Les Juifs en 1850.

             Les Juifs, qui furent nos premiers médiateurs et nos premiers interprètes en Algérie, y avaient obtenu dès longtemps droit de cité malgré la répugnance prononcée que les musulmans et surtout les Barbaresques leur ont toujours témoignée.
             Fidèles à la loi de leur grande et mystérieuse destinée, ils sont là, comme partout, comme toujours, les agents et souvent les martyrs d’un rapprochement providentiel entre des peuples et des cultes rivaux.

              Il n’est pas une seule ville de l’intérieur qui ne compte des Israélites parmi ses habitants. Il y en a dans toutes les cités éparses du Sahara, à Tuggurt, à Bou-Sada, dans l’Ouad-Mzab, etc. Beaucoup de familles juives se sont même établies dans les tribus, où elles vivent à l’état nomade. On m’a assuré qu’en 1837 la tribu des Hanencha, l’une des grandes peuplades limitrophes de la régence de Tunis, ne comptait pas moins de deux cents tentes juives, dont les chefs combattaient à la manière des Arabes, avec de longs et riches fusils, garnis d’ornements en argent. Mais à la suite de dissensions intestines survenues depuis cette époque, cent cinquante tentes durent émigrer, et se retirèrent, assure-t-on, dans l’oasis tunisienne du Belad-el-Djerid au sud-est de leur territoire. Il n’est donc resté sous notre domination qu’environ cinquante tentes. Les Israélites établis dans les tribus s’y conforment aux usages de la localité ; ils habitent la tente ou la gourbi comme les peuples parmi lesquels ils vivent. Tantôt ils cultivent avec eux de compte à demi ; tantôt ils labourent pour leur propre compte, se pliant, avec la merveilleuse souplesse qui les caractérise, à toutes les exigences de la vie civile et matérielle, dans l’intérêt de leur génie et de leur foi.

              Mais l’agriculture n’est pas, on le sait, leur industrie de prédilection : en général les Juifs des tribus y exercent les professions de colporteurs et d’orfèvres. La plupart des tribus ne font pas difficulté de les admettre; cependant quelques-unes les excluent, et il est à remarquer que les populations musulmanes qui montrent le plus d’intolérance sont celles qui affectionnent spécialement ces deux industries; tel est par exemple le massif des tribus kabyles qui habitent vers le sommet des versants nord du Jurjura : elles se montrent inexorables pour les Juifs, tandis que le reste de la Kabylie leur ouvre ses portes.
Mais aussi ces tribus n’ont pas d’autres moyens d’existence que les industries de colporteur et d’orfèvre; l’exclusion prononcée par elles contre les Israélites tient donc moins à une antipathie religieuse qu’à une rivalité professionnelle. Les Juifs établis dans les tribus portent le même costume et parlent la même langue que les peuples dont ils sont les hôtes. On remarque cependant de légères différences.
             Les hommes remplacent dans leur coiffure le khéit ou corde en poil de chameau qui entoure la calotte rouge par un mouchoir ou un turban noir, et les femmes évitent de se tatouer le visage comme les femmes musulmanes, pour obéir à un précepte de la Bible qui leur interdit ce genre d’ornement.
             Jusque dans les profondeurs de l’Afrique centrale le peuple israélite a pénétré. Il y a des Juifs parmi les trafiquants nègres qui font le commerce de la poudre d’or. ils correspondent pour les intérêts de leur négoce avec leurs coreligionnaires établis à Timimoun, dans l’oasis de Touât, et à Metlili, sur les confins de l’Algérie. Nous manquons de données pour évaluer avec quelque exactitude la population juive de l’Algérie. Le recensement qui fut fait en 1844 de la population des territoires civils accusa l’existence de 14,694 Juifs. Il faut y ajouter les Israélites établis dans les villes administrées militairement, dans les villes non occupées, tant du Tell que du Sahara, et enfin dans les tribus.

Le chiffre total doit s’élever à peu près à 80.000

Source historiques: l'Algérie Rozet & Carette 1850

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE