, 1134 seq.), et De Marcilly indique sur cette route les restes de plusieurs ponceaux (l. c., p. 35, 36).
2° Un pont sur l'oued Tenoukla, à une quinzaine de kilomètres au sudest de Tébessa, portant une voie romaine qui conduisait probablement à Thelepte (Rec. de Const., X, 1866, p. 232 et XIX, 1878, p. 3 ; Bull. de l'Académie d'Hippone, XXII, p. 54 ; Mélanges de l'École de Rome, X, 1890, p. 551).
3° Des ruines d'un pont traversant l'oued Smar el Houd, à l'entrée de la plaine de la Meskiana, sur une route qui allait probablement de Theveste à Cirta (Rec. de Constantine, XVIII, 1876-7, p. 386). 4° Un pont sur le Chélif, à Duperré (Oppidum Novum).

Il n'en reste pins que des vestiges, en particulier une grande pile au milieu de la rivière. Elle est en blocage, avec de beaux parements en pierres de taille, et présente deux avant-becs.

Le tablier, sur lequel passait la route la plus importante de la Maurétanie, avait 6m, 70 de large. Voir Shaw, Voyages, p. 76 ; Cat, Essai
Sur la province de Maurétanie, p. 196 A Lambèse, une ruine voisine de l'arc de Commode est considérée comme un pont à trois arches (Cagnat, Guide de Lambèse, p. 48). Mais cela ne nous parait pas certain.
Une inscription de l'année 290 (Corpus, VIII, 9041) mentionne un pont dans le voisinage d'Aumale

PORTS

On a pu étudier la disposition du port, ou plutôt des deux ports de Caesarea (Cherchel). Voici les indications que M.Cagnat donne à ce sujet(1) :
" Il existait deux ports distincts, le port marchand et le port militaire.
Pour construire l'un et l'autre, on avait tiré parti d'une petite île qui s'étendait en face de la ville et formait un abri naturel...
Le port marchand avait été établi entre cette île, que l'on a appelée depuis "îlot Joinville", et la côte ; vers le nord ouest, il était à demi fermé par une jetée [qui reliait l'îlot à un rocher voisin] ; vers le nord-est, par une autre, [partant du rivage et] établie sur une ligne de roches qui affleurent encore aujourd'hui en certains endroits.

En réalité, il était fort exposé aux vents du large.
" Le port militaire, au contraire, beaucoup plus petit, était très bien abrité. Il ne communiquait avec le port marchand que par un goulet assez étroit [à l'est] ; il n'avait rien à craindre des vents dut nord, du nord-est et du nord-ouest, l'îlot le protégeant entièrement de ce côté.
A l'ouest, un mur d'enceinte, fortement établi sur le rocher, le défendait des coups de mer... La forme du port était celle d'un hexagone très irrégulier.

Shaw nous apprend qu'il existait tout autour des monuments dont il a aperçu des débris sous l'eau... : c'étaient les restes de l'arsenal et des magasins de la flotte...

La construction du port moderne a fait disparaître le peu que le temps avait épargné. La profondeur moyenne du bassin était, suivant les uns, de 3m, 20, suivant les autres, de 2m, 50 seulement(1)... On a signalé sur l'îlot des travaux de défense, qui complétaient l'armement du port militaire à sa partie septentrionale.
" A Tipasa, le port romain(2) se trouvait en dehors de l'enceinte, à l'est. Assez exigu, il était limité par deux îlots et par la terre ferme. Trois jetées le protégeaient : l'une au nord, entre ces deux îlots ; une autre à l'ouest, partant du plus grand des flots pour se diriger vers le rivage, qu'elle ne rejoignait du reste pas, car l'entrée du port semble avoir été de ce côté;la troisième enfin au levant, entre le petit îlot et le littoral.b Sur l'îlot de l'est, un gros mur en pierres de taille, parallèle au rivage, servait probablement de brise-lames. L'îlot de l'ouest ne présente pas de mur semblable, mais le roc y est taillé de manière à remplir le même office. b Le port avait une profondeur de 4 à 6 mètres. La situation de ce havre à l'extérieur de la ville était évidemment assez incommode ; en outre, il n'avait pas de quai de débarquement, la côte étant à pic en cet endroit. Il ne communiquait avec la terre que par un petit escalier, creusé dans le roc.
Les marchandises devaient être débarquées plus à l'ouest, dans une baie voisine du centre de la ville, le long d'une ligne de quais dont les vestiges sont encore visibles. Des traces de jetées ont été constatées dans plusieurs autres ports romains de l'Algérie; elles ne méritent pas une description détaillée(3). romaine d'Afrique, II, passim ; Cat, Essai sur la province romaine de Maurétanie Césarienne, passim et surtout p. 261-270 ; Cagnat, l'Armée romaine d'Afrique, p. 684-700. 2.

M. Carton a fait la même remarque pour les voies antiques de la Tunisie (Mémoire sur les caractères de l'architecture de l'Afrique romaine, p. 11). 3. On peut citer aussi des chaussées dallées à Alger (Berbrugger, Revue africaine, III, 1858-9, p. 68-70), à Cirta (Ravoisié, Exploration, I, p. 7 ; Temple et Falbe, Relation d'une excursion a Constantine, p. 85), etc. Conf. une inscription de Cherche]. (Corpus, VIII, 10979) : " … [viam] lapide stratam [di]gnam cangruentemque [s]plendori patriae suae reddiderunt.
" Voici, par exemple, quel est, d'après Ravoisié(1), la structure de la route de Cirta à Rusicade, qui existait dès le Ier siècle de notre ère, mais qui fut refaite sous Hadrien et souvent réparée depuis(2) : " La voie est construite au moyen de deux bordures en fortes pierres, reliées, à des intervalles de 8 à 10 mètres, par des chaînes ou traverses, également en pierres de fortes dimensions, et dont chaque espace est soigneusement rempli par un blocage de petites pierres(3).
Cette chaussée a une largeur de 7m, 20. " La route de Calama à Hippo Regius, dont plusieurs tronçons sont encore bien conservés, est établie de la même manière.
Elle ne mesure que 6m, 75 de large(4). Payen a étudié minutieusement la structure de la voie qui passait au nord de l'Aurès et de celle qui traversait la partie septentrionale du Hodna.

Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire sa description(5) :
" La chaussée, généralement large de 5m, 50 à 6 mètres, est parfaitement encadrée ou mieux emboîtée entre deux bordures parallèles de gros cailloux, maçonnés sur un seul rang et alignés au cordeau.
Cette chaussée est exactement partagée, selon son axe, au moyen d'une troisième bande de moellons rectangulaires ou de galets très ovales, figurant une arête enchassée au sommet

Nous vous prions d'excuser les coquilles, ou fautes non corrigées survenues dans nos textes. Par manque de temps, nous appliquons le "copier-coller" sans corrections préalables, nous vous remercions pour votre compréhension, Le webmaster Gilles Martinez

Site Internet GUELMA-FRANCE