LES INSURECTIONS BERBERES
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HISTOIRE DE L'AFRIQUE
DE MOH'AMMED-BEN-ABI-EL-RAÏNI EL-K'AÏROUÀNI
TRADUITE DE L'ARABE PAR
MM. E. PELLISSIER ET RÉMUSAT

Bérbères dans le Constantinois

O'beïd-Allah-ben-'Abd-er-Rah'mân resta en Afrique jusqu'en 110 de l'hégire. Il retourna ensuite à Damas, et offrit en présent au khalife une grande quantité de captives noires et blanches, des nègres, des eunuques, en tout plus de sept cents esclaves choisis ; des chevaux, de l'or et de l'argent.

Il le pria en même temps de lui retirer le gouvernement de l'Afrique. Le khalife y consentit et prescrivit à Abd-Allah ben-el-H'edjab, gouverneur de l'Égypte, de se rendre en Afrique et de prendre le commandement de cette contrée des mains d'Ok'ba-ben-Kedama-Tedjbii, à qui 'Obeïd l'avait confié au moment de son départ. 'Abd-Allah-ben-el-H'edjab est, selon Ben Chemma, celui qui fit construire l'arsenal maritime de Tunis. Cette assertion est contraire à ce qu'ont écrit d'autres historiens ,et aux documents que j'ai recueillis moi-même.

Il est certain que des flottes étaient sorties de Tunis longtemps avant Ben-el-H'edjab. C'est à H'acen-ben-No'mân que revient la gloire de cette construction. Au reste, je parlerai encore de cela plus tard.

'Abd-Allah-ben-el-H'edjab partit pour l'Afrique, dans le mois de rebi'-el-akher de l'année 110 de l'hégire. Il laissa à son fils le commandement de l'Égypte. Arrivé à sa destination, il fit sortir Mustenir de prison et le nomma gouverneur de Tunis. Il envoya 'Abid-ben-Abi-'Obeïda-ben-'Obeïda-ben 'Ok'ba-ben-Nafih à Sous et au pays des nègres.

Ce chef ramena de cette expédition deux femmes d'une organisation assez extraordinaire : elles n'avaient chacune qu'une seule mamelle. Elles appartenaient à l'espèce que les Berbères appellent 'Adjân.
Khaled ben-Abi-H'abib-el-Fahri fut ensuite envoyé par le gouverneur contre les Berbères de Tanger(1). Il était accompagné des plus nobles de K'orich et d'Ansar(2) ; mais tous périrent dans cette expédition, dont personne ne revint, et qu'on appelle encore l'expédition des nobles.

'Abd-Allah-ben-el-H'edjab retourna en Orient, dans le mois de djoumâd-el-oouel de l'année 123. Ben-el-Kardabous fait mention de lui dans son livre intitulé Aktifa. Ben-Chebbat gouverneur envoya H'abib-ben-Abi-'Obeïda en Sakalia, vers l'an 122. Ce général débarqua auprès de Sarkouça(1), la ville la plus considérable du pays; les habitants se défendirent avec courage; H'abib mit aussi beaucoup de vigueur dans l'attaque, et laissa des marques de son sabre sur les portes de la cité chrétienne. A la fi n, les gens de Sarkouça consenti rent à payer tribut, et H'abib retourna en Afrique.
Ben-el-H'edjab a laissé la réputation d'un homme docte et d'un écrivain distingué(2). Il était très versé dans l'histoire des Arabes. On a déjà vu que la fondation de la mosquée et de l'arsenal de Tunis lui a été attribuée. Cette fondation aurait eu lieu, selon les auteurs qui en font honneur à Ben-el-H'edjab, en 114.
Il est prouvé, par d'autres témoignages, qu'il prit le gouvernement de l'Afrique en 116, et qu'il le quitta en 123. L'auteur de l'Aktifa dit que dans le mois de djoumâd-et-tâni 123, le khalife H'echâm nomma au gouvernement de l'Afrique K'altoum-ben-'Aïad-el Kissi, qui périt, avec les siens, sous le fer des Berbères de Tanger.

J'aurais voulu avoir ce déplorable récit, mais je n'ai pu me le me procurer d'un écrivain distingué(2). Il était très versé dans l'histoire des Arabes.

On a déjà vu que la fondation de la mosquée et de l'arsenal de Tunis lui a été attribuée. Cette fondation aurait eu lieu, selon les auteurs qui en font honneur à Ben-el-H'edjab, en 114. Il est prouvé, par d'autres témoignages, qu'il prit le gouvernement de l'Afrique en 116, et qu'il le quitta en 123.

L'auteur de l'Aktifa dit que dans le mois de djoumâd-et-tâni 123, le khalife H'echâm nomma au gouvernement de l'Afrique K'altoum-ben-'Aïad-el Kissi, qui périt, avec les siens, sous le fer des Berbères de Tanger.

Cet historien n'entre dans aucun détail sur cette funeste expédition. Il est présumable que l'historien de K'aïrouân en parle plus amplement(3).
J'aurais voulu avoir ce déplorable récit, mais je n'ai pu me le me docte et d'un écrivain distingué(2). Il était très versé dans l'histoire des Arabes. On a déjà vu que la fondation de la mosquée et de l'arsenal de Tunis lui a été attribuée. Cette fondation aurait eu lieu, selon les auteurs qui en font honneur à Ben-el-H'edjab, en 114. Il est prouvé, par d'autres témoignages, qu'il prit le gouvernement de l'Afrique en 116, et qu'il le quitta en 123.
L'auteur de l'Aktifa dit que dans le mois de djoumâd-et-tâni 123, le khalife H'echâm nomma au gouvernement de l'Afrique K'altoum-ben-'Aïad-el Kissi, qui périt, avec les siens, sous le fer des Berbères de Tanger.
Cet historien n'entre dans aucun détail sur cette funeste expédition. Il est présumable que l'historien de K'aïrouân en parle plus amplement(3). J'aurais voulu avoir ce déplorable récit, mais je n'ai pu me le procurer. Le peu que je dis sur cette malheureuse affaire est peut-être dans cette histoire de K'aïrouân ; mais c'est à une autre source que je l'ai puisé(1), ce qui n'en est pas moins un mérite, vu la préoccupation de mon esprit, les troubles et les inquiétudes au milieu desquels je vis, et le manque de tout soutien, si ce n'est celui de Dieu.
Lorsque le khalife H'echâm-ben-'Abd-el-Mâlek-ben-Merouân eut appris, dit Ben-Kardabous, la mort de K'altoum, il le remplaça, dans le mois de safar 124, par Hentala-ben-S'efouân, qui resta en Afrique jusqu'au règne de Merouân-ben-Moh'ammed(2).
Le khalife Hechâm rappela d'Espagne 'Ok'ba ben-el-H'edjadj et le remplaça par El-H'issan-ben-Dirar-el-K'albi qui gouverna cette contrée pendant neuf ans. Il y était arrivé avec dix mille hommes du pays procurer.
Le peu que je dis sur cette malheureuse affaire est peut-être dans cette histoire de K'aïrouân ; mais c'est à une autre source que je l'ai puisé(1), ce qui n'en est pas moins un mérite, vu la préoccupation de mon esprit, les troubles et les inquiétudes au milieu desquels je vis, et le manque de tout soutien, si ce n'est celui de Dieu.
Lorsque le khalife H'echâm-ben-'Abd-el-Mâlek-ben-Merouân eut appris, dit Ben-Kardabous, la mort de K'altoum, il le remplaça, dans le mois de safar 124, par Hentala-ben-S'efouân, qui resta en Afrique jusqu'au règne de Merouân-ben-Moh'ammed(2). Le khalife Hechâm rappela d'Espagne 'Ok'ba ben-el-H'edjadj et le remplaça par El-H'issan-ben-Dirar-el-K'albi qui gouverna cette contrée pendant neuf ans. Il y était arrivé avec dix mille hommes du pays de Damas. Ces forces lui permirent de détruire le parti el-Senhadji, Abou-'Ali-ben-R'achik, Abou-'Abd-Allah-el-H'ouçaïn et Ibrahim-Refi k''Ifren-el-Mezennati s'était formé en Espagne; il se rendit maître de ce rebelle et le fi t mettre en croix. Il fi t en même temps crucifier un chien à sa droite, un porc à sa gauche, un singe derrière lui et un ours devant. Il établit les gens de Damas à El-Bira(1), ceux de Palestine à Chedouna(2), ceux de Arden à Ouchka, ceux d'Égypte à Badja, ceux de Kanserin à Djan(3), et enfin ceux de Homs(4) à Achebilia(5), que l'on nomma depuis Achebilia-Homs. Il mourut en Espagne sous le règne de H'echâm. El-H'issem-ben-el-K'albi lui succéda. Je ne suis entré dans tous ces détails que pour prouver que c'est aux généraux qui ont commandé en Afrique que l'on doit la conquête de l'Espagne et des autres contrées de l'Occident.

Tous ces pays faisaient partie de leur gouvernement. Ces forces lui permirent de détruire le parti jusqu'à la mort de H'echâm-ben-'Abd-el-Mâlek-ben Merouân, qui arriva dans le mois de rebi'-el-akher 125 de l'hégire. Ce khalife avait régné dix-neuf ans, sept mois et dix jours. Le jour de sa mort, Oulid ben-Iezid-ben-'Abd-el-Mâlek prit les rênes de l'état. C'était un homme de plaisir, adonné au vin, au jeu et à la débauche, qui se plaisait à faire publiquement les choses défendues par la loi. Son administration fut si tyrannique que l'on disait de lui : " C'est le dernier et le pire des Beni-'Ommia. " On en parle plus longuement ailleurs. Iah'ia-ben-Zaïd-ben-'Ali-ben-Abi T'âleb se révolta contre lui ; mais, après une longue série de combats, il fut vaincu et tué. Sa tête fut portée au khalife, et son corps cloué à une croix, où il resta exposé jusqu'au temps d'Abi-Meslem. On cite le trait suivant d'impiété d'Oulid-ben Iezid : Un jour, voulant tirer du Koran quelque prédiction sur sa destinée, il ouvrit le livre et tomba sur le verset suivant : " Tous tireront de l'avantage de leur travail, excepté le tyran et l'orgueilleux. "

Ayant lu ces mots, il mit le livre pour but à ses flèches, et dit : " Tu as voulu me faire peur, eh bien c'est moi qui suis cet orgueilleux et ce tyran. Lorsque tu paraîtras devant Dieu au jour du jugement, dis-lui C'est Oulid qui m'a percé de ses flèches. " Le règne de ce mauvais prince ne fut pas long. Son cousin Iezid se révolta contre lui et le tua. Il avait régné un an et deux mois. Sa tête fut exposée à Damas, et son corps mis en pièces. Il eut pour successeur ce même Iezid-ben-Oulid-ben-'Abd-eI-Mâlek ben-Merouân surnommé El-Hakes, dans le mois de djoumâd-el-akher 126. Merouân-ben-Moh'ammed-ben-Merouân leva contre lui l'étendard de la révolte pour venger son parent, le dernier khalife. Ce rebelle fut heureux; il entra à Damas après avoir mis Iezid en fuite. Bientôt il s'empara de sa personne et le condamna au supplice de la croix. Le règne d'Iezid ne fut que de six mois. Le jour même de sa mort, Ibrahim-ben-el-Oulid-ben 'Abd-el-Mâlek-ben-Merouân fut salué khalife(1) ; mais ce nouveau règne ne fut ni long ni heureux. Ibrahim vit toujours son autorité contestée. Merouân ben-Moh'ammed lui fi t la guerre, comme il l'avait faite à son prédécesseur, et marcha contre lui à la tête de soixante et dix mille hommes. Ibrahim en avait cent mille commandés par Selîmân-ben-H'echâm. La bataille se livra dans les plaines de Damas. Merouân fut vainqueur et fi t éprouver de grandes pertes à son ennemi. Damas lui ouvrit ses portes. Ibrahim, vaincu, fut obligé d'abdiquer après un règne de deux mois, et, deux mois après, Merouân le fi t mettre à mort. Merouân-ben-Moh'ammed-ben-Merouân-ben el-H'akem-ben-Abi-'Abd-el-Malek-ben-Merouân fut salué khalife dans le mois de safar 127. On le surnomma Merouân-el-H'ammâr-el-Merouân-el-Djadi. Il fit exhumer le cadavre de Ben-Oulid et le fit mettre en croix.

Il destitua 'Abd-el-Mâlek-ben-Katem, gouverneur d'Espagne, et le remplaça par T'ouaba-ben-en Naïm el-Ansâri qui se soutint quatre ans dans ce pays, C'est à-dire jusqu'à l'avènement de la dynastie des Beni-'Abbês, après quoi l'Espagne fut perdue pour les khalifes. Les musulmans établis dans cette contrée élurent pour chef un certain Iouçef-ben-'Abd-er-Rah'mân-el-Fabri, qui se soutint au pouvoir jusqu'à l'arrivée de 'Abd?-er-Rahmân ben-Ma'ouïa ben-H'echâm-ben-'Abd el-Mâlek-ben-Merouân, comme on le verra bientôt.

Je reviens maintenant à Merouân-ben-Moh'ammed-el-Dj'adi. Son règne fut sans cesse troublé par des guerres intestines. La ville de Homs, entre autres, se révolta. Il la prit et en fit raser les fortifications. On s'accorde à dire que ce khalife protégea toujours efficacement les pèlerins de la Mekke.

En 129 de l'hégire, Abou-Muslem-el-Keraçani prit les armes pour les Beni-'Abbas. Il en résulta une longue guerre dont l'issue fut malheureuse pour Merouân-ben-Moh'ammed. Poursuivi par les armées victorieuses des Beni-'Abbas, il se retira dans un village du S'aïd, appelé Abou-Serr.

Ces événements se passèrent dans l'année 132 de l'hégire. Merouân ben-Moh'ammed régna cinq ans et dix mois. Il fut, en Orient, le dernier prince de la dynastie des Beni-'Ommîa qui a occupé le khalifat pendant mille mois.

Celle des Beni-'Abbas, qui la remplaça, fit massacrer tous les Beni-'Ommîa qu'elle put atteindre. 'Abd-er-Rah'mân-ben-Ma'ouïa-ben-H'echâm-ben 'Abd-el-Mâlek-ben-Merouân ben-el-H'ekm fut un de ceux qui eurent le bonheur d'échapper à la mort.
Il gagna l'Espagne en l'année 139. Il trouva ce pays plongé dans l'anarchie : les uns tenaient pour les H'ache mi(1), les autres pour la dynastie déchue. Aucun ordre ne parvenait des khalifes.

'Abd-er-Rah'mân réunit lui tous ceux qui avaient à se plaindre de Ioucef-ben 'Abd-er-Rah'mân. Il eut bientôt un nombreux parti, et les villes lui ouvrirent leurs portes. Iouçef, vaincu par lui, fut tué.

Cordoba reconnut son autorité, et il y fut proclamé roi. Il régna trente-trois ans. Ses enfants lui succédèrent, et non seulement ils ne se soumirent pas aux Beni-'Abbês, mais encore le nom de ces princes n'était pas même prononcé dans les prières publiques.

Ceci dura jusqu'au temps d'Abd-er-Rah'mân(1), surnommé En-Nâc'er-ed-Dîn-Allah, qui prit le titre de êmir-el-moumenîn, lorsque les Beni-'Obeïd eurent pris ce même titre en Afrique. On dit que les ancêtres de cet 'Abd-er-Rah'mân avaient reconnu les Beni-'Abbês. Son nom était 'Abd-er-Rah'mân ben-'Abd-Allah-ben-Moh'ammed-ben-'Abd-elRah'mân-ben-el-H'ekm-ben-H'echâm-ben-'Abdr-Rah'mân-el-Darkal-ben-Ma'ouïa-ben-H'echâm en-'Abd-el-Mâlek-ben-Merouân, de la dynastie des Bni-'Ommîa.

Ce fut seulement vers la vingt-septième année de son règne que, voyant l'état de faiblesse où étaient tombés les khalifes de l'Irak', et l'élévation en Afrique des 'Alouiin(2), il prit le titre de êmir el-moumenîn. Il mourut en 350 de l'hégire, à l'âge de soixante et treize ans, après avoir gouverné l'Espagne pendant cinquante ans.

Son fils El-Hekm, surnommé El-Mestamer, lui succéda et régna quinze ans et cinq mois. Ce prince mourut en 366, âgé de soixante trois ans et sept mois ; il eut pour successeur son fils H'echâm, surnommé El-Mouaïed, jeune enfant de dix ans, au nom duquel Moh'ammed-ben-'Abd-Allah-ben-Abi-'Omar gouverna l'Espagne.

El-Mouaïed figurait dans les prières publiques, et la monnaie était frappée en son nom, mais c'était tout : Moh'ammed, qui avait su gagner l'affection des troupes, était le véritable souverain.

C'était, au reste, un homme d'une rare intelligence et doué des meilleures et des plus brillantes qualités. La plupart de ses expéditions furent dirigées contre les infidèles, qu'il humilia avec l'aide de Dieu. Il obligea les chrétiens de transporter, de l'intérieur du pays, des matériaux à Cordoba pour la construction de la mosquée de cette ville.

Tous les princes d'Espagne se soumirent à lui, et administraient en son nom. Personne ne fit tant de grandes choses. Aussi disait-on en parlant de lui " C'est le plus glorieux enfant de l'islamisme. "

Ce fut sous son administration que les trésors des diverses villes furent réunis en un seul. On fit un calcul exact des revenus de l'Espagne, et on trouva qu'ils s'élevaient à cinq millions de dinars.
Un tiers de cette somme était versé au Bit-el-Mâl(1), un tiers était employé à la solde de l'armée, et l'autre tiers aux monuments publics et à l'encouragement des arts

Je ne suis entré dans tous ces détails que pour prouver de plus en plus que l'Afrique a procuré beaucoup d'avantages aux musulmans, puisque l'Espagne fut conquise par les généraux qui y commandaient. D'ailleurs l'enchaînement des événements m'a entraîné. Que le lecteur soit donc bien pénétré de cette vérité, qu'à l'Afrique revient tout honneur, elle dont les chefs subjuguèrent l'Espagne et donnèrent si longtemps des lois en Sakalia. Les premiers souverains de l'Afrique, indépendants des khalifes, furent les Beni-Ar'lâb, qui furent dépossédés par les Beni-'Obeïd ou Fatimites. Viennent ensuite les princes de Senhadja; mais ceux-ci, quoique fort puissants, ne commandèrent que sous les auspices des Fatimites, qui leur abandonnèrent l'Afrique, lorsqu'ils se rendirent en Orient. Le pays soumis aux Beni-Ar'lâb s'étendait jusqu'à Sous, moins quelques districts que les Beni-Edris leur enlevèrent. Le premier des Beni-Edris se nommait Edris ben'Abd-Allahben-H'acen-ben-el-H'usseïn-ben-'Ali ben-Abi-T'aleb. Il vivait sous le khalife Mah'edi-el'Abbâçi. Ce fut son fils qui bâtit Fès. J'en ferai mention plus tard, lorsque je parlerai des khalifes de l'Occident, de ceux de Lemtouna et des Beni-'Abd-el-Moumen, autrement dits Mouah'edîn, pour que les événements quilesconcernents'enchaînent avec l'histoire des Beni H'afez, qui avaient le siége de leur gouvernement à Tunis. On saisira de cette manière la succession des faits. Maintenant je vais parler des émirs qui gouvernèrent l'Afrique, du temps des Beni-'Abbês. Je ne ferai le plus souvent qu'inscrire leurs noms et les dates, et je n'entrerai dans les détails des faits que lorsque le sujet en vaudra la peine. Après l'élévation des Beni-'Abbês et la chute des Beni-'Ommîa, il y eut de grands troubles de tous côtés. La nouvelle dynastie ne fut occupée qu'à rétablir l'ordre et la paix dans l'intérieur. En Afrique, les Khouâredj(1) excitèrent de grands désordres. Dans cet état de choses, Abou-Dja'far-el-Mans'our se décida à y envoyer Moh'ammed-ben-el-Achat-ben-'Ok'b'a el-Khezaï, en l'année 144 (2). Ben-el-Nebat'a prétendu que ce fut 'Abd-Allah-ben-es-Seffah' qui envoya ce 1 'on désigne ainsi tous les dissidents, soit en matière de religion, soit en matière de politique. Ce mot vient du verbe arabe qui signifie sortir. C'est comme si on disait "gens qui sont sortis, qui se sont mis en dehors des opinions reçues." Il y a encore ici une omission de faits très-importants. Pour les faire connaître, il est nécessaire que nous prenions les choses d'un peu haut. Après la défaite d'Abd-Allah-ben-H'edjâb par les rebelles de Tanger, une partie des troupes vaincues se réfugia en Espagne. Il y avait, parmi ces fuyards, un certain 'Abd-er-Rah'mân-ben-H'abib, que ses intrigues firent chasser de ce pays; il se retira à Tunis, et là, par des manœuvres factieuses, il parvint à se faire un parti assez puissant, et se révolta contre H'antala. Celui-ci, pour ne pas diviser les forces des Arabes, lui céda généreusement le commandement, pensant qu'il s'en contenterait ; mais cet ambitieux ne tarda pas â profiter de la révolution qui renversa les Ommiades, pour se déclarer indépendant des khalifes ; il périt assassiné par son propre frère. Après sa mort, l'Afrique tomba dans l'anarchie. Ce fut alors que le khalife Abou-Dja'far-el-Mans'our s'occupa de la remettre sous la domination des khalifes, et les deux premiers gouverneurs qu'il y envoya ne réussirent pas complètement ; un d'eux fut même assassiné, comme le dit El-K'aïrouâni. Ce fut Iezîd, le général en Afrique, en 133 ; mais je le crois dans l'erreur. Moh'ammed-ben-el-Achat combattit les Khouâredj, tua Aba-el-Ketâb et dispersa ses partisans. Il entoura K'aïrouân d'une muraille de terre épaisse de dix dra'. Cette construction fut commencée en 144, et terminée en 146. Ce Moh'ammed était chef d'une troupe appelée Açaouda (noirs), qualification que l'on donnait en général aux partisans des Beni'Abbês, qui s'étaient portés les vengeurs d'H'osseïn et de Zeïd(1). Ces soldats étaient tous habillés de noir, et leurs enseignes étaient de la même couleur.

'Omar-ben-H'afez-ben-Oulid-Kabiça-ben-Abi S'afra, frère d'El-Mouh'allab-ben-Abi-S'afra, connu par son extrême bravoure, gouverna ensuite l'Afrique(2) ; on l'avait surnommé Hezaramard, ce qui en persan signifie mille hommes, parce qu'en effet dans un combat il valait à lui seul autant que mille. Le kha?life El-Mans'our lui porta toujours beaucoup d'affection. Il le nomma successivement aux gouvernements de Basra et du Sind, puis, en 151 de l'hégire, à celui de troisième, qui termina cette grande entreprise ; les Berbères, profitant de tous ces troubles, s'étaient révoltés de nouveau1 H'ossein, second fils d'Ali, gendre du prophète, périt en cherchant à ressaisir le khalifat, à la fameuse journée de Kerbela. Son petit-fils Zeïd eut le même sort dans une entreprise de même nature. 2 Moh'ammed-ben-el-Achat ayant été obligé de quitter l'Afrique à la suite d'une nouvelle insurrection, le khalife envoya dans ce pays El-Ar'lâb-ben-Sâlem, qui fut tué dans une bataille. Son successeur fut cet 'Omar-ben-H'afez, dont il est ici question. L'auteur ne s'arrête point sur les détails de cette époque d'anarchie, détails qui du reste n'offrent qu'un très-mince intérêt. l'Afrique, où il arriva avec cinq cents cavaliers choisis. Les notables de K'aïrouân allèrent à sa rencontre; il les reçut de son mieux et leur fi t des présents. Il termina les affaires courantes, et, après un séjour de trois ans et un mois à K'aïrouân, il se rendit dans le Zâb. Il bâtit la ville de T'obna, et mourut au moment où il venait de recevoir des dépêches du khalife(1). Son successeur fut Iezîd-ben-Katem-ben-Kabiça-ben-el-Mouh'allab? ben-Abi-S'afra. Il fi t son entrée à K'aïrouân, en 155 de l'hégire, envoyé par Mans'our, à la tête de cinquante mille hommes de cavalerie. Son premier soin fut d'or? donner le supplice des assassins d'Omar-ben-H'afez. Il travailla ensuite à rétablir la tranquillité et y réussit. Tous les révoltés se soumirent. Il fi t abattre la mosquée de K'aïrouân, à l'exception de la chaire, et la fi t recons? truire à neuf. Il y plaça une superbe colonne verte qu'il avait achetée à un très-haut prix. Il réorganisa l'administration de la ville de K'aïrouân, et les divers corps de métiers reprirent leurs habitudes et leurs occupations. C'était, en tout point, un chef plein de prudence et de générosité. Sah'noun rapporte qu'il disait souvent : "Je ne crains rien tant sur la terre que d'avoir été injuste en? vers quelqu'un de mes administrés ; quoique je sache bien cependant que Dieu seul est infaillible. " Lorsqu'il quitta l'Irak' pour se rendre en Afrique, il partit en compagnie d'Iezîd-es-Salmi, gouverneur d'Égypte, et se chargea seul de toute la dépense, ce qui était certainement une grande preuve de libéralité. Les poètes ont célébré sa gloire dans leurs chants, et sa munificence envers eux fut poussée à l'extrême. Un jour, Merouân-ben-Abi-Hassa lui présenta les vers suivants : C'est à cause de toi que nous avons raccourci nos prières du matin. Et cela durant deux mois : un pour nous rendre ici, l'autre pour retourner chez nous. Mais notre but sera rempli, car un homme de bien comme toi donne sans calculer ni hésiter. Le gouverneur, après l'avoir écouté, invita les siens à lui donner au moins un derhem. Il en reçut 50,000 par ce moyen. Iezîd en ajouta 50,000 autres, ce qui fi t 100,000 derhem pour deux minces distiques. Mais quelle grandeur, quelle générosité dans cette action ! comme elle contraste avec la parcimonie des grands de notre époque ! Si, de nos jours, un poète, après s'être donné bien de la peine pour chanter les louanges de l'un d'eux, vient à le prier, non pas de ré? compenser son talent, mais simplement d'écouter ses vers, il en est repoussé, et l'encensé se montre envers lui avare même de son attention. Iezîd gouverna l'Afrique pendant quinze ans. Il mourut en 70, laissant son fils à sa place. Il avait un frère alors gouverneur du Sind. C'était un homme de grande capacité, qui avait exercé de hauts emplois sous cinq khalifes, savoir : Es-Seffah', El-Mans'our, El-Mah'edi, El-Khadi et Er-Rachid. A la mort d'Iezîd chacun disait
: " Voilà deux frères dont les tombeaux seront bien éloignés l'un de l'autre, l'un au fond de l'Occident et l'autre à l'extrémité de l'Orient." Mais admirons ici la toute-puissance de Dieu ! Haroun-el Rachid ne consentit pas à laisser en Afrique le fils de Iezîd(1). Il le rappela et y envoya son oncle, le gou?verneur du Sind. Celui-ci s'appelait Roh-ben-Kha tem-ben-Kabiça-ben-el-Mouh'allab-ben-Abi-S'afra el-'Azdi.

Il arriva en Afrique, en 171, y commanda quatre ans, mourut ensuite, et fut enseveli à côté de son frère. Ce fut sous son administration que s'établit, dans l'Ouest, le gouvernement des Beni-Edris. L'imam Ben-'Abd-Allah-ben-H'acen-ben-el-H'usseïn-ben-'Ali-ben-Abi-T'âleb fut le fondateur de ce nouvel empire. Il fut proclamé dans la ville d'Oulila, un vendredi du mois de ramad'ân de l'année 172 de l'hégire.
Nous en parlerons plus tard. Haroun-er-Rachid envoya en Afrique, après Rohben-Khatem, l'émir Hartemat-ben-'Aïn-el-H'achemi, qui y arriva le 4 de rebi'-el-akher 179, et y resta jusqu'en 180(2).
Ben-el-Khelkân assure qu'il bâtit la ville de Menestir. Ben-Chebbat pense qu'il ne fit que construire le palais de cette ville, dont les travaux furent exécutés sous la direction de Zakaria-ben-Khâdem. Ce même auteur dit qu'il fit aussi construire les fortifications de Tripoli.
Après avoir terminé ces travaux et consolidé la tranquillité dans le pays, il se démit du commandement et se retira en Orient. Il vécut jusqu'au temps du khalife El-Ma'moun, qui d'abord le consultait sur les affaires d'état, mais qui finit par le faire mettre en prison, puis décapiter, en l'an 200.
Hartemat avait cependant rendu de grands services à ce khalife dans la guerre qu'il eut à soutenir contre T'aher-ben-el-H'usseïn. Il était alors un des personnages les plus considérables de l'empire. Voici le tableau des quatorze émirs des Beni-Ar'lâb.

1° Brahim-ben-el-Ar'lâb, envoyé en Afrique par Haroun-er-Rachid en 184 ou 185(1) ; il fit abattre le palais que ses prédécesseurs avaient occupé à K'airouân, et fonda la ville de K's'ar, dont il voulut faire le siège du gouvernement. Chef des révoltés, Mans'our-et-Tambdi, qui s'était emparé de K'aïrouân et de presque toute l'Afrique ; il finit par triompher de ce dangereux ennemi(1). Il entoura ensuite K'aïrouân d'un rempart, et fit abattre la mosquée de cette ville, à l'exception de la chaire, mais pour la réédifier sur un autre plan.
On dit que cette construction lui coûta 84,000 dinars. Il fortifia aussi la ville de Souça. Malgré tous ces travaux, il a laissé chez les habitants de K'aïrouân la réputation d'un fort mauvais prince. Il envoya en Sakalia(2) Assad ben-el-Ferat, son propre k'âd'i, avec une armée de dix mille hommes.
Assad s'embarqua à Souça, et arriva en Sakalia. Ben latha, chef de cette contrée, vint à sa rencontre et fut battu, malgré la supériorité de ses forces, qui s'élevaient à cent cinquante mille hommes.
Les infidèles laissèrent un butin immense entre les mains des musulmans. Assad, après s'être emparé d'un grand nombre de villes, mourut au siège le Sarkouça; il fut enterré dans le pays, dont ses troupes achevèrent la conquête, et où elles s'établirent.
La Sakalia fut gouvernée par des émirs envoyés de K'aïrouân jusqu'en l'an 540, époque où les chrétiens reconquirent ce pays, comme je le dirai en son lieu.
En 218, l'êmir de Sakalia était Moh'ammed-ben-'Abd-Allah-ben-el-Ar'lâb ; il résidait à Felioum, d'où il sortait peu de sa personne se contentant de donner des ordres pour la soumission complète du pays, qui s'opéra heureusement.
Il mourut en 237, après une administration de dix-neuf ans.
Quant à Zïâdet-Allah, il mourut en 223.
4° Abou-Akal-ben-Brahim-ben-el-Ar'lâb, frère de Zïâdet-Allah, lui succéda et mourut en 226.
5° Sah'noun-ben-Sa'ïd florissait au temps de cet émir, dont le nom était Abou-el-'Abbas-Ah'med benBrahim (1). (Cet émir eut à réprimer une révolte de Berbères). Sah'noun interdit les mosquées aux prédicateurs hétérodoxes, qui auparavant s'y assemblaient pour y traiter de leurs principes religieux, à l'exemple des 'Abadia, des S'afaria et des Metzala.
Sous l'émir 'Abou-el-'Abbas, El-'Abbas-el-Fad'elben-Fazara fut envoyé en Sakalia pour y remplacer Moh'ammed ben-'Abd-Allah-ben-el-Ar'lâb , mort en 237, comme il a été dit.
6°Ah'med-ben-Brahim-ben-Ahmed-ben-el?Ar'lâb(2) succéda au précédent en 240. Les Tunisiens s'étant révoltés ,il marcha contre eux et leur fit un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de femmes.
Sah'noun, alors k'âd'i, prit ces dernières sous sa protection, les réunit chez lui, et jura que tant qu'il serait k'âd'i, il empêcherait de lestraiter en esclaves. L'êmir fut obligé de les lui laisser, et de ne plus s'en occuper. El-'Abbas, gouverneur de Sakalia, se rendit maître, à cette époque, de la ville de Bôna, où il fi t construire un oratoire. Cette ville de vint dès lors le siège du gouvernement; auparavant cet honneur appartenait à Sarkouça. El-'Abbas mourut en 247, laissant à son fils le gouvernement de l'île. 7° Brahim-ben-Ah'med ben-Brahim-ben-Ar'lâb succéda à son père en Afrique. Il mourut en 249. 8° Zïâdet Allah-ben-Moh'ammed-ben-Brahim ben-Ar'lâb, frère du précédent, lui succéda. Il administra l'Afrique pendant dix-huit mois, et mourut en 261. 9°'Abou-'Abd-Allah-Moh'ammed-ben-Ah'med ben-Moh'ammed-ben-Brahim-ben-Ar'lâb succéda à son oncle Zïâdet-Allah dans le mois de djoumâ'd-el oouel 251. Il administra le pays pendant dix ans et cinq mois. Il mourut en 261. Khefadja-ben-S'efi an était son lieutenant en Sakalia. Il fi t beaucoup d'expéditions contre les chrétiens et prit beaucoup de villes. Il fut assassiné par un de ses soldats, qui, après ce crime, se réfugia chez les ennemis. Moh'ammed, son fils, prit alors le commandement, et fut confirmé dans les fonctions de gouverneur de Sakalia par l'émir Moh'ammed. En 257, il fut assassiné par un eunuque. L'émir Moh'ammed le remplaça par Ah'med-ben-Ia'k'oub-el-Ar'lâbi. En 261 de l'hégire, l'émir Moh'ammed mourut et eut son fils pour successeur. 10° Ah'med-ben-Moh'ammed-ben-Brahim-ben- el-Ar'lâb succéda à son père. Il fi t construire la citerne de K'aïrouân et la mosquée de Tunis(1). 11°Ibrahim-ben-Ah'med-ben-Moh'ammed fonda la ville d eRekkâda,de 263 à 264.Il en fit le siège du gouvernement, quoiqu'il habitât souvent Tunis. On dit que c'était un prince plein d'urbanité(2) et de savoir. Son règne fut long. Il envoya en Sakalia H'acen ben-el-Mins, qui soumit beaucoup de pays et de villes renommées. Il s'y rendit ensuite lui-même, et y proclama la guerre sainte. Il laissa en Afrique, pour y commander pendant son absence, son fils 'Abou-el-'Abbas-Ah'med.
Après avoir obtenu d'immenses succès contre les infidèles, il mourut à Drab en 289. Son corps fut transporté à K'airouân, où il fut enseveli. Ce prince était parvenu au pouvoir en 264 ; je viens de dire qu'il mourut en 289, ainsi son règne fut de vingt-cinq ans. Ce fut sous lui que commença à paraître, dans les terres de Ketama, Ben-'Abd-Allah-ech-Chii, qui se disait issu du prophète. On en parlera bientôt.
12° 'Abou-el-'Abbas-Ah'med-ben-Brahim-ben Ah'med ben-Moh'ammed, dont on vient de parler, qui avait commandé en Afrique en l'absence de son père, lui succéda à sa mort. Il conserva le trône tant qu'il vécut. Son fils 'Abd-Allah-ben-Ah'med prit le commandement après lui.
13° 'Abd-Allah-ben-Ah'med-ben-Ibrahim-ben Ah'med-ben-Moh'ammed était un prince doué des plus précieuses qualités ; il était bon, poli, affable, clément, généreux et ami sûr. Il habitait Tunis, où il mourut en 295, assassiné par trois individus de Sakalia. Les bras de ces meurtriers avaient été armés par son propre fils, Zïâdet-Allah, qu'il avait été obligé de faire enfermer à cause de ses excès de boisson. La tête du malheureux émir fut apportée à son fils, encore en prison. Il en sortit pour monter sur le trône, et le premier ordre qu'il donna fut le supplice des assassins de son père, quoiqu'ils n'eussent agi que d'après ses suggestions. 14° Zïâdet-Allah -ben-'Abd-Allah-ben-Ah'med, arrivé au pouvoir, suivit l'impulsion que lui donnaient ses vices.
Il se livra aux plaisirs, s'entoura de bouffons, troubla le repos de ses sujets et perdit l'état. Il fit mettre à mort, non seulement plusieurs de ses oncles, mais encore des personnes de son intérieur le plus intime.
Sous lui, 'Obeïd-Allah-ech-Chii, dont on a déjà parlé, prit de la consistance dans l'Ouest. Zïâdet-Allah, instruit des progrès que faisait cet ambitieux, ras sembla quarante mille hommes qu'il envoya contre lui, sous les ordres d'un de ses parents. Cette armée ayant été battue et dispersée, Zïâdet-Allah connut sa faiblesse. Il réunit ses richesses, abandonna son royaume et se retira en Orient. C'était sous le khalifat de Mok'tader-Billah-el-'Abbâci.
Dès qu'il fut arrivé en Égypte, El-Kousri, qui en était gouverneur, en instruisit le khalife. Ce dernier écrivit aussitôt à l'émir africain de retourner à son poste, et de faire, à tout prix, face à Ech-Chii ; il prescrivit en même temps au gouverneur de l'Égypte de lui fournir des secours en hommes et en argent. Zïâdet-Allah était déjà arrivé à Er-Reka lorsqu'il reçut la dépêche du khalife; il retourna aussitôt en Égypte. Le gouverneur de ce pays, traînant en longueur les préparatifs de l'expédition, il se livra, pour passer le temps, à ses habitudes de débauche. L'ennui de l'attente, et bientôt les maladies dispersèrent le peu d'amis et les quelques troupes qu il avait réunis. Il voulut alors se retirer à Jérusalem. Il mourut en route à Remia, où il fut enterré. En lui s'éteignit la dynastie des Beni-Ar'lâb, qui gouverna l'Afrique pendant cent douze ans environ. Louange à Dieu dont le règne ne finit pas, qui fait ce qu'il lui plaît, dont les décrets s'accomplissent et qui gouverne toutes choses

à suivre dans LIVRE QUATRIÈME.

Il raconte qu'une fois de plus, les Berbères s'étaient révoltés contre leur gouverneur qui les opprimait et les avait massacré.
2 C'est-à-dire de la tribu de Mohammed et de Médine. Ansar signifie protecteur. Cette épithète est donnée à Médine, où le prophète trouva en effet protection lorsqu'il fut obligé de fuir de la Mecque.
3 'Abd-Allah-ben-el-H'edjab fut rappelé par le khalife, après avoir perdu une seconde bataille contre les révoltés Berbères de Tanger.
4 El-Senhadji, Abou-'Ali-ben-R'achik, Abou-'Abd-Allah-el-H'ouçaïn et Ibrahim-Refi k'1, sans doute dans Ben-Khaldoun, qui en parle succinctement. Cet auteur dit que les Berbères de Tanger se révoltèrent parce qu'on voulut les imposer, quoiqu'ils se fussent faits musulmans par la force.
5 El-K'aïrouâni passe ici sous silence un fait de la plus haute importance, qui est la destruction des rebelles berbères. Après la défaite du prédécesseur d'Hentala, ils s'étaient répandus dans tout le pays ; mais celui-ci, peu de temps après son arrivée en Afrique, les défit complètement dans trois batailles aux environs de K'aïrouân ; il y en eut cent soixante mille de tués. 'Abd-el-Ouah'ed, un de leurs généraux, périt les armes à la main ; l'autre, nommé Akkacha, fut pris et décapité. Cet éclatant succès mit fin à la révolte. Il est surprenant que El-K'aïrouâni ne parle pas d'événements aussi graves.

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