NADIA

           Nadia est fille de harki, et petite fille de tirailleur algérien qui a fait la guerre 14/18. Une famille totalement laïque qui avait fait le choix de la France depuis plusieurs générations. Nadia est aujourd'hui déléguée départementale des rapatriés.

Que pensez-vous des choix de votre père ?

          Je n'ai pas à le juger, mais il y avait dans sa famille un sentiment pro français fort, son père s'était battu en France pendant la guerre de 1914, donc son engagement pendant la guerre d'Algérie fut évident, il a voulu combattre le F L N qui était l'ennemi. Avant l'indépendance, son supérieur, le commandant Lejeune, un type bien, le fit rapatrier avec sa famille à un moment ou encore il n'était pas question qu'aucun Harki ne vienne en France. Il a connu plusieurs camps dont celui de Rivesaltes, où ils ont vécu sous la tente durant deux ans avant de s'installer dans le village.

Vos premières confrontations avec le racisme ?

          Vers 6, 7 ans, mais il faut dire que très jeunes avec mes frères et sœurs, mon père nous avait préparés .je pense qu'il avait dû souffrir, lui qui avait tout sacrifié à la France, de voir comme l'on traitait les maghrébins en générale .Il nous disait souvent que le meilleur moyen de nous défendre, c'était de bien travailler à l'école, de bosser deux fois plus que les autres du fait du retard culturel qui était le nôtre et dont il était conscient .Il n'a jamais été parano et ne r répondait pas au racisme , il tenait à ce que nous soyons bien élever, et il prêchait par l'exemple. Je pense qu'il a assez bien réussi.

Racisme en tant qu'Algérienne mais aussi fille de harki…

          Les français de base, disons ceux qui sont prompt à avoir des comportements racistes ne faisaient pas le distinguo. Mais une fois, je me suis trouvé chez des amis en présence d'un jeune algérien émigré, qui a voulu carrément me casser la figure parce que j'étais une fille de harki§ Voyez le paradoxe, il me reprochait d'avoir un père qui avait été pour la France, alors que lui de nationalité algérienne, venait gagner son pain, ici. !

Aujourd'hui, seriez vous plutôt pour l'oubli ou le souvenir ?
Ni l'un ni l'autre, je suis pour que la France reconnaisse la dette qu'elle a contractée avec les harkis.

          Elle leur a demandé de s'engager à ses côtés dans un premier temps et elle les a abandonnés au F L N, qui en a exécuté plus de 100 000 ! Depuis quarante ans, on attend des mesures spécifiques qui correspondent à la réalité des besoins de la communauté harkie. Le taux de chômage qui frappe leurs descendants est de 85%, pourquoi ? Nous ne réclamons pas de l'assistanat, mais un dû. Il y a, à la base, un important retard culturel, (nombreux étaient harkis analphabètes) qu'il faut nous aider à combler pour mettre à égalité les troisième et quatrième générations. Si on ne fait rien, si on n'impulse pas une politique d'aide à l'intégration plus efficace, on sera toujours à la traîne.

Pour vous, la guerre d'Algérie est finie ?

          Non, elle sera vraiment terminée lorsque la France aura reconnu que nous sommes, au même titre que tant d'autres, les victimes de son Histoire, avec un grand H. Des stèles, c'est bien gentil, l'argent aussi, c'est important mais ce n'est pas l'essentiel, ce que nous voulons, c'est être enfin reconnus, de par le droit du sang versé, comme les Français à part entière.

Michel Loubes. Sources : le Journal l'Indépendant<br>

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