Force numérique de la population indigène algérienne

Recensement de 1846
En janvier 2016 la population de l'Algérie est évaluée à 40,4 millions d'habitants contre 12,7 millions en 1965, En 1846, la population indigène était de 3.millions .
En 1962 11,69 millions
En 1840, le chiffre de la population indigène de l’Algérie n’est pas encore connu, les arabes pas plus que les turcs ne se sont souciés du nombre d'habitants

C’est seulement depuis quelques années que l’administration française a fait faire quelques recherches par les officiers des bureaux arabes, chargés du gouvernement et de la surveillance des tribus. Mais, il faut l’avouer, les résultats obtenus jusqu’à ce jour sont loin d’être satisfaisants. Ils manquent d’ensemble, et présentent des lacunes considérable.
Le gouvernement les a fait connaître en 1846.
Quelque imparfaits qu’ils soient, puisque aucun comptage n'avait été effectué avant notre arrivée par les Turc ou les Arabes, ils donnent encore l’aperçu le plus authentique et la plus probable.

Ces documents statistiques se composent de trois parties distinct, savoir :
1° Les chiffres constatés par voie d’enquête ;
2° Les chiffres évalués approximativement sans enquête spéciale ;
3° Enfin les omissions reconnues mais non spécifiées.

Voici en nombres ronds les valeurs statistiques qui correspondent à ces trois catégories :
Province de Constantine.
Population constatée par voie d’enquête :1,030,000
Population évaluée approximativement : 170,000 Total : 1,200,000 habitants

Province d’Alger. Population constatée par voie d’enquête :.500,000
Population évaluée approximativement : 500,000
Total:1,000,000

Province d’Oran.
Population constatée par voie d’enquête : 500,000
Omissions reconnues mais, non spécifiées, évaluées approximativement à :300,000

Total général : 3,000,000 d’habitants.
La population indigène de l’Algérie s’élève donc, en l’état actuel de nos connaissances, à environ trois millions d’habitants.

Admettons ce chiffre, qui ce sont ceux que l’on a présentés réunit le plus de justifications, le plus de probabilités.
Nous avons vu précédemment que la superficie de l’Algérie est de: 39,090,000 kilomètres carrés.
Il en résulte. Qu’elle renferme 7,67 habitants par kilomètre carré ou cent hectares.
Si on cherche le nombre d’habitants que renferment par kilomètre carré les principaux États de l’Europe, on aura une échelle de comparaison qui permettra de classer l’Algérie dans l’échelle des populations relatives.
On trouve ainsi que cette contrée est :
Quatre fois moins peuplée que l’Espagne ;
Cinq fois moins que la Turquie d’Europe ;
Sept fois moins que la Prusse ;
Huit fois et demi moins que la France ;
Onze fois moins que la Hollande ;
Seize fois moins que l’Angleterre et la Belgique ;
Pour que l’Algérie fût peuplée proportionnellement comme la France, il faudrait ajouter à la population qu’elle possède plus de 22 millions d’habitants.

On voit quelle large place la population actuelle laisse à la colonisation, puisque si les deux tiers de la population de la France émigraient en Algérie, cette contrée ne serait encore peuplée que comme la France.
Pour qu’elle fût peuplée comme la Belgique, il faudrait y introduire plus de 45 millions d’habitants, c’est-à-dire que si toute la France passait en Algérie, la population, en y comprenant les indigènes, serait encore moins serrée qu’elle ne l’est en Belgique.

USAGES RELIGIEUX.
L’Ouhabisme ou protestantisme musulman. Prophéties et traditions.
– Le Djehad ou code de la guerre sainte. – Le jeûne du Ramadan. – La fête de l’Aïd-et-Srir. Le pèlerinage de la Mecque.

– Les confréries, les rites et les schismes

Nous pensons n’avoir rien à apprendre à nos lecteurs sur les cultes que la conquête française a introduits et nationalisés en Algérie ; nous nous bornerons donc à les entretenir de celui qu’elle a trouvé établi, ne l’envisageant d’ailleurs que dans ses rapports avec les croyances ou avec les intérêts de la conquête chrétienne.
L’ouhabisme ou protestantisme musulman.
L’islamisme reconnaît quatre rites orthodoxes, qui se partagent le monde musulman. Ils se conforment tous à la :sunna, qui est la tradition du dogme.

C’est pourquoi on les comprend sous la désignation collective de Sunnites. ils s’appellent Chafaï, Hambli, Hanafi, et Malki, du nom des quatre jurisconsultes qui en furent les fondateurs.
La population de l’Algérie et des États Barbaresques suit le, rite malki, à I 'exception des Kouloughlis et des Turcs, qui appartiennent au rite hanafi ; c’est celui de l’empire ottoman.

En dehors de ces quatre rites, il existe une secte que beaucoup d’indigènes appellent Khâmes (cinquième) pour la distinguer des quatre formes orthodoxes. Mais on la désigne plus généralement par l’épithète de ouhabi, qui parait être son véritable nom.
L’ouhabisme constitue dans la religion musulmane un véritable schisme, qui diffère de la communion orthodoxe, sinon par le dogme, au moins par le culte et la morale.

Les Arabes emploient une image simple pour exprimer la situation respective de ces cinq
ramifications d’une même tige. Les rites conformes à la sunna sont quatre voyageurs qui boivent à la même source, mais dans des vases différents. Il en survient un cinquième, qui a l’imprudence d’agiter l’eau, et qui la boit trouble ; c’est le schisme ouhabite.
Ce qu’il y a de remarquable dans ce schisme, c’est qu’il règne exclusivement sur des populations berbères. En Algérie il occupe l’oasis berbère de l’Oued-Mzab, à l’exception de la ville de Metlili, qui suit le rite malki et parle la langue arabe.

Dans la régence de Tunis il occupe l’île berbère de Djerba. Toute la côte située en face de Djerba est entièrement arabe de langage et orthodoxe de culte. Le schisme ouhabite parait donc spécialement dévolu à la race berbère.
Les indigènes de l’Algérie sont remonter l’origine des Beni-Mzab et des Djeraba au commerce incestueux de Loth avec ses deux filles, et voient en eux la postérité d’Ammon et de Moab.

Les malkis professent un grand mépris pour les ouhabites.

A Djeraba les deux sectes se partagent l’île ; la moitié des habitants est orthodoxe et l’autre schismatique. Quoique sœurs par la nationalité et le langage, les deux parties de la population gardent entre elles une réserve glaciale. Il y a très peu de villages où elles soient mêlées ; les alliances de l’une à l’autre sont extrêmement rares; chacune a ses mosquées; elles évitent de prier ensemble.

Cependant quand des ouhabites se trouvent parmi des malkis à l’heure de la prière, ils se résignent à la faire avec eux ; mais ils ne la croient pas efficace, et s’empressent de la recommencer dès qu’ils sont seuls. Ils ne boivent ni ne mangent dans des vases qui ont servi à l’usage des malkis.

Quant à ces derniers, ils ne peuvent parler des ouhabites sans les tourner en dérision ; ils leur reprochent quelques pratiques bizarres, comme d’ôter leur pantalon pour faire la prière, et des goûts plus bizarres encore, comme de manger de la chair d’âne, de chien, de chat, et de gerboise.

On prétend que lorsqu’ils aperçoivent un âne gras et bien nourri, ils éprouvent un violent désir de s’en régaler. Pendant le ramadan, ils salent, dit-on, des quartiers d’âne ; c’est leur provision de viande pour le reste de l’année. Dans l’opinion des malkis une aussi grande dépravation du goût ne saurait demeurer impunie.
Ils croient fermement que dès qu’un ouhabi a rendu le dernier soupir, ses oreilles s’allongent aussitôt démesurément, et que sa tête offre alors une ressemblance frappante avec celle de l’animal dont il s’est nourri.

Ôter son pantalon pour prier et manger de la chair d’âne, tels sont les deux traits saillants qui, dans l’opinion populaire, caractérisent et couvrent de ridicule le schisme ouhabite.

Toutefois ces traits ne sont pas les seuls qui le distinguent des quatre rites orthodoxes ; il s’en écarte encore par la différence des pratiques qui accompagnent la prière : au lieu de porter les mains à la tête comme les malkis, les ouhabites les abaissent le long des cuisses.

Dans la vie religieuse comme dans la vie civile, les ouhabites se font remarquer par l’austérité de leur caractère et de leurs mœurs. Ainsi le précepte qui interdit aux musulmans l’usage du vin s’observe plus rigoureusement chez les ouhabites que chez les malkis. Ils se montrent aussi plus exacts à accomplir le pèlerinage de la Mecque; ils comptent un plus grand nombre de Hadji que les orthodoxes.

Les malkis eux-mêmes, malgré leur antipathie pour des sectaires qui mangent de la chair d’âne, reconnaissent que ces sectaires ne commettent ni vol, ni mensonge, ni lâcheté. Tous les traits particuliers de l’ouhabisme le présentent comme une secte puritaine. S’il prescrit de quitter, avant de s’adresser à Dieu , le vêtement le plus exposé aux souillures du corps, c’est afin que la prière monte plus pure vers le ciel. S’il prescrit, pour accomplir ce devoir, de choisir les lieux élevés et découverts, le sol d’une terrasse, la cime d’une colline ou d’une montagne, c’est afin que la prière de l’homme, en s’élevant vers Dieu, ne puisse rencontrer aucune impureté terrestre.

Le puritanisme se reconnaît encore à d’autres signes. On sait qu’avant de pénétrer dans les mosquées, les musulmans quittent leur chaussure ; les orthodoxes la conservent jusque dans le parvis ; les ouhabites la laissent à la porte extérieure.

En entrant dans le temple, les malkis ne touchent pas à leur coiffure, les ouhabites détachent, en signe d’humilité, le kheït, qui est la corde en poil de chameau enroulée autour de la tête pour y maintenir le haïk. Enfin le rigorisme particulier à cette secte se retrouve encore dans les formalités de l’abjuration.

Le néophyte qui embrasse l’ouhabisme subit une purification complète : on commence par lui couper les ongles, les sourcils et les cils ; puis on le conduit au bain ; après quoi il change de nom et de vêtements. C’est ainsi du moins que la cérémonie de l’abjuration se pratique dans l’Ouad-Mzab. Il est probable que, de son côté, le sunnisme a dû faire aussi des conversions et imposer à ses prosélytes l’obligation de renoncer aux habitudes qui frappent le plus vivement l’imagination du peuple. Il a dû exiger, par exemple, une rupture complète avec l’animal sobre et modeste dont, à tort ou à raison, on suppose que les ouhabites se nourrissent.

(extraits)

Site internet GUELMA FRANCE