DU GOUVERNEMENT 'ABADIA ABOU-'OBEID ALLAH DEPUIS SON ORIGINE.
Les sectes Chiites

Abou-'Obeïd-Allah-ech-Chii fut le véritable fondateur de ce gouvernement. Ses autres noms étaient :

El-H'usseïn-Ben-Ah'med-ben-Moh'ammed-ben akaria. Il était de Sena', d'autres disent de K'oufa.

Il avait embrassé les opinions de Ben-H'oucheb, qui l'envoya dans le Mor'reb(1). Il se rendit d'abord à la Mecque à l'époque de l'arrivée des pèlerins.

Il est nécessaire, pour bien comprendre la révolution qu'Obeïd-Allah opéra en Afrique, d'avoir quelques notions sur la secte des Chiites.

Cette secte regarde Ali, gendre du prophète, comme son successeur légitime et immédiat ; en conséquence, elle ne reconnaît point les trois khalifes qui l'ont précédé.

Il y a plus : l'opinion que l'imamat, c'est-à-dire la souveraineté spirituelle et temporelle, résidait exclusivement dans les descendants d'Ali, prévalut tellement, que le khalife abasside El-Ma'moun désigna Mouça, l'un d'eux, pour son successeur, voulant ainsi faire cesser la séparation du pouvoir de fait et du pouvoir de droit ; mais Mouça étant mort avant El-Moumen, cet arrangement, contrarié d'ailleurs par la famille du khalife, ne put avoir lieu.

Les musulmans comptent douze imams, se suivant de père en fils, savoir : Ali, gendre du prophète ; H'acen et H'ossaïn, fils d'Ali ; 'Ali, fils d'H'ossaïn ; Moh'ammed Baker, Dja'far, Mouça, 'Ali-R'ida, Abou-Dja'far, 'Ali-Azkré, H'acen-Azkré, et enfin Moh'ammed-el-Moh'di.

D'après une tradition chiite, qui cependant est fort accréditée chez les orthodoxes eux-mêmes, ce dernier disparut à l'âge de douze ans ; sa mère le cacha dans une grotte, où il vit encore ; il en sortira avant la fi n des siècles, et paraîtra dans ce monde avec Jésus-Christ et Élie.

Ces trois suprêmes pontifes réuniront tous les peuples connaissance avec quelques Mor'rebins de Ketama(1), et, comme il avait quelques notions sur la famille du prophète et qu'il en parlait assez bien, il leur plut par sa conversation animée.

Ces hommes l'interrogeaient sur ses projets ; il leur dit qu'il avait l'intention d'aller en Égypte pour s'instruire ; alors ils l'engagèrent à faire route avec eux jusque-là.

Lorsqu'ils furent arrivés tous ensemble en Égypte, et qu'il fallut songer à se séparer, les Mor'rebins, qui s'étaient extrêmement attachés à 'Obeïd-Allah, en éprouvèrent de la peine, et lui dirent que, s'il ne voyageait que pour s'instruire, il ferait tout aussi bien de venir avec eux dans le Mor'reb.

C'est ce qu'il fit, et il eu un seul peuple, et toutes les religions en une seule religion.

Il n'y aura plus alors aucune distinction de juifs, de mahométans et de chrétiens.

Cette croyance, qui est fort belle et fort consolante, a malheureusement été exploitée par des ambitieux qui, à diverses reprises, ont voulu se faire passer pour le Moh'di.

Nous allons voir que le fils d'Obeïd-Allah prit ce titre vénéré. Cependant sa descendance des imams n'est rien moins que prouvée. Ceux qui le reconnaissent pour être de la famille d'Ali disent qu'il sortait d'une branche collatérale par Isma'ël, un des fils de Djâ'far, sixième imam.

Il est vrai qu'ils ajoutent que cet Isma'ël, qui mourut avant son père, lequel l'avait désigné pour son successeur, laissa un fils à qui revenait l'imamat par droit de représentation, bien que Mouça, son oncle, lui eût été préféré.

C'est de cet Isma'ël que les princes de la dynastie d'Obeïd-Allah sont souvent appelés Ismaëliens.

Il continua de marcher avec eux, sans leur communiquer ce qu'il avait dans le cœur. Chemin faisant, il prit d'eux toutes sortes de renseignements sur leur pays, de manière à connaître tout ce qu'il voulait savoir.

Lorsqu'ils furent arrivés, les Mor'rebins se disputèrent à qui lui offrirait l'hospitalité ; ils furent même sur le point de se battre ; mais 'Obeïd-Allah les mit d'accord en disant qu'il voulait arriver à Fedj el-Akiar, et il les interrogea sur cette localité.

Ils en furent étonnés, car c'était la première fois qu'il leur en parlait. Il promit de revenir les voir, chacun en particulier, et ils le laissèrent partir. Ils ne le connais saient que sous le nom d'Obeïd-Allah-el-Mecherk'i.

Il partit le Ier de rebi'-el-oouel 280. Les Berbères vinrent de tous côtés se ranger sous son obéissance.

C'était du temps d'Ibrahim-ben-Ah'med-el-Ar'lâ bi. Ce prince dédaigna 'Obeïd-Allah, qu'il crut au-des sous de ce qu'il entreprenait. Mais plus tard Zïâdet-Allah, voyant que son parti prenait de la consistance, qu'il s'était emparé de Tahart, et que les Berbères accouraient à lui de toutes les vallées, fit marcher des troupes qui furent battues.

Après quelque temps Zïâdet-Allah, voyant qu'Obeïd-Allah prenait chaque jour de nouvelles forces, s'enfuit en Orient avec sa famille et ses trésors, comme je l'ai déjà dit. 'Obeïd-Allah, ayant appris sa fuite, quitta la ville de Hiba, où il se trouvait avec mille cavaliers arabes de Ben-Ioucef-ben-Abi-Khanzir, et se porta sur Rekkâda, en faisant observer à sa troupe la plus exacte discipline.

Les gens de K'aïrouân se portèrent à sa rencontre pour le féliciter de sa victoire. Il entra à Rekkâda le Ier de redjeb 296. Le vendredi étant arrivé, il écrivit à l'imam de la mosquée, pour lui indiquer ce qu'il devait dire en chaire, et pour qui il devait faire la prière. Il fi t graver sur la monnaie, d'un côté, "J'ai accompli les décrets de Dieu," et de l'autre : "Les ennemis de Dieu sont dispersés."

Lorsqu'il vit que son entreprise réussissait, et que le pays lui obéissait, il prit pour son lieutenant son frère El-'Abbas, qui s'était réuni à lui, quitta Rekkâda le Ier de ramad'ân 296, et se dirigea sur Sedjelmâça. L'Ouest en fut ému, les Zenata en furent épouvantés, et les Berbères lui demandèrent l'aman.

Lorsqu'il fut près de Sedjelmâça, El-Issah'-ben Med'rar, qui en était gouverneur pour les Beni-Ar'lâb, apprit son arrivée. Zïâdet-Allah lui avait écrit au sujet d'El-Moh'di, fils d'Obeïd-Allah, qui s'était rendu dans son pays. El-Issah' envoya chercher l'homme qu'on lui disait être El-Moh'di, et qui l'était en effet; mais celui ci nia son identité.

Il était arrivé à Sedjelmâça déguisé en marchand, et personne ne l'avait reconnu ; mais à l'approche d'Obeïd-Allah, El-Issah' le fi t mettre en prison. 'Obeïd-Allah écrivit pour demander sa mise en liberté, mais il ne put rien obtenir ; alors il eut recours aux armes. El-Issah', fut vaincu après un combat d'une heure, et prit la fuite. 'Obeïd-Allah s'empara de Sedjel mâça, tira de prison son fils El-Moh'di, et lui fit amener un cheval. Tout le monde remonta ensuite à cheval. Les chefs des Kabiles entouraient El-Moh'di. 'Obeïd- Allah pleurait de joie et disait, " Celui-ci est mon maître et le vôtre ! " car il avait résolu de lui céder le commandement. El-Moh'di fut installé dans une grande tente qu'on lui avait préparée, et 'Obeïd-Allah se mit à la poursuite d'El-Issah'. Il le prit, le promena devant l'armée et le fi t mettre à mort, après l'avoir soumis à la bastonnade. Abou-'Obeïd-Allah entra dans le Mor'reb, à la tête de deux cent mille hommes, infanterie et cavalerie.

El-Moh'di resta encore quarante jours à Sedjelmâça et se dirigea ensuite vers l'Afrique. Il arriva à Rekkâda le jeudi 20 de rebi'-el-akher 297, et descendit dans un des palais de la ville.

Les autres palais et maisons furent partagés entre les troupes.

El-Moh'di se fit reconnaître partout, et ordonna que son nom fût proclamé dans les chaires ; il fit des lois ; enfin, il exerça tous les droits de la souveraineté.

On lui donna le titre d'êmir-el-moumenîn.

Cette même année vit la chute de trois dynasties, savoir celle des Beni-Med'rar à Sedjelmâça, dans la personne d'El Issah', après cent soixante ans de durée ; celle des Beni-Restam, à Tahart, après cent trente ans ; et enfin celle des Beni-Ar'lâb après cent douze ans. Tout revient à Dieu, c'est le plus infaillible des héritiers.

DE MOH'AMMED-BEN-ABI-EL-RAÏNI EL-K'AÏROUÀNI TRADUITE DE L'ARABE PAR MM. E. PELLISSIER ET RÉMUSAT

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE