HISTOIRE D'ALGERIE.

Massinissa

Dans le Tell, l'agriculture se développa sous la tyrannie bienfaisante de Masinissa; plus d'une fois, les rois de Numidie envoyèrent du blé et de l'orge aux armées romaines qui faisaient la guerre en Orielit, en Sardaigne et en Espagne. L'Afrique était, dès cette époque, une terre fertile en céréales et propre à l'élevage dont parle Salluste. Cette prospérité agricole s'étendait jusqu'à la frontière occidentale de notre Algérie. Le pays des Masasyles, qui comprenait le Tell des provinces d'Oran et d'Alger, les plaines de Bordj bou Aréridj et de Sétif, était même, assure-t-on, plus riche d'hommes et en produits du sol que celui des Massyles, qui répondait au reste de la province de Constantine.

On vantait la fécondité des femmes indigènes et on prétendait que l'Afrique était la contrée où il naissait le plus de jumeaux.
Quand Scipion Émilien eut brûlé Carthage, la République romaine s'annexa le territoire que cette ville possédait avant la dernière guerre punique, ce n'était que la partie nord-est de la Tunisie. Elle se soucia d'ailleurs assez peu de sa nouvelle province et ne chercha pas à la transformer en un pays latin. Elle confia la surveillance de ses frontières aux souverains indigènes, auxquels elle laissa le reste de l'Afrique du Nord. Ces princes devinrent ses vassaux.
Masinissa disait humblement qu'il regardait des Romains comme les véritables propriétaires de son royaume et qu'il n'en avait que l'usufruit. Il envoyait au delà des mers des éléphants et des cavaliers pour combattre leurs ennemis; en récompense, il recevait du Sénat quelques hochets : couronnes d'or, bâton d'ivoire, chaise d'ivoire, toges et tuniques richement brodées. Quand il apprit la conquête de la Macédoine, il demanda la permission de venir à Rome, pour offrir au Capitole un sacrifice d'actions de grâces à Jupiter très bon et très grand, on lui répondit assez sèchement qu'il pouvait remercier les dieux chez lui.

Tous ses successeurs ne se montrèrent pas aussi obséquieux. Jugurtha prétendit agir à sa guise en Numidie. Il fit tuer ses deux cousins, Hiempsal et Adherbal, et s'empara de leur territoire ; il mit même à mort des marchands italiens qui avaient soutenu Adherbal. Il acheta les commissaires qui vinrent de la part du Sénat pour lui demander raison de ses crimes. Appelé à Rome, il corrompit les magistrats et il osa faire assassiner, dans les murs de cette ville, un prince indigène dont il craignait la rivalité. On envoya enfin une armée contre lui ; il la vainquit et la fit passer sous le joug.
Il fallut quatre années de campagnes pénibles pour venger cet affront : encore Jugurtha ne succomba-t-il qu'à la trahison.

Rome ne tira pas profit de sa victoire. Elle se contenta de remettre le royaume de Jugurtha au frère de ce dernier. Elle redoutait les embarras et les charges que pouvaient lui causer de nouvelles conquêtes.
Durant la longue agonie de la République, les rois indigènes prirent part aux guerres civiles et se mirent du côté de Marius ou de Sylla, de César ou de Pompée, d'Octave ou d'Antoine. Jubâ Ier, le plus puissant d'entre eux, accorda aux généraux du parti pompéien son appui, ou plutôt son orgueilleuse protection, mais il se fit promettre que la province romaine lui serait abandonnée après la défaite de César. Le dictateur débarqua en Afrique, et la victoire qu'il remporta à Thapsus mit fin à ce rêve et à la domination de Juba (46 avant J.-C.).

En même temps, un chef d'aventuriers, l'Italien Sittius, et un roi des Maures, Bocchus, s'étaient jetés sur la Numidie. César récompensa leur utile diversion en donnant la région de Sétif à Bocchus, et Cirta, : avec un, territoire assez vaste, aux bandes de Sittius. Le pays compris entre Cirta et l'ancienne province devint une province nouvelle, dont firent partie Hippo Regius (près de Bône) et - Calama (Guelma).

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