PROJET DE COLONISATION DE
L'ALGÉRIE
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Par J.P Kremer créateur de la pépinière de Guelma

Guelma 1848 Pour œuvrer efficacement en Algérie nous proposons l'association du travail pour la colonisation de ce pays.

En travaillant isolément? Les bras isolés sont impuissants, en Algérie encore plus qu'ailleurs.

Nous proposons la vie de communauté pour quelques temps limité, parce qu'il est évident aussi que dix hommes qui vivent ensemble dépensent beaucoup moins qu'un même nombre d'hommes qui vivraient isolément. Plus de travail, moins de temps, et moins de dépense, voilà les trois premiers grands avantages de la vie de communauté et de l'association du travail.
A ces avantages il faut ajouter que les cotons vivant ainsi sous la direction d'un personnel administratif éclairé, apprendraient la culture du pays, bien différente de celle de la France, observeraient mieux les règles de l'hygiène, et seraient acclimatés avant d'être abandonnés à leur propre expérience.
Il faut donc commencer par créer des fermes-colonies, pouvant renfermer de 200 à 250 personnes {voir le plan que nous avons fait d'une ferme de 250 personnes ). Pendant le temps que les colons passeraient dans les fermes-colonies, ils ne s'occuperaient pas uniquement à défricher et à cultiver les terres, mais en outre ils bâtiraient une bourgade de 200 à 250 maisons, toutes semblables (voir le plan), de manière que chacun, au bout de son congé, c'est-à-dire, à la cessation de l'association, ait une maison à lui "appartenant, et de plus dix hectares de terres défrichées et ensemencées.

Comment ces associations peuvent-elles se former?

Il faut des capitaux. Le gouvernement seul peut les former, en admettant des engagements volontaires, et en faisant les avances nécessaires, avances qui lui seraient remboursées par annuités, et par une combinaison qui ne parait pas difficile d'après l'ensemble de notre projet, comme nous le verrons bientôt

Depuis dix-huit ans que nous occupons le pays, il y a encore presque rien de fait ; cela est facile à comprendre s ceux qui ont quelques capitaux ne vont pu en Afrique pour défricher des terres dont les produits se font attendre; ils préfèrent le commerce qui leur procure des bénéfices immédiats. Quant à ceux qui n'ont pas d'avances, il est évident qu'ils ne peuvent coloniser. Ce qui s'est va dans le passé se verra encore à l'avenir, c'est-à-dire, que l'on ne colonisera que quand te gouvernement prendra l'initiative. Il faut donc qu'il y songe sérieusement, s'il veut que l'Algérie le dédommage de tant de sacrifices déjà faits en hommes et en argent, et il s'en dédommagera d'autant plus vite qu'il fera plus d'avances. Qui ne sème pas, ne récolte pas.

Outre les produits immenses que l'Algérie pourra fournir plus tard en huile, en froment, en tabac, en soie, etc., l'armée pourra, par l'implantation des colons, être réduite de moitié, et là se trouvera déjà une économie qui contrebalancera ses premières avances.
Les fermes colonies pourraient-elles admettre des familles, des hommes mariés?
Nous n'hésitons pas à répondre négativement : cela offre trop de difficultés de logement, entraînerait à des frais de construction trop considérables, et enfin, par la présence des enfants, il y aurait quatre fois autant de consommateurs que de producteurs.

On ne pourrait guère non plus admettre des hommes mariés qui laisseraient femmes et enfants en France: car qui nourrirait ces derniers en l'absence do chef de famille, leur soutien?

Ces fermes ne peuvent renfermer que des hommes d'une constitution robuste, âgés de vingt à trente ans au plus, auxquels on accorderait, vers la fin de l'association, des congés pour aller se marier en France(ou ailleurs), des indemnités de route seraient accordées à cet effet.

Doit-on admettre dans la communauté un petit nombre de femmes non mariées? Cette question n'est pas la plus facile à résoudre. Leur présence dans L' établissement semblable n'est certes pas sans inconvénient. D'un autre côté l'absence complète des femmes dans une ferme, présente également de grands inconvénients. Il faut surtout des femmes pour la lingerie et la laiterie. Nous pensons qu'il faudrait en admettre une vingtaine pour une ferme de 350 personnes. Les précautions ont été prises dans le plan de la ferme pour séparer complètement et éloigner les dortoirs et réfectoires des femmes de ceux des hommes, pour que la moralité puisse être sévèrement surveillée et observée. D'ailleurs, n'y a-t-il pas des femmes dans les fermes en France?

Pendant combien de temps les colons doivent-ils travailler ensemble et vivre sous le même toit?

Il faut que l'association dure jusqu'à ce que la totalité des terres affectées à la ferme-colonie, soit mise en rapport, et que la bourgade entière soit bâtit. Pour cela , il faut cinq ans. Faire durer moins longtemps l'association, serait se omettre dans la grave nécessité de fournir aux colons seulement une partie de leurs dix hectares en culture, et de laisser le reste à défricher ; ce serait les livrer à l'impuissance, et les empêcher d'être a même de rembourser les avances faites par le gouvernement. Si, au contraire, l'association dure cinq ans, la colonie aura très probablement, d'après nos combinaisons, remboursé toutes les avances avant que le partage des terres s'effectue, de manière que le colon, EN entrant en jouissance de sa propriété, n'aura plus a payer qu'un impôt régulier et ordinaire comme en France.

Quant aux femmes, leur engagement se renouvellerait tous les ans, ce qui leur permettrait de se retirer en cas de besoin, ou de les renvoyer en cas d'inconduite. elles auraient 365 francs. par an du gouvernement, et les vivres de campagne. Elles n'auraient ni droit à une maison, ni droit aux partages des terres, lors même qu'elles passeraient tout un congé, c'est-à-dire cinq ans dans l'établissement. Enfin, on n'y admettrait que des femmes de la campagne, des femmes aptes à devenir de bonnes fermières. -La solde des colons est réglée sur une autre base que celle des femmes, comme on le verra plus bas- Pour eux le résultat de cinq années de travail sera la possession de neuf hectares de terre en culture; un hectare de jardin avec plantations, une maison avec dépendances, les principaux instruments aratoires, une paire de bœufs, une vache, quelques moutons, et 15oo francs en argent.

Ce que nous avons dit jusqu'à présent, ne concerne que les colons libres, qui contracteraient un engagement volontaire.

Mais pourquoi n'établirait-on pas quelques points de colonisation avec des prisonniers, ainsi qu'avec des hommes condamnés à être transportés, en choisissant parmi eux les moins coupables, les hommes égarés ? Notre système pourrait, avec de légères modifications, leur être appliqué, en convertissant ces fermes-colonies en pénitenciers.

Les hommes détenus dans les prisons en France, ainsi que ceux qui doivent être transportés hors du territoire français, coûtent beaucoup à l'Etat, et ne sont d'aucune utilité pour leurs familles; ce sont des parasites de la société. Les employer à la colonisation de l'Algérie, serait a la fois un acte d'humanité et un acte d'utilité générale.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE