LA KAHENA .

REINE JUDÉO-BERBÈRE DU MAGHREB

La Kahena est une reine berbère connue pour le talent avec lequel elle a su organiser le Maghreb, "de Gabès à Tanger", comment elle, juive, a amené les Berbères païens à adopter cette religion et dans quelles conditions elle fut vaincue, en 702, par les Arabes arrivés de Tunisie, dans les Monts des Aurès où, actuellement, se dresse une statue la représentant près de Khenchela.

ORIGINE DES BERBÈRES
En traitant de la race berbère, des nombreuses populations dont elle se compose et de la multitude de tribus et de peuplades dans laquelle elle se divise, nous avons fait mention des victoires qu'elle remporta sur les princes de la terre et de ses luttes avec divers empires durant des siècles, depuis ses guerres en Syrie avec les enfants d'Israël et sa sortie de ce pays pour se transporter en Ifrikia et en Maghreb.

LA KAHÉNA, DIRIGEANT POLITIQUE ET CHEF DE GUERRE
Nous avons raconté les combats qu'elle (la race berbère) livra aux premières armées musulmanes qui envahirent l'Afrique ; nous avons signalé les nombreux traits de bravoure qu'elle déploya sous les drapeaux de ses nouveaux alliés et retracé l'histoire de Dihya-t-el-Kahena, du peuple nombreux et puissant qui obéissait à cette femme et de l'autorité qu'elle exerça dans l'Auras depuis les temps qui précèdent immédiatement l'arrivée de des vrais croyants jusqu'à sa défaite par les Arabes.

LES ORIGINES JUIVES DE LA KAHÉNA
Une partie des Berbères professait le judaïsme, religion qu'ils avaient reçue de leurs puissants voisins, les Israélites de la Syrie. Parmi les Berbères juifs, on distinguait les Djeraoua , tribu qui habitait l'Auras et à laquelle appartenait la Kahena, femme qui fut tuée par les Arabes à l'époque des premières invasions. Les autres tribus juives étaient les Néfouça berbères de l'Ifrikia, les Fendelaoua, les Mediouna, les Behloula, les Ghiatha et les Fazaz, berbères du Maghreb-el-Acsa. Idris premier, descendant d'El-Hacen, petit-fils de Mahomet, fit disparaître de ce pays jusqu'aux dernières traces des religions chrétienne, juive et païenne et mit un terme à l'indépendance de ces tribus.

LA KAHENA, UNE PUISSANTE PRÊTRESSE
Hassan 1 demanda alors quel était le prince le plus puissant qui restait encore en Ifrikia et on lui désigna une femme qui gouvernait les Berbères et qui était généralement connue sous le nom de El-Kahena 2 . " Elle demeure, dirent-ils, au Mont-Auras ; elle est d'origine berbère, et, depuis la mort de Koceila, les Berbères se sont ralliés à elle ". Cette femme prédisait l'avenir et tout ce qu'elle annonça ne manqua pas d'arriver. On lui parla encore de la puissance qu'elle exerçait en l'assurant que la mort d'une personne aussi redoutable pourrait seule mettre un terme à la révolte des Berbères.

LA GUERRE ARABO-BERBÈRE. HASSAN CONTRE LA KAHENA
LA BATAILLE DE NINI
La Kahena, avertie que Hassan s'était mis en marche pour l'attaquer, fit démolir la forteresse de Baghaïa , pensant que c'était la possession des places fortes que visait le général musulman. Hassan s'avança pourtant contre elle sans se soucier de ce qu'elle venait de faire et lui livra bataille sur le bord de la rivière Nini . Après un combat acharné, les musulmans furent mis en déroute ; un grand nombre d'entre eux perdit la vie et plusieurs des compagnons de Hassan furent faits prisonniers. La Kahéna les traita avec bonté et les renvoya tous (vers Hassan) à l'exception de Khaled-Ibn-Yézid , de la tribu de Caïs , distingué par son rang et par sa bravoure, qu'elle adopta pour fils
L'ERREUR DE LA KAHÉNA
( Après la bataille de Nini, Hassan se retira de l'Ifrikia et demeura dans la province de Barca durant 5 ans. Par suite, il reçut des renforts et songea, à nouveau, à envahir les territoires des Berbères).
A son approche (celle de Hassan), La Kahéna dit à son peuple : " Les Arabes veulent s'emparer des villes, de l'or et de l'argent, tandis que nous, nous ne désirons posséder que des champs pour la culture et le pâturage. Je pense donc qu'il n'y a qu'un plan à suivre, c'est de ruiner le pays afin de les décourager ". Elle envoya donc ses partisans partout afin de renverser les villes, démolir les châteaux, couper les arbres et enlever les biens des habitants. Abd-er-Rahman-Ibn-Ziad-Ibn-Anam rapporte que tout le pays, depuis Tripoli jusqu'à Tanger, n'était qu'un seul bocage et une succession continuelle de villages, et que tout fut détruit par cette femme.
Ainsi, quand Hassan s'approcha de l'Ifrikia, il eut le plaisir de voir les Roum venir à sa rencontre et implorer son secours contre la Kahéna. Il se dirigea alors sur Cabès dont les habitants vinrent au-devant de lui pour lui offrir une somme d'argent et faire leur soumission. Autrefois, ils n'avaient jamais voulu admettre un émir arabe dans leur ville. Aussi, Hassan leur donna pour gouverneur un jeune esclave. De là, il se rendit à Cafsa qui se soumit à son autorité ainsi que Castilia et Nefzaroua .

FIN ET MORT DE LA KAHENA
Quand la Kahéna vit s'approcher l'avant-garde arabe, elle fit venir ses deux fils ainsi que Khaled-Ibn-Yézid (son fils adoptif) et leur annonça qu'elle même serait
tuée et que, eux, ils devaient se rendre auprès de Hassan pour solliciter leur grâce. Le général musulman accueillit les deux transfuges et les mit sous la protection d'un de ses officiers, puis ordonna à Khaled de se porter en avant contre la Kahéna. Les troupes arabes engagèrent contre celles de la Kahéna un combat acharné et le carnage fut si grand que tous les Arabes s'attendaient à être exterminés. Mais Dieu étant venu au secours des Musulmans, les Berbères furent mis en déroute avec des pertes énormes. La Kahéna elle-même fut atteinte et tuée dans sa fuite. Les Berbères demandèrent grâce à Hassan et l'obtinrent à la condition de lui fournir un corps auxiliaire de 12 000 hommes. Cette troupe fut aussitôt mise, par Hassan, sous les ordres des deux fils de la Kahéna. Dès cette époque, l'islamisme se propagea parmi les Berbères. La guerre étant terminée de cette manière, Hassan revint à Cairouan et réorganisa l'administration du pays.
Hubert Hannoun
Source: avec l'autorisation de l'Institut Sépharade; M-Rahmani

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