ETUDE DES TEMPS LOINTAIN ...A L'ADMINISTRATION FRANCAISE

Ibn khaldoun évoquait " le temps lointain où l'on traversait l'Afrikia sans cesser d'être à l'ombre des arbres et d'écrire que tout pays possédé par les arabes est un pays ruiné ".
Ce n'était qu'une image, mais après des siècles de relations puniques, six années de colonisation positives romaine dont trois chrétiens, cent années de vandales européens et cent de reflux byzantin, puis des vagues successives de bédouins d'Arabie 200.000 environ (XI XII siècle), et la résistance berbère commandée par la KAHINA, et huit siècles de guerre entre les deux extrémités du Maghreb mirent le pays à feu et à sang ; enfin trois cent années le fixèrent dans un état subalterne, sous l'occupation turque.

Puis ce fut l'arrivée des français, ces derniers trouvèrent un pays inhospitalier, sauvage, où régnait des petits princes de tribus soucieux de guerroyer, et une foule de maladies : le typhus exanthématique, les poux, la variole, le trachome, la prophylaxie du paludisme, pour ne citer que les endémies courantes. Point de réseau de communications, mais des pistes de muletiers qui serpentent dans les plaines et montagnes et changent de parcours au cours des saisons, point de montres le soleil en fait office, pas de ponts ou de traverse, il faut attendre la décrue. Les soldats sont prévenus contre les maladies vénériennes courantes dans le pays (blennorragie), car absence totale d'hygiène des habitants ….. C'est par ces maux dont on ne parle jamais, que débuta la conquête de l'Algérie

Dans le cours de cette revue rapide, qui a fait passer sous nos yeux plus de quarante siècles, se sont pressés, en foule, des peuples qui, en 1830, laissaient de nombreux représentants de leurs antiques races :
Les populations nomades du Sahara pouvaient être prises en ligne de compte pour un million d'âmes;

Les Kabyles, descendant des Berbères, ou des Gétules si l'on veut, considérés comme les primitifs habitants du pays, étaient au nombre de 850,000 ;
Les Arabes, enfants de ceux amenés par les trois grandes invasions musulmanes et les retours annuels du pèlerinage, 1,800.000;
Les Maures, fils de tous les peuples poussés sur ces rivages, depuis les Argonautes jusqu'aux renégats du* siècle dernier, 100,000;
Les Turcs et Koulouglis, se perpétuant depuis les Barberousses, et recrutés sans cesse par les déportations de Janissaires, 6,000;
Les Juifs, dont les pères avaient émigré après la ruine de Jérusalem, au temps de Tibère et d'Adrien, 19,000;
Les Nègres vendus à Tombouctou, ou provenant de mariages d'esclaves, 3,000.

Tous ces peuples existent sous notre domination, bien moins nombreux sans doute qu'au moment de la conquête où une statistique approximative fut dressée, pour tenir lieu de recensement. L'émigration, le choléra, les malheurs de la guerre, ont réduit leur multitude
Cependant le Kabyle, sauvage, barbare, couvert de haillons qui dérobent mal ses formes, dignes de la statuaire, habite encore les montagnes, où il nous cacha longtemps sa vie pleine de souvenirs des patriarches.

L'Arabe, agreste, fanatique et perfide, sort de sa tente ou de son gourbi avec le burnous drapé à l'antique, pour recueillir ses moissons, pour monter sur son coursier et nous harceler d'une guerre implacable. Aucun des nobles sentiments ne lui sont étrangers.
Le Maure, obséquieux, jaloux et cupide, habite les villes et les demeures champêtres les plus rapprochées. Il se produit dans de petits négoces, dans de modestes emplois, sans compromettre son amour du repos et des voluptés faciles. Soutenu par la protection, il se montre insolent à l'occasion.
Les femmes de ces hommes, hâtivement flétries par des couches précoces, n'ont qu'un éclair de beauté éblouissante et traînent dans l'ennui des travaux les plus humbles, une décrépitude prématurée.
Le Turc, s'il en reste, gémit fier et solitaire de l'éclipsé du croissant.
Le Juif, timide, intelligent et sordide, dont la femme est belle ici, comme toutes les filles d'Israël, trafique de tout et se pousse dans les affaires de la chicane.
Le Nègre, laborieux et content, toujours probe, fait son ouvrage, et, comme nous, étranger au pays, semble le moins fâché de nous y voir.
Le Saharien, le Touareg, commencent à s'aventurer au milieu des merveilles de notre civilisation, et sont les seuls qui aient la bonne foi d'en manifester leur admiration et d'en exalter les bienfaits.
C'est au milieu de ces familles si différentes de mœurs, de physionomie, n'ayant d'autre lien qu'un idiome variable de la langue arabe, et dans lesquelles on peut dénombrer 2,684,677 individus(1), que les Européens sont venus apporter une population dont l'effectif était, au 1er janvier 1867, d'après le dénombrement quinquennal (prescrit par décret du 27 mars 1861), de 217,990 âmes, en territoire civil et militaire, non compris la population en bloc, (se composant des hospices, lycées, collèges, pensionnats, séminaires, communautés religieuses, prisons, réfugiés à la solde de l'Etat), dont le nombre peut être évalué à 17,232, ni l'armée dont l'effectif est, approximativement, de 67,774 hommes.

D'après ces données, tel est le tableau de la population en Algérie, au 1er janvier 1867 :
(1) Les tribus indigènes, dénombrées sommairement, présentent un effectif de 2, 434,974 âmes.

Français 122,119
Espagnols 58.510
italiens 16 655
Anglo-maltais 10,627
Allemands 5,4361
Autres nationalités 4,643 \ 484,925
Israélites 33,9521
Musulmans 215,7511 \ 2,987,673
Population civile en bloc. 17,232
Armée 67,774
Tribus arabes 2,434,974 )

La population européenne était en 1866. 217,990
Et le dernier recensement quinquennal, en 1861, était 192,746
Il en résulte, pour les cinq dernières années, une augmentation de 25,244
Comme détails de statistique plus circonstanciés, nous donnerons les constatations suivantes :
En 1862 : 1929 mariages, 8648 naissances, 5903 décès.
1863 1948- 8537 6347
1864 1608 8408 5497
Moyen, p. an, 1828 8531 5915, Par 100 indiv., 0,85 3,97 2,76

DIVISION DU TERRITOIRE. La nation nouvelle qui se forme avec des éléments si diversifiés, est répandue sur trois provinces :
Alger, Constantine et Oran, dont chacune est divisée en territoire civil et en territoire militaire. Le territoire civil de chaque province forme un département, et le territoire militaire une Division proprement dite, mais en réalité la Division comprend et le territoire civil et le territoire militaire.

Celui-ci, au point de vue administratif, est placé sous l'autorité du Général commandant la Division.
Chaque département comprend un certain nombre d'arrondissements administrés par des Sous-préfets, de districts (circonscriptions enclavées dans le territoire militaire) administrés par des Commissaires civils qui ont, dans leur ressort, les mêmes attributions que les Sous-préfets. Les arrondissements et les districts sont eux-mêmes subdivisés en communes. Chaque département est soumis au régime administratif des départements de la métropole, sauf les exceptions résultant de la législation spéciale à l'Algérie, qui est publiée au Bulletin officiel du gouvernement général de l'Algérie, créé par, arrêté du 14 janvier 1861, et dans le Moniteur de l'Algérie, journal officiel de la Colonie, créé par arrêté du 22 juillet, même année.
La circulaire du 6 juin a aussi créé un journal officiel arabe français, imprimé dans les deux langues et portant le nom de Mobacher.

Le territoire militaire est divisé en circonscriptions déterminées par des arrêtés du Gouverneur général.
Les Français, les étrangers, les indigènes habitant d'une manière permanente les circonscriptions des communes constituées, sont régis, dans les deux territoires, par les institutions civiles actuellement en vigueur.
Les indigènes vivant soit isolément, soit à l'étal de tribu, et qui ne sont pas rattachés à des communes constituées, sont soumis à l'autorité militaire.

ADMINISTRATION CENTRALE.
Le pays est gouverné aujourd'hui d'après les prescriptions du décret du 7 juillet 1864, modifiant ceux des 27 octobre 1858, 24 novembre, 10 décembre 1860.
Le Gouvernement et la haute Administration de l'Algérie sont centralisés à Alger, sous l'autorité d'un Gouverneur général.
Le Gouverneur général rend compte, directement, à l'Empereur de la situation politique et administrative du pays; il commande les forces de terre et de mer en Algérie; toute fois, le Ministre de la Guerre et le Ministre de la Marine conservent sur l'armée et sur la marine l'autorité qu'ils exercent sur les armées en campagne et les stations.
Un Sous-gouverneur, général de division, chef d'état-major général, supplée le Gouverneur général en cas d'absence, et il exerce les attributions civiles qui lui sont déléguées par le Gouverneur général ; il est spécialement chargé, sous l'autorité du Gouverneur général, de la direction politique et de la centralisation administrative des affaires arabes.
La Justice, l'Instruction publique et les Cultes rentrent dans les attributions des Départements ministériels auxquels ils rassortissent en France. Toutefois, les écoles françaises-arabes et les écoles indigènes restent dans les attributions exclusives du Gouverneur général.
Le Gouverneur général, sauf en ce qui concerne l'Instruction publique, les Cultes, la Magistrature française et les officiers ministériels, nomme directement à tous les emplois qui étaient, antérieurement, à la désignation du Ministre de l'Algérie. ? Pour les nominations des fonctionnaires qui doivent être faites par l'Empereur, et qui n'appartiennent pas à l'Instruction publique, aux Cultes et à la Justice, le Gouverneur général adresse ses propositions au Ministre de la guerre, qui les soumet à l'Empereur.
Les actes de haute administration et de gouvernement qui doivent émaner de l'Empereur, et qui ne concernent ni la Justice, ni la Marine, ni l'Instruction et les Cultes, sont, sur les propositions du Gouverneur général, présentées à l'Empereur par le Ministre de la guerre, et les décrets sont contresignés par lui. Le Gouverneur général statue sur toutes les autres affaires administratives qui n'ont point été placées dans les attributions d'une autre autorité.
Le Procureur générai près la Cour impériale d'Alger fait, chaque mois, un rapport au Gouverneur général, et lui remet le double des rapports généraux adressés au Ministre de la Justice. Aucune poursuite contre un fonctionnaire français ou indigène ne peut avoir lieu sans que le Procureur général ait remis au Gouverneur général le double du rapport qu'il adresse au Garde des sceaux, pour être transmis, s'il y a lieu, au Conseil d'Etat, conformément à l'article 75 de la Constitution de l'an VIII.
Un Secrétaire général du Gouvernement est chargé, sous l'autorité du Gouverneur, de l'expédition générale des affaires civiles.
Un conseil de Gouvernement "st placé auprès du Gouverneur général, et sous sa présidence; il est composé :
1° Du Gouverneur général;
2" Du Sous-gouverneur ;
3° Du Secrétaire générai du Gouvernement ;
4° Du Commandant supérieur du Génie ;
5° De l'Inspecteur général des Travaux publics;
6° De l'Inspecteur général des Services financiers ;
7- De trois Conseillers-Rapporteurs;
8° D'un Secrétaire.
Ce Conseil est appelé, en principe, à donner son avis sur les affaires qui intéressent le domaine de l'Etat, les concessions de mines et de forêts, les créations de centres de population, etc..et, en outre, sur toutes les affaires renvoyées à son examen par le Gouverneur général.

Le Gouverneur général prépare le budget annuel de l'Algérie, l'assiette et la répartition des impôts. ? Ce budget est soumis à l'examen d'un Conseil supérieur, qui est composé comme suit :
1" Du Gouverneur général, président;
2° Du Sous-gouverneur;
3° Des Membres du Conseil de Gouvernement ;
4° Des trois Généraux commandant les divisions militaires;
5" Du Secrétaire général du Gouvernement;
6° Du premier Président de la Cour Impériale d'Alger;
7° De l'Archevêque;
8- Des trois Préfets des Départements;
9° Du Recteur de l'Académie;
10° De six Membres des Conseils généraux (deux choisis par le Conseil général de chaque Province).

Le Conseil supérieur se réunit annuellement, aux époques déterminées par l'Empereur; le projet de budget général, après délibération du Conseil, est transmis au Ministre de la guerre, qui est chargé d'en soutenir la discussion au Conseil d'Etat, et d'en suivre l'exécution comme budget-annexe de son Département.


ADMINISTRATION PROVINCIALE.
L'administration générale du territoire civil et du territoire militaire de chaque province est confiée au général commandant la division, qui prend le titre de Général commandant la Province.
En cas d'absence ou d'empêchement, il est remplacé par le plus ancien général de brigade de la province.
Le Général commandant la province est chargé, sous l'autorité du Gouverneur général, de la haute direction et du contrôle des services civils de la province ;
Il rend compte, périodiquement, au Gouverneur général, de la situation du territoire soumis à son autorité ;
Il reçoit les instructions du Gouverneur général pour toutes les mesures qui touchent à la colonisation et aux affaires arabes;
Il propose l'avancement ou la révocation des fonctionnaires ou agents civils de la province, dont la nomination appartient à l'Empereur ou au Gouverneur général;
Il pourvoit aux emplois dont la nomination lui est déférée par délégations du Gouverneur général ;
Il statue sur toutes les affaires d'intérêt provincial dont la décision, réservée au pouvoir central, lui est déléguée, par le Gouverneur général;
Dans les circonstances .urgentes et imprévues, il peut prendre, sous sa responsabilité, et sauf à en référer immédiatement au Gouverneur général, des mesures d'ordre et de sécurité publique.
Le Général commandant la province est spécialement chargé, sous l'autorité du Gouverneur général, de la police de la presse.
Il est institué dans chaque province un Conseil général, composé de vingt-cinq membres nommés par l'Empereur et choisis parmi les notables européens ou indigènes résidant dans la province ou y étant propriétaires.
L'élément indigène doit entrer pour un quart, au moins, dans la composition de chaque Conseil général : les israélites peuvent y avoir un membre.
Les généraux commandant les provinces exercent vis-à-vis des Conseils généraux les attributions dévolues aux préfets.

ADMINISTRATION DU TERRITOIRE CIVIL.
Le territoire Civil de chaque province est administré par le Préfet, sous l'autorité du Général commandant la province. En cas d'absence ou d'empêchement, le Préfet est remplacé par le secrétaire général de la Préfecture.
Le Préfet a sous ses ordres les chefs des différents services civils et financiers dont l'action s'étend sur les deux territoires. Il surveille ces services, soit en vertu de son autorité directe dans le territoire civil, soit par délégation du Général commandant la province dans le territoire militaire.
IL y a, auprès de chaque Préfet, un Conseil de préfecture ayant les mêmes attributions qu'en France, qui émet son avis sur toutes les affaires que lui soumet ce haut fonctionnaire. Ce Conseil est composé de quatre membres dans la province d'Alger, et de trois membres dans les autres départements, indépendamment du Préfet, qui le préside.

Le Préfet adresse, périodiquement, au Général commandant la province, des rapports d'ensemble sur la situation du territoire civil.
Il reçoit ses instructions pour toutes les affaires qui intéressent la "colonisation et lui rend compte de leur exécution.
Il transmet au Gouverneur général, par l'intermédiaire du Général commandant la province, qui les revêt de son avis , toutes les propositions concernant les affaires réservées à la décision du pouvoir central.
Les Sous-préfets relèvent directement du Préfet, qui peut leur déléguer ses attributions pour statuer sur les affaires d'intérêt local.
Les Commissaires civils relèvent directement, soit du Préfet, soit du sous-préfet chargé de l'administration de l'arrondissement auquel est rattache leur district.
Les Sous-préfets et les Commissaires civils rendent compte de leurs actes à l'autorité dont ils relèvent, et qui peut toujours annuler ces actes ou les réformer.
Le décret impérial du 8 août 1854 créa des Bureaux arabes départementaux et régla leur mode d'administration sur les indigènes dans les villes et au moyen de cheiks, commandant aux Arabes sous la tente, en territoire civil. Les Berranis (gens du dehors), eurent leurs amin (syndics).

ADMINISTRATION TERRITOIRE MILITAIRE.
Le territoire militaire est administré directement par le Général commandant la province, qui exerce, en ce qui concerne les Français et les étrangers établis dans ce territoire, les attributions "dévolues au Préfet dans le territoire civil.
Le Général commandant la province peut déléguer ces dernières attributions au Préfet, qui signe, dans ce cas, au nom du Général, toute la correspondance que celui-ci ne s'est pas réservée.
Le Général commandant la province a sous ses ordres, pour l'administration du territoire militaire, les officiers généraux et les officiers supérieurs commandant les subdivisions militaires et les cercles, qui exercent leur autorité sur les populations indigènes, par l'intermédiaire des Bureaux arabes.
Les affaires arabes sont centralisées auprès du Général commandant la province, par un Directeur divisionnaire.
Des officiers sont investis du commandement. Ils ont sous leurs ordres les officiers chargés des affaires arabes et les fonctionnaires et agents indigènes de tous rangs : Kalifa, agha, caïd, cheik, etc.
Les Européens établis en territoires militaires sont soumis an régime administratif exceptionnel de ces territoires, où les fonctions judiciaires sont dévolues au commandant de place, lui remplit également celles d'officiers de l'Etat-civil.

ADMINISTRATION MUNICIPALE.
Les centres de population sont érigés en communes par décrets impériaux, lorsqu'ils ont acquis un certain degré de développement. Le corps municipal de chaque commune se compose d'un maire, d'un ou de plusieurs adjoints, et d'un conseil.
En vertu du décret du 27 décembre 1866, sur l'organisation municipale de l'Algérie, les maires et adjoints sont nommés par l'Empereur, dans les chefs-lieux de département et d'arrondissement Dans les autres communes ils sont nommés par le Préfet.
Les conseillers municipaux sont nommés à l'élection, pour sept ans.
Les indigènes administrés par l'autorité civile sont rattachés aux communes; leurs cheiks sont, en quelque sorte, les adjoints du Maire.
Le service de l'Enregistrement et des Domaines, et celui des Contributions diverses, sont placés sous la direction immédiate et exclusive du Gouverneur général. La législation métropolitaine sur les droits d'enregistrement, de greffe et d'hypothèques, a été successivement appliquée à l'Algérie, avec les modifications réclamées par la situation du pays. Il n'est perçu que la moitié des droits, soit fixes, soit proportionnels, décime non compris (Ord. royale du 19 octobre 1841). Une législation spéciale régit les Domaines. L'impôt du timbre a été établi (Ord. des 10 janvier et 12 mars 1843), et s'exerce, quant aux journaux, d'après les prescriptions combinées de la loi du 16 juillet 1850 et du décret organique sur le régime de la presse en France, du 17 février 1852. Les recettes afférentes à la caisse des dépôts et consignations ont été attribuées aux Receveurs des Domaines, par décret du 23 octobre 1856. Les attributions du service des Bâtiments civils ont été réglées par l'arrêté ministériel du 12 novembre 1850. Les architectes à ce titre et les ingénieurs chargés des services des Ponts-et-Chaussées et des Mines, les agents supérieurs chargés des travaux de la colonisation, sont sous les ordres directs des Préfets. Le service de la Télégraphie continue à ressortir du Gouverneur général. Les Inspecteurs des finances relèvent directement du Ministère des finances; pareillement le service de la Trésorerie et des Postes, et l'administration des Douanes. La loi du 11 janvier 1851, présentée et soutenue à l'Assemblée nationale par M. le Général comte Randon, alors Ministre de la Guerre, a ouvert au commerce algérien et à la production coloniale une ère nouvelle, dont les bienfaits se font sentir. En vertu de cette loi, le tarif et la législation des douanes métropolitaines deviennent généralement applicables. Les dispositions successives qui prescrivent des exceptions ou des modifications aux règlements qui régissent ce service, aussi bien que tous les autres, ne sauraient trouver place ici, et seront rencontrées
avec fruit dans l'excellent ouvrage de M. de Ménerville, Président à la Cour impériale d'Alger, intitulé : Dictionnaire de la législation algérienne. L'organisation générale de la milice algérienne est réglée par un décret du 7 décembre 1859.

CULTE.
Saint Pierre de Nolasque, fondateur de l'Ordre de N.-D. de la Merci pour la rédemption des captifs, sur les traces de saint Jean de Matha fondateur des Trinitaires, qui, dans le même but de charité, avait souvent envoyé ses Religieux en Barbarie, et, vers 1232, vint lui-même à Alger, où il fut retenu prisonnier quelque temps. Son disciple, le bienheureux Pierre Armengaud, resté en otage pour des esclaves rachetés à Bougie, y fut pendu et ne dut sa délivrance qu'à un événement miraculeux. Saint Raymond Nonat, appartenant au même Ordre, et dans un pareil exercice de dévouement héroïque, à Alger, eut les lèvres fermées d'un cadenas pour qu'il ne pût pas prêcher le nom de Jésus-Christ durant sa captivité (1240). Saint Sérapion, son confrère, avait été crucifié, dans la même ville, quelques mois auparavant. Les successeurs de ces saints martyrs obtinrent de rester enfermés dans les bagnes pour la consolation des captifs. En 1646, saint Vincent-de-Paul, qui avait été esclave en Tunisie et y avait appris que les Chrétiens, capturés par les Barbaresques de l'Algérie, n'étaient pas au-dessous du nombre de 20,000, obtint du roi Louis XIII une somme de 10,000 fr. pour établir, à Alger, quatre prêtres de la Congrégation des Lazaristes, dont il est le fondateur (1) Voir Les Saints de l'Algérie, par V. BERARD, 1 in-12, librairie Bastide 1). Ces prêtres, pieux et dévoués, se perpétuèrent jusqu'à l'époque du blocus, en 1827. Le jour de la prise d'Alger, on célébra une messe d'action de grâces, à la Casbah, sur un autel composé de caisses de tambours. La chapelle des esclaves, au bagne de la caserne des Lions, rue Bab-Azoun, servit quelque temps pour l'exercice du culte, qui fut rétabli dans l'ancienne chapelle des Lazaristes, rue de l'Etat-Major. Le 24 décembre 1832, la mosquée, rue du Divan, fut consacrée en église
Par ordonnance royale en date du 25 août 1838, les possessions françaises dans le nord de l'Afrique formèrent un diocèse dont le siège épiscopal fut établi à Alger. Ce diocèse, dont la circonscription embrassait les trois provinces d'Alger, Constantine et Oran, fut érigé sous le titre de Julia Coesarea, par N. S. P. le Pape, le 9 août de la même année. Mgr Dupuch fut nommé à cet évêché le 25 août 1838. Ce vénérable apôtre de la charité s'étant démis des fonctions épiscopales, Mgr Pavy, fut nommé Évêque d'Alger, par Ordonnance royale du 25 février 1846. Il est mort le 16 novembre 1866. Un décret du 12 janvier 1867 érige le siège d'Alger en archevêché et crée deux nouveaux évêchés, l'un à Constantine et l'autre à Oran.
Huit chanoines composent le Chapitre de la cathédrale; un séminaire diocésain, à Kouba, près Alger, prépare au sacerdoce 40 étudiants; une école secondaire ecclésiastique, à Saint-Eugène près de la même ville, donne l'instruction à 135 élèves.
La maîtrise de la cathédrale exerce 30 enfants de choeur. Il y a 193 desservants et 4 vicaires reconnus par l'Etat.
A la fin de 1866, il y avait 327 prêtres, et 47 sujets avaient été promus aux Ordres sacrés dans l'année.
Plusieurs communautés religieuses existent et sont toutes occupées à la vie active : Trappistes, Jésuites, Lazaristes, dont la plupart tiennent des Orphelinats, ou se consacrent à l'éducation de la jeunesse, aussi bien que les Religieuses Trinitaires, les Sœurs de Saint-Vincent, de la Doctrine Chrétienne, les Religieuses du Bon-Pasteur, du Sacré-Cœur. L'Œuvre de Saint-François Régis, qui a pour but la légitimation des mariages, fonctionne concurremment avec les conférences de Saint-Vincent-de-Paul, dont les affiliés portent des secours aux indigents. Un Comité de la Propagation de la Foi recueille les offrandes hebdomadaires des fidèles de l'Algérie.
Le culte protestant, en Algérie, a été réorganisé par décret impérial en date du 14 septembre 1859. Il y a à Oran et à Constantine des conseils presbytéraux sous l'autorité supérieure d'un consistoire siégeant à Alger.
Des pasteurs, des instituteurs et institutrices ont été établis sur tous les points où l'utilité s'en est fait sentir.

Le culte israélite a été organisé civilement, en Algérie, par ordonnance royale du 6 novembre 1845, et le décret impérial du 21 décembre 1859, a établi un consistoire central et des consistoires provinciaux, et a créé des salles d'asile et des écoles.
Par décret impérial du 4 août 1861, les édifices et bâtiments domaniaux affectés à ce culte ont été concédés aux consistoires israélites à litre gratuit et en pleine propriété.
La convention entre M. de Bourmont et le Dey d'Alger, le 5 juillet 1830, stipulait : " L'exercice de la religion mahométane restera libre. La liberté des habitants de toutes les classes, leur religion, ne recevront aucune atteinte. " Ces paroles ont été religieusement observées.

Il n'est peut-être pas inopportun de dire ici quelques mots sur la religion mahométane, dont plusieurs parlent sans savoir ce qu'elle est.
Les Mahométans adorent Dieu, invisible, immatériel, immense, tout-puissant. Ils vénèrent Mahomet comme le prophète suprême, médiateur entre Dieu et les créatures. Ils croient à la résurrection, au jugement dernier; ils croient à la prédestination de tels ou tels sujets qui arriveront plus tôt au séjour du bonheur, où doivent enfin se réunir toutes les âmes; l'enfer n'étant point une prison éternelle, n'étant, suivant leurs idées, qu'un purgatoire plus ou moins formidable.
Ne reconnaissant point la Divinité de N. S. Jésus-Christ, ils l'honorent seulement comme un homme animé d'une émanation directe de l'esprit de Dieu, et lui donnent le second rang après Mahomet. Ils croient à l'immaculée conception, à la virginité de sa sainte mère Marie. Ils ont foi aux vertus divines de Jésus-Christ, en ses miracles, mais pensent que Dieu l'enlevant à lui au jour de sa passion, n'a laissé à sa place que Judas, qui fut crucifié sur le Calvaire.Ils respectent l'Evangile, qu'ils n'ouvrent pas, disant que les Chrétiens l'ont falsifié.
La Bible, principalement les Livres de Moïse et le Psautier, sont pour eux des autorités de premier ordre. Les patriarches de l'Ancien-Testament sont aussi l'objet de leur vénération. Ils racontent sur ces saints personnages des légendes curieuses.
Ils trouvent leur doctrine dans le Coran, qu'ils croient apporté du ciel à Mahomet par l'ange Gabriel. C'est dans ce livre qu'ils ont leur code moral et politique et qu'ils puisent aussi les formes de leur liturgie, qui est très simple. Ils prient cinq fois dans vingt-quatre heures, à des moments déterminés et à l'appel du muézin, dont la voix se fait entendre du haut de la tour de chaque mosquée. Le vendredi, vers midi, ils sont tenus de se rendre au plus prochain de ces temples, où ils font en commun les prières et prostrations, journalières, et, après un prône et une courte lecture, ils continuent à vaquer à leurs occupations. L'époque du Ramadan, jeûne de trente jours, le pèlerinage de la Mecque, la grande fête du Mouloud (naissance de Mahomet), qui dure sept jours, et celle de l'Aïd-Kebir ou Doba, où l'on immole un mouton pour la rémission des péchés, amènent diverses veilles et cérémonies où l'esprit de piété semble pénétrer tous les cœurs


INSTRUCTION PUBLIQUE.
L'instruction publique, en Algérie, est dirigée par un Recteur, dont le siège est à Alger. Il est secondé par deux inspecteurs d'académie et trois inspecteurs primaires, dont un au chef-lieu de chaque province. On complaît, en 1866 une école préparatoire de médecine et de pharmacie, un Lycée, quatre Collèges communaux, deux Institutions secondaires publiques, une institution secondaire privée, une École Normale primaire, 503 écoles primaires ou salles d'asile.
Des cours supérieurs pour l'enseignement de la langue arabe existent à Alger, Oran et Constantine, et, le 4 décembre 1849, un décret accordait une prime annuelle aux employés des services civils qui pourront justifier, devant un jury d'examen, de leur connaissance de cette langue.
L'instruction musulmane, qui est sous la direction supérieure du Gouverneur général et du Général commandant chaque province emploie un Inspecteur d'instruction publique des établissements arabes-français ouverts aux indigènes. Par décret du 14 Juillet 1850, des écoles arabes - françaises furent créées à Alger, Constantine, Bône, Oran, Blida, Mostaganem et Tlemcen. Qu'on a depuis successivement répandues partout où le besoin s'est révélé.
Le décret du 30 septembre de la même année institua, par province, une medersa, école supérieure, exclusivement musulmane, destinée à former des eulama (jurisconsultes) et dont les professeurs sont payés par le gouvernement. Enfin, il a été créé à Alger, aussi bien qu'à Constantine, un collège impérial arabo-français. Une décision ministérielle a institué, en faveur des musulmans, des salles d'asile pour les enfants, des ouvroirs pour les jeunes filles.
La bienveillance de l'administration, à l'égard des enfants de familles pauvres qui ont bien mérité dans les écoles musulmanes, va jusqu'à entretenir durant trois ans, au moyen de bourses dites d'apprentissage, les sujets qui apprennent un métier utile chez un industriel ou un artisan.

En territoire militaire il y a de nombreuses écoles arabes-françaises. Dans les tribus l'instruction est donnée par les tolbas.
Les trois régiments de spahis ont des écoles régimentaires arabes-françaises dans chacune de leurs smalas.
Il sera parlé d'une manière plus détaillée de ces différents établissements et de plusieurs autres que nous avons passés sous silence, lorsque nous décrirons les villes où ils existent.

JUSTICE. Le service de la justice est placé comme en France sous la direction du Ministre de la Justice. Il est exercé par :
1° une Cour Impériale, dont la juridiction embrasse toute l'Algérie;
2° neuf Tribunaux d'instance ;
3° trente-quatre Justices de paix, dont quelques-unes à compétence étendue (1);
4° des Commissaires civils faisant fonctions de Juges de paix en certaines localités; et,
5 ° en territoire militaire, les commandants de place, remplissant les même fonctions.
(1) Les Juges de paix à compétence étendue, établis dans les localités les plus éloignées des Tribunaux de première instance, et qui connaissent de toutes actions personnelles et mobilières en matière civile et commerciale, prononcent en dernier ressort jusqu'à la concurrence de 500 fr. et, en premier ressort, jusqu'à la concurrence de 1,000 fr.
Aux termes de l'ordonnance du 26 septembre 1842, les crimes et délits commis en territoire civil par les européens et les indigènes, sont justiciables des tribunaux criminels ordinaires; un décret du 15 mars 1860, a, depuis, enlevé aux Conseils de guerre et également déféré aux Cours d'assises et Tribunaux correctionnels, la connaissance des crimes et délits commis en territoire militaire, lorsqu'ils l'ont été par des européens ou des Israélites.
Les Cours d'assises jugent sans l'assistance du jury. Leur tenue a lieu, tous les quatre mois,- dans chacun des chefs-lieux d'arrondissement où est établi un Tribunal de première instance, c'est-à-dire à Alger, Blida, Oran, Mostaganem, Tlemcen, Constantine, Bône, Philippeville et Sétif.
Le décret du 15 février 1857 avait soumis à un examen préalable les candidats aux emplois de muphtis, cadis, et autres agents judiciaires musulmans.
Le décret du 31 décembre 1859, qui régularisa la Justice civile musulmane, consacra la surveillance de la Justice indigène par notre magistrature
Le décret du 13 décembre 1866 qui réorganise les tribunaux civils musulmans, dispose, que la loi musulmane régit toutes les conventions et toutes les contestations civiles et commerciales entre musulmans, ainsi que les questions d'État. Toutefois, la déclaration faite dans un acte par les musulmans, qu'ils entendent contracter sous l'empire de la loi française, entraîne l'application de cette loi et en même temps la compètence de la justice française, sous certaines modifications. Les musulmans peuvent également, d'un commun accord, porter leurs contestations devant la justice française; il est alors statué d'après les principes du droit musulman et suivant des formes déterminées par ce décret. Pour le jugement des appels entre musulmans, il y a une chambre spéciale composée de magistrats français et d'assesseurs musulmans.

ESPRIT DES HABITANTS.
Par suite des sentiments de bienveillance naturels aux nations chrétiennes, l'esprit des Européens est favorablement porté à l'égard des Indigènes. On comprend qu'ils aient voulu défendre leur culte et leur pays contre des étrangers que des ambitieux leur désignaient comme hostiles à leurs croyances et à leurs usages. Aussi, après la victoire, après la soumission, les rapports se soudent immédiatement, sous les auspices de la loyauté française. On travaille ici beaucoup plus qu'ailleurs, par une surexcitation naturelle qui vient du climat, et encore par le désir impatient de voir établi ce que l'on crée. Un goût très-prononcé pour le plaisir se développe en compensation des labeurs. La mise des hommes est généralement soignée; celle des femmes devient coûteuse. Elles recherchent avec empressement les occasions de se montrer, et la religion, tenue avec pompe et grandeur, leur fournit, comme partout, un moyen d'effet qu'elles ne négligent point.
Peu de Français suivent sérieusement le culte. L'époque où l'on souffre une moral est douteuse dans une colonie est passée ; cet état de choses est dû à de dignes exemples offerts en haut lieu.
La volonté d'augmenter le bien-être absorbe presqu'entièrement cette foule, qui est venue chercher une place plus belle au soleil, et laisse pourtant subsister en elle une très-chaude sympathie pour les malheurs personnels, causés par les événements de la vie.
Un habitant de l'Algérie rencontre avec bonheur en France ou ailleurs, un homme qu'il n'a fait qu'entrevoir dans sa patrie d'adoption. Une gratitude justement acquise est vouée aux hommes de guerre, aux génies organisateurs, à quiconque fait quelque chose pour le bien de la colonie ; on s'intéresse à eux, on ne les oublie jamais ; l'inverse est en même proportion.
La nouvelle du prochain voyage du Chef de l'Etat sur nos plages africaines, fit tressaillir le sol d'une joie universelle, et la présence auguste de l'Empereur et de l'Impératrice en 1860, la seconde visite impériale en 1865, durant laquelle de nombreuses excursions ont pu être effectuées par Sa Majesté dans tous le pays, ont fait naître les plus riantes espérances.

PROPRIÉTÉ.
Sous la date du 22 avril 1863 fut rendu un sénatus-consulte dont la partie générale peut être ainsi analysée, la reconnaissance et déclaration de propriété en faveur des tribus, relativement aux territoires qu'elles occupent ; la division immédiate entre les douars (fractions de tribus) des terres de la tribu, avec faculté pour ces douars de vendre d'après des conditions déterminées par un règlement d'administration publique ; Enfin, le plus tôt et partout où faire se pourra, la répartition du territoire des douars en propriétés individuelles.
Un décret impérial, en date du 10 décembre 1864, relatif à la vente à prix fixe et à bureau ouvert des terres domaniales propres à la colonisation en Algérie, à réglementé sur de nouvelles bases leur aliénation, dont le décret du 25 juillet 1860 autorisait la concession. Le prix de chaque lot à vendre est fixé par le Gouverneur général, le Conseil du Gouvernement entendu. Ce prix est payable par cinquièmes : le premier cinquième au moment de la vente, et les autres d'année en année. L'intérêt légal, en Algérie, est dû pour la partie du prix non payée comptant.
Ce système est avantageux, surtout pour les personnes qui, ayant quelques avances, veulent sérieusement s'établir en Algérie, parce qu'il leur évite les lenteurs inhérentes à la délivrance d'une concession et leur permet d'user de suite de leur propriété de la manière qu'ils l'entendent, sans être astreints à aucune des conditions que l'administration avait dû imposer aux concessionnaires à titre gratuit.

TRADUCTEURS ASSERMENTÉS.
Les transactions ont lieu souvent entre parties qui parlent des langues différentes, et ont besoin, par conséquent, d'un truchement pour s'entendre. L'arrêté du 2 février 1835 avait pourvu à cette nécessité par l'institution de traducteurs assermentés. L'ordonnance royale du 19 mai 1846, l'arrêté ministériel du 29 du même mois, et enfin le décret présidentiel du 20 novembre 1852 ont fixé les honoraires qui leur sont alloués pour leurs vacations et rédactions.

DENRÉES.
Les denrées sont généralement bonnes en Algérie. Des Commissions sanitaires, créées dans tous les centres de populations, pourvoient à ce que des matières d'une qualité nuisible ne soient pas mises en circulation; ce qui ne peut pas s'entendre de la falsification de certains liquides que le luxe consomme.

HYGIÈNE.
Il faut prendre garde à ne point s'exposer au soleil sans précautions, à l'époque des plus grandes chaleurs. Les ophtalmies sont amenées par l'imprudence de promener et de dormir en plein air aux heures où tombe le serein. L'excitation perpétuelle de tout le corps, que l'activité intempestive des Européens porte à l'extrême, les prédispose à des congestions cérébrales et appauvrit leur organisme : de là viennent des gastrites, des diarrhées. La dysenterie est souvent la suite de l'abus des fruits ou des liqueurs alcooliques. La tempérance et un soin raisonnable de la santé, pareront à tous-ces malheurs.
Il semble donc utile de se maintenir, en Algérie, dans un régime de modération; ne point prendre l'habitude des breuvages spiritueux et choisir une habitation saine, facile à bien aérer et à maintenir dans un état constant, de propreté.
Si, malgré toutes ces précautions, la mort, à laquelle personne n'échappe, venait à frapper quelqu'un de nos lecteurs durant son voyage en Algérie, il pourra dormir tranquille : l'institution, dans le ressort de chacun des Tribunaux de première instance d'Algérie, de curateurs aux successions vacantes, a pourvu à ce que les biens des défunts soient convenablement administrés et rendus aux héritiers; et le décret du 26 mai 1851 a rendu applicable à l'Algérie la législation métropolitaine concernant les cimetières où nous attend le repos.
Aucune maladie contagieuse ou endémique n'a son siège en Algérie.

Les Arabes, les Maures, les Juifs, les Nègres, sont exempts de maux qui leur soient héréditaires, et jouissent également d'une bonne santé, aussi bien que les Européens.

LIVRETS D'OUVRIERS.
Le décret du 7 mai 1856, rend exécutoire en Algérie la loi du 22 juin 1854, sur les livrets dont les ouvriers des deux sexes sont tenus de se pourvoir auprès des Maires.

BANQUE DE L'ALGÉRIE.
L'assemblée nationale a adopté d'urgence la loi du 4 août 1851 qui a fondé, à Alger, une banque d'escompte, de circulation et de dépôt, sous la désignation de Banque de l'Algérie, au capital de 3 millions de francs, représentés par des actions de 500 francs. Un décret du 30 mars 1861 a permis que le capital fût porté à 10 millions. La Banque est autorisée, à l'exclusion de tous autres établissements, à émettre des billets au porteur de 1,000, 500, 200, 100 et 50 francs, remboursables à vue au siège de la Banque ou de ses succursales, Oran et Constantine. Par récente décision ministérielle, les fonds des trésoriers-payeurs des trois provinces sont déposés à la Banque de l'Algérie, qui en a le libre emploi, et en conséquence, MM. les Trésoriers-payeurs prennent le "titre de Commissaires du Gouvernement au sein du Conseil d'administration'.
Les opérations de la Banque consistent :
A escompter les lettres de change et autres effets à ordre, ainsi que les traites du trésor public, ou sur le trésor public et tes caisses publiques;
A escompter des obligations négociables ou non négociables, garanties par des récépissés de marchandises déposées dans des magasins publics, par des transferts de rentes ou des dépôts de lingots, de monnaies ou de matières d'or et d'argent ;
A prêter sur effets publics, en se conformant à la loi du 17 mai 1834 et à l'ordonnance du 15 juin suivant;
A recevoir en compte courant, sans intérêts, les sommes qui lui sont déposées; à se charger, pour le compte des particuliers ou pour celui des établissements publics, de l'encaissement des effets qui lui sont remis, et à payer tous mandats et assignations, jusqu'à concurrence des sommes encaissées;
A recevoir, moyennant un droit de garde, le dépôt volontaire de tous titres, lingots, monnaies et matières d'or et d'argent;
A émettre des billets payables au porteur et à vue, des billets à ordre et des traites ou mandats.
La Banque reçoit à l'escompte les effets à ordre, timbrés, payables en Algérie ou en France, portant la signature de deux personnes au moins, notoirement solvables et dont l'une au moins est domiciliée à Alger ou au siège d'une des succursales. L'échéance de ces effets ne doit pas dépasser cent jours de date ou soixante jours de vue.
Le taux des escomptes est fixé à 0 p. °/0 par an.
Pour les encaissements opérés à l'extérieur, la Banque est autorisée à percevoir un droit de commission qui sera fixé par le Conseil d'administration.

CRÉDIT FONCIER.
Le privilège accordé au crédit foncier de France, est étendu au territoire de l'Algérie.
Les prêts faits par le crédit foncier aux propriétaires d'immeubles situés en Algérie, ne peuvent dépasser cinq pour cent de la totalité des prêts à eux effectués sur le territoire continental de France, (les prêts sont réalisés en numéraire; ils sont remboursés par annuités comprenant :
1° l'intérêt (8 p. %);
2- la somme nécessaire pour amortir la dette dans le délai de 30 ans au plus :
3° les frais d'administration (1 f. 20 c). Pour les emprunts d'une durée moindre de 30 ans, l'annuité est établie sur les mêmes bases que ci-dessus.

CAISSES D'ÉPARGNES.
Des décrets successifs ont approuvé la fondation de Caisses d'épargnes à Alger (1852), à Bône et à Philippeville (1844), à Oran et Constantine (1855).
Sont déclarés applicables à l'Algérie les lois, ordonnances et décrets qui régissent, dans la métropole, les caisses d'épargne et de prévoyance. Ces caisses reçoivent en dépôt les sommes qui leur sont confiées par les personnes qui désirent y verser leurs épargnes.
Les dépôts sont reçus depuis 1 franc et produisent intérêt (5 p. %)de cette somme à partir du jour de la semaine suivante correspondant au jour du dépôt. On ne peut déposer plus de 300 francs à la fois, et on ne reçoit plus d'argent du même déposant lorsque les dépôts successifs ont atteint, en y comprenant les intérêts, le capital de mille francs.

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE.
Depuis le 31 Octobre la communication immédiate de l'Algérie avec Paris, au moyen du câble électrique sous-marin, est établie. Le fil partant du cap de Garde, près de Bône, atteint Marsala en Sicile, joint le cap Spartivento, à l'extrémité S. de la Sardaigne, passe par Cagliari ; de ce point un fil va sur Malte et Corfou, la Corso, la Spezzia en Piémont, Turin, Chambéry et Marseille. En Algérie le développement total du réseau des fils électriques a plus de 3,000 kilomètres qui se prolonge en Tunisie, sur une étendue de 500 kilomètres exploitée par les soins de l'administration télégraphique algérienne.
Tarifes officiels pour une dépêche simple de 20 mots

PRESSE ET SIGNATURE COMPRISES.
Entre deux bureaux de la même province d'Algérie. .. 1 00
Entre deux bureaux de provinces différentes d'Algérie. I 50
Entre un bureau d'Algérie et un bureau de Tunisie 2 00
Entre un bureau d'Algérie et un bureau de France 8 00 Même taxe pour la correspondance échangée avec la Corse. Toutes les taxes ci-dessus sont augmentées de moitié pour chaque dizaine, ou fraction de dizaine de mots en sus de vingt. Les bureaux d'Alger, Constantine, Oran, sont ouverts de jour et de nuit, les autres sont à service limité, c'est-à-dire ouverts de 9 heures du matin à 7 heures du soir.

CHEMINS DE FER.
Le décret du 8 avril 1857 ayant créé en Algérie un réseau de chemins de fer embrassant les trois provinces, la ligne d'Alger à Blida est livrée à l'exploitation. Les travaux d'exécution pour l'ouverture de sections nouvelles se poursuivent avec grande activité par la compagnie de la Méditerranée.

POSTES.
Le service des postes dépend du Gouvernement général, quant aux questions d'organisation, et du Ministère des Finances, quant au personnel et à l'application des règlements et instructions qui régissent le service en France.

NAVIGATION COMMERCIALE.
Les arrivages, en 1864, ont été de 3561 navires, jaugeant 465,845 tonneaux, avec 45,808 hommes d'équipage. Dans ce nombre, les navires venant des ports français de la Méditerranée entrent pour 1295, jaugeant 294,656 tonneaux et portant 24,679 hommes, les navires venant des ports français de l'Océan pour 26, jaugeant 3,694 tonneaux, portant 204 hommes; les navires venant des pays étrangers pour 2,240, jaugeant 167,495 tonneaux, portant 20,925 hommes d'équipage.
Il est sorti des ports de l'Algérie durant la même période, à destination de France, Méditerranée ? 1,125 navires, jaugeant 272,367 tonneaux, montés par 23,583 matelots; Océan, 183 navires, jaugeant 29,280 tonneaux avec 1,453 hommes; à destination de l'Étranger, 2,193 navires de 160,702 tonneaux, ayant 20,363 hommes d'équipage.
Les pays étrangers avec lesquels la Colonie a entretenu le plus de relations maritimes sont l'Angleterre, l'Italie et l'Espagne.
Le commerce de cabotage entre les ports de l'Algérie a participé au mouvement ascensionnel de la navigation coloniale.
On a constaté l'entrée dans ces ports, en 1864, de 508,738 quintaux métriques, et un égal poids d'exportation (fait singulièrement remarquable qui, d'ailleurs, est en augmentation de 1,516 quintaux sur l'année précédente). Les céréales, les huiles, les boissons et en général toutes les denrées alimentaires, forment les principaux éléments de cette navigation.

MOUVEMENT COMMERCIAL.
Les importations s'élèvent en 1864 (valeurs officielles) à 130,458,793 fr. La France a envoyé pour 121,410,361 fr. et l'Étranger pour 15,048,432 fr. Les exportations de l'Algérie ont été, sur la France de 80,262,225 fr. et sur l'Étranger, de 17,805,129 fr. Les recettes de toutes natures réalisées par le service des Douanes ont été en 1865 de 5,950,832 fr. dont 2,424,414 fr. pour le Trésor et 3,526,398 fr. au litre de l'octroi de mer, perçu au profit des communes. Les marchandises soumises au tarif général des Douanes payent en moyenne, à l'entrée, 4f39 e p. °/o ? et les denrées alimentaires el autres, imposées au titre de l'octroi de mer, acquittent un droit de 13f43° p. °/o.
Voici maintenant la nomenclature des principales marchandises qui forment la matière du mouvement commercial de l'Algérie :
1° IMPORTATIONS.
Tissus de coton, de laine, de soie, de lin et de chanvre ; peaux préparées et ouvrages en peaux ; ouvrages en métaux ; merceries ; matériaux de construction, fonte, fer et acier ; bois à construire bruts ou équarris; bois sciés ; houille ; viandes salées; saindoux ; fromages ; poissons ; farines ; pommes de terre ; légumes secs et leurs farines ; riz ; fruits frais, secs ou tapés ; fruits oléagineux ; sucre brut, sucres raffinés ; cafés ; tabacs ; huile d'olive, de graines grasses; savons ordinaires; acide stéarique ouvré; vins de toute sorte ; eau-de-vie et alcools ; poterie de terre grossière, faïence, porcelaine et grès commun ; librairie, papier carton ; meubles.
EXPORTATIONS.
Chevaux, bestiaux; bêtes à laine ; autruches ; sangsues ; peaux brutes ; laines en masse ; soie ; cire brute ; graisses de toute sorte ; poissons de toute sorte ; corail brut ; sabots et cornes de bétail; blé, orge, maïs, avoine, farines; pain et biscuit de mer; légumes secs; fruits frais, secs ou tapés ; tabac en feuille ; tabac fabriqué ; huiles d'olive ; fourrages ; drilles ; minerai de cuivre, de plomb ,argent, d'antimoine; marbres; coton; vannerie; crin végétal et feuilles de palmier-nain.

INDUSTRIE.
Les principales industries des populations indigènes consistent :
1° dans la fabrication des vêtements à l'usage des hommes et des femmes de la contrée : haïcks en laine, et aussi en soie et laine; mouchoirs (foutah) de laine; gilets (fremlah) de velours brodé; gandoura en laine; pantoufles en maroquin jaune; babouches en velours chargées de broderies; anneaux de jambe, bracelets en argent repoussé; passementeries en soie et or; burnous blanc, gris, rayés, noirs de Mascara; chapeaux en plumes d'autruche;
2° tout ce qui constitue l'équipement des cavaliers : ceinturons, gibernes, porte-pistolets en maroquin et velours brodés d'or ; sabres, avec fourreaux en maroquin ou en argent; platines, bois de fusils incrustés d'argent, de corail, de nacre et d'ivoire, éperons chevaleresques;
3° le harnachement des chevaux : selles arabes, en bois, recouvertes de cuir ou velours, richement, brodées d'or ou d'argent, couvertures de cheval;
4° l'aménagement des tentes et des maisons : nattes en laine et en alpha, tapis en haute laine, en drap brodé; étoffes et coussins pour tentes; tentes (kouba) en toile ; drap et passementerie de soie ; peaux de chèvres teintes; lanternes peintes en fer blanc, de forme orientale; étagères en bois peintes de couleurs tranchantes et de fleurs impossibles; œufs d'autruches ornés d'arabesques, entourés de passementeries d'or et de soie; éventails de plumes d'autruche, brodés et brillantes de canetille et de clinquant; porte-monnaie, porte-cigares de môme genre ; têtes de pipes dorées et tubes en bois de jasmin; vannerie, paniers, corbeilles, plais et cuillères de bois.

Par décret du 15 octobre 1866, l'Empereur a autorisé la Société anonyme formée à Paris sous la dénomination de Société générale Algérienne, ayant pour objet l'exécution de grands travaux publics et d'opérations agricoles, industrielles et commerciales en Algérie. Malgré l'opposition qui a été faite dans une partie delà presse parisienne, le public a souscrit 200,000 obligations et 54,000 actions.
L'Algérie exposant des produits si variés, et aussi, les productions si riches de son sol, doit fixer l'attention générale et acquérir toutes les sympathies. Cette colonie née d'hier au milieu de mille vicissitudes, étale déjà les éléments qui font la prospérité d'un grand pays. A la faveur d'un si beau spectacle la France sortira entièrement de ses doutes et de ses incertitudes à l'égard de sa nouvelle possession africaine, et son appui lui sera généreusement payé un jour par cette terre qui fut, au temps antique, une des plus belles portions de l'Empire Romain.