EXTRAIT DE "VOYAGE A CONSTANTINE"
LOUIS REGIS 1880

LA BIBLE, LES EVANGILES, LES PSAUMES DE DAVID, ET LE KORAN

..../....A l'approche de la fête anniversaire de la naissance du Prophète, leur instinct carnassier s'éveille et on est contraint de les tenir enchaînés pendant quarante jours dans la mosquée de Sidi-Aïssa. A Tunis aussi, à certains jours de l'année, de malheureux fous, à longue barbe et à cheveux flottants, sont promenés dans les rues avec accompagnement de drapeaux que l'on agite autour d'eux. Il est plus prudent à un chrétien, ou à un juif de ne pas croiser leur chemin.
On aurait pu facilement, le costume aidant, les prendre pour des moines. La lumière blanche de la lune se mêlait à la lumière jaune provenant de l'intérieur de la mosquée, à travers les fenêtres grillées du rez-de-chaussée, et les chants religieux assez semblables à notre plain-chant, arrivaient au dehors, troublant seuls la tranquillité de la nuit.

Un jeune taleb nous fit entrer ensuite dans la pièce brillamment éclairée, d'où sortaient les voix. Nous y fûmes reçus, dès l'entrée, par un vénérable mokhadem à longue barbe blanche, qui nous fit asseoir sur des chaises apportées tout exprès pour nous; et, poussant l'hospitalité plus loin, il nous fit offrir, sur un plateau, des confitures de jujubes, après en avoir goûté lui-même, selon la forme de la politesse des Arabes de vieille roche.
Une centaine de khouans, ou membres de la confrérie, tous fort proprement vêtus, étaient assis à terre, sur de beaux tapis du désert, le visage tourné vers, ce que l'on pourrait appeler l'autel, qui se composait seulement de deux hauts candélabres dorés posés des deux côtés de la muraille, sur laquelle étaient accrochées quatre horloges du modèle le plus commun.

Dans les mosquées de l'Algérie, les horloges sont, en général, exposées devant les yeux des fidèles pour leur rappeler la marche rapide des heures et la brièveté de la vie. La chambre, très vaste, était éclairée par plus de vingt lustres de cristal pendus au plafond et entremêlés d'autant de globes de verre dépoli contenant une bougie à l'intérieur.
A notre entrée, personne ne bougea; les chants seulement cessèrent et le calme le plus complet régna dans l'assemblée. Aucune curiosité ne se manifesta sur le visage des khouans. Je remarquai qu'un Arabe avait amené avec lui une jolie petite fille de quatre à cinq ans, dont la robe de soie rouge vif contrastait avec l'ensemble des vêtements blancs des fidèles. Sa physionomie attentive et sérieuse attestait des réflexions au-dessus de son âge. Elle cherchait, sans doute, à conserver dans sa mémoire le souvenir de ce monde féerique dont elle savait que les usages devaient bientôt la séparer.

Les femmes ne sont, en effet, admises à la mosquée que dans certaines villes d'Algérie particulièrement consacrées au culte de la religion musulmane, telle que Aïn-Madhi, dans le Sahara. Ailleurs, les hommes seuls y ont accès. Tous les vendredis, les Arabes se pressent dans les mosquées aux heures de la prière, et je ne pouvais m'empêcher de faire de tristes réflexions sur les chrétiens. Si, dans nos églises, les hommes seuls étaient admis, elles seraient, je le crains, fort désertes.

Le mot khouan, qui signifie littéralement frère, est un titre que se donnent les membres de différentes confréries religieuses musulmanes parfaitement orthodoxes. Chaque ordre porte le nom de son fondateur, et les différentes confréries se distinguent les unes des autres par des formules de prières qui leur sont particulières.

Le mokhadem est le représentant désigné par le chef de la confrérie pour diriger les exercices religieux des fidèles. Celui qui veut faire partie de la confrérie doit être présenté par un des khouans ou mokhadems, qui le fait passer par quelques cérémonies avant de l'admettre. Chaque ordre musulman possède dans les villes et dans la campagne une zaouia, sorte de mosquée qui sert de lieu de sépulture à la famille qui a fondé l'ordre et où l'on se rend souvent en pèlerinage.
La zaouÏa comprend, outre la chapelle, une école pour les enfants, une hôtellerie pour les voyageurs, un asile pour les pauvres et une sorte d'hôpital pour les malades. De nombreuses aumônes données par les fidèles riches entretiennent la fondation. Souvent des vieillards qui n'ont plus de famille établissent des tentes ou des gourbis aux alentours des zaouÏas, certains qu'ils sont de ne manquer d'aucun secours dans un pareil voisinage.

Lors de la conquête française, les marabouts, chefs des zaouÏas ; eurent une dangereuse influence en Algérie. Aujourd'hui, leur pouvoir moral n'est pas moindre; mais un certain nombre, suffisamment intelligents, étant favorables aux Français, cette influence tourne souvent à notre profit. C'est le cas pour le chef de la zaouÏa de T'Macin, qui, en plein Sahara; entretient l'harmonie entre ses fidèles et les Français, auxquels il offre une cordiale hospitalité lorsqu'ils traversent son domaine. Cet ordre a des ramifications dans toute l'Afrique musulmane et même en Arabie, sous le nom du fondateur Si-Mamet- Tsidjani. Il possède quatre mosquées à Tunis, une à Constantine, une à Alger, une à Bône et d'autres encore disséminées dans des possessions africaines plus éloignées.
Sa règle consiste à dire le matin cent fois :

Dieu pardonne; puis cent fois aussi : " 0 Dieu ! la prière soit sur notre seigneur Mohamed, qui a ouvert tout ce qui était fermé, qui a mis le sceau à ce qui a précédé, faisant triompher le droit par le droit qui a conduit dans une voie droite et élevée. Sa puissance et son pouvoir a pour base le droit. " Il termine la prière par la formule: " Il n'y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. "
A trois heures, il faut dire trente fois la première invocation, cinquante fois la seconde et cent fois la troisième. La prière du soir est la même que celle du matin.

Dès le premier moment de la conquête, les khouans d'Aïn-Madhi et de T'Macin nous ont été favorables.
Abdel-Kader, ne pouvant les attirer à sa cause, les persécuta, et, en 1838, assiégea la ville d'Aïn-Madhi durant neuf mois. Cette attaque impie, aux yeux des musulmans, avait naturellement compromis sa cause dans le Sahara. Le vénérable Hadj-Ali; qui était à T'Macin en 1844, consulté par ses fidèles sur la conduite qu'ils avaient à tenir, leur recommanda la neutralité, et de cette façon empêcha toute effusion de sang lorsque nos colonnes firent une pointe dans les Zibans.

Les Arabes, dont la doctrine se rapproche des dogmes chrétiens sur plus d'un point, en diffèrent sur une question essentielle. Ils n'admettent pas que le péché des premiers êtres créés soit lavé dans les souffrances humaines d'un Dieu. Ils disent : " Dieu ne s'est pas fait homme et Dieu ne peut avoir un fils; il n'y a qu'un Dieu et non deux comme le croient les chrétiens. " Mais, hors cette différence qui en entraîne nécessairement d'autres, ils croient sincèrement que le Seigneur Jésus (SidnaAïssa) est l'envoyé de Dieu, le premier et le plus grand des prophètes. Ils admirent sans réserve la beauté et la grandeur des lois qu'il est venu établir dans le monde. A leurs yeux, sa mère ne pouvait être qu'une créature prédestinée et toute pure avant comme après la naissance de l'enfant. L'ange Gabriel représente, dans leur idée, le Saint-Esprit. .. Se rendant visible, il vint souffler sur Marie (Myriam), et de là naquit Jésus. On peut citer au passage de la lettre que le prophète Mahomet écrivit à l'empereur d'Abyssinie pour l'engager à se faire musulman, lettre dans laquelle on lit:

" J'atteste que Jésus, fils de Marie, est l'esprit de Dieu et sort verbe. Dieu l'a fait descendre dans Marie, vierge bienheureuse et immaculée; et elle conçut. Dieu a créé Jésus de son esprit et l'a animé de son souffle ... "

Voici encore ce qu'on voit dans un auteur arabe qui a écrit 1 'histoire religieuse des mahométans :
" Jésus reçut sa mission divine à l'âge de trente ans, après son baptême par saint Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain ... Il appela les peuples à la pénitence, et Dieu lui donna la vertu d'opérer les plus grands miracles ... Le Messie des nations a prouvé son apostolat par une foule de prodiges. La simplicité de son extérieur, 1 'humilité de sa conduite, l'austérité de sa vie, la sagesse de ses préceptes, la pureté de sa morale sont au-dessus de 1 'humanité; aussi est-il qualifié du nom saint et glorieux d'Esprit de Dieu. Il avait reçu du ciel le saint livre des Évangiles.
Cependant les Juifs corrompus et pervers le persécutèrent jusqu'à demander sa mort. Trahi par Judas et près de succomber sous la fureur de ses ennemis, il fut enlevé au ciel, et l'apôtre infidèle, transfiguré en la personne de son maître, fut pris pour le messie et subit le supplice de la croix ! avec toutes les ignominies qui étaient destinées à cet homme surnaturel, à ce grand saint, à ce glorieux prophète. "
" Plusieurs imans, ajoute le même auteur, croient cependant à la mort réelle de Jésus, à sa résurrection et à son ascension, tels qu'il les avait prédits lui-même à ses douze apôtres. "

Afin d'être conséquents avec leur doctrine, les musulmans déclarent que le Christ ne sera, à la fin des siècles, que le vicaire de Mahomet; mais c'est lui qui viendra rassembler tous les peuples, sans exception, sous la loi du Seigneur.
On se demande comment il est possible qu'avec de pareils sentiments une barrière aussi infranchissable sépare la religion chrétienne de la religion de Mahomet.
Après avoir étudié 1 'histoire du prophète, on comprend cependant assez pourquoi les Arabes croiraient faire preuve d'ingratitude s'ils abandonnaient une religion qui, d'après leurs traditions, a été établie, tout exprès pour eux, par le Tout-Puissant, comme une marque de sa faveur spéciale.
En effet, c'est à eux seuls que s'est toujours adressé le prophète; c'est sa propre race qu'il avait en vue lorsqu'il, a commencé cette vie extraordinaire dont les détails semblent l'élever au-dessus de tous les hommes et en faire une figure gigantesque.
Mahomet, que les Arabes appellent Sidna Hohammed, a su joindre à un esprit profond, le courage, la persévérance, l'abnégation et la libéralité. A lui seul il a su transformer des millions d'individus, de brutes idolâtres qu'ils étaient, en adorateurs soumis du vrai, Dieu.
Homme d'étude autant que grand guerrier, il s'est servi, à la fois, de la parole et des armes pour, arriver à soumettre les peuples à sa croyance. Sa carrière est pleine de brillants combats presque toujours terminés à son avantage. Le culte des idoles qu'il combattait n'a jamais produit de martyrs, les vaincus préférant toujours l'abjuration à la mort et à l'esclavage. Persuadés qu'ils étaient protégés par des légions d'anges, les soldats du prophète combattaient avec une indomptable énergie qui leur valait souvent la victoire. Mahomet lui-même se mettait habituellement à leur tête et les conduisait au combat avec un rare talent de général d'armée. Les historiens citent d'eux des traits de bravoure qui ne le cèdent en rien aux plus beaux faits d'armes de nos croisés.

" A la bataille de Mouta, en Syrie, dit un chroniqueur, cent mille hommes n'enrayèrent point les soldats de Mahomet. Ils livrèrent bataille. Elle fut longue et sanglante. Zaïd, qui combattait dans les premiers rangs, tomba couvert de blessures. Gafar soutint la gloire du nom musulman en relevant l'étendard. Un ennemi lui ayant abattu la main qui le portait, il le prit de l'autre, elle fut encore coupée. Il le serra entre ses bras jusqu'au moment où il tomba percé de coups.
Abdallah saisit alors cet étendard ensanglanté et fit des prodiges de valeur pour empêcher l'ennemi de s'en emparer. Il succomba à son tour sous le nombre comme les deux premiers généraux. Déjà les musulmans prenaient la fuite quand Khaled accourut, releva l'étendard de l'islamisme et rappela autour de lui les plus braves guerriers et la bataille reprit avec une nouvelle fureur. "
Après avoir rangé sous sa domination tant de peuples divers, le prophète ne recula pas devant la tâche plus difficile de les établir en société réglée, soumise à des lois régulières, et de leur prêcher une religion nouvelle. Il avait, au début, choisi, avec une perspicacité extraordinaire, le moment où un malaise général agitait sourdement en Orient les sectaires de l'idolâtrie.

A cette époque, deux vieillards fameux parmi les Arabes, ayant pris leurs bâtons de voyage, s'étaient mis en marche dans des directions opposées, avec l'intention d'aller étudier les différentes religions alors pratiquées dans d'autres pays. Ils revinrent chargés de livres hébreux et chrétiens, et, se retirant dans une complète solitude, ils s'appliquèrent à les étudier avec Mahomet, lui racontant en même temps les merveilles dont ils avaient été témoins au cours de leurs longues pérégrinations.
Durant plusieurs années, le prophète se tint caché dans le désert, méditant et priant, avant de se résoudre à fonder la religion qui lui semblait devoir convenir le mieux aux peuples barbares qu'il voulait régénérer, en leur imposant une croyance élevée, réglée par des lois sévères. Le terrain était bien préparé et les progrès furent rapides.
De fidèles adeptes le suivaient partout, écrivant à mesure qu'il les prononçait les, paroles qui sortaient de sa bouche, Ce sont ces feuilles détachées qui, plus tard, formèrent le Koran, ou livre sacré des Arabes.
On a relevé dans ce livre 23 versets contradictoires, qui ont amené de fréquentes disputes parmi les marabouts.

Les musulmans les plus fanatiques ont souvent voulu appliquer aux chrétiens tous les versets où il était question
d

'infidèles. Ils ont commis par cette interprétation une erreur grave. Pour le prophète, l'infidèle était l'idolâtre. C'est l'idolâtrie qu'il a combattue toute sa vie avec ardeur et condamnée sans retour.
On ne saurait douter, en lisant le Koran, que Mahomet ne se soit inspiré par la lecture de la Bible, des Évangiles et des Psaumes de David. On le voit dans certains passages empreints de cette poésie religieuse qu'aucun livre n'a égalée depuis et qui est bien native de l'Orient. La foi en un Dieu unique s'y montre à chaque ligne, tantôt ardente, tantôt paisible, toujours exprimée avec une puissance de conviction bien faite pour se communiquer et illuminer l'incrédule. Le jugement dernier, les horreurs de l'enfer et les joies du paradis reviennent sans cesse dans les versets du Koran avec une couleur véritablement dramatique.
En voici un exemple, c'est Dieu qui parle :
Nous avons tiré 1'homme du néant. Le moindre mouvement de son âme nous est connu; nous sommes plus près de lui que la veine de, son cœur.

" Lorsque près de son tombeau les deux anges viendront s'asseoir, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, il ne proférera par une parole qui ne soit notée exactement.
" Les angoisses de la mort le saisiront. " Voilà, " lui dira-t-on, " le terme que tu voulais reculer. "
" Le son de la trompette annoncera le jour des menaces.
" Chaque homme se présentera avec un guide et un témoin.
" Tu vivais dans l'insouciance, lui dira-t-on; ce jour n'occupait pas ta pensée, nous avons fait tomber le voile qui t'aveuglait; aujourd'hui, ta vue sera perçante. "
"Un des anges dira: "Voilà ce que j'ai préparé contre toi.
" Qu'on jette dans l'enfer l'infidèle et le prévaricateur.
" Qu'on y précipite ceux qui ont empêché le bien, violé les lois et douté de la religion.
" Qu'on fasse subir les tourments les plus rigoureux à l'idolâtre. "
" Seigneur, " dira Satan, "je ne l'ai pas conduit à l'erreur, il s'est perdu lui-même. "
" Ne disputez pas devant moi, " dira l'Éternel, votre arrêt est prononcé; ma parole est immuable, je ne traite pas injustement mes serviteurs. "
" Dans ce jour, nous demandons à l'enfer:
"Tes gouffres sont-ils remplis? "
Il répondra: " Avez-vous encore des victimes ? "
" Non, loin de là, le paradis est préparé pour les hommes vertueux. "
" Voilà, " diront les anges,
" le bonheur promis à ceux qui ont fait pénitence et qui ont gardé les commandements du Seigneur, à ceux qui ont révéré le Miséricordieux dans le secret de leur âme et qui lui ont offert un cœur converti.
" Entrez ! voilà la paix qui commence. "

Le Koran revient souvent sur l'étendue des délices que renferme le paradis, délices qui prennent les hommes par tous les côtés humains. Le prophète s'est rendu plus aisée, par ce moyen, la tâche d'attirer les Orientaux à sa doctrine.

La religion chrétienne ne s'adresse qu'à la partie idéale de notre nature. Elle nous laisse entendre que, dans l'autre monde la vue seule de Dieu devra satisfaire toutes les facultés aimantes, admiratives et contemplatives de notre âme et que l'impossibilité de pécher suffira seule à nous faire éprouver une félicité parfaite.
Le prophète revient continuellement, dans ses descriptions du jardin céleste, sur l'abondance des sources d'eau vive et sur l'ombre épaisse des arbres chargés de fruits exquis. Il s'adressait à des hommes souffrant en général de la soif, de la privation de la verdure, de la chaleur des sables brûlants du désert; à des hommes qui vivaient pauvrement logés, pauvrement vêtus et pauvrement nourris. Il leur disait:
" Si vous suivez ma loi, voilà ce qui vous attend.
" Accoudés sur des coussins rangés en ordre, ceux qui ont cru seront mariés, à des filles aux grands yeux noirs.
" Ceux qui ont cru et dont les enfants ont suivi les traces dans la foi, seront réunis à leurs enfants. Nous n'ôterons pas la moindre chose de leurs œuvres. Tout le monde sert d'otage à ses œuvres.
" Nous leur donnerons en abondance les fruits et des viandes qu'ils désireront.
" Ils s'y prêteront mutuellement la coupe qui ne fera naître ni mauvais propos, ni occasion de péché.
" Autour d'eux circuleront de jeunes serviteurs pareils à des perles dans leurs conques.
" S'abordant les uns les autres, les bienheureux se feront réciproquement des questions.
" Nous étions jadis," diront-ils, "pleins de sollicitude pour notre famille.
" Dieu a été bienveillant envers nous. Il nous a préservé du châtiment pestilentiel.
" Nous l'invoquions jadis; il est bon et miséricordieux."

Et ailleurs :
" Dieu introduira les croyants qui auront pratiqué le bien dans des jardins arrosés par des cours d'eau. Ils y porteront des bracelets d'or et de perles. Ils s'y vêtiront de soie. "

On peut juger de l'effet que de semblables promesses, répétées en toute occasion, avec l'accent de conviction, par un homme que sa supériorité avait placé au-dessus de tous les autres, devaient produire sur les populations, ignorantes et malheureuses qui commençaient à ne plus se sentir protégées par leurs dieux.
Le Koran renferme dans un texte d'une étendue fort ordinaire, non seulement les principes de la religion, mais en même temps un traité d'hygiène à l'usage du pays. Il contient aussi des lois générales qui, développées plus tard par des hommes d'étude dans des ouvrages considérables, régissent encore, pour la plupart, les colonies de l'Afrique.

Dans ces trois ordres d'idées, le prophète se montre à la même hauteur. Tout est calculé avec un soin minutieux; mais l'ensemble manque d'une certaine suite ; chaque verset répondant, selon toute apparence, aux circonstances du moment, était destiné à résoudre les doutes des nouveaux croyants.
L'élévation du style, souvent en rapport avec l'élévation de la pensée, est toujours revêtue d'une forme sobre et énergique. Ainsi le Pentateuque, les Évangiles et le Koran sont les trois livres sacrés d'où les imans tirent toute la doctrine de la religion musulmane, et ces trois ouvrages leur ont été indiqués par le prophète lui-même, qui a dit :

" Dieu vous a envoyé le livre qui renferme la vérité, pour confirmer les Écritures qui l'ont précédé.
Dieu a fait descendre des cieux le Pentateuque et l'Evangile, pour servir de guide aux hommes ; il leur a ensuite envoyé le Koran. "
Tout bon musulman doit apprendre par cœur le Koran en tout ou en partie; mais ne doit pas lire la Bible chez lui, sans le concours d'un marabout.

Il est un point de la doctrine mahométane, qui est généralement très peu connu des chrétiens, et souvent certains marabouts l'enseignent même aux Arabes d'une manière absolument erronée.

Nous voulons parler du fatalisme. Dans les principes de la religion musulmane, telle qu'elle a été enseignée par les anciens imans et par tous les docteurs de la loi, la prédestination ne s'applique en aucune façon à l'état moral, civil et politique. L'homme n'est jamais représenté comme privé de son libre arbitre dans aucune de ses actions.

" Quiconque, est-il dit, nie le libre arbitre, en attribuant les actions humaines à la volonté de Dieu seul, pèche contre Dieu; il est réputé impie et, à ce titre, soumis aux peines éternelles. "
La loi dit que toutes les entreprises, publiques ou particulières, doivent être précédées d'une invocation aux lumières célestes par l'intercession du prophète et de tous les saints; qu'il faut ensuite faire appel à ce que la réflexion, la raison et l'expérience peuvent suggérer ".

Après s'être soumis à cette règle de conduite, tout bon musulman est obligé de se courber avec résignation sous les décrets éternels. Interrogé une fois à ce sujet, le prophète déclara que celui qui se trouvait déjà au feu devait se résigner, mais que celui qui était hors du feu ne devait pas s'y exposer.

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